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Exploitation artisanale de l'or dans le processus de mutation socioéconomique à  Hiré (sud Bandama Côte d'Ivoire)

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par Kouassi Nicolas KOUADIO
Université de Bouaké (Côte d'Ivoire) - D.E.A (diplôme d'études approfondies) Sociologie 2008
  

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INTRODUCTION GENERALE

1- Contexte et constats de recherche

Située dans la région du Sud-Bandama, la commune rurale de HIRE-Watta se trouve sur l'axe Divo-Oumé, précisément à 45 km de Divo (Chef lieu de région) et à 29 km d'OUME. A l'instar de toutes les localités de cette région, l'activité économique de Hiré est dominée par l'agriculture de plantation principalement la culture de café et de cacao. C'est cette pratique économique qui d'ailleurs a occasionné le peuplement de cette commune. Dès 1920, se font les premiers mouvements migratoires vers le petit village Hiré-Watta. La raison de cette première vague migratoire était d'abord la recherche et l'exploitation de l'or. Les migrants étaient originaires du Centre et du Nord du pays (Baoulé et Dioula). Ils se sont donc livrés à l'exploitation artisanale de l'or. Mais les colons s'étant aperçus de la richesse de cette localité en or s'y sont installés pour mener une exploitation de type semi-industriel mettant ainsi fin à l'orpaillage. Les populations, surtout les migrants baoulé se reconvertissent dès lors, en planteurs de café et cacao, vu que les terres de Hiré sont propices à la culture de ces produits. Les premiers champs de café et de cacao sont ainsi créés. L'embellie économique que connaît les pionniers de cette économie de plantation a provoqué l'intensification des flux migratoires suivant le modèle ivoirien de l'agriculture cacaoyère (RUF : 1994). Hiré, devient dès lors, avec toute la région de Divo le troisième front pionniers de la cacao culture en côte d'Ivoire à partir des années 1930 (Eric et Patrice : 2005). Le développement du petit village Dida est ainsi amorcé. Il devient une circonscription sous-préfectorale en 1977 puis une commune rurale en 1985, suivi de la création d'infrastructures éducatives et hospitalières.

Cependant, depuis quelques années, cette économie de plantation cacaoyère à Hiré est en crise à l'image de tout le pays. Plusieurs facteurs sont avancés pour expliquer cette situation de récession cacaoyère. On peut citer entre autres le désengagement de l'Etat (Ahanda : 2000), le démantèlement en Janvier 1999 de la caisse locale de stabilisation et la libéralisation totale et effective du marché du cacao le 12 Août de la même année (Kouamé 2007). On a aussi la baisse constante des prix aux producteurs à partir de 1988 (Eric : 1997) et la dissolution des rentes différentielles associées au milieu forestier (Ruf : 1987) ; sans oublier le vieillissement des vergers (Eric : 2005). Cette dégradation de l'environnement économique et écologique a conduit à remettre en question les bases techniques et sociales du modèle pionnier d'exploitation agricole. Face à la baisse constante du revenu aux producteurs, des stratégies de diversification des ressources financières sont mises en place par ces derniers. Ainsi, concernant le cas de la crise agricole au Nord du pays LABAZERE (1997) constate la naissance de petites et moyennes activités de production et d'échange qui occupent les 2/3 des activités avec en prime la croissance du commerce (46%). Dans les zones forestières du Sud avec l'économie de plantation, on assiste plutôt à une réorientation des planteurs vers la diversification des cultures pérennes (hévéa, palmier à huile,..), l'accroissement de la production vivrière à des fins de commercialisation, et le repli sur la main-d'oeuvre familiale (Eric et Patrice, opcit). La population de Hiré s'est inscrite dans cette dernière option stratégique d'adaptation dès les premières heures de la crise dans la filière cacao.

Cependant, depuis l'an 2006, avec le début des travaux d'exploitation industrielle de l'or à Hiré ; il se développe parallèlement, une nouvelle activité aurifère artisanale. Cette activité est une aubaine pour la population en quête d'une économie de subsistance. Elle est devenue depuis ce temps, la nouvelle stratégie pour amortir la crise économique qui sévit à Hiré. Ce sont en effet, des femmes, des jeunes, des adolescents et à une certaine mesure des hommes chefs de familles qui se ruent chaque jour sur les sites d'exploitation. Cette ruée ne se fait sans avoir des incidences sur l'ordre économique et social existant. La nouvelle orientation de la population vers l'orpaillage a induit un changement notable dans sa structure socioéconomique, dans la mesure où l'on passe d'une économie essentiellement agricole à une économie tournée vers l'exploitation minière. Dans ce nouveau contexte, deux constats majeurs fondent l'entreprise de cette recherche sur une analyse du changement social basé sur le passage d'une économie agricole de plantation à une économie tournée vers l'exploitation minière et les activités.

Constat 1 : la capacité d'adaptation de la population.

