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La pollution de la lagune Ebrie: la berge lagunaire d'Abobo Doume

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par AGREY BARTHELEMY NOGBOU
CERAP ET UNIVERSITE DE BOUAKE - DEESS EN ETHIQUE ECONOMIQUE ET DEVELEPPEMENT DURABLE 2012
  

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II - L'évaluation économique de la «valeur de la vie statistique37(*

Le terme «valeur de la vie statistique38(*)», n'est qu'un raccourci qui exprime le consentement à payer pour éviter le risque d'un décès prématuré pour un individu anonyme.

Il ne s'agit pas directement de la «valeur de la vie» car celle-ci est illimitée, mais de ce que chaque individu est prêt à payer pour éviter le risque de décès prématuré.

C'est à partir de ce consentement à payer qu'une «valeur de la vie statistique» est alors inférée.

La «valeur de la vie statistique» est une variable importante pour de nombreux investissements publics, même si elle ne fait pas toujours explicitement l'objet d'une évaluation. Ceci est particulièrement le cas dans le cadre d'infrastructures routières, de politiques de santé publique ou de politiques de lutte contre la pollution atmosphérique. Il est donc nécessaire de disposer d'indicateurs fiables qui permettent d'évaluer l'impact de ces politiques, notamment en ce qui concerne le nombre de décès évités.

L'évaluation économique de la «valeur de la vie statistique» représente souvent un aspect primordial dans la mise en place de politiques publiques. En effet, parallèlement aux décisions concernant directement la santé publique (création de nouveaux centres de soins, mise en place de politiques de dépistage de certaines pathologies, amélioration du système de santé...), il existe d'autres projets qui peuvent avoir des répercussions positives ou négatives en termes de santé publique (construction de nouvelles infrastructures routières en site urbain, mise en place de transports collectifs, protection d'espaces naturels...). Il est donc très important de se fonder sur une mesure commune pour l'évaluation, afin de choisir la politique la plus adéquate.

1. Les différentes méthodes proposées par la théorie économique

Les économistes proposent deux approches principales afin de définir une «valeur de la vie statistique».

La première est fondée sur l'évaluation de la valeur productive de l'individu qui décède (en général de manière prématurée). Cette approche est appelée «méthode du capital humain» car elle considère l'individu uniquement sous son aspect productif, c'est-à-dire comme un capital physique (machines, outils...). Elle utilise la somme des revenus futurs espérés (actualisée au moment de son décès) de l'individu s'il n'était pas décédé prématurément. C'est la méthode qui a été le plus souvent employé avant le début des années 90 dans la plupart des pays industrialisés, et, elle a également servi pour des estimations de bénéfices provenant de l'amélioration de la qualité de l'air39(*).

La seconde approche propose l'utilisation du concept de «consentement à payer» (CAP), fondé sur la notion de surplus. L'individu n'est plus uniquement considéré comme un élément du système de production, mais c'est lui qui va déterminer, en fonction de son budget et de ses préférences, ce qu'il est prêt à payer pour une baisse de ses probabilités de décès.

Cette approche permet la prise en compte d'éléments non marchands dans l'évaluation. La méthode utilisée pour déterminer le CAP est la méthode d'évaluation contingente.

Il s'agit de déterminer à travers un questionnaire ce que les individus sont prêts à payer pour réduire leurs risques de décès comme mesure de la «valeur de la vie statistique».

L'évaluation contingente laisse à l'individu le soin d'évaluer ce que représente un décès prématuré de son propre point de vue en lui proposant un scénario hypothétique : «combien seriez-vous prêts à payer pour la mise en place de telle ou telle infrastructure permettant de réduire de X% votre probabilité de décès ?». On parle dans ce cas de méthode fondée sur les préférences déclarées.

On considère parfois que les méthodes fondées sur des préférences révélées («méthode des prix hédonistes») permettent également de déterminer le CAP des individus.

