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Les acteurs de l'art contemporain à  Marseille et à  Istanbul

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par Fanny Roustan
Université Paul Cézanne Aix-Marseille III, IMPGT - Master 2 de Management des Organisations et des Manifestations culturelles 2009
  

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II Le rôle des institutions publiques dans l'art contemporain

1. Ressources nationales

Les villes d'Istanbul et de Marseille répondent à des systèmes totalement différents quant à la gestion de la vie culturelle et artistique. Tandis que l'art contemporain à Istanbul repose quasi intégralement sur des fonds privés, ce sont les institutions publiques qui l'alimentent à Marseille. Au delà d'une différence de moyens importante et du manque d'intérêt des autorités publiques turques pour l'art contemporain, cela peut aussi s'expliquer par le découpage administratif très différent des deux pays.

La Turquie est un pays centralisé qui se découpe géographiquement en sept régions et administrativement en quatre vingt une provinces, subdivisées en districts, et respectivement administrés par des préfets et sous-préfets, nommés par l'Etat. Les maires des villes et de leurs différents quartiers sont eux élus au suffrage universel.

Les fonds publics destinés à la culture sont attribués par le Ministère de la Culture et du Tourisme, le Ministère des affaires étrangères, et les villes. Mais en conséquence du dynamisme et des opportunités que la ville d'Istanbul propose, l'activité artistique contemporaine de Turquie s'y concentre essentiellement. Les autorités publiques turques n'investissant pas dans l'art contemporain et ne se préoccupant guère d'assurer un certain équilibre des activités artistiques dans tout le pays, il revient aux acteurs culturels d'établir cet équilibre entre Istanbul et les autres villes. Ces derniers manquants, l'art contemporain reste confiné à Istanbul malgré quelques initiatives telles que K2 à Izmir30(*), troisième ville du pays, la biennale de Sinop31(*), une petite ville portuaire sur la mer noire, ou sous la tutelle de l'association Anadolu Kültür, le DSM à Diyarbakir32(*), ville principale du sud-est du pays à grande majorité kurde.

En France, ce rééquilibrage des structures et activités artistiques est orchestré par les institutions publiques locales qui sont le fruit d'une politique désormais décentralisatrice qui date des années 1980. Les collectivités territoriales se subdivisent géographiquement et administrativement en régions, départements, communes et parfois établissements intercommunaux. Il s'agit d'entités autonomes qui définissent elles-mêmes leurs priorités et désignent leurs représentants. Par ailleurs, l'Etat assure un service public culturel local par le biais des Directions régionales des affaires culturelles, un service déconcentré qui agit pour le compte de l'Etat. Leur budget dépend du ministère et leur représentant désigné par lui. Ce sont donc les collectivités territoriales qui se doivent d'assurer le service culturel public local mais en pratique, les Ministères de la culture et de la communication et des affaires étrangères agissent aussi au niveau local notamment par le biais des Drac. C'est quasiment toujours vers les entités publiques que l'on se tourne pour rechercher des fonds.

1.1 Les ministères

1.1.1 Les ministères de la culture

Jusque dans les années 1970, on pouvait trouver un certain soutien financier de la part des institutions publiques à l'art en Turquie. Ces subventions ont disparu presque complètement après le coup d'état du 12 septembre 1980 qui dérégula l'économie pour laisser place à un fort courant de néolibéralisme et donc d'individualisme. Le coup d'état influença donc le milieu artistique et les artistes et après cette époque, c'est l'individu qui était à l'origine des tendances et courants de l'art turc.

En matière culturelle, la priorité de l'état turc concerne la conservation des antiquités et de l'héritage historique, et la promotion de la Turquie au niveau touristique. Il n'apporte donc quasiment pas son soutien à l'art contemporain ou du moins pas directement. La dénomination du ministère de la culture turc, Ministère de la culture et du tourisme révèle une confusion significative entre culture et tourisme. Bien que beaucoup d'artistes contemporains essaient de sortir des clichés Occident/Orient, le gouvernement turc considère la culture comme un facteur de promotion du tourisme plutôt que comme un droit acquis dont il faudrait faciliter l'accès à la population turque, et brouille les frontières entre l'art contemporain et « l'art touristique ».

L'infrastructure publique destinée à favoriser le développement de la culture est restreinte et n'a pas évoluée avec l'augmentation du niveau de vie, la diversification des styles de vie ni, surtout, l'accroissement rapide de la population que subit Istanbul. Par ailleurs, même lorsque le Ministère de la culture et du tourisme verse des subventions à des lieux culturels qui ne relèvent pas du patrimoine mais qui excluent dans tous les cas l'art contemporain, comme à des compagnies de théâtre (des bourses allant de 4 500 à 45 000 €33(*)), il le fait en l'absence d'objectifs, de critères clairs et de transparence.

Le Ministère de la culture et de la communication français a été créé en 1959 et fête donc ses cinquante ans cette année. Contrairement à son homologue turc, il ne fait pas l'amalgame entre culture et tourisme. Une délégation du ministère se consacre intégralement au secteur de l'art contemporain. Il s'agit de la Délégation aux arts plastiques, la DAP. L'objectif de la DAP est de favoriser la création contemporaine et sa diffusion. Elle assure la réglementation relative à l'enseignement spécialisé des arts plastiques dans les écoles agréées par l'Etat, à la commande publique et au 1% artistique34(*) et contribue à l'enrichissement et à la conservation du patrimoine d'art contemporain des établissements publics qui sont sous sa tutelle. Au niveau régional, elle doit suivre les procédures qui concernent les Fonds régionaux d'art contemporain, gérés par les Drac.

Le soutien à la création contemporaine du Ministère de la culture se manifeste notamment par le Fonds national d'art contemporain dont la création remonte à 1875. La volonté de décentralisation des années 1980 mènera à la création des Fonds régionaux d'art contemporain35(*). Son rôle aujourd'hui, alors qu'il existe d'autres structures d'acquisition comme les Frac, est d'enrichir le patrimoine artistique public, en acquérant des oeuvres contemporaines pour le compte de l'Etat, et de contribuer à la diffusion des oeuvres d'artistes représentant les tendances artistiques contemporaines. Guy Amsellem, délégué aux arts plastiques de 1998 à 2000, décrit le rôle du Fnac en ces termes :

La vocation du Fnac n'est pas de thésauriser ses collections, elle est de les diffuser par une action soutenue de prêts pour des expositions temporaires dans le monde entier et de dépôts de plus longue durée dans les musées en France et bientôt à l'étranger. Conforter les collections des collectivités territoriales et les collections nationales, notamment celles du Musée national d'art moderne-Centre Georges Pompidou, susciter l'engagement propre des musées, permettre au public de découvrir des oeuvres majeures plus aisément acquises par l'Etat que par des institutions aux moyens financiers limités, tels sont les objectifs du Fnac qui, dans le même temps, se doit d'accompagner les créateurs et de soutenir le marché de l'art36(*).

Depuis 1981, le Fnac a acquis plus de vingt mille pièces, et réunit maintenant environ quatre-vingt dix mille oeuvres d'art plastique, de photographie et de design. Il s'agit de la collection d'art contemporain la plus importante de France. Chaque année, l'Etat enrichit les collections publiques du Fnac de six cents à sept cents oeuvres. Les acquisitions sont effectuées en suivant trois objectifs: « soutenir la jeune création, en écho à l'actualité artistique en France, pour constituer le patrimoine de demain », « constituer des ensembles d'oeuvres cohérents autour d'un artiste afin de mettre en évidence son parcours, autour d'un mouvement artistique», « être attentif à la création internationale »37(*). Le budget annuel est de plus de trois millions d'euros, répartis approximativement ainsi : 2 450 000 € pour les arts plastiques, 330 000 € pour la photographie et 230 000 € pour les arts décoratifs, le design et la création industrielle. En 2008, il a acquis trente-quatre nouvelles oeuvres auprès de vingt-trois galeries pour un budget de 400 000 euros38(*) à l'occasion de la Foire internationale d'art contemporain, la Fiac39(*), qui se tient à Paris chaque année. En 2008, sur quarante-six galeries françaises participant à l'événement, seules deux n'étaient pas parisiennes40(*). Aucune galerie marseillaise n'a été représentée à la Fiac depuis la galerie Pailhas en 2005.

Les oeuvres composant le Fnac sont gardées, gérées et diffusées pour le compte de l'Etat par le Centre national d'arts plastiques, le Cnap41(*), créé en 1982. Le Cnap soutient la création contemporaine, gère le Fnac, met en oeuvre les commandes publiques, organise des expositions et mène une action éditoriale.

