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L'être en devenir, considérations aristotéliciennes sur le devenir

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par Martin MBENDE
Grand séminaire philosophat Paul VI Bafoussam, Cameroun - Graduat de philosophie 2008
  

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CHAPITRE II : REFUTATIONS ARISTOTELICIENNES DES CONCEPTIONS HERACLITEENNES, PARMENIDIENNES ET PLATONICIENNES DU DEVENIR

Introduction

Ce chapitre est entièrement consacré aux différentes critiques formulées par Aristote à l'endroit de ses principaux devanciers sur l'analyse du devenir de l'Etre. En dépit de la solidité de leurs argumentations, le père du péripatétisme se propose de mettre en lumière les failles de leurs réflexions. Ainsi va t-il critiquer entre autre chez Héraclite sa théorie de flux universel et de la continuité du mouvement, chez Parménide et son école leur impossibilité à concevoir le mouvement de l'Etre tant du point de vue physique que prédicatif et enfin chez Platon, sa théorie de la participation et du paradigmatisme des Idées ainsi que leur causalité.

I. Critique de Héraclite

1. Impossibilité de flux universel

Par flux universel, il faut entendre un mouvement illimité qui affecte la totalité du cosmos. Le premier à s'ahurir devant une telle appréhension du devenir fut sans doute Platon. Préoccupé de fonder une science des phénomènes, il comprit très vite qu'il n'y a pas de science là où les choses sont dépourvues de toute stabilité. En effet, le monde de Héraclite voué à un perpétuel écoulement, se prêtait mal comme support à cette science et la solution platonicienne consista à s'évader de ce monde tel qu'il l'affirme lui-même dans le Théétète,47(*) pour conquérir un monde intelligible séparé de celui-ci, où les Idées auraient pour principal attribut l'immuabilité.

Pour Aristote, comme le remarque si bien Bréhier, la conquête d'un monde intelligible n'est pas nécessaire car, « il n'y a point de flux universel : il n'y a qu'une collection de mouvements, dont chacun est limité d'une manière précise par un état initial et un état final. »48(*) Précisément, c'est dire que « tout changement va de quelque chose vers quelque chose. »49(*) Aristote circonscrit ainsi le mouvement entre un état initial et un état final. Par là, il ruine l'idée de flux universel qu'avait formulée Héraclite et énonce en même temps la possibilité d'une science du mouvement. Il observe en outre que le mouvement ne peut être continu : il est plutôt discontinu.

2. Discontinuité du mouvement

Pour Aristote, le mouvement est le propre des êtres naturels à des degrés divers. Cependant, il ne faut pas entendre par là que toute chose de la nature est continuellement en mouvement. Ce serait en effet donner raison aux propos de Héraclite contre lesquels s'insurge justement Aristote. Il écrit à ce sujet : « Il est assurément nécessaire, ou bien que tout soit toujours en repos, ou bien que tout soit toujours en mouvement, ou bien que certaines choses soient en mouvement, les autres en repos. »50(*) C'est dans cette logique que s'inscrit Aubenque lorsque partageant le point de vue d'Aristote, il déclare : « Les réalités de notre monde ne sont ni toujours immobiles ni toujours en mouvement, mais elles sont tantôt en repos, tantôt en mouvement. »51(*) Il s'avère ainsi que mouvement et repos participent d'un même genre : celui de la mobilité. Par conséquent, la nature qui est principe de mouvement est aussi principe de repos.52(*)

Comme nous pouvons le constater, à la continuité des mouvements naturels qu'avait affirmée Héraclite, Aristote oppose la discontinuité de ceux-ci par le fait qu'ils s'acheminent vers leurs lieux de repos. Toutefois, ce repos n'est pas suppression totale du mouvement, mais « arrêt provisoire du mouvement précédent, attente du mouvement suivant. »53(*) Par ailleurs, Aristote reconnaît que pris dans sa globalité, le mouvement du monde est à tout égard continu. En effet, il y a toujours un aspect du monde qui est en mouvement lorsque d'autres sont au repos. Nous pouvons alors conclure que ce que Héraclite n'avait pas compris et que Aristote met ici en évidence, c'est que la continuité du mouvement global du cosmos masque en fait celui discontinu de ses parties.54(*) A ce propos, les éléates n'avaient donc pas raison de considérer l'Etre uniquement au repos, de lui soustraire toute possibilité de devenir.

* 47 PLATON, Théétète, 176 a.

* 48 BREHIER E., op. cit., p. 184.

* 49 ARISTOTE, La physique, V, 244 b, 1.

* 50 Ibid., VIII, 3.

* 51 AUBENQUE P., op. cit., p. 425.

* 52 ARISTOTE, La physique, II, 1, 192 b, 21.

* 53 AUBENQUE P., op. cit., p. 426.

* 54 ARISTOTE, Métaphysique, ë, 6, 1071 b, 8.

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