WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Crise de la microfinance: causes et conséquences sur le bien-être des ménages à  Bukavu

( Télécharger le fichier original )
par François KAJEMBA WA KAJEMBA
Université Catholique de Bukavu - Graduat 2012
  

précédent sommaire suivant

Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy

CHAPITRE I : REVUE DE LA LITTERATURE

I.1 REVUE THEORIQUE

Le principal objectif des IMF étant principalement un objectif social, nous allons nous intéresser à cet aspect social en mettant un accent particulier sur les deux points suivants :

- Impact de la microfinance dans la réduction de la pauvreté

- Ainsi que sur les dérives et limites de la microfinance.

I.1.1MICROFINANCE ET REDUCTION DE LA PAUVRETE

La microfinance peut être définie comme la fourniture de services de prêts, d'épargne, de transfert d'argent, d'assurance et d'autres services financiers aux populations exclues du système financier traditionnel. De manière générale, la microfinance recouvre toutes les démarches ayant pour but d'accroitre les accès ou d'améliorer la qualité des services financiers auxquels les plus pauvres peuvent recourir (SOULAMA, 2005).

A la lecture de la définition de la microfinance ci-dessus, il apparait clairement que le souci devenir en aide aux plus pauvres a présidé à la naissance de la microfinance. L'ambition affichée de la microfinance dès l'origine était donc d'aider les pauvres à sortir définitivement de la pauvreté ou, a défaut, à améliorer significativement leurs conditions de vie.

Puissant outil de développement avec le potentiel d'atteindre les populations pauvres, d'élever leur niveau de vie, de créer des emplois, de créer la demande pour de nouveaux biens et services, et de contribuer à la croissance économique, la microfinance joue un rôle d'instrument de réduction de la vulnérabilité des pauvres aux chocs économiques.

A. HISTORIQUE

Les spécialistes considèrent que la microfinance a démarré avec la Banque Grameen au Bangladesh, fondée par le Professeur M. Yunus, directeur de la Faculté de sciences économiques de l'Université de Chittagong. . Les théories économiques qu'il enseignait lui parurent décalées face à la réalité. Cela le poussa à rechercher une solution concrète aux problèmes quotidiens des pauvres. Au contact d'une artisane qui lui expliqua sa dépendance de l'usurier pour acheter sa matière première, il se rendit compte que la majorité du bénéfice de son travail allait à l'usurier et non à elle-même ou à sa famille. Ainsi décida-t-il de contacter les banques locales pour octroyer de petits crédits. Suite à leur refus, il décida de prêter sur ses propres économies. À l'échéance du remboursement, l'ensemble des femmes se sont acquittées de leur dette. Ainsi commençait ce qui est devenu la banque Grameen, desservant plus de 3,7 millions de clients. Ce développement de la microfinance ne doit pas faire oublier que d'autres systèmes fondés sur le même principe existent depuis longtemps en Europe. Suite à une augmentation de la pauvreté au XVIème siècle, la première « banque des pauvres » fut fondée en Hollande en 1618. À partir du début du XVIIIème siècle, certaines associations de bienfaisance spécialisées en crédits s'ouvrent en Irlande. Ces crédits sans intérêts, destinés aux pauvres, utilisaient - comme la banque Grameen - la méthodologie groupale utilisant la pression solidaire en cas de retard de paiement. Au XIXème siècle, ces associations prennent le nom de LoanFunds . Elles peuvent demander des intérêts et récolter l'épargne. En 1840, on en dénombrait 300, qui ensemble atteignaient 20 % des familles irlandaises. En 1843, le gouvernement irlandais décide d'instaurer un taux d'intérêt plafond, mettant en difficulté ces LoanFunds et entraînant, à terme, leur disparition. En 1950, le dernier LoanFund est liquidé. Sous l'influence irlandaise, la ville de Hambourg lance, en 1801, les premières caisses d'épargne sur le continent européen. Ces caisses ne se limitaient pas seulement à l'épargne, elles octroyaient aussi des crédits. Au milieu du XIXème siècle, sous l'impulsion de Frédéric Guillaume Raiffeisen, se développa peu à peu l'idée de coopérative, pour parvenir à la création de la première coopérative Raiffeisen, en 1864. De 1885 à 1914, en Allemagne, le nombre de coopératives rurales basées sur ce modèle est passé de 245 à plus de 15 000. Ce modèle correspond au prototype des sociétés de crédit agricole, qui existent encore sous une forme à peine remaniée. Suivant le Pr Seibel, 51,4 % de l'ensemble des actifs bancaires en Allemagne sont aujourd'hui gérés par d'anciennes institutions de microfinance. En Afrique, en Asie et en Amérique latine aussi, la microfinance existe depuis longtemps, via, entre autres, les tontines. Ce système traditionnel regroupe des amis ou connaissances qui décident d'épargner régulièrement un montant fixe. Chacun à son tour a alors le droit d'utiliser cet argent.

