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Léon Harmel et l'usine chrétienne,ancêtre des comités d'entreprises


par YVES LAURENT KOUAME
POITIERS - MASTER II HISTOIRE DU DROIT 2016
  

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§ 2. La participation des travailleurs à la direction de l'usine

Les ouvriers du Val participent par le biais du conseil d'usine à la direction du val. Cette participation se fait activement sur les questions concernant la discipline, l'hygiène et la sécurité du travail (A) et plus fructueuse sur les questions de technique de travail (B).

A. Une participation active sur les questions disciplinaires, d'hygiène et de sécurité au travail

L'article 7 du règlement intérieur de l'usine du Val-des-Bois définit ainsi les attributions du conseil d'usine : « Le conseil d'usine établit une réelle coopération des ouvriers à la direction professionnelle et disciplinaire de l'usine. »168(*)

Cet article du règlement montre bien un aspect essentiel de la coopération des membres du conseil au sein de l'usine. Cette coopération se manifeste dans les avis qu'ils soumettent concernant les mesures disciplinaires à prendre, les questions d'hygiène, de sécurité au travail.

Sur le plan disciplinaire cette participation s'est manifestée par une initiative tout à fait originale. En 1909 lors de l'élaboration du règlement intérieur, il a été fait appel à la coopération des ouvriers dans un domaine considéré comme du seul ressort patronal. On a tenu compte de toutes les observations c'est-à-dire que chaque ouvrier a pu, s'il le voulait, donner son avis sur le futur règlement169(*). Cela montre ainsi un bel exemple de la démocratie sociale. Mais cela ne s'arrête pas seulement à la participation à l'élaboration du règlement intérieur, la participation des ouvriers sur le plan disciplinaire se manifeste aussi par la possibilité donné au conseil de se prononcer sur les mesures disciplinaires à prendre face à des travailleurs fautifs. Harmel ne manque pas de souligner à cet égard la relative sévérité des ouvriers envers leurs camarades170(*). Chose qu'il tempérait dans l'octroi des sanctions pour éviter une grande sévérité de la part des conseillers dans les sanctions affligés au fautif.

Les sanctions sont soit des amendes, soit le renvoi dans les cas extrêmes. Le renvoi est de la seule compétence du patron. Quant aux amendes, leur taux est strictement limité, il est de 63,10 francs en 1888 ; 54,15 en 1889. Ce chiffre baisse de 20 francs par an par la suite. Pour éviter les dérives et montrer sa bonne foi, Harmel exige que ces amendes soient reversées à la société de secours mutuel171(*).

Sur les questions d'hygiène et de sécurité au travail, le conseil s'illustre de fort belles manières. Il joue un rôle important en obtenant la mise en place d'appareils pour diminuer la chaleur dans les filatures de laines ainsi que des ventilateurs pour renouveler l'air des salles. La température des salles de travail a été fixée à ce moment là à 24 degrés maximum. Chaque jour, chaque conseiller dans sa salle, étudie les causes du danger et signale non seulement les blessures mais les moindres écorchures produites par les machines. Il propose aussi les mesures utiles pour en éviter le retour. Grâce à l'action du conseil, le Val se présente comme un paradis.

L'action des conseillers a permis d'humaniser l'usine en l'adaptant aux besoins de la main d'oeuvre. Les intéressés ont reçu beaucoup de satisfaction parce que le patron a demandé leur avis. Ce résultat justifie la coopération ouvrière dans ce domaine. Résultats d'autant plus remarquables que les conditions de travail dans les filatures sont généralement fortes mauvaises. L'insalubrité est la règle. La température est fréquemment de 36 à 40 degrés soit près de 12 degrés au dessus du maximum au Val. L'atmosphère est rendue encore plus malsaine et plus difficilement supportable par l'humidité jugée nécessaire pour conserver la souplesse du fil. L'air est saturé de poussière, de laine et d'émanations huileuses. Les fenêtres restent régulièrement fermées même pendant la grande chaleur172(*). Vu ces conditions, on ne peut que louer l'action remarquable du conseil dans l'amélioration des conditions d'hygiène et de sécurité au Val.

La voix consultative du conseil s'étendait par ailleurs aux questions liées à la technique de travail.

* 168 Article 7 règlement intérieur de l'usine du Val-des-Bois.

* 169 TRIMOUILLE (P.), op. cit., p. 87.

* 170 HARMEL (L.), Manuel de corporation chrétienne, p. 147.

* 171 Ibid.

* 172 BONNEFF (L.) et (M.), La vie tragique des travailleurs, Paris, E.D.I., 1984, p. 20.

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