En effet, la méthode des prix hédonistes utilise un «marché» existant afin de déduire des comportements des individus, ce qu'ils sont prêts à payer pour une baisse de leur probabilité de décès (différentiels de salaire entre emploi risqué et non risqué, achats de biens «sécuritaires»...).

Dans les deux cas, l'approche se fonde sur les préférences des individus qui réalisent un arbitrage entre leur budget et le risque qu'ils subissent (ou qu'ils pensent subir).

a) La méthode dite du «capital humain»

L'approche dite du «capital humain» est la première méthode utilisée afin d'évaluer la «valeur d'une vie statistique» puisque les premiers textes faisant référence à ce type d'approche, remontent au 19e siècle40(*), mais il faut attendre le 20e siècle et la fin des années 60 pour que cette méthode soit réellement appliquée dans des évaluations destinées à la mise en place de politiques publiques41(*). Dans l'approche standard de la méthode du «capital humain», la valeur «sociale» d'un individu est mesurée par sa production potentielle future, évaluée à partir de la valeur présente des revenus espérés du travail. Il existe beaucoup de variantes concernant l'agrégat utilisé pour évaluer la perte sociale suite au décès d'un individu ; certains42(*) proposent les revenus espérés nets de la consommation de l'individu, d'autres43(*) utilisent le produit national brut (PNB) par habitant ou encore la perte nette en terme de consommation, qui a l'avantage de prendre en compte, l'ensemble de la population et non plus, uniquement, les individus qui participent directement à la production. Dans tous les cas, la méthode du «capital humain» est implicitement fondée sur la maximisation de valeur sociale présente et future de l'individu (en fait, la valeur que l'individu représente pour la société).

La méthode dite du «capital humain» est aujourd'hui presque totalement abandonnée au profit des méthodes fondées sur les préférences individuelles qui prennent en compte l'ensemble des pertes consécutives à un décès et non plus uniquement les pertes matérielles.

b) Les méthodes des préférences individuelles

- La méthode des prix hédonistes (préférences révélées)

Cette méthode, nettement moins utilisée, permet de déduire la «valeur d'une vie statistique» en observant les comportements des individus sur des marchés existants. L'hypothèse sous-jacente est que les individus révèlent leurs préférences en ce qui concerne leurs risques de décès à travers leurs comportements sur des marchés «réels» comme le marché du travail (approche fondée sur les différentiels de salaire) ou le marché des biens de consommation (approche fondée sur l'achat de biens). L'information nécessaire est obtenue en identifiant des situations dans lesquelles les individus font des choix entre leur richesse (salaire ou budget) et un risque physique.

La plupart des études de ce type porte sur les différentiels de salaire44(*). Dans ce cas, on estime la prime associée à un risque de décès plus important dans un certain type d'emploi ; le différentiel de salaire entre deux emplois qui ont des risques différents représente ce que l'individu accepte pour «supporter» ce risque. Cette prime de risque est déduite en régressant le salaire sur le risque de décès impliqué par l'emploi considéré ce qui permet de tenir compte des autres facteurs qui influencent le salaire des individus. La prime, si elle n'est pas nulle, indique qu'il existe bien un arbitrage entre le salaire et le risque physique (risque de décès dans notre cas), et pourra être utilisée par la suite pour inférer une «valeur de la vie statistique».

- La méthode d'évaluation contingente (préférences déclarées)

La troisième catégorie de méthodes utilisée pour définir une «valeur de la vie statistique» est la méthode d'évaluation contingente. Cette méthode se fonde sur la création d'un marché hypothétique sur lequel on propose aux individus interrogés de révéler leur disposition à payer pour une variation donnée de leur niveau de risque ou de leur probabilité de décès. Une question typique de ce type d'enquête est : «Combien êtes-vous prêt(e) à payer pour un moyen de transport qui réduit votre risque de décès de 2 pour 100.000 à 1 pour 100.000 pour une destination donnée ?» ou encore «Quelle part de votre salaire êtes-vous prêt(e) à sacrifier pour avoir un emploi moins risqué ?».