B. LA MICROFINANCE DANS LE CONTEXTE DU DEVELOPPEMENT

Au demeurant, la réalisation de l'ambition de la microfinance est tributaire de plusieurs conditions parmi lesquelles les trois suivantes paraissent fondamentales d'après Julie E. et All (2009):

Ø Il faut pouvoir identifier clairement les pauvres et les plus pauvres

Ø Il faut pouvoir leur proposer des services adaptés qui répondent effectivement à leurs besoins et qui tiennent compte des contraintes qui sont les leurs. Autrement dit, les montants, conditions et modalités de remboursement des crédits doivent être suffisamment adaptes à la situation des pauvres pour leur permettre d'en tirer le meilleur parti.

Ø il faut que les initiatives financées génèrent suffisamment de valeur ajoutée pour permettre aux bénéficiaires non seulement de faire face aux remboursements mais également d'améliorer leur vie quotidienne et de réduire leur vulnérabilité.

Le constat est que face aux objectifs de pérennité financière imposés par les bailleurs, les IMF se concentrent beaucoup plus sur une classe moyenne comme le soulignent Hume et Mosley (1996).

Selon ces derniers en effet, ce seraient ceux qui ont déjà un certain niveau de ressources (revenus et actifs, matériels, symboliques ou informationnels) qui profiteraient le plus du microcrédit. Ceux-ci seraient en capacité d'accéder a des processus d'accumulation, tandis que sa contribution auprès des autres générerait un taux de rentabilité inferieur et, par conséquent, tiendrait plus de la survie/stagnation des situations que d'un réel saut qualitatif.

Ce serait donc par un effet d'entrainement que les plus pauvres bénéficieraient des bienfaits de la microfinance ; il s'agit de différentes retombées indirectes telles que :

Ø L'amélioration des conditions de vente des produits, grâce au développement de petits commerces dans les villages par exemple (limitant les temps et couts de déplacements vers de gros bourgs centralisant les marches) ;

Ø La redistribution du crédit du fait que les bénéficiaires des crédits prêtent a leur tour aux plus pauvres (mais souvent a des taux usuriers).

Le constat de l'impact positif de la microfinance sur la réduction de la pauvreté avait également été confirmé par la Banque mondiale dans son rapport sur le développement dans le monde 2000-2001 : combattre la pauvreté. Le rapport souligne en effet que dans la majorité des cas, il est admis que l'utilisation du microcrédit a des effets plutôt positifs sur :

Ø Les opportunités et les revenus : intensification et/ou extensification de l'agriculture quand le foncier n'est pas saturé, structuration des réseaux de commerce et d'artisanat, etc. Ces revenus étant prioritairement consacres a l'alimentation et aux conditions de vie (sante, éducation, habillement, habitat, etc.).

Ø L'empowerment : en termes de statut et d'insertion sociale (limitation des dépendances, participation accrue aux réseaux sociaux par le biais de tontines, de fêtes, etc.)

