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Le Bien chez Saint- Thomas d'Aquin


par Vivien Hoch
Institut catholique de Paris - Licence 2008
  

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Le bien pour l'homme

chez Saint Thomas d'Aquin

SOMMAIRE

INTRODUCTION

I) CONTEXTE MÉTAPHYSIQUE DE LA NOTION TRANSCENDANTALE DE BIEN

a) le cadre théologico-métaphysique de la morale

b) Statut de la créature raisonnable : son auto-nomie

c) L'analogie de l'être

d) Le Bien comme notion transcendantale

II) L'ACTE HUMAIN (ACTUS HUMANIS) ET SA BONTÉ

a) Définition de l'acte humain

b) La bonté de l'acte volontaire libre

c) Les vertus

III) LE BIEN EN TANT QUE FIN

a) Le bien sensible

b) Le bien intellectuel

c) Le bien ultime

IV) L'ETRE OBJET D'AMOUR

Le présent travail a été effectué avec les éditions CERF de la "Somme théologique" et de la "Somme contre les Gentils" (traductions collectives) et sur les versions latines éditées par le Saint-Siège : "Opera omnia doctor Thomas Aquinas, issu edita Leonis XIII". Nous nous sommes également appuyés sur les commentaires d'Etienne Gilson dans "le Thomisme" et dans "Saint Thomas moraliste" (éd. VRIN).

Le XIIIème siècle représente aux yeux de beaucoup d'historiens de la philosophie le moment "charnière" du moyen âge, c'est-à-dire celui qui va faire de la philosophie une discipline à part entière, et celui qui va porter au plus haut point spéculatif la doctrine philosophique et théologique de l'Eglise catholique Romaine, dans un considérable travail de synthétisation, à partir de la Révélation Biblique, des Pères de l'Eglise et de la philosophie Grecque telle qu'elle était connue. Saint Thomas d'Aquin en fut un des principaux acteurs, en héritant de la grande nouveauté aristotélicienne enseignée aux étudiants par son maître saint Albert le Grand. Le cadre conceptuel et métaphysique dans lequel vont se développer la réflexion morale et éthique de Saint Thomas d'Aquin est donc cernée par d'un côté la conception judéo-chrétienne d'un monde et d'un individu entièrement soumis à un Dieu tout-puissant qui connaît le monde jusque dans sa contingence, qui connaît parfaitement l'âme humaine jusque dans son inconstance, hérité du péché originel, et qui, en plus d'aider l'homme de manière surnaturelle dans sa vie toute entière, lui promet un bonheur éternel après la mort si ses actes le justifie, et d'un autre côté la vision aristotélicienne de l'homme qui en fait un individu qui ne trouve son mérite que dans un plein épanouissement de son être, par la médiation continuelle de l'acquisition et de la pratique des vertus naturelles, c'est-à-dire ne dépendant que de sa vie temporelle : une culture entièrement fondée sur les ressources naturelles de l'être humain. Ce naturalisme Aristotélicien demeure indifférent, sinon hostile, à la Révélation Biblique. Toutefois, saint Thomas arrivera à dépasser les contradictions apparentes de ces deux sources pour développer une doctrine morale naturelle qui est considérée comme le point culminant de la morale traditionnelle. Ainsi Saint Thomas d'Aquin ne développe pas une morale nouvelle, c'est à dire qu'il ne se repose pas foncièrement sur une anthropologie différente des Grecs anciens, toute ordonnée par la nature et la finalité des choses mais re-situe le cadre cosmologique et métaphysique en Chrétienté, c'est à dire dans un univers orienté et dirigé par un Etre souverainement bon, connaissant souverainement toutes ses contingences et promettant, au moyen de la Révélation Biblique, une nouvelle dimension proprement parfaite pour l'homme ; et il en fait le point culminant de la vie morale dans ce qu'il nomme la vision béatifique.

Le bien pour l'homme n'échappe pas à ces interrogations théologiques : cette vie terrestre n'est pour ainsi dire qu'une étape vers un Bien absolu et éternel ; encore faut-il la vivre et bien la mener : c'est tout le problème de la morale. Bien plus, Saint Thomas d'Aquin conceptualise sa vision optimiste de l'homme et du monde pour faire germer au coeur de la vie morale la possibilité naturelle d'accéder au bonheur, c'est-à-dire sans le secours surnaturel de la Grâce, bien que ce n'est pas sans ce secours que l'homme peut accéder à un bonheur parfait en ce monde. Ainsi, comme il y a une destinée surnaturelle de l'homme, il y a aussi une destinée naturelle : cette destinée est le bonheur, et il consiste à bien agir, c'est-à-dire à agir selon sa nature propre, à se maintenir dans l'ordre naturel des choses, ordre qui ne peut qu'être bon puisqu'il est créé directement par Dieu. C'est donc le rejet de toute artificialité, qu'elle soit individuelle ou collective, et une question d'adaptation de l'homme à lui-même et au monde qui l'entoure : ce n'est que dans cette optique que l'homme fera bien, car il ne tentera pas de se soustraire au gouvernement divin, mais bien plutôt à s'y adapter. Mais la question de l'adaptation à sa propre nature et aux fins qui lui sont préconisées par Dieu Lui-même n'est pas si simple dans les faits, et c'est pourquoi naissent des faits même la nécessité d'une science morale, car oublier la difficulté qu'il y a à vivre avec soi-même, c'est oublier que si l'on ne s'adapte pas à sa propre nature, alors on la subit, et c'est là que l'on agit mal et que de là découle alors toutes les formes passionnelles de la souffrance ou de la tristesse.