Le principal avantage de cette approche vient du contrôle quasi total de l'enquêteur en ce qui concerne la définition de l'étude. C'est en effet lui qui décide quelle information donnée aux individus interrogés, quelle diminution de risque proposée ou encore quelle mode de paiement utilisé. La méthode d'évaluation contingente présente également un avantage par rapport à celle du différentiel de salaire puisqu'elle interroge un échantillon représentatif de la population générale alors que dans le cadre des études sur les salaires, seules les personnes ayant un certain type d'emploi (risqué) sont considérées.

Par contre, la grande faiblesse de ce type de méthodologie est le caractère hypothétique du scénario mis en place par l'enquêteur. Cette méthode se fonde donc sur des intentions de payer et non sur des actions. Il faut donc porter une attention particulière à la définition du scénario afin que celui-ci soit le plus crédible possible et donc que les consentements à payer annoncés par les individus reflètent réellement la valeur qu'ils attachent au bien à évaluer, dans notre cas, une baisse de la probabilité de décès. Plus le scénario proposé sera crédible, plus les résultats obtenus seront pertinents. A l'heure actuelle, la plupart des évaluations contingentes sur la «valeur de la vie statistique» se fondent sur des évaluations d'un changement du risque de mort accidentelle dans le secteur des transports45(*); elles répondent aux demandes des Ministères de l'Equipement ou des Transports de différents pays.

Les principales objections quant à l'utilisation d'enquêtes pour essayer de faire révéler aux individus leur consentement à payer (CAP) pour une baisse de leur probabilité de décès portent sur trois points46(*): la vulnérabilité des réponses aux conditions de l'enquête, la création de valeurs par le biais de l'enquête et l'absence de vérification possible des résultats.

En effet, la définition du questionnaire est très importante et peut entraîner de nombreux biais. Nous ne rentrerons pas dans le détail de ces biais mais nous pouvons citer les cinq principaux47(*) :

Le biais de l'enquêteur est présent dans n'importe quelle enquête quelle que soit la discipline concernée. Il correspond au fait que lors d'un face-à-face, il peut exister des réponses de «complaisance» (afin de «satisfaire» l'enquêteur).

Le biais instrumental provenant du choix de la méthode de paiement peut entraîner un «ancrage» sur la première offre proposée. Il peut être facilement évité en utilisant la méthode du référendum.

Le biais stratégique («passager clandestin») correspond au fait que certaines personnes interrogées peuvent anticiper l'utilisation qui sera faite de leur réponse et ainsi ne pas révéler leurs «vraies» préférences. Il semble, selon certains résultats, que ce biais n'est pas important dans la pratique.

Le biais hypothétique provient du fait que les personnes interrogées ne sont pas confrontées à un «vrai» marché. Il peut être limité si un soin particulier est porté à la crédibilité du scénario proposé lors de la définition du scénario.

Le biais d'inclusion est a priori le plus important. En effet, dans certaines études48(*), on a constaté que le CAP reste pratiquement invariant quelle que soit la variation des probabilités de décès envisagée. Les personnes interrogées sont insensibles aux changements de variation des probabilités de décès. On pourrait symboliser cela par la phrase suivante : «une baisse des probabilités de décès est une bonne chose quelle que soit l'ampleur de cette variation''. Il est donc très difficile d'appréhender à travers l'évaluation contingente, l'impact de différentes politiques publiques agissant sur le même indicateur mais avec des niveaux de variation différents de cet indicateur.

Ces différents biais peuvent tous être contrôlés soit au moment de la définition du questionnaire contingent, soit lors de l'administration de ce questionnaire.