Traditionnellement, on assistait à une spécialisation économique par groupes d'acteurs sociaux à Hiré. Bien que l'économie de plantation cacaoyère fût la plus pratiquée, il existait à côté, d'autres activités telles que le commerce et les petits métiers. Toutes ces activités sont guidées par les variations de la dynamique de l'économie cacaoyère. Depuis la crise de l'économie de plantation, on assiste à la tendance à une pluriactivité. De plus en plus, les acteurs sociaux développent à côté de l'activité principale une autre de soudure. Ainsi, il se développait pendant les périodes creuses de l'économie cacaoyère, la culture de vivriers à but d'autoconsommation et commerciale (maïs, riz, igname, manioc...). Cependant, depuis un certain temps, l'exploitation artisanale de l'or se substitue de façon significative aux stratégies de subsistance existantes. Cette situation engendre des nouvelles recompositions dans les habitudes économiques de la population. Cela se traduit par :

- L'abandon des champs

- La diminution des surfaces cultivées surtout celles réservées aux cultures vivrières ;

- La fermeture périodique des ateliers de couture, de mécanique (moto et vélo)

- L'arrêt momentané de certaines activités commerciales ;

- La baisse constante de l'offre de la main d'oeuvre agricole au détriment de l'orpaillage.

Face à cette réalité, les questions que nous nous posons sont de savoir : qu'est ce qui explique l'orientation de la population vers l'orpaillage ? Quelles incidences l'orpaillage a - t -il eu sur les recompositions à l'oeuvre ?

La stratégie de subsistance étant tournée vers la culture de produits vivriers, quel est l'impact de cette nouvelle activité sur la sécurité alimentaire à Hiré ? Comment les populations s'organisent-elles pour s'adapter à cette nouvelle situation ?

Constat 2 : contestations récurrentes de l'autorité des responsables de groupes

domestiques.

L'exploitation artisanale de l'or suscite des bouleversements profonds dans l'organisation sociale chez les acteurs. Ces bouleversements se traduisent par la désorganisation de la hiérarchie sociale existante. En effet, dans les conditions normales de la vie sociale, la production de l'économie de plantation se fait sous la direction du chef de ménage (Eric et Vimard, opcit). Il mobilise donc son groupe domestique et se fait aider aussi par des main- d'oeuvres salariées.

C'est lui qui est l'autorité de l'unité de production. Il fixe les objectifs et les méthodes ou voies pour les atteindre. C'est lui également qui assure la redistribution des biens obtenus par l'ensemble, à chaque membre de la famille. Dans un contexte de crise de l'économie de plantation, les stratégies des planteurs (chefs de groupes domestiques) est la réduction sensible des niveaux de la main-d'oeuvre extérieure. Le métayage au tiers, qui permet au planteur de transférer sur sa main-d'oeuvre une part proportionnelle du risque économique, est devenu le rapport de production dominant. Mais du fait de l'accentuation de la crise, cette pratique tend elle aussi à son tour à disparaître. Car ceux-ci ne supportent plus de travailler à perte vue l'état de vieillissement des plantations et la baisse graduelle de la production. Face à cette situation, les planteurs se tournent vers la main-d'oeuvre domestique, c'est-à-dire leurs femmes et leurs enfants (Eric et Vimard: opcit). Or c'est cette main-d'oeuvre qui est aujourd'hui attirée par l'orpaillage. Cela crée des conflits au sein de la cellule familiale.

Ainsi, il est rapporté de façon récurrente des cas d'insoumission d'épouses ou d'enfants. Ceux-ci se livrent à l'exploitation artisanale de l'or pour leur propre compte et cela au détriment des activités économiques de la famille. Cette situation inhabituelle a conduit même des chefs de ménages à entreprendre des démarches auprès de l'autorité municipale en vue de la fermeture des sites d'exploitation. Ce constat nous pousse aux questions suivantes :

Quel est l'impact de ces conflits d'autorité sur l'organisation et l'unité de la cellule familiale ? En terme plus clair, comment se manifestent ces conflits et quel est le lien avec l'extraction artisanale de l'or ?

2- Définition des mots clés du sujet

2-1- Exploitation traditionnelle ou artisanale ou encore orpaillage.

