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Média, support, temporalité : le cas des pure-players de presse.

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par Colin FAY
Université Rennes 2 - Master Information et Communication 2014
  

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3.3. Vitesse et information

3.3.1. Les source

La recherche de la vitesse dans l'économie de l'attention a changé le rapport à l'information : le recul est de moins en moins présent, et le copier-coller se répand de plus en plus, laissant de moins en moins de place à la vérification et de plus en plus de place à la rumeur 94 . Comme nous l'avons vu plus tôt, les lecteurs sont victimes de la vitesse de lecture : en pénurie temporelle, ils lisent de plus en plus d'informations, dans une tendance à l'accélération de cette lecture. Ce qui a pour effet de leur laisser moins de temps de lecture tout en vivant dans une tendance au partage et à l'interaction de plus en plus fort Ñ nous avons par exemple vu que le partage d'article pouvait être fait sans même avoir lu l'entièreté d'un article, voire ne pas avoir été lu du tout. Cette tendance touche les lecteurs, mais n'est pas sans influencer les pratiques des narrateurs, ce qui pose certaines questions quant à la valeur des écrits : dans la course à l'attention et à la rapidité, il faut être le plus rapide, tout en ajoutant de la valeur à l'information.

Cette recherche d'une valeur d'information suppose une surveillance accrue de l'environnement : être le premier, tout comme être créateur de valeur ajoutée, supposent une conscience importante des territoires concurrents mais également du sien, i.e. une « une surveillance généralisée de l'environnement interne et externe maximale sur le cadre dans lequel se déroule l'activité économique. » (D'almeida, 2001:40) Dans un milieu d'abondance informationnel, « an information-rich world » (Simon,1965), la rareté devient une richesse concurrentiel95, redoublant le travail de veille des acteurs écrivant sur le territoire : en plus de repérer les nouveautés, la rareté, ces derniers se doivent de connaître ce qui n'est l'est pas Ñ i.e. ce qui est redondant, ce que les concurrents disent déjà. En d'autres termes, en plus de recevoir les informations nouvelles, les narrateurs doivent connaître ce que font les autres ; ils doivent aussi avoir une connaissance aigüe de l'intérieur de leur territoire : l'usage de signes passeurs est crucial, tout comme celui d'une pertinence temporelle, la mise en page respectée ainsi que la catégorisation influencée par le CMS. Nous voyons donc que la veille est centrale aux activités des médias en ligne. Elle l'est déjà dans les médias traditionnels, cependant les nouvelles temporalités rendent plus aiguisés les besoins de veille des médias en ligne : la revue de presse périodique, pratiquée dans les médias traditionnels, n'a plus de pertinence temporelle : celle-ci doit être constante, en flux, et même « si le travail de revue de presse a toujours existé, il prend une importance particulière sur le net puisque les journalistes sortent très peu de la rédaction. » (Degrand,2012:276)

Les processus de veilles informationnelles mis en place par les différents narrateurs de la plateforme jouent ainsi un rôle crucial dans ces processus de production de l'information : comment ces derniers accèdent-ils à l'information ? Comment, au sein des nombreuses informations, relèvent-ils celles qui sont

94 Étudier les médias de presse, cours de M2 Epic, Thomas D.

95 « what count most is what is most scarce. » (Goldhaber,1997)

Nous avons déjà développé plus haut l'importance de la rareté de l'information, notamment exemplifiée par le rapport au nombre de lectures et à l'utilisation du terme exclusif dans le titre des articles, permettant d'augmenter massivement le nombre de lectures de l'article.

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pertinentes ? En plus de l'adresse mail sur laquelle les narrateurs sont potentiellement joignables, ils mettent en place de leur côté les systèmes de veille pour surveiller les écritures sur d'autres plateformes, et les journalistes web « assument pleinement qu'ils pratiquent une veille informationnelle, tout en s'inspirant volontiers des contenus produits par leurs concurrents. » (ibid:276) Placés dans cette situation, les narrateurs sont dans une position de lecteurs, et confrontés aux même enjeux que le reste des lecteurs : ils doivent traiter de l'information dans une grande rapidité, face à d'autres narrateurs et d'autres territoires dont la légitimité leur échappe. Tout comme les lecteurs simples, ils peuvent être trompés, déroutés par les écrits trouvés sur d'autres territoires. Pour reprendre l'exemple du Gorafi, que nous avons déjà abordé plus haut, plusieurs pure-players avaient repris des informations publiés sur ce site pourtant indiqué satirique.

Les configurations de contact mises en place sur la plateforme sont également influentes sur l'accès à l'information des journalistes : quel mail est donné sur la plateforme ? L'adresse mail est elle indiquée ou faut-il passer par un formulaire de contact ? Sur PP, une seule adresse générale de contact est donnée, évitant ainsi aux différents narrateurs d'être contacté directement, ou de se retrouver inscrits sur des listes de newsletter. D'autres pure-players proposent quant à eux de pouvoir contacter directement un narrateur. Sur PP, cette adresse de contact n'est pas accessible par tous les narrateurs Ñ notamment les pigistes, qui n'ont pas possibilité de consulter cette boite. Pourtant, certains pigistes, qui pourraient se révéler experts sur des sujets, seraient à même de traiter l'information autrement oubliée sur cette boite. De plus, cet usage grandissant des adresses mails n'est pas sans impact : « les outils de messagerie électronique finissent de `sédentariser' le journaliste en ligne. Désormais, les lecteurs et informateurs en tous genres peuvent directement interpeller les journalistes via leurs adresses professionnelles. » (ibid:280)

Ainsi, à l'heure où la veille devient de plus en plus cruciale, les narrateurs se placent en position de lecteurs et sont confrontés aux mêmes complications et tensions que leurs lecteurs : légitimité, information overload, propagation de la rumeur, contextualisation, etc. D'autant plus face à un usage croissant des RSN : en 2009 déjà, une étude Middleberg/ SNCR menée auprès de 341 journalistes révélait que 70 % des journalistes étaient utilisateurs de RSN, et 48 % de sites de microblogging.