2. L'évaluation de la «valeur de la vie statistique» dans le contexte de la pollution atmosphérique

La plupart des études disponibles à l'heure actuelle, à de rares exceptions49(*) portent sur l'évaluation économique de la mortalité liée aux accidents de la route. Il est donc légitime de s'interroger sur la possibilité de transférer ce type de valeur au cas des décès liés à la pollution atmosphérique. Cette interrogation porte sur deux niveaux distincts. Le premier concerne l'indicateur choisi ; la «valeur de la vie statistique» est-elle pertinente dans le contexte de la pollution atmosphérique ? Le second porte sur les facteurs à prendre en compte lorsqu'on transfère des valeurs d'un contexte particulier à un autre.

a) Valeur d'une année de vie ou valeur de la vie statistique

Dans le contexte de la pollution atmosphérique, il est possible de s'interroger sur le choix de l'indicateur représentant l'impact de cette dernière sur la mortalité. En effet, on peut estimer que parler d'un décès du à la pollution atmosphérique n'a pas beaucoup de sens. La pollution n'est quasiment jamais la cause principale du décès d'un individu, elle ne fait qu'aggraver des pathologies qui par la suite conduiront au décès de la personne touchée. Les nouvelles études épidémiologiques vont dans ce sens puisqu'elles cherchent à déterminer le nombre d'années de vie perdues lorsqu'un individu est exposé pendant une très longue période à des niveaux élevés de pollution. Cette nouvelle vision change totalement la définition des enquêtes d'évaluation contingente; dans ce cas, il s'agit d'évaluer la valeur que les individus accordent à une augmentation de leur espérance de vie de quelques mois à quelques années selon le scénario envisagé. Bien entendu, les concepts de «valeur d'une année de vie» et «valeur de la vie statistique» sont liés puisqu'une baisse des probabilités de décès entraîne une augmentation de l'espérance de vie.

Cependant, rien n'indique à l'heure actuelle que ces deux approches conduisent à des valeurs similaires. Johannesson et Johansson montrent, que la «valeur de la vie statistique» correspondante à leurs résultats s'établit entre 30.000 et 110.000 $50(*). Une relation existe entre ces deux «valeurs» si les individus interrogés ont conscience du lien entre le risque de décès et l'espérance de vie. Ceci est rarement le cas et de nombreuses études montrent qu'en général, il est plus facile pour les individus d'évaluer un risque «présent» qu'une variation future de leur espérance de vie. Malgré tout, de nombreuses questions restent posées. Est-il possible de calculer à partir des «valeurs de la vie statistique» et en utilisant un taux d'actualisation adéquat la «valeur d'une année de vie» ? Comment tenir compte du fait que la pollution n'est quasiment jamais la cause principale du décès ? Quel indicateur est le plus pertinent afin d'évaluer l'impact de la pollution atmosphérique en terme de mortalité ?

Un premier élément de réponse peut être apporté par l'étude de Krupnick et al [2000]. Il s'agit d'une approche en termes de baisse de probabilités de décès. Les auteurs interrogent des individus âgés de plus de 40 ans en leur proposant deux baisses de probabilités de décès; l'une pour les 10 ans à venir, la seconde pour la période allant de 70 à 80 ans. Cette double évaluation permet d'analyser le comportement des individus en terme d'actualisation et a l'avantage, même si le contexte n'est pas explicitement cité, de se rapporter au cas de la pollution atmosphérique (enquête sur des individus de plus de 40 ans et baisse des probabilités futurs de décès). Il s'agit donc bien ici de déduire du CAP, des individus pour une baisse de leurs probabilités de décès, une «valeur de la vie statistique» qu'il est possible d'utiliser par la suite dans le contexte de la pollution atmosphérique. A notre connaissance, il s'agit de la première étude de ce type.

b) Les facteurs influençant la «valeur de la vie statistique»

D'après Jones-Lee et al. (1998)51(*), on peut distinguer quatre facteurs principaux qui influencent la détermination des valeurs d'une réduction de risques de décès selon le domaine de l'étude (pollution de l'air, accidents de la route...). Ce sont les facteurs contextuels (le volontariat, le contrôle et la responsabilité), le revenu, l'âge et l'état de santé.