C'est la Commission nationale consultative des arts plastiques du Cnap qui se charge des achats aux galeries ou des commandes publiques effectuées auprès des artistes en faveur du Fnac. Les commandes publiques peuvent résulter de la volonté du ministre de la culture et de la communication, du délégué aux arts plastiques ou du directeur du Cnap et peuvent être classées dans quatre catégories : les commandes qui élargissent le champ d'intervention habituel de la commande publique (nouveaux média, graphisme, textiles...) ; les commandes effectuées dans le but de relancer les savoir-faire traditionnels comme les estampes ; les commandes pour un établissement public ; et les commandes spécifiques à des manifestations particulières telles que les biennales, Manifesta ou l'année de la France à l'étranger (au Brésil en cette année 2009).

Depuis 2002, le Cnap a par ailleurs pour mission de diffuser le fonds en France comme à l'étranger en prêtant les oeuvres du Fnac lors d'expositions temporaires ou en répondant aux demandes de dépôt des musées et autres institutions publiques. Ainsi, le Fnac n'est pas seulement présent à Paris, et singulièrement, on trouve des pièces de ses collections notamment au Musée d'art contemporain de Marseille. Le Cnap met en place également sa propre programmation et organise des expositions partout en France et à l'étranger dans le respect de son objectif de diffusion du Fnac. Ces expositions sont réalisées en France en partenariat avec les acteurs de l'art contemporain concernés au niveau régional.

Le Cnap attribue aussi des fonds, bourses de recherche ou aides financières, aux acteurs de l'art contemporain (artistes, théoriciens de l'art, restaurateurs, critiques, éditeurs, galeries...). Il existe différents types de bourses comme Image/Mouvement qui se définit comme « un dispositif de soutien aux projets d'expérimentation et de recherche cinématographique dans le champ des arts plastiques : aide à l'écriture et à la maquette (aide individuelle) ; aide au développement et à la post-production (aide aux structures de production) »42(*). En cette année 2009, la GalerieOfMarseille43(*) va ainsi bénéficier des « Aides à la première exposition » et « Aides au premier catalogue » attribuées par le Cnap pour l'exposition « Further replica - Les Métamorphoses » de Hervé Paraponaris et la publication de son catalogue.

Hervé Paraponaris Ruins of mercy / euro version
Bouteilles de verre, pièces de monnaie, 2007
Dimensions variables, Vue de l'exposition "Marseille associés", MAC Marseille, 200744(*).

Enfin, le Cnap publie plusieurs ouvrages, notamment « Les Cahiers de la création contemporaine »45(*), qui sont l'expression de l'actualité du Cnap (expositions, acquisitions, projets soutenus, commandes publiques etc.). Il publie aussi des catalogues d'expositions, des guides pratiques à l'intention des professionnels de l'art contemporain, et des ouvrages en partenariat avec des éditeurs privés destinés à valoriser les collections françaises en France et à l'étranger.

D'autre part, le Ministère de la culture et de la communication s'implique dans le développement de l'éducation artistique et culturelle. Il existe d'ailleurs un portail interministériel en ligne commun aux ministères de la culture et de l'éducation nationale qui informe sur toutes les possibilités d'actions éducatives artistiques en France46(*). Le ministère de la culture a sous sa tutelle quelques cinquante-huit écoles supérieures d'art qui dépendent aussi des Drac et sur lesquelles il exerce un contrôle pédagogique. Les programmes d'enseignement sont homologués par la Délégation aux arts plastiques du Ministère de la culture qui est par surcroit chargé de l'inspection de l'enseignement artistique dans ces écoles. Les diplômes qui y sont délivrés sont nationaux.

Depuis 1977, date de création des Drac, l'Etat est présent dans les régions à travers elles. La loi du 6 février 1992 qui organise l'administration territoriale en France a fait des Drac un service déconcentré de l'Etat. Les Drac sont chapeautées par le préfet de la région, qui peut par exemple vérifier la légalité des décisions prises par elles. Elles ont pour mission de poursuivre les objectifs définis par l'Etat au niveau régional dans tous les domaines culturels, et peuvent éventuellement intervenir en tant qu'intermédiaire entre l'Etat et les collectivités territoriales. Elles permettent donc à l'Etat d'agir directement dans les régions à travers elles. Elles doivent aussi assurer un service de conseil aux partenaires culturels territoriaux. L'activité des Drac tourne essentiellement autour de trois missions. Elles doivent brasser un public le plus large possible sur tout le territoire dans lequel elles sont compétentes et, pour cela, établissent des partenariats avec les acteurs territoriaux par le biais de contrats de plan Etat-région, de contrats de villes et de conventions de développement culturel. Les Drac s'impliquent dans l'éducation artistique et culturelle dans les régions. Elles distribuent des fonds aux écoles agréées par l'Etat comme à l'Esbam à Marseille, et mettent en place, en collaboration avec le rectorat, des programmes d'intervention dans les écoles et universités visant à sensibiliser la jeunesse aux arts ou au patrimoine culturel. Enfin, les Drac jouent un rôle important dans le développement de l'économie culturelle régionale en proposant information, conseils et formations aux professionnels de la culture (artistes, acteurs culturels locaux, collectivités territoriales) et en favorisant une politique de développement du mécénat culturel. Elles assurent par ailleurs le secrétariat des Fram, fonds régionaux pour les acquisitions des musées, alimentés à parité par l'Etat et la Région. Ce fonds est destiné à aider les musées à acquérir des oeuvres en fournissant au musée un pourcentage du prix de l'oeuvre sous forme de subvention.

Les Drac interviennent dans plusieurs domaines, qui sont ceux du patrimoine, du spectacle vivant (théâtre, musique et danse), du livre, du cinéma et de l'audio-visuel, des musées et de l'art plastique. C'est le Service des arts plastiques des Drac, représenté par le conseiller arts plastiques qui, en relation avec la Délégation aux arts plastiques du Ministère de la culture, intervient dans le secteur de l'art contemporain. Il remplit les mêmes fonctions de soutien à la création contemporaine que les autres services, à savoir une fonction de conseil. Il répond également aux demandes de subventions des collectivités, autres acteurs culturels, et artistes, et contrôle l'emploi des subventions allouées. Deux bourses sont réservées aux artistes plasticiens : « Les aides individuelles à la création » et « Les allocations d'installation d'atelier ». Par ailleurs, le conseiller aux arts plastiques examine les propositions qui lui sont soumises et les projets artistiques réalisés sur l'espace public relatifs aux commandes publiques et au 1% artistique. Le « 1% » est l'obligation s'étendant à l'ensemble du territoire, de décoration pour les constructions publiques. 1% du coût de construction doit être réservé à l'achat d'une oeuvre issu de tout médium artistique pour le bâtiment en question. Cette obligation d'acquisition d'une oeuvre se traduit par un appel à candidatures auprès des artistes.

Le « 1% » s'est ouvert à l'ensemble des formes d'expression dans le domaine des arts visuels, des disciplines les plus traditionnelles, comme la peinture ou la sculpture, aux nouveaux-média, la vidéo, le design, le graphisme, la création sonore, la création paysagère, etc47(*).

Toupies réalisée dans le cadre du 1% artistique par Marine Peyre / cooked in marseille design studio à l'école Château Gombert de Marseille, 2006.48(*)

La Direction générale des affaires culturelles compétente à Marseille est celle de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, dite Drac PACA49(*), basée à Aix-en-Provence.

La Drac PACA soutient l'éducation artistique et culturelle. Les conseillers éducation artistique et culturelle et la Délégation académique à l'action culturelle (DACC) représentent la liaison entre la Drac et l'académie. Plusieurs conventions de partenariat ont été signées entre la Drac PACA et l'académie Aix-Marseille concernant l'éducation artistique et culturelle dans les établissements scolaires publics (écoles, collèges et lycées) de l'ensemble de l'académie. Ensemble, elles coordonnent et suivent toutes actions ou animations culturelles relatives à l'éducation, organisent des formations pour les enseignants ou autres professionnels de la culture et travaillent au développement d'un partenariat culture-éducation nationale.

L'action de la Drac PACA pour l'éducation artistique contemporaine se manifeste plus particulièrement à travers six écoles d'art50(*) situées dans la région agréées par le Ministère de la culture. Ces écoles sous tutelle pédagogique du ministère obéissent aux mêmes règles et proposent toutes un premier cycle de trois ans délivrant un Diplôme national d'arts plastiques (DNAP) puis un deuxième cycle de deux ans sanctionné par un Diplôme national supérieur d'expression plastique (DNSEP). Le Service des arts plastiques des Drac est chargé de la procédure d'allocation des bourses aux étudiants, et de l'établissement des différents diplômes DNAP, DNSEP et DNAT. Le conseiller arts plastiques est à l'écoute de ces écoles et des collectivités dans lesquelles elles sont implantées.