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3.3.2. La tentation du copier-coller

Au sein d'un média, il faut que les narrateurs évitent le plagiat (pour des raisons juridiques), le copier-coller, la reprise, et donc apporter une forme de valeur ajoutée à toute écriture Ñ pour des raisons de valeur, de captation de l'attention96. Cependant, il est indéniable que les journalistes web « s'inspir(ent) des contenus produits par leurs concurrents » (Degrand,2012:276). Degrand cite dans son travail un journaliste qui témoigne de cette pratique de surveillance et de reprise des contenus des concurrents : « dans tous les cas, il faut publier au moins tout ce que les autres ont fait, et si possible des choses que les autres n'ont pas faites. » (J. web, RTBF, Août 2009, cité dans ibid.) La reprise n'est bien sûr pas seule source d'écriture, mais elle revêt « une importance particulière sur le net puisque les journalistes (web) sortent très peu de la rédaction » (ibid) : les journalistes web, de plus en plus, pratiquent une activité sédentaire Ñ i.e. ne quittent par leur bureau Ñ qui les entraine à pratiquer une forme de recomposition de l'information (Van Cranenbroeck,2012). De moins en moins enclins à se rendre sur le terrain, ils doivent composer avec les écrits qu'ils rencontrent sur le net, ou par téléphone. En d'autres termes, au sein de l'hétérogène et du diffus de l'information, il faut « que tout soit agrégé, puisque séparément, (les) caractéristiques existent déjà. » (ibid, 11-12) Le journaliste web compulse de l'information, des données, pour analyser et être le constructeur du récit de son article.

Les narrateurs, dans la course à l'information et à la réactivité, sont influencés par les écritures de leurs concurrents / collègues : au risque de succomber au journalisme de reprise, les journalistes web surveillent les écritures du milieu médiatique dans lequel ils évoluent. La tentation du copier-coller devient importante dans la recherche d'une rapidité et d'une quantité grande. Comme le souligne Merzeau (2012:312) « il est temps de réhabiliter le copier-coller comme paradigme d'un nouvel âge médiologique. » Le copier-coller devient une pratique qui est à la portée de tout journaliste web : comme nous l'avons vu plus tôt, le coût de production d'un article sur le web peut être quasi-nul en coût de production, le copier-coller le rend d'autant plus bas, sachant qu'il réduit la temporalité de production, tendant vers la quasi non-existence de cette dernière : il ne suffit que de quelques minutes, voire secondes, pour copier-coller un contenu concurrent, ou un communiqué de presse, directement dans un pure-player. En quelques sortes, le copier-coller « sert à rassurer et à contenir l'infobésité dans un temps limité » (ibid: 314) : le traitement quasi-immédiat, instantané de l'information par un simple copier-coller laisse un sentiment de complétude, puisque l'information n'est pas oubliée, mais bel et bien traitée. Pourtant, elle ne l'est que de manière superficielle : elle n'est que copie, réplique de l'information déjà traitée Ñ donc sans valeur ajoutée de la part du média, mais aussi confrontée aux dangers d'une telle pratique : la vérification s'envole, donnant foi directement à la source.

La généralisation de cette pratique révèle un « paradoxe de la culture médiatique : la fraîcheur comme valeur clé de l'actualité, mais pratique à grande échelle du recyclage. » (Marion,1997) La définition de valeur de l'information

96 Une nouvelle fois : « it is hard to get new attention by repeating exactly what you or someone else has done before, this new economy is based on endless originality, or at least attempts at originality. » (Goldhaber,1997, nous soulignons)

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s'échappe, la valeur ajoutée disparaissant dans le copier-coller, pourtant soutenu par une recherche continuelle de contenu, produit en quantité et en rapidité. PP ne pratique pas cette tendance au copier-coller, préférant mettre en écrit l'ensemble de ses articles Ñ notamment pour prendre le temps d'insérer des signes passeurs dans ses textes. Cependant, nous pouvons remarquer une tendance de certains pure-players à utiliser cette technique, notamment la copie de dépêches AFP ou de communiquer de presse97, rendant l'information fondamentalement redondante d'une plateforme médiatique à une autre, qui se contentent parfois de simplement changer le titre de l'article, parfois en changeant les premières lignes seulement Ñ une technique qui peut se révéler pertinente, sachant qu'un grand nombre de lecteurs ne font que lire les premières lignes d'un article98. Nous pouvons notamment retrouver un grand nombre d'article dont la mention AFP est faîte en place et lieu de signature, voir en combinaison du nom signant l'article.

Cependant, face à ce genre de pratique (Signature avec AFP), comment juger de la valeur du travail ? Le narrateur, qui se contente juste de copier le texte dans son logiciel, effectue-t-il un travail de journaliste ? Quel recul offre-t-il à l'information ? Dans quelle mesure est-il capable de répondre du questionnement de ses lecteurs, à l'heure où ces derniers interviennent sur les RSN ? Également, comment juger de la fiabilité Ñ ou non Ñ d'une information ?

97 « Les journalistes doivent massivement se détourner de la production propre d'articles pour préférer les recompositions rapides d'articles préexistants ou le `bâtonnage' de dépêches. » (Degrand,2012:273)

98 Voir étude HubSpot et Slate citée précédemment.

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"Le doute est le commencement de la sagesse"   Aristote