· Les facteurs contextuels

Certaines études ont montré que le risque perçu par les individus dépend d'un certain nombre de caractéristiques telles que le fait qu'il s'agisse d'un risque volontairement subi ou non, d'un risque contrôlable, d'un risque bien connu (des victimes potentielles ou des experts), d'une peur, le fait d'avoir la certitude que ce risque conduit au décès ou encore qu'il soit immédiat. Par exemple, Savage52(*) montre qu'il existe des différences non négligeables des CAP pour une réduction du risque de décès provenant de quatre contextes différents : les accidents de la route, les accidents d'avion, les incendies domestiques et les cancers de l'estomac. Ces différences proviennent de la perception du risque et plus particulièrement de la connaissance qu'ont les personnes interrogées du risque.

Jones-Lee et al. [1998] estiment que, par rapport aux accidents de la route, il est nécessaire de réévaluer de 50% la «valeur de la vie statistique» pour des accidents dans le métro car les individus pensent que les risques subis dans le métro sont involontaires (dans le sens où ils n'ont pas le choix d'autres moyens de transport), en dehors de leur contrôle et de la responsabilité des autorités publiques. Dans la même optique, il serait nécessaire d'après ces auteurs de diminuer de 25% la «valeur de la vie statistique» dans le cas des incendies domestiques (en comparaison avec les accidents de la route) dans la mesure où dans ce cas, les risques dépendent largement du comportement de l'individu concerné. En conclusion, par rapport aux accidents de la route, les risques en termes de mortalité liée à la pollution de l'air apparaissent aux individus comme étant pour une grande part involontaires, en dehors de leur responsabilité, non contrôlables et insidieux. De plus, ils affectent d'une manière plus grave les individus déjà fragilisés. Pour toutes ces raisons, Jones-Lee considère qu'une «valeur de la vie statistique» 1,5 à 2 fois plus élevée (sans ajustement lié au revenu, à l'âge ou à l'état de santé) dans le cas de la pollution de l'air par rapport aux accidents de la route n'est pas une hypothèse irréaliste.


· Le revenu

La plupart des études53(*) ont mis en évidence un effet positif du revenu sur le CAP pour une baisse des probabilités de décès. Etant donné que la pollution de l'air touche plus particulièrement des individus âgés de 65 ans et plus, et que selon les statistiques nationales ces individus ont un revenu moins important que la moyenne, il est envisageable d'ajuster (à la baisse) la «valeur de la vie statistique» provenant des accidents de la route pour l'adapter au cas de la pollution atmosphérique. Cet ajustement, même s'il peut sembler logique, n'est pas forcément nécessaire puisque d'un autre point de vue, celui d'une politique publique, il n'y a aucune raison de tenir compte des revenus des individus concernés. En effet, la mise en place d'une politique de lutte contre la pollution de l'air n'est pas destinée uniquement aux personnes de plus de 65 mais touche toute la population ; il n'existe pas de différenciation de cette politique en fonction du revenu, et par conséquent un ajustement de la «valeur de la vie statistique» en fonction du revenu n'est pas nécessaire.


· L'âge

L'ensemble des études citées précédemment (Jones-Lee et al. [1993], Desaigues et Rabl [1995]...) montre qu'il existe une relation décroissante entre l'âge et le CAP à partir d'un certain âge (environ 60 ans). Par contre, il n'y a pas d'évidence en ce qui concerne l'amplitude de cette diminution. Il semble plausible qu'à partir de 65 ans, on puisse appliquer un facteur d'ajustement compris entre 0,5 et 0,85 par rapport à la population moyenne. Etant donné que la pollution de l'air touche plus particulièrement les personnes âgées comme cela a déjà été précisé, cet ajustement est nécessaire par rapport à la valeur déterminée dans le cadre de la sécurité routière.