L'une de ces écoles se situe à Marseille, il s'agit de l'Ecole Supérieure des Beaux-arts de Marseille (Esbam), fondée en 1752. En plus des diplômes communs à toutes les écoles d'art de la région agréées par l'Etat, l'école de Marseille, ainsi que celle de Toulon, propose un cycle court de trois ans sanctionné par un Diplôme national d'art et technique (DNAT).

L'Esbam participe activement à l'enrichissement de l'actualité de l'art contemporain à Marseille. Elle propose des ateliers ouverts au public, organise des expositions tout au long de l'année, et met en place ou prend part à de nombreux événements ponctuels à Marseille ou hors les murs de la ville et parfois à l'étranger51(*). L'école organise notamment beaucoup de conférences auxquelles elle invite bon nombre d'intervenants, et accueille chaque année des artistes en résidence. L'Esbam organise beaucoup d`expositions dans les galeries de l'école : la Galerie de l'Esbam en centre ville et Luminy-les galeries sur son campus. Mais elle travaille aussi conjointement avec les lieux artistiques de la ville. Elle a récemment organisé Archipélique, promotion art et design 2008, au Musée d'art contemporain fin 2008, Corpus Mobile à la galerie de la Friche de la Belle de Mai et Pinède Légende à la Compagnie en 2007.

Paul Baquié, Distributeur d'idées dans Pinède Légende à la Compagnie.

Sous l'autorité des Drac, on trouve les Centres d'art contemporain. Ce sont des centres qui ont en général le statut d'association conventionnée. Bien que la plupart des fonds qui subventionnent les Centres d'art contemporain provienne des collectivités territoriales, la participation de l'Etat via les Drac peut aller jusqu'à 50% de son financement. Ils datent des années 1970 mais leur rôle s'est renforcé et leur nombre multiplié depuis les mesures prises en faveur de la décentralisation. Ils sont maintenant une trentaine, dont six dans la région PACA52(*). On en compte un à Marseille, le Centre international de recherche sur le verre et les arts plastiques, ou le Cirva. Le Cirva fut établi en 1983 à Aix-en-Provence et déménagea à Marseille en 1986. Chaque année, le Cirva accueille une quinzaine d'artistes, designers ou architectes qui veulent travailler avec le matériau verre. Il leur offre le savoir-faire de son équipe technique, et met à leur disposition le matériel nécessaire. Le centre n'est pas ouvert au public, mais les oeuvres réalisées là-bas sont accessibles au public à travers les expositions auxquelles elles participent. Le Cirva a constitué au fil du temps sa propre collection. Il publie par ailleurs ses « Carnets de bord ».53(*) Considéré comme unique au niveau international, le Cirva reçoit le soutien financier de l'Etat du Ministère de la culture via la Délégation aux arts plastiques, de la Drac PACA, de la ville de Marseille, du Conseil général des Bouches-du-Rhône et du Conseil régional PACA.

Le loukoum rose d'Aziyadé de Paul Arman Gette, réalisé au Cirva en 2006.

Par ailleurs, la Drac PACA a apporté son soutien en 1999 à la création de l'association Documents d'artistes, installée à la Friche de La Belle de Mai. Son objectif est la constitution d'un fonds documentaire virtuel54(*) sur les artistes contemporains résidents de la région PACA. Ce fonds documentaire concourt à la circulation du travail des artistes de PACA aux niveaux national et international et constitue une interface enrichissante pour les amateurs. Il s'efforce de valoriser la création contemporaine régionale et pour cela travaille étroitement avec le Fonds régional d'art contemporain.

1.1.2 Les ministères des affaires étrangères

Il arrive que le Ministère des affaires étrangères turc finance en partie la représentation turque dans des expositions d'art contemporain comme il le fit en 1991 à Krakow en Pologne « Europe Unknown »55(*), ou encore la biennale de Venise, mais à la condition que des activités promouvant la Turquie par le biais de l'artisanat et du folklore soient organisées parallèlement. Ce n'est donc pas la promotion de l'art contemporain qui le préoccupe, et, d'ailleurs, ces subventions sont mineures quand on les compare aux ressources publiques des pays occidentaux. Toutefois, la différence de budget entre la Turquie et les pays occidentaux ne saute pas forcément aux yeux car les artistes font beaucoup d'efforts quand il s'agit de représenter leur pays et investissent même parfois leurs propres ressources.

Récemment, des institutions à l'étranger (le Palais des Beaux-arts à Bruxelles pour l'exposition « Mères, déesses et sultanes », la Royal Academy of Arts de Londres pour « Turks », ou le Smithsonian Museum à Washington) ont accueilli et financé des expositions présentant l'héritage culturel de la Turquie. Même en ce qui concerne le patrimoine culturel du pays, le gouvernement turc n'est donc pas toujours disposé à verser des subventions. Quelques subventions du Ministère des affaires étrangères et du Fonds de promotion du cabinet du premier ministre ont été débloquées pour l'organisation de l'exposition « Þimdi ! / Now ! » à Berlin en 2004. Ces expositions ne trouvant qu'un soutien infime de la part de l'état, elles dépendent donc en quasi-totalité de fonds privés.

Le Ministère des affaires étrangères et européennes français56(*) a une vraie politique artistique qu'il développe en collaboration avec le Ministère de la culture et de la communication. Ses objectifs sont d'une part de faire connaitre les oeuvres d'artistes français à l'étranger et d'autre part d'accueillir les cultures étrangères en France. L'ambition première étant de donner une image prestigieuse de la France dans le monde.

Pour répondre à ses objectifs, la Direction générale de la coopération internationale et du développement (DgCID) du Ministère des affaires étrangères s'appuie principalement sur deux instruments. Le premier est son réseau à l'étranger : les services de coopération artistique et culturelle des ambassades, les alliances françaises et les instituts culturels français à l'étranger, dont fait bien sur partie l'Institut culturel français d'Istanbul, présent sur la scène artistique contemporaine stambouliote. Le second est Culturesfrance57(*), délégation commune aux ministères des affaires étrangères et de la culture.

La France a commencé à développer son réseau culturel à l'étranger il y a plus d'un siècle et compte aujourd'hui environ cent quarante-cinq instituts culturels dans quatre-vingt douze pays, et mille soixante-quinze alliances dans cent trente-quatre pays. Le budget global s'élève à environ cent quarante millions d'euros sachant que le réseau s'autofinance en moyenne à 50%.

Le ministère a une politique de diffusion de la création contemporaine française essentiellement dans les pays européens et industrialisés, ce qui se traduit pour l'art contemporain par la promotion des oeuvres des artistes français à l'étranger. Des programmes commencent à être développés à l'échelle européenne tels que des compétitions auxquelles tous les artistes européens sont libres de participer58(*). Ces programmes sont mis en oeuvre par l'Eunic, European Union of National Institutions for Cultures, agence internationale fruit du partenariat des institutions culturelles nationales de vingt-cinq des pays membres de l'Union européenne. La représentation française est assurée par l'Alliance française de Paris59(*).

Il existe à Marseille une Alliance française60(*) mais elle se consacre uniquement à l'enseignement du français. Les artistes marseillais désireux de prendre part à des événements subventionnés par le Ministère des affaires étrangères devront se tourner vers l'Eunic au niveau européen ou vers Culturesfrance.

Toujours dans la volonté de tisser un réseau artistique dense en Europe, la DgCID a initié le programme 25++ coordonné par l'Afaa, Association française d'action artistique. L'Afaa a pour mission de mettre en réseau les différents acteurs culturels indépendants européens et des pays voisins. Le programme « Structures indépendantes et rendez-vous d'artistes » en 2006-2007 s'est en partie déroulé dans les Balkans et en Turquie. Son objectif était d'élargir le réseau culturel européen aux pays du Sud-Est.

La DgCID, Culturesfrance et le Ministère de la culture ont organisé au printemps 2008 une série d'ateliers rassemblant des professionnels de la culture dans le but de lancer une réflexion « pour améliorer la participation de la France au dialogue artistique international dans le domaine des arts visuels ». Il en est ressorti trente-trois propositions suivant trois axes : « montrer : mieux montrer en France les artistes français ; échanger : mieux se préparer aux échanges et mieux les pratiquer ; exporter : mieux accompagner la présence des artistes français à l'étranger »61(*).

L'un des objectifs de Culturesfrance est d'exporter à l'étranger la création contemporaine française dans toutes ses acceptions, y compris les arts visuels. Le budget alloué aux arts visuels était de 32,6 millions d'euros, soit une baisse de 15% par rapport à 2007 et il continue de diminuer.

L'artiste marseillais au même compte que tout artiste français peut participer à la programmation ou la créer en répondant à leurs appels d'offres et appels à projets.