Selon le code Minier ivoirien, en son article premier, l'exploitation traditionnelle ou artisanale est toute exploitation dont les activités consistent à extraire et concentrer les substances minérales et à en récupérer les produits marchands par les méthodes et procédés manuels et traditionnels. Un article du département des affaires économiques et sociales des Nation Unies ajoute que, l'exploitation artisanale c'est l'utilisation directe de l'énergie humaine dans l'extraction des minerais. Le terme orpaillage est souvent utilisé pour désigner l'exploitation traditionnelle ou artisanale de l'or. Pour certains le terme orpaillage tire son origine étymologique du mot « harpailler » qui signifie en anciens français, saisir, attraper (ORRU : opcit). Pour d'autre, il vient du mot paille, en référence à la paille que les chercheurs d'or d'antan plaçaient sous les riffles pour piéger l'or (POLIDORI : 2001) Cette image autrefois assez représentative du caractère artisanale de cette branche de l'activité est aujourd'hui quelque peu désuète, du reste dans certains pays européens. Car les moins fortunés des orpailleurs de ces régions disposent des moyens techniques modernes (pompe à gravier détecteur de métaux etc.) pour déceler et extrait l'or. Cependant en Afrique les orpailleurs continuent d'utiliser les moyens et les méthodes anciens. Le terme d'orpaillage trouve donc ici tous son sens. On retient que l'exploitation artisanale de l'or est une activité qui se fait sans l'utilisation de moyens techniques (machines) ou du moins à un degré moindre. Dans le dernier cas on parle d'exploitation semi-industrielle ou semi-traditionnelle. Dans le cas des sites d'orpaillage de Hiré, la grande partie des orpailleurs n'utilisent pas de machines, seule une unité de production possède une moto- pompe.

2-2- Mutation socio-économique

La mutation est le passage d'un mode de vie, d'une façon de faire à une autre. C'est un changement inattendu ou rapide, par opposition à une évolution plus lente (GRAWITZ : 1991). L'implantation de l'usine d'exploitation industrielle de l'or à Hiré en 2006 a modifié les pratiques socio-économiques de la population. Le fonctionnement de cette usine a occasionné l'essor de l'exploitation de type artisanal. La population exerce cette activité au détriment des autres. Les rapports de production économique au sein de la famille sont aussi mis à mal. Le terme ``changement'' est aussi utilisé comme synonyme de ``mutation''. Le changement social vise toute transformation observable dans le temps. Il affecte de façon durable la structure ou le fonctionnement de l'organisation sociale. Il permet de tenir compte de la nature de la réalité toujours mouvante de la société. Dans le cadre de cette étude, le changement observé est le passage d'une économie agricole à une économie basée sur l'exploitation des minerais. Cette nouvelle orientation de l'économie, entraine des mutations dans l'organisation socio-économique de la population.

3- Problématique

3-1- Questions et objectifs de recherche.

La question centrale qui guide de cette recherche est la suivante :

Comment l'extraction artisanale de l'or a- t- elle contribué à modifier ou à amplifier les recompositions sociales induites localement par la crise de l'économie de plantation villageoise ?

Cette étude a pour objectif général de montrer comment l'exploitation artisanale de l'or a provoqué des changements dans la recomposition sociale et économique en vigueur à Hiré.

Pour atteindre cet objectif général, nous nous attacherons de façon spécifique à :

- Identifier les raisons de l'orientation de la population vers l'orpaillage.

- Déterminer les incidences de l'exploitation artisanale de l'or sur les

pratiques économiques en vigueur.

- Montrer le rôle de l'orpaillage dans la naissance des conflits d'autorité et

son impact sur l'organisation et l'équilibre de la cellule familiale.

- Accessoirement, indiquer les risques sanitaires et environnementaux

occasionnés par l'orpaillage.

3-2- Thèse et Hypothèse provisoires.

3-2-1- Thèse provisoire.

La thèse provisoire de la recherche est la suivante :

La pratique de l'exploitation artisanale de l'or a occasionné des changements dans la structure sociale et économique par son adoption au sein de la population de Hiré.

3-2-2- Hypothèses

Hypothèse 1 : La ruée de la population vers l'orpaillage s'explique par la capacité de cette activité à fournir un revenu rapide.

Hypothèse 2 : L'orientation de la population vers l'exploitation artisanale de l'or a conduit à l'abandon ou à la négligence de la production vivrière, ce qui provoque la cherté de la vie à Hiré.

· Nous entendons par ``cherté de la vie'' la hausse des prix des denrées alimentaires qui passent parfois du simple au double.

Hypothèse 3 : L'indépendance économique des personnes à charge des chefs de groupes domestiques occasionnée par l'orpaillage engendre des conflits d'autorité et un déséquilibre familial.

· Nous entendons par indépendance économique des personnes à charge, la capacité de ceux-ci à entreprendre une activité économique sans l'intervention du chef de famille. En effet l'essor de l'exploitation artisanale de l'or a permis à des jeunes et des femmes d'entreprendre à leur propre compte une activité économique.

· Les personnes à charge sont celles qui dépendent de l'unité de production familiale, qui y participent et qui sont placées sous l'autorité directe du chef de groupe domestique. Elles sont essentiellement composées de femmes, des enfants et quelques membres de la famille élargie.

· Les conflits d'autorité sont des désaccords entre les aînés sociaux et les cadets. Ces conflits se manifestent souvent par l'insoumission des cadets, le refus pour certains chefs de famille d'exercer leurs responsabilités (scolarisation, dépenses familiales..). Ces conflits d'autorité conduisent aussi au déséquilibre de l'ordre familial (divorces, menaces verbales et quelque fois corporelle, expulsion ou répudiation des enfants ou des femmes...).

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