Ø La sécurité qui peut se trouver renforcée par le recours a l'épargne, la possibilité de souscrire de nouveaux crédits, les opportunités ouvertes par les services encore rares- d'assurance).

Nombreuse recherches menées sur plusieurs années dans des régions très diverses et un travail intensif de collecte des données par bon nombre d'organisations internationales (Planet, CERISE,...)montrent que la microfinance est utile, mais qu'elle permet difficilement de lutter contre la pauvreté et que, dans certains contextes, elle peut même contribuer à renforcer certaines formes d'inégalités, d'où il importerait d'étudier ses limites ainsi que ses dérives.

I.1.2 LIMITES ET DERIVES DE LA MICROFINANCE

L'ambition affichée par les institutions de microfinance est de créer un cercle vertueux entre microcrédit, activité professionnelle et autonomie du micro entrepreneur, et d'avoir ainsi une influence positive sur les conditions de vie des bénéficiaires de ses programmes ; mais la microfinance, dont l'ambition semble être avant tout sociale, ne se désintéresse pas des questions financières : la recherche d'une autonomie puis d'une performance financière est aujourd'hui au coeur des préoccupations des IMF, la microfinance approuvent des limites dans la poursuite de son objectif et tendent à se détourner de sa mission initiale(Dérives en microfinance).

A. LIMITES DE LA MICROFINANCE

Une étude menée par Coleman (2006), portant sur des villages du nord-est de la Thaïlande évaluant l'impact de deux programmes de microfinance démontre qu'en dépit d'une volonté affichée de cibler prioritairement les ménages les plus pauvres, ce sont les villageois les plus riches et les mieux dotés en terres qui ont le plus de chances de participer aux programmes, d'être sélectionnés par les caisses villageoises qui octroient les microcrédits, et qu'une fois membres des caisses villageoises ils utilisent leur situation sociale pour emprunter plus que les autres.

De même, en cas de pauvreté extrême, les personnes n'ont pas forcement la capacité à rembourser un microcrédit. En effet, si la personne n'a pas de revenu lié à une petite activité rémunératrice, un prêt risque plus de les endetter que de les sortir de la pauvreté.

Une autre étude a été menée par Hulme et Mosley (1996), rassemblant dans leur ouvrage les études d'impact de treize IMF intervenant dans sept pays. Pour chacune des ses études, deux vagues d'enquête ont été réalisées, en 1989 et 1993, auprès d'un échantillon aléatoire de 150 emprunteurs et d'un groupe de contrôle présentant des caractéristiques similaires en termes de niveau de revenu, d'actifs et d'accès aux infrastructures. Dans l'ensemble, les études concluent à un impact positif de l'intervention des IMF sur le revenu des emprunteurs pauvres or les résultats suggèrent que l'efficacité des microcrédits augmente avec le niveau de revenu initial des clients.

Ce qui fait constater que le revenu des emprunteurs non pauvres augmente en moyenne davantage que celui des emprunteurs se situant en-dessous du seuil de pauvreté. Et cela d'après ces auteurs, les individus très pauvres contracteraient des prêts de faible montant pour assurer leur subsistance et non pour investir dans une activité économique, acquérir du capital ou recruter de la main d'oeuvre. Ce qui est contraire à l'objectif premier des IMF, à savoir favoriser la création et le développement des petites entreprises et encourager l'autonomie de ses bénéficiaires par le travail. Dans ce contexte la microfinance ne permet pas de faire sortir ses clients de la pauvreté mais peut même entraîner un surendettement des plus vulnérables. D'où importance d'étudier les dérives de la microfinance.

B. DERIVES DE LA MICROFINANCE

La microfinance a longtemps été considérée comme un créneau du secteur du développement en marge des marchés financiers. Beaucoup sont nées grâce à des subventions. Aussi, son enjeu était de prouver qu'il était possible d'offrir des services financiers à des populations défavorisées tout en étant financièrement viable voire rentable.