· L'état de santé

Bien qu'il semble évident que la pollution atmosphérique touche des individus déjà fragilisés alors que les décès sur la route concernent a priori des personnes dont l'état de santé est correct (moyenne d'âge d'environ 35-40 ans), il n'existe à l'heure actuelle aucune évidence quant à un ajustement possible. En effet, il n'est pas possible, étant donné les études actuelles, de relier l'état de santé et le CAP des individus. Il convient de rappeler que nous nous plaçons du point de vue des préférences des individus (évaluation contingente) et non du point de vue de la société et que dans ce cas, rien n'indique qu'une personne en mauvaise santé ait un consentement à payer pour réduire sa probabilité de décès plus ou moins important qu'une personne en bonne santé. Il n'est donc pas possible de déterminer avec précision s'il existe un ajustement lié à l'état de santé.

Pour l'instant, même si un certain nombre de liens entre le CAP et certaines variables liées au contexte (perception du risque, âge, revenu) ont été mis en évidence, il est difficile de trancher pour ou contre le transfert de «valeurs de la vie statistique» déterminées dans le cadre de la sécurité routière au cas de la pollution atmosphérique. En effet, aucune étude n'est à l'heure actuelle disponible en ce qui concerne le CAP pour une baisse des probabilités de décès liée à une diminution des niveaux de pollution (Jones-Lee et al. [1993], Desaigues et Rabl [1995]...). Sans ce type d'étude, il est difficile de valider les ajustements décrits ci-dessus, même si ceux-ci se fondent sur un certain nombre de résultats disponibles.

Après cette description de l'évaluation économique de la valeur de la vie statistique, nous allons analyser l'étude empirique de la pollution de la berge lagunaire d'Abobo Doumé.

Pour corriger les effets externes de la pollution environnementale, la théorie d'externalités a été développée pour distinguer les effets positifs des effets négatifs, qui nécessitent des instruments économiques de compensation. L'évaluation économique de la valeur de la vie statistique est admise à l'effet d'apprécier le degré de contribution des populations à la préservation et à l'amélioration de la qualité de leurs conditions de vie.

C'est justement en nous fondant , en partie, sur cette théorie économique notamment, la méthode d'évaluation contingente que nous procéderons à l'étude empirique de la pollution de la berge lagunaire d'Abobo Doumé.

* 37 La valeur d'une vie statistique[] (ou valeur d'une fatalité évitée) est le consentement à payer d'un individu pour une réduction marginale de son risque de mortalité. Cette valeur correspond à ce qu'un individu est prêt à payer pour une réduction à la marge d'un risque mortel :

est le consentement à payer d'un individu pour une réduction de la probabilité de décès.

* 38MASSON Serge, BETA :  Bureau d'Economie Théorique et Appliquée, ULP-Strasbourg, PEGE, 61 avenue de la Forêt Noire, 67 085 STRASBOURG Cedex, masson@cournot.u-strasbg.fr.

* 39 Lave et Seskin [1971, 1977], Masson [1996].

* 40 FARR [1876]

* 41 RICE [1967], WEISBROD [1971]

* 42 WEISBROD [1971] propose les revenus espérés nets de la consommation de l'individu (par analogie à un capital physique pour lequel il convient de soustraire aux bénéfices réalisés avec ce capital les dépenses d'entretien nécessaire à sa maintenance),

* 43 SOMMER et ALII [1999]

* 44 Moore & Viscusi [1990], Lanoie et al [1995].

* 45 Desaigues & Rabl [1995], Jones-Lee et alii [1985, 1998]

* 46 Hanemann [1994]

* 47Willinger [1996].

* 48 Hammit et Graham et al. [1999], Krupnick et al. [2000]

* 49 Krupnick et al. [2000]

* 50 Johannