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Les acteurs de l'art contemporain à  Marseille et à  Istanbul

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par Fanny Roustan
Université Paul Cézanne Aix-Marseille III, IMPGT - Master 2 de Management des Organisations et des Manifestations culturelles 2009
  

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Conclusion :

Les coutumes administratives et politiques de la France et de la Turquie ont pour conséquence une gestion culturelle peu semblable dans les deux pays, notamment de par les sources de financement. Les acteurs culturels de l'art contemporain à Istanbul, métropole dynamique empreinte d'un fort libéralisme, ne jouent en aucun cas le rôle de service public. Certains d'entre eux doivent leur existence au souci de responsabilité sociale d'une entreprise attachée à l'image qu'elle transmet. D'autres, une flopée de galeries, sont nés d'une vocation commerciale. D'autres encore, qui se multiplient, les espaces indépendants ou initiatives d'artistes, vivent petitement sur des capitaux propres ou se tournent vers les possibilités de fonds communautaires.

L'Etat, pour qui culture est synonyme de tourisme, se désintéresse de ce qui a trait à l'art. En France, les orientations artistiques font partie de l'agenda politique et du budget de l'Etat. Les acteurs marseillais de l'art contemporain peuvent bénéficier de fonds publics, qu'il s'agisse de subventions locales ou nationales. L'Etat est une sorte d'interface entre le projet d'un artiste et les fonds qui seront nécessaire à sa réalisation. Il assure son rôle de service public et s'implique dans l'éducation artistique de la population. Le degré de motivation n'est pourtant pas le même dans les milieux artistiques stambouliote et marseillais. Travailler dans le secteur de l'art contemporain à Istanbul est un choix et requiert une grande volonté pour se constituer, survivre et s'imposer. En découle un dynamisme énergisant dans le milieu. Il arrive en revanche de se retrouver en France face à un employé de la fonction publique affecté à un poste relatif au domaine de l'art, qui ne semble représenter aucune espèce d'intérêt pour lui.

Les opérateurs artistiques marseillais ont le mérite de s'organiser en réseau, tel que le collectif d'association Marseille expos, et de faire preuve de coopération, ce qui manque cruellement à Istanbul. La collaboration entre les diverses structures d'art contemporain stambouliotes se manifeste au maximum au prêt de matériel à l'occasion d'un événement. Qu'il s'agisse de partenariats public-privé, professionnels-amateurs, avec des lieux dévoués à d'autres disciplines artistiques, ou universités, les relations sont quasiment inexistantes. On ressent une sorte de mise en concurrence involontaire des diverses structures, pour une même audience, pour des mêmes partenaires étrangers, pour les mêmes maigres ressources.

L'ambition à Istanbul n'est pas de brasser un public large, telle qu'elle peut l'être à Marseille comme on l'observe à travers les moyens de communication utilisés et de l'utilisation de subventions publiques dans la plupart des projets artistiques, impliquant le devoir d'une diffusion la plus large possible. Les supports de communication se réduisent à l'envoi de courriels à une liste de contacts, un public averti. Les médias ajoutent au cloisonnement de l'art contemporain en s'y désintéressant complètement. Le public marseillais, lui, ne se sent pas exclu devant un art qui lui est étranger, et qui pourrait apparaître au visiteur turc comme marginal ou élitiste.

Les institutions d'art contemporain à Istanbul gagneraient à s'engager dans des partenariats horizontaux, surtout en ce qui concerne les petites structures, vitales d'un point de vue créatif, afin de profiter d'une mise en commun de leurs moyens, réseau, expérience et initiatives. Il ne semble pas indispensable d'établir un dialogue avec les institutions publiques, qui, même si elles se résolvaient à prendre en considération l'art contemporain par le biais de subventions, ne manqueraient pas d'apporter toutes sortes de restrictions. L'art contemporain à Istanbul est libre dans la mesure où il est détaché de l'Etat. Le manque de ressources pour les petites structures comme les initiatives d'artistes permettent de ne pas prendre de risques. Que leur projet, événement, ou exposition soit un échec ou un succès, cela ne comportera pas de conséquences économiques pouvant affecter la vie du lieu. En revanche, une amputation du budget des institutions plus importantes peut mener à l'annulation de leur programmation compte tenu de l'interdépendance de l'un envers l'autre. Les petites structures d'art contemporain à Istanbul, insensibles aux fluctuations du marché et aux tendances gouvernementales, me semblent donc être les plus adaptées à l'environnement stambouliote, pourvu qu'à l'avenir, elles fassent preuve de plus de solidarité, d'une meilleure organisation en interne, planifient une mise en réseau sur le long terme, et se développent. Ceci est acquis pour les lieux d'art contemporain à Marseille. Il leur manque par ailleurs une alternative aux fonds publics, qui peuvent diminuer selon les priorités politiques ou ont tendance à délaisser les petites initiatives pour les projets prestigieux. Le mécénat existe mais n'est pas inscrit profondément dans les mentalités, il serait judicieux d'en populariser l'idée.

Le manque de moyens n'est par ailleurs pas un obstacle à la créativité, je dirais même que moins de moyens pousse à plus de créativité.

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