Or depuis une dizaine d'années, suite au succès de certaines IMF, le secteur de la microfinance a amorcé sa « commercialisation ». Pour toucher le plus grand nombre de personnes possible, de nombreuses IMF évoluent vers des organismes à logique bancaire pour accéder à des sources de financement commercial et ne plus dépendre des subventions. Des fonds d'investissement privés en microfinance se développent. Récemment certaines IMF ont même été introduites en bourse (cas du Compartamos au Mexique), au risque de s'attacher plus au profit et au taux de recouvrement des prêts qu'à la réalité financière de ses clients. On commence donc à s'interroger sur l'impact d'une trop forte logique commerciale en microfinance.

La commercialisation de la microfinance s'amplifie avec l'ouverture de la microfinance aux investisseurs privés qui y voient parfois une occasion de diversifier leurs produits d'investissement, mais qui attendent malgré tout un retour financier, ce qui a parfois pour effet de détourner les IMF de leur mission sociale, au profit de la performance financière.

Les risques évidents qui découlent de la commercialisation du secteur sont l'exclusion de certains bénéficiaires, des taux d'intérêts trop élevés et une déviation par rapport à la mission sociale initiale.

Dans ce cas, la microfinance ne représente qu'un intérêt mineur par rapport à l'usurier classique. L'emprunteur passera simplement d'une dépendance à l'usurier à une dépendance à l'IMF, ce qui est certes moins dangereux en termes de représailles, mais tout aussi inutile au niveau de l'impact social du prêt.

Ø Le surendettement des bénéficiaires de microcrédits : Les effets d'une compétition accrue dans le secteur de la microfinance favoriseraient l'émergence d'asymétrie d'information entre prêteurs, ce qui signifie que les différentes IMF souffriraient d'un défaut d'information sur la situation et la solvabilité de leurs clients. Ces clients pourraient ainsi utiliser ce défaut d'information à leur avantage et solliciter plusieurs microcrédits. Le taux moyen d'endettement s'élève tandis que le taux de remboursement anticipé des prêts diminue. Le bien-être global des emprunteurs en souffre. (telle fut la cause principale des suicides des emprunteurs en Inde en 2010).

Encore La multiplication du nombre d'IMF sans réelle formation, la concurrence accrue pour placer le maximum de crédits et ainsi continuer à recevoir des fonds mais aussi l'absence de suivi des clients ne font qu'occulter la véritable situation financière des familles et augmentent le nombre de cas de surendettement.

Dans certains cas aussi, alors que le développement du secteur devrait permettre de diminuer les coûts supportés par les IMF, et donc les taux pratiqués, on assiste au contraire à un envol des taux d'intérêt.

Ø La dérive "hypersociale" de la microfinance : si une organisation de microfinance distribue des prêts avec des taux d'intérêts vraiment trop faibles, si elle collecte les remboursements de façon peu rigoureuse, si elle reste dépendante de larges subventions publiques pour exercer son activité, cela peut aussi être très mauvais pour la population "aidée". En effet, un micro-entrepreneur recevant de l'argent trop facilement, ne va pas être incité économiquement à améliorer l'efficacité de son projet, bien au contraire et on risque au final de dévaloriser son potentiel à créer une micro-entreprise économiquement viable.

Ø La dérive liée au ciblage des institutions de microfinance, qui ont tendance à soutenir des bénéficiaires plus « crédibles » ou plus accessibles en axant leur activité en zone urbaine. Ainsi, la population cible de la microfinance aurait tendance à s'enrichir, délaissant ainsi une partie de la population la plus nécessiteuse, comme les populations rurales, isolées ou portant des projets agricoles à faible et lente rentabilité, pas toujours compatible avec les produits développements en microfinance.

précédent sommaire suivant






Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy








"I don't believe we shall ever have a good money again before we take the thing out of the hand of governments. We can't take it violently, out of the hands of governments, all we can do is by some sly roundabout way introduce something that they can't stop ..."   Friedrich Hayek (1899-1992) en 1984