Le Bureau des saisons de Culturesfrance est par ailleurs chargé d'accueillir les Saisons culturelles sur le sol français, et est en conséquence l'organisatrice de la saison culturelle turque de juillet 2009 à mars 2010, en partenariat avec la Fondation d'Istanbul pour la Culture et les Arts (IKSV62(*)) d'Istanbul qui travaille également sous l'égide des ministères turcs de la culture et des affaires étrangères. Les Saisons culturelles sont prévues jusqu'en 2011 et les pays mis à l'honneur montrent le désir d'échanger avec les pays d'une Europe élargie.

C'est le département des Echanges et coopération artistique de Culturesfrance qui gère la programmation relative à l'art contemporain. Il lance des appels à projets deux fois par an sur le site Internet, tout artiste, partenaire étranger ou institution française basée à l'étranger pouvant ainsi soumettre par dossier ses propres idées. La responsabilité la plus importante du département au niveau des arts visuels et de l'architecture est d'assurer la gestion du Pavillon français aux biennales d'art contemporain de Venise.

Le département Développement et Stratégie se charge des partenariats que Culturesfrance entretient avec les Drac et les collectivités territoriales en France et autres structures à l'étranger. Ces partenariats permettent une meilleure visibilité de l'action de Culturesfrance dans les régions et d'intégrer des acteurs culturels locaux dans sa programmation, mais aussi de coordonner les saisons culturelles avec les partenaires étrangers. Culturesfrance est lié avec la Drac PACA, le Conseil régional PACA et la ville de Marseille par des conventions triennales dans le but de faire connaitre les artistes confirmés locaux à l'étranger et d'accueillir des artistes étrangers dans la région. Parmi les objectifs de ces conventions, Culturesfrance, la ville et la région s'engagent à favoriser les échanges avec certaines zones géographiques prioritaires dont celle d'Izmir et de Phocée en Turquie et d'accueillir la Saison culturelle turque.

Le département Développement et Stratégie propose plusieurs programmes de résidence d'artistes accueillis en France dans des lieux privés ou des lieux gérés par une collectivité territoriale ou à l'étranger. L'art contemporain est concerné par quelques-uns de ces programmes. Le programme « Hors les murs » prend place dans le pays du choix de l'artiste et lui offre une bourse de dix mille euros pour des séjours de trois à six mois. Le programme « Triangle Studio » met à la disposition de l'artiste un atelier à New York pendant une période de douze mois. Le programme « Villa Kujoyama » à Kyoto permet que les artistes soient logés dans une villa pendant quatre à douze mois et reçoivent une bourse de quatre mille six cents euros.

Tous les créateurs en arts visuels professionnels français ou résidant sur le sol français depuis plus de cinq ans sont éligibles aux programmes de résidence et aux appels à projets.

Le Ministère des Affaires étrangères, à travers la DgCID, Culturesfrance et son réseau à l'étranger est donc actif sur tout le territoire français comme en dehors.

1.2. Les institutions publiques locales

Elles sont très représentatives du découpage administratif français qui réunit au niveau local les efforts des collectivités territoriales résultant de la politique de décentralisation, et des Drac qui sont un service déconcentré de l'Etat.

1.2.1. La ville

La municipalité d'Istanbul a créé Kültür A..63(*)qui se définit soi-même comme une société commerciale offrant des services touristiques, artistiques et culturels. Kültür A.. est responsable de la gestion des lieux culturels appartenant à la ville64(*). Aucun de ces lieux ne propose de programmation relative à l'art contemporain. Il arrive toutefois que la municipalité d'Istanbul subventionne des projets ponctuels relatifs, en partie du moins, à l'art contemporain. Certains districts d'Istanbul entretiennent un centre culturel local qui, une fois de plus, propose la plupart du temps, des programmes pour enfants, du folklore, et quelques concerts et pièces de théâtre, et elle est particulièrement active pendant les fêtes traditionnelles comme le Ramadan. La programmation des activités culturelles publiques n'est en aucun cas conduite par des considérations artistiques.

Istanbul manque clairement d'une politique culturelle nette. Il est difficile de cerner qui reçoit des subventions publiques et selon quels critères. L'attribution de subventions à tel ou tel lieu, compagnie ou organisation artistique résulte souvent du lobbying des acteurs culturels. On peut dire que les couleurs politiques des différents districts d'Istanbul influencent également le choix des activités à subventionner.

De manière générale, les artistes et lieux artistiques turcs n'ont aucune attente des institutions culturelles gouvernementales. Il ne viendrait pas à l'esprit d'une association de déposer une demande de subvention à la municipalité. On ne retrouve d'ailleurs pas en Turquie la coutume européenne d'inviter l'élu local aux vernissages.

Il en est tout autrement à Marseille, où la culture et la coutume française en matière culturelle font que la population compte énormément sur les institutions publiques. Ces dernières se doivent d'offrir un service public efficace sous peine d'insatisfaction générale pouvant mener très loin. Les artistes français se tournent donc en premier lieu systématiquement vers les institutions publiques pour faire des demandes de subventions. Les municipalités jouent un rôle important et c'est la Direction générale des affaires culturelles de la ville de Marseille qui est responsable de ce processus. Cette direction gère en totalité douze musées situés à Marseille65(*), dont le MAC, le Musée d'Art Contemporain.

Le MAC, initialement nommé Galeries contemporaines des musées de Marseille, est géré par la ville de Marseille. Jusqu'en 1994, année où le MAC a ouvert ses portes, les oeuvres d'art contemporain du MAC étaient exposées au Musée Cantini. Le MAC, avant que se pose la question de la ligne de partage entre les oeuvres modernes et contemporaines des collections, était alors la galerie d'art contemporain du musée Cantini. Le Musée Cantini, également musée municipal, propose une collection d'art moderne couvrant la première moitié du vingtième siècle. Le fonds permanent du MAC abrite des oeuvres d'art contemporain datant des années 1960 jusqu'à nos jours et réunit différents courants tels que le groupe Support-Surface, les Nouveaux réalistes et Affichistes. Même si la majorité des artistes est régionale, la collection va au-delà des frontières66(*). Il possède des oeuvres qui ont été acquises par le musée lui-même ou proviennent de dons d'artistes, du Fonds national d'art contemporain, du Fonds régional d'art contemporain, de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur et de la Caisse des dépôts et consignations, mais aussi de collectionneurs particuliers et de galeries privées. Ainsi, deux mille cinq cents mètres carrés sont consacrés aux expositions permanentes et temporaires. Le MAC abrite encore un espace de recherche, le centre de documentation Ernst Goldshmidt qui recueille plus de vingt-cinq mille ouvrages sur l'art contemporain. Ce centre édite une publication appelée « Catalogus » qui répertorie les nouvelles publications acquis par le centre de documentation. Le MAC porte le label de « Musée de France67(*) » depuis 2003. Par cette appellation, il est reconnu comme musée français remplissant la fonction de « grand service public muséal » et se soumet au Contrôle scientifique et technique de l'Etat exercé par la Direction des musées de France.

L'Office de la Culture de Marseille (OCM), anciennement Office Municipal de Culture Marseillaise (OMCL) initié en 1976 par la ville de Marseille, s'est transformé en l'Espace culture en 2002. L'Espace culture est décrit par la ville68(*) comme étant :

un lieu de rencontres, d'échanges, d'information, d'exposition et de diffusion. Il collabore avec les différents acteurs économiques par son Bureau du mécénat et contribue à la promotion des jeunes artistes marseillais.

L'Espace culture a le statut d'association au service du public et des professionnels de la culture. Ses relations avec la ville de Marseille sont régies par une convention triennale. Il est subventionné par la région PACA et le département des Bouches-du-Rhône. Au sein de ses locaux sont organisées des expositions et des conférences.

Marseille, contrairement à Istanbul, n'a pas de biennale. Cependant, la ville, par le biais de l'Espace culture est membre de l'Association Internationale pour la Biennale des Jeunes Créateurs d'Europe et de Méditerranée. Il s'agit d'une biennale itinérante69(*) dont la première édition se déroula en 1985 à Barcelone, qui se donne pour tâche principale de promouvoir la jeune création en dynamisant

leur production culturelle et expressive, et de rendre plus accessible l'accès au circuit international au travers de la création de rencontres, d'échanges, de réflexions et de formations sur la réalité de l'art contemporain70(*).

Marseille a accueilli la BJCEM en 1990, et il se pourrait qu'elle l'accueillît à nouveau en 2013 à l'occasion de son mandat de capitale européenne de la culture. L'Université Sabancý d'Istanbul est membre de l'association.

L'Espace culture de Marseille organise également Interstices, une exposition dans l'espace public de la ville. Les oeuvres réalisées en utilisant notamment les média du dessin, de la peinture et de la photographie, sont exposées dans les espaces publicitaires de la ville, abribus et autres panneaux Mupi. Interstices en est à sa deuxième édition, cette année sur le thème de la relation entre l'espace intime et public, et l'art dans la publicité.

En plus de son site Internet, l'Espace culture informe le public des événements à venir à travers « In Situ », un guide mensuel sur l'actualité culturelle de Marseille, qu'il distribue gratuitement.

Depuis 2002, la ville de Marseille entend encourager le mécénat envers les activités culturelles avec la création d'un « bureau du mécénat » au sein de l'espace culture.

La ville de Marseille entretient un Fonds communal d'art contemporain (FCAC) depuis 1946 qui comprend uniquement des oeuvres ayant un lien avec Marseille. Les oeuvres composant le FCAC font l'objet de prêts aux écoles dans le cadre d'ateliers pédagogiques, et aux lieux artistiques de Marseille à l'occasion d'expositions. Le FCAC soutient la création contemporaine exclusivement à Marseille, favorise son intégration aux lieux publics, et s'efforce de constituer les archives des artistes actuels de la ville. La commission d'achat en place depuis 1996 continue d'alimenter le Fonds en acquérant des oeuvres auprès d'artistes vivants locaux. Le FCAC réunit actuellement plus de mille oeuvres. Il se situe sur le site de la Friche.

1.2.2. Le département

Le département est une collectivité territoriale représentée par le Conseil général. Après les lois décentralisatrices de 1983, les conseils généraux ont gagné de l'importance dans le domaine culturel en se voyant notamment transférer la responsabilité des bibliothèques centrales de prêt et des archives départementales.

Le rôle du Conseil général du département des Bouches du Rhône71(*) dans l'actualité de l'art contemporain de Marseille est moins important que celui de la ville ou de la région, même s'il apporte son soutien financier à de nombreuses associations locales. Bien que Saison 13, responsable des activités culturelles sous la coupe du Conseil général, contribue à la vie culturelle du département, il est en général initiateur d'une programmation plus accessible et classique que peut sembler l'être l'art contemporain. Il développe une politique de démocratisation de la culture et s'efforce d'insuffler une dynamique culturelle essentiellement dans les petites communes du département, et propose une programmation généralement axée sur le spectacle vivant. Le Conseil général a la charge du Château d'Avignon, du musée Arlaten, du musée départemental - Arles antique, et de la Galerie d'Art d'Aix-en-Provence. Dans cette dernière ont régulièrement lieu des expositions mettant en scène la création contemporaine72(*). Des rencontres et conférences autour des expositions sont organisées.

Le département s'investit par ailleurs beaucoup pour Marseille, Capitale européenne de la culture 2013, et soutient financièrement quelques structures d'art contemporain.

1.2.3. La région

La région est une collectivité territoriale incarnée par le conseil régional. Marseille dépend naturellement du Conseil régional Provence-Alpes-Côte d'Azur. La région et l'Etat coopèrent. La région PACA est liée à l'Etat par un Plan Patrimoine Antique et un Contrat de projets Etat-région 2007-2013 dont les objectifs en matière culturelle sont de « garantir l'égalité des citoyens devant la culture », « valoriser l'expression de la culture en région et la mémoire collective », et « assurer un développement harmonieux du territoire »73(*). Le Contrat de plan Etat-région PACA actuel prévoit aussi la relocalisation du Frac en 2011 à la Joliette sous la gestion de la région dans un nouvel espace plus grand doté de deux salles d'expositions74(*).

Par ailleurs, le conseil régional PACA se fixe plusieurs objectifs :

· L'aide à la création et à l'innovation.

· La création de pôles régionaux de développement culturel.

· Un meilleur accès des jeunes à la culture.

· La valorisation du patrimoine.

· Une ouverture culturelle sur le monde.

· Renforcer l'accès au livre.75(*)

Les créateurs d'art contemporain peuvent donc bénéficier de subventions de la région, le soutien à la création et à l'innovation et l'accompagnement des artistes professionnels étant des points importants de sa politique culturelle. En PACA, il existe un conseil spécifique aux arts visuels, le Conseil artistique à la création et à l'édition en arts visuels, composé de personnalités du monde artistique et culturel. Les dossiers déposés sont examinés une fois par an par le CAC en arts visuels qui émet des avis de nature artistique et technique sur les projets qui font l'objet d'une demande de subvention. Les projets sont ensuite soumis aux avis de la Commission culture et nouvelles technologies de l'information et de la communication, puis au vote de la Commission permanente du Conseil régional. Le montant de l'aide financière peut s'élever jusqu'à mille euros.

Le Fonds régional d'art contemporain de la région PACA76(*) a été créé en 1982 à la suite des lois de décentralisation, sous l'impulsion du Ministère de la culture et de la communication et des conseils régionaux. Il s'agit en fait d'une association de la loi de 1901 financée en grande partie par la région puis en second lieu par l'Etat, c'est-à-dire le Ministère de la culture et la Drac PACA. Ses membres fondateurs sont des élus régionaux et des représentants de l'Etat.

Alors qu'ils ont initialement été conçus pour constituer des fonds d'acquisitions, les Frac sont maintenant devenus des moteurs de diffusion de l'art contemporain.

Soutenant la création innovante sans exclusion, dans une perspective de décloisonnement international, les Frac ont dépassé tout critère restrictif, en particulier celui des limites de la création régionale, pour devenir des institutions en région incarnant la création contemporaine77(*) .

Les Frac ont donc pour mission de promouvoir la jeune création, d'explorer des formes artistiques nouvelles, de collectionner l'art actuel, encore trop largement méconnu, pour mieux le diffuser auprès du public78(*).

Les achats sont effectués par le Comité technique du Frac qui se compose du conseiller arts plastique de la Drac, du chargé de mission des arts visuels de la région, de personnalités du monde de l'art, et est présidé par le directeur du Frac. Nommés pour trois ans par le conseil d'administration, ils déterminent ensemble la politique d'acquisition du Frac. Une fois l'orientation artistique des futures acquisitions du Frac définie, elle est soumise au conseil d'administration qui statue. La politique d'acquisition actuelle privilégie les jeunes artistes, les achats d'oeuvres par thématique et le développement d'une collection d'oeuvres d'artistes du bassin méditerranéen. Le Comité technique du Frac se réunit deux fois par an. Une première fois pour visiter les ateliers ou collections de la région, et une seconde pour examiner les dossiers reçus. La collection du Frac PACA comprend environ huit cents oeuvres de quatre cents artistes dont deux turcs originaires d'Istanbul79(*). Bien que le Frac ne pose pas formellement de limites géographiques, la plupart de ces artistes sont originaires de la région. Le Frac effectue également des commandes publiques d'oeuvres d'art pour ses futurs locaux. Le budget d'acquisition des oeuvres était de trois cent quarante-trois mille euros en 200880(*).

Le Frac PACA est contractuellement liée avec le CICRP, le Centre interrégional de conservation et de restauration du patrimoine, qui apporte son savoir technique au Frac et suit et développe un programme de restauration prévention sur les oeuvres.

Le Frac accomplit une mission de diffusion des oeuvres de la création contemporaine. Tout comme le Fonds national d'art contemporain, le Frac effectue des dépôts à moyen et à long terme et prête ses oeuvres à des structures culturelles ou lieux divers (universités, hôpitaux, centres sociaux, espace public...) en France et à l'étranger qui doivent respecter le Protocole de diffusion du Frac. En 2008, dix-sept oeuvres ont fait l'objet de dépôts et quatre cent soixante-huit oeuvres ont été prêtées, soit 55% de la collection, réparties dans cent six lieux différents81(*). Des expositions sont organisées aussi bien dans ses locaux situés dans le quartier du Panier à Marseille (trois à quatre par an), qu'hors les murs en France et à l'étranger (vingt-sept en 200882(*)). Il élabore une programmation accessible de visites adaptées à chaque public, de rencontres avec des artistes, de conférences ou encore de formations.

Le Frac remplit donc une fonction éducative, et chaque exposition fait l'objet d'une visite préalable réservée aux enseignants de la région auxquels sont fournis des outils pédagogiques à l'usage des élèves lors de leur visite sur les lieux. Le Frac PACA intervient parfois directement dans les établissements scolaires de l'académie d'Aix-Marseille avec certains desquels il est en partenariat (seize écoles, cinq collèges et six lycées), en organisant des rencontres autour d'une ou plusieurs oeuvres introduites en classe. Les formations organisées par le Service des Publics du Frac s'adressent à tous les acteurs régionaux culturels, sociaux ou éducatifs et tournent autour du thème de la création contemporaine, ou de la programmation du Frac.

Le Frac PACA abrite un centre de documentation comprenant environ cinq mille ouvrages portant exclusivement sur l'art contemporain. Ce centre se changera en le nouveau Centre de ressources régional en 2011 dans les futurs locaux. Le Frac édite également différentes publications (catalogues, monographies, livres d'artistes...)