Nous avons toutefois cette chance d'avoir une inclination naturelle vers le bien, ou du moins vers ce qui nous semble bien (saint Thomas le retient de l'Ethique à Nicomaque d'Aristote). Cependant une certaine « malchance » est rattachée à cette constatation : l'homme est un être déchu par le péché originel, et c'est saint Paul qui résume le mieux la situation en Romains VII, 15 : "je vois le meilleur (le bien), mais je ne le fais pas" ("Uideo meliora proboque deteriam sequem" trad. Vulgate). Saint Paul sait qu'il doit se fondre dans l'ordre du monde voulu par Dieu mais il n'y arrive pas1(*) (commentaire de l'Epitre aux Romains, 257). Est-ce une impossibilité totale ou contigente ? Est-ce une impossibilité naturelle ou surnaturelle ? Cette problématique intrinsèque à l'homme fait-elle de sa vie une lutte constante avec son incapacité naturelle ou une tragédie fataliste ? Même en dehors de toute considération théologique, force est de constater que l'homme n'est pas toujours entouré de réalités bonnes pour lui, qu'il n'arrive ni à considérer le bien avec le critère de la vérité, ni à y parvenir facilement lorsqu'il a considéré une réalité comme bonne, ni même à en jouir pleinement lorsqu'il l'atteint parfois, le sentiment d'insatisfaction reprenant constamment le dessus2(*). L'étude du bien met particulièrement à jour cette problématique. Dans la perspective de saint Thomas, cela n'est dû ni à une incapacité naturelle, ni à un fatalisme auquel il faut se résigner. Tout le problème se situe dans l'adéquation entre l'homme en tant que corps et l'homme en tant que créature privilégiée par l'Etre souverain. Le "système" moral de saint Thomas fondé sur le naturalisme aristotélicien et ouvert à la destinée surnaturelle chrétienne place directement la question du bien dans une sphère optimiste mais réaliste.

Le principe du bien est naturel, puisqu'il découle de l'appétit naturel, en ce sens saint Thomas est naturaliste, et son terme est le bien lui-même, et dans ce sens saint Thomas est finaliste. Toute la question va donc être de faire coïncider ce mouvement naturel vers le bien avec sa perspective finale qui est la jouissance de ce bien, car de nombreux éléments rentrent en compte ; par exemple le fait de savoir si l'appétit naturel a un sens moral, si l'acte avec lequel il passe à l'acte est bon lui-même, adapté à l'acquisition de ce bien, ou encore si le bien envisagé a une valeur propre à perfectionner le sujet même ou à simplement être utile à permettre ce perfectionnement.

Nous ne pouvons ici traiter le difficile problème des critères de présence du bien et de chaque forme qu'il prend, parce que la morale de saint Thomas développe une pensée morale de l'agir contextualisé : les biens seront de différentes qualités selon le type d'individu qui en est sujet, ses dispositions intellectuelles, psychologiques, selon le contexte social, politique, religieux, etc... Nous essayerons de traiter le bien dans sa forme générale. Pour mener cette étude correctement, il nous faudra en premier lieu replacer l'homme dans le contexte métaphysique de la pensée de saint Thomas, et analyser métaphysiquement la notion de bien. Puis, comme la notion de bien moral suppose un agir, nous étudierons dans un second temps l'acte humain et la manière dont le bien peut s'y appliquer. Le troisième temps sera consacré à la question de la bonté des fins de l'agir humain. Enfin, nous terminerons ce présent devoir sur la notion d'amour qui représente pour nous une ouverture conséquente du bien à l'autre en tant qu'il est objet d'amour.

* 1 Cela suppose déjà l'écart avec la morale intellectualiste de Platon.

* 2 La littérature est pleine de ses exemples d'insatisfactions ressenties lorsque le bien tant désiré est enfin en possession de l'individu qui le recherchait, citons la Recherche du temps perdu de M. Proust à titre d'exemple.

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