Depuis fin 2005, vingt des vingt-deux Frac dont celui de la région PACA, sont membres de l'association Platform83(*) qui a pour objet de réaliser des actions communes aux Frac, notamment des expositions communes en France ou à l'étranger.

Le futur bâtiment du Frac PACA, projet architectural de Kengo Kuma & Associates.

La région PACA dispose d'autre part d'une agence régionale des arts du spectacle, l'Arcade84(*), basée à Aix-en-Provence. L'Arcade, dont la mission, est le développement des arts du spectacle dans la région, met à disposition une base de données, le « réseau culture », qui permet la mise en réseau des différents opérateurs culturels de la région.

Il est évidemment fréquent que les ressources d'une structure culturelle publique ne proviennent pas d'un seul fonds mais de plusieurs d'entre eux voire de tous. Par exemple, l'Atelier de visu85(*), Astérides86(*), les ateliers RLBQ87(*) qui proposent un programme de résidence, sont portés par la ville de Marseille, le Conseil général des Bouches-du-Rhône, le Conseil régional PACA, la Drac PACA et Culturesfrance. Des fonds privés de mécènes ou sponsors s'ajoutent parfois aux subventions publiques.

Le type de structure que l'on retrouve le plus parmi les lieux d'art contemporain bénéficiant de subventions publiques est celui de l'association loi 1901. En France, bien que plusieurs lieux artistiques adoptent le nom de « galerie », elles ont en fait un statut d'association et ne sont pas à but lucratif.

A Marseille, une vingtaine de galeries d'art contemporain se sont organisées en réseau et ont fondé l'association « Marseille expos 88(*)» en 2007. L'objet de l'association est la promotion de l'art contemporain à Marseille par la mise en commun des moyens de toutes les galeries membres89(*). Marseille expos a organisé cette année la première édition du « Printemps de l'art contemporain » sur trois jours, un parcours d'expositions à travers les galeries participantes.

Chaque septembre se tient à la Friche « Art-O-Rama90(*) », un salon d'art contemporain dont la vocation est d'offrir à plusieurs galeries internationales l'opportunité de défendre leurs plus jeunes artistes. Chaque galerie a un espace modulable à sa disposition, dans lequel l'artiste doit proposer le projet pour lequel il a été sélectionné. L'identité culturelle de chaque édition est confiée à un artiste de la région, qui doit également réaliser un projet in situ. La particularité d'Art-O-Rama est qu'il ne montre que des oeuvres inédites, préparées à l'avance mais réalisées in situ. Par ailleurs, le salon dispose d'un « show-room » où quelques artistes sélectionnés par les galeries exposent leurs oeuvres. Art-O-Rama est aussi l'occasion de rencontres entre artistes locaux et internationaux et entre professionnels de l'art.

Tous les ans depuis trois ans, la Galerie Ho91(*) lance un appel à projets aux artistes et architectes pour un concours, « Labo Ho » basé sur la réalisation d'une oeuvre in situ dans les locaux de la librairie « Histoire de l'oeil 92(*)». Les artistes ont un budget de production de deux mille euros et sont défrayés par la galerie.

2. Ressources internationales

2.1. Centres culturels étrangers

Les centres culturels étrangers contribuent à l'animation de la vie culturelle d'Istanbul et de Marseille. Bien qu'à l'origine ils aient été créés dans l'objectif de promouvoir leur propre culture et langue nationales, les centres culturels étrangers tendent à présent à développer une coopération et un dialogue interculturels. A Marseille, leur mission reste toutefois très axée sur l'apprentissage des langues. En revanche, à Istanbul, ils prennent de plus en plus de place sur la scène artistique.

Il est donc possible de trouver des ressources financières d'origine publique qui soutiennent l'art contemporain à Istanbul mais elles ne proviennent pas des institutions turques mais des centres culturels étrangers basés à Istanbul, ou encore d'institutions occidentales. Les structures européennes ou nord-américaines subventionnent notamment les expositions ou les programmes de résidence accueillant des artistes originaires de leur pays. Les recours à ce type de subvention tendent à se développer d'une part parce que de plus en plus d'artistes occidentaux s'installent à Istanbul et d'autre part du fait qu'il y a un intérêt grandissant pour une union des cultures méditerranéennes. On peut constater cette volonté de rapprochement par l'ouverture du Musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée à Marseille93(*). L'absence de subvention de l'état turc observée face au versement de subventions d'institutions publiques occidentales peut orienter les choix des artistes des commissaires d'exposition turcs. Beral Madra témoigne des restrictions budgétaires pour son travail de commissaire de la première biennale d'Istanbul en 198794(*) qui l'ont poussée à porter ses choix sur des artistes occidentaux afin de bénéficier du soutien des centres culturels étrangers95(*). L'Institut culturel français d'Istanbul l'a d'ailleurs beaucoup aidée et a pu ainsi placer dans la biennale l'exposition qu'ils préparaient « L'art français dans les années 1980 ».

L'institut français96(*), l'institut Goethe97(*), le centre culturel italien98(*), l'institut Cervantès99(*) les autres centres culturels étrangers occupent tous une position géographique stratégique, pour la plupart basés à Beyoðlu, le coeur de la vie artistique d'Istanbul. L'Institut culturel français, depuis peu sous la direction d'Anne Potié, s'intéresse à la danse ou à l'art contemporain et aux performances de nature expérimentale. L'Institut culturel français peut faire une demande de prêt d'oeuvres du Fonds national d'art contemporain au Centre national d'art plastique s'il le souhaite.

2.2 Les fonds communautaires

2.1.1. Le programme Culture

Dans le cadre de sa politique culturelle, l'Union européenne développe le programme Culture100(*) qui se déroule sur des périodes de sept ans. Nous sommes actuellement dans le programme 2007-2013 qui bénéficie d'un budget de quatre cents millions d'euros. Les grands objectifs de Culture 2007-2013 sont de : « favoriser la mobilité transfrontalière des personnes travaillant dans le domaine de la culture ; encourager la circulation transnationale des productions culturelles et artistiques et promouvoir le dialogue interculturel ». Le programme Culture essaie d'y parvenir en apportant son soutien aux actions et organismes culturels, et aux activités d'analyse et de diffusion permettant l'évolution de son action. Chaque pays profitant du programme Culture a dû créer un « point de contact culture national » afin de promouvoir le programme et d'accompagner les acteurs culturels dans leur démarche.

Le programme Culture finance donc les projets répondant à ses ambitions. Dans le domaine des arts visuels, il a récemment financé à Marseille le projet «Sensibilisation et création contemporaine dans le milieu hospitalier » sous la coupe d'Art dans la Cité101(*) qui organise actuellement le « Festival européen des arts visuels à l'hôpital », ou « EU women, projet de création artistique pour jeunes photographes » qui incluait la Turquie.

A Istanbul, cette nouvelle opportunité qui est de pouvoir avoir accès aux fonds communautaires est une véritable aubaine pour les petits espaces indépendants, et ce recours devient de plus en plus populaire. Parallèlement à la rapide institutionnalisation que connaît la Turquie depuis le début du vingt et unième siècle, les initiatives d'artistes et les espaces indépendants gérés par des artistes et des commissaires d'exposition et alimentés de capitaux indépendants ou de fonds communautaires montrent que l'art contemporain peut survivre en Turquie sans ressource financière importante. Cependant, l'espérance de vie de ces structures à petite échelle est souvent courte. Beaucoup se créent, mais leur existence étant basée sur une subvention relative à un projet, elles ont tendance à disparaître aussi rapidement qu'elles sont apparues.

L'idée de réaliser des initiatives artistiques indépendantes émergea pour la première fois dans les années 1970 pendant la période des expositions « Nouvelles tendances ». Des artistes organisèrent des expositions sans le soutien d'aucune institution. Depuis le début des années 2000, ce type d'espace indépendant se développe. Les artistes commencent rarement leur activité artistique par la création de leur propre espace. Ceux qui n'ont pas eu l'opportunité de prendre part à des expositions à l'échelle internationale et donc de rentrer dans le circuit international continuent de produire des oeuvres dans le contexte des ressources locales limitées. La meilleure solution pour s'en sortir est donc de s'unir et de former des groupes, une tendance qui se développe de plus en plus.

Comme pour les autres organisations à but non lucratif, les espaces indépendants ne collaborent que très rarement et ponctuellement, que ce soit entre eux ou avec les institutions publiques. Il arrive que les petits espaces se prêtent du matériel ou s'associent pour une exposition102(*). Toutefois, cela tend à changer quelque peu, du moins dans l'optique d'Istanbul 2010, capitale européenne de la culture, qui provoque la coopération sur le long-terme de plusieurs structures artistiques.

La plupart de ces espaces indépendants souffrent d'instabilité financière à cause de l'absence de fonds publics et du manque d'expérience en matière de recherche de fonds et de connaissance du réseau des institutions internationales attribuant des subventions, comme la Commission européenne et son programme Culture. Il est hors des mentalités de s'adresser à des institutions publiques pour faire une demande de subventions, et la plupart des initiatives d'artistes n'essaient même pas. En conséquence, les quelques fonds publics prévus pour le soutien de la vie culturelle vont automatiquement aux institutions culturelles les plus connues. Cette fragilité économique menace plusieurs d'entre eux. Le projet Oda qui eut un impact sur l'environnement artistique au début des années 1990 a dû fermer les portes de son espace à cause du phénomène d'embourgeoisement que subit son quartier. Toutefois, bien qu'il ne soit plus aussi actif, le projet Oda gère toujours une radio.

L'espace KargART, situé au dernier étage d'un bar de trois étages, à Kadýköy, rive asiatique d'Istanbul.

Kargart, le seul et unique espace d'art contemporain situé sur la rive asiatique d'Istanbul a conscience que son point faible est de n'avoir personne qui s'occupe de la collecte des fonds. Dans cet espace qui a investi le grenier d'un bar de trois étages, il n'y a que deux employés, l'un qui gère la publication de Kargart, un magazine mensuel, et l'autre, tout le reste. Ils ne savent pas vraiment comment procéder pour bénéficier des fonds communautaires et songent à employer une troisième personne qui se chargerait de la recherche des fonds. Ils restent par ailleurs hésitants car ils ont conscience que de vivre exclusivement grâce aux bénéfices du bar qu'ils occupent leur permet de préserver une totale indépendance dans leurs choix artistiques103(*).

D'autres s'efforcent de se réorganiser dans le but d'être éligible aux subventions communautaires. C'est le cas du projet Apartman qui a récemment acquis le statut d'association, mais qui avant cela fonctionnait sans réelle structure juridique104(*), comme bon nombre d'autres espaces indépendants.

C'est en 2000 que la Turquie fut pour la première fois incluse dans la politique culturelle européenne à travers le programme Culture 2000 de la Commission européenne. Après son accession au programme Culture, la Turquie a également établi un point de contact national. Ce relais que les autorités turques ont créé avec beaucoup de retard a pour mission de guider les acteurs culturels et artistiques, et d'assumer la fonction d'intermédiaire du programme Culture avec les autres structures culturelles nationales. En 2003, l'Association culturelle européenne105(*) fut créée en Turquie dans l'objectif de sensibiliser la population à la culture. L'association organise des débats sur les politiques culturelles et des formations en management culturel. Alors que la réaction politique et l'organisation du Ministère de la Culture et du Tourisme a fait preuve de lenteur et d'inefficacité pour tirer profit du programme Culture, des centaines d'artistes s'impliquent dans des coopérations internationales d'ordre culturel par le biais de leurs propres réseaux, grâce à leur investissement personnel et à leurs sponsors ponctuels. De même, la Fondation d'Istanbul pour la Culture et les Arts (IKSV) a immédiatement répondu à cette opportunité en prenant l'initiative d'organiser des programmes d'envergure à l'étranger mettant en scène la culture contemporaine turque, tels que imdi ! Now ! à Berlin et Stuttgart en 2004 et 2005, et Turkey Now ! à Amsterdam et Rotterdam en 2007. Ces événements ont pu voir le jour grâce à des sponsors européens et turcs, des subventions et bourses d'institutions publiques européennes, et accessoirement grâce au soutien du Ministère des affaires étrangères.

Le programme Culture lance régulièrement des appels à proposition ou des appels d'offres ouverts adressés à l'ensemble de la population européenne. Ces appels sont parfois ouverts à la Turquie. Un artiste qui voudra prétendre à des subventions communautaires devra s'adresser à son point de contact national, soit le Relais Culture Europe106(*) en France, et le Kültürel irtibat noktasý107(*) en Turquie.

C'est le programme Culture qui finance les un million et demi d'euros accordés à chaque Capitale européenne de la culture.

2.1.2. Capitales européennes de la culture

Les fonds communautaires pour la culture se matérialisent par l'attribution d'un prix pour les villes européennes d'une Europe géographiquement élargie, qui porteront le titre de Capitale européenne de la culture. C'est le cas des villes d'Istanbul et de Marseille, respectivement en 2010 et 2013. Le prix d'un million et demi euros est attribué à la future capitale européenne trois mois avant sa « mandature » sous réserve que toutes les conditions requises aient été remplies pendant la phase de préparation.

Le complément du financement pour Istanbul 2010 provient des autorités nationales turques, et de nombreux sponsors. Un décret a d'ailleurs été publié par le Ministère des finances en janvier 2008  pour faire bénéficier de réductions d'impôts tous les frais engagés par des mécènes ou sponsors pour Istanbul 2010. La directrice des arts visuels d'Istanbul 2010 est Beral Madra, commissaire d'exposition renommée. Après avoir dressé le constat que c'était les arts visuels contemporains qui souffraient le plus de la mauvaise diffusion artistique existante en Turquie, elle a orienté l'action d'Istanbul 2010 dans ce domaine selon les objectifs suivants:

· Faciliter la création d'oeuvres d'art selon l'esthétique et les styles actuellement en vigueur sur la scène artistique internationale

· Préparer un atelier et des lieux de travail nécessaires à cela

· Consolider la collaboration avec les écoles d'art et les points de convergence culturelle internationale

· Soutenir dans le cadre d'Istanbul 2010 des projets interactifs et viables pour transmettre au grand public des connaissances sur l'art contemporain.108(*)

Sept projets majeurs seront porteurs des événements relatifs à l'art contemporain. Ces projets sont pensés de façon viable et aboutiront notamment à la formation d'un réseau international et d'une plateforme d'échange et de création liant art et technologie109(*), au développement de relations privilégiées entre certains quartiers d'Istanbul et d'autres quartiers de villes étrangères110(*), ou entre les artistes locaux et les artistes européens qui travailleront sur le thème d'Istanbul111(*). Le projet Lives and Works in Istanbul invite dix artistes de l'Union européenne à venir travailler à Istanbul en collaboration avec cent artistes locaux. Il est possible que ce projet se déroule en partenariat avec l'Institut culturel français d'Istanbul. Certains projets vont investir les quartiers, Portable art va introduire l'art et exposer dans trente-neuf quartiers d'Istanbul et Visibility envahira le quartier de Galata et travaillera sur le thème de la visibilité de l'art. The Anatolian enlightment of Art étudiera l'influence de l'art anatolien sur l'art contemporain turc, tout en le promouvant à Istanbul d'abord, puis dans le monde.

L'opinion publique à propos d'Istanbul 2010 reste mitigée. De manière générale, le scepticisme règne quant à la programmation et à l'impact d'Istanbul 2010 sur la ville. La population stambouliote et les acteurs culturels locaux ne nourrissent pas d'espérance particulière et attendent de voir avant de se prononcer. Beaucoup d'employés de l'équipe initiale d'Istanbul 2010 ont quitté l'agence parce qu'ils auraient été mécontents de l'orientation que prenait Istanbul 2010 de la présence étouffante des autorités publiques, et du manque de communication au sein même de l'agence.

Cependant, Istanbul 2010 aura forcément au moins pour conséquence de renforcer les liens culturels de la capitale économique turque avec le reste de l'Europe. Le pilotage de la candidature d'Istanbul dans les années 2000-2007 pour le titre de Capitale européenne de la culture a permis à IKSV de se rapprocher des institutions culturelles européennes et de tisser des liens qui laissent entrevoir des échanges culturels accrus à l'avenir. C'est d'ailleurs IKSV qui est responsable des relations franco-turques à l'occasion de la saison culturelle turque en France.

L'erreur à ne pas commettre serait de concentrer les activités culturelles dans les zones touristiques d'Istanbul (Beyoðlu, Sultanahmet et Kadýköy), qui monopolisent déjà l'actualité artistique, et de privilégier ainsi le tourisme au détriment de la population locale des autres quartiers où il ne se passe rien.

Le projet de Marseille Provence 2013112(*) se développe à partir de l'élaboration d' « Ateliers de l'Euroméditerranée ». Le projet consiste en la création d'environ deux cent cinquante ateliers culturels et artistiques dans toute la zone de Marseille - Provence, soit tout le Pays d'Aix, dont les plus professionnels intégreront les Ateliers de l'Euroméditerranée. La programmation se déroulera autour de deux axes : Le partage des midis et La cité radieuse. Marseille 13 veut promouvoir l'art contemporain de la région méditerranéenne et faciliter la circulation des oeuvres, afin de casser le cliché d'une Provence patrimoniale. En ce qui concerne les arts visuels, entre autres projets sont prévus: des commandes effectuées aux artistes locaux et européens pour intégrer l'art dans l'espace urbain ; un partenariat avec la Slovaquie, autre capitale européenne de la culture 2013; les nouvelles technologies dont l'holographie seront mises à l'honneur ; des projections d'oeuvres numériques seront 24h/24h sur le rempart du fort Saint Nicolas ; une « fête foraine contemporaine » sous forme de parcours sensoriel réunissant une quinzaine de commandes ; une exposition sur la femme; une exposition rétrospective de la Cirva des oeuvres produites dans ses locaux depuis 1986 ; le Frac en partenariat avec Art'ccessible mettra en place une galerie ambulante dans un camion qui ira jusqu'en Italie développer un projet curatorial réunissant des commissaires d'exposition français et italiens.

Les appels à projet et les commandes sont lancés dès à présent et disponibles sur le site Internet de Marseille Provence 2013.

Istanbul 2010 et Marseille 2013 ont également des intentions communes. Des projets sont engagés via la Friche de la Belle de Mai, Santral Istanbul, IKSV et Garaj Istanbul dans différents domaines: les musiques actuelles, la gastronomie, le football, l'éducation artistique dans les lycées mais aussi celui de l'échange d'artistes en résidence.

* 30 www.k2org.com

* 31 www.sinopale.com

* 32 www.diyarbakirsanat.org

* 33 Dragan Klaic, « Istanbul's Cultural Constellation and Its European Prospects ».

* 34 Voir p.28

* 35 Voir p.39

* 36 Guy Amsellem, « Art contemporain, un choix de 200 oeuvres du Fonds national d'art contemporain (1985-1999) », Editions du Chêne - Hachette livre, 2001.

* 37 www.cnap.fr

* 38 Voir communiqué du Ministère de la Culture et de la Communication « 34 oeuvres d'art contemporain de 30 artistes acquises à 23 galeries par l'État pour les collections publiques à l'occasion de la 35e édition de la FIAC », www.culture.gouv.tr.

* 39 www.fiac.com

* 40 Art Attitude Hervé Bize de Nancy et Cortex Athletico de Bordeaux.

* 41 Le Cnap est né de la Division des beaux-arts des sciences et des spectacles, elle-même née de la Surintendance royale créée en 1791.

* 42 www.cnap.culture.gouv.fr

* 43 www.galerieofmarseille.com

* 44 Image et légende prises sur www.galerieofmarseille.com

* 45 Anciennement intitulés Les Cahiers du Fonds national d'art contemporain.

* 46 www.education.arts.culture.fr

* 47 www.culture.gouv.fr

* 48 Image prise sur le site du Ministère de la culture et de la communication.

* 49 www.paca.culture.gouv.fr

* 50 L'école supérieure d'art d'Aix-en-Provence, l'Ecole d'art d'Avignon, l'Ecole d'art de Toulon, l'Ecole supérieure des Beaux-arts de Marseille (écoles municipales), l'Ecole nationale supérieure de la photographie d'Arles et la Villa Arson à Nice (écoles nationales).

* 51 Sa récente participation à la Conferência de Design au Portugal le 24 mars 2009 en témoigne.

* 52 Le Centre d'Art Informel de Recherches sur la Nature à Digne, l'Espace de l'Art concret à Mouans-Sartoux, la Villa Arson à Nice, la Collection Lambert en Avignon, la Villa Noailles à Hyères et le Cirva à Marseille.

* 53 Pour en savoir plus, « Cirva » Françoise Guichon, Mona Thomas, éditions Xavier Barral, 2007.

* 54 www.doucmentsdartistes.org

* 55 Vingt ans après cette exposition « Europe unknown », destinée à représenter l'art de la jeunesse de l'Europe élargie après la chute du mur de Berlin et donc de barrières géopolitiques qui divisaient le continent, a lieu « Europe XXL » à Lille du 14 mars au 12 juillet 2009. Vingt après donc, cette volonté de rassembler les différentes cultures d'une grande Europe est toujours là.

* 56 http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/

* 57 www.culturesfrance.com

* 58 Alterego (www.alterego-europe.fr) premier projet de ce type retenu par la Commission européenne.

* 59 www.alliancefr.org

* 60www.alliancefrmarseille.org

* 61 Le rapport de Jobbé-Duval est téléchargeable à cette adresse : http://www.culture.gouv.fr/culture/actualites/communiq/albanel/33propos.pdf

* 62 Istanbul Kültür Sanat Vakfý.

* 63 www.kultursanat.org

* 64 Soit le musée Miniaturk, la Citerne Basilique, la salle de concert Cemal Re°it Rey et ses bureaux, la Librairie d'Istanbul qui rassemble toutes les ressources bibliographiques sur Istanbul, et les centres culturels de Mecidiyeköy, de Tarýk Zafer Tunaya, et d'dris Güllüce.

* 65 Le préau des Accoules, le Musée des Beaux-Arts, le Musée Cantini, le Musée Grobet-Labadié, le Musée d'Histoire de Marseille, le Musée d'Arts africain, océanien et amérindien, le Musée d'Art Contemporain, le Mémorial des camps de la mort, le Musée de la Mode, le Musée de la Moto, le Musée d'Archéologie méditerranéenne, le Musée de la Faïence, le Musée des Docks romains et le Musée du Vieux-Marseille.

* 66 Les artistes les plus représentés sont Errò, César, Raymond Hains, Claude Viallat, Daniel Dezeuze, Toni Grand, Chris Burden, Gina Pane, François Morrelet, Michelangelo Pistoletto, Suzanne Lafont et Michèle Sylvander.

* 67 Introduit par la loi du 4 janvier 2002 relative aux musées de France.

* 68 Sur son site Internet www.marseille.fr

* 69 Cette année a lieu la 14ième édition de la BJCEM à Skopje en Macédoine.

* 70 www.bjcem.org

* 71 www.cg13.fr

* 72 Jusqu'au 28 juin, Identités de femmes, exposition photographique de Florence Chevallier et Aurore Valade.

* 73 www.régionpaca.fr

* 74 Le projet retenu pour la réalisation du bâtiment est celui du japonais Kengo Kuma.

* 75 www.régionpaca.fr

* 76 www.fracpaca.org

* 77 Guy Amsellem, délégué aux arts plastiques en 1999 « Collection 1989/1999 , Frac Provence-Alpes-Côte d'Azur », Actes Sud/ Frac PACA, 2000.

* 78 Christian Martin, président du Frac Paca en 1999 « Collection 1989/1999 , Frac Provence-Alpes-Côte d'Azur », Actes Sud/ Frac PACA, 2000.

* 79 Renée Lévi et Mario Prassinos.

* 80 Rapport d'activités 2008, Frac PACA, 2009.

* 81 Idem

* 82 Idem

* 83 www.frac-platform.com

* 84 www.arcade-paca.com

* 85 www.atelierdevisu.fr

* 86 www.asterides.org

* 87 www.rlbq.com

* 88 www.marseilleexpos.com

* 89 Atelier de visu, Buy-Sellf Art Club, Château de Servières, la Compagnie, FRAC Provence Alpes Côte d'Azur, Galerieofmarseille, galerie Athanor, galerie Bonneau-Samanes, Astérides, Sextant et plus, Triangle, Art-Cade, galerie Dukan&Hourdequin, galerie HO, galerie porte avion, SMP, galerie Territoires partagés, la Traverse, Où, Vol de nuits, RLBQ.

* 90 www.art-o-rama.fr

* 91 www.galerieho.com

* 92 www.histoiredeloeil.com

* 93www.musee-europemediterranee.org

* 94 «Post-peripheral flux, a decade of contemporary art in Istanbul», 1996, p.20, Beral Madra.

* 95 Les centres culturels étrangers d'Autriche, du Canada, de France, de Pologne et de Yougoslavie ont financé des expositions de la première biennale d'Istanbul.

* 96 www.infist.org

* 97 www.goethe.de/istanbul

* 98 www.iicistanbul.esteri.it

* 99 www.estambul.cervantes.es/tr

* 100 www.ec.europa.eu/culture

* 101 www.artdanslacite.asso.fr

* 102 Récemment, l'Imç 5533 a réunit dans ses locaux la plupart des lieux indépendants d'Istanbul pour une exposition qui présentait ces différents espaces.

* 103 Voir interview en annexe p.78

* 104 Voir interview en annexe p.71

* 105 Avrupa Kültür Derneði, www.europist.net/akd

* 106 www.relais-culture-europe.org

* 107 www.ccp.kulturturizm.gov.tr

* 108 Traduit du site d'Istanbul 2010.

* 109 Amber - Arts and Technology platform.

* 110 Between neighbours, les premiers quartiers à participer seront Cihangir à Istanbul et Mitte à Berlin.

* 111 Artists meet: Artists from Istanbul meet artists from sister cities.

* 112 www.marseille-provence2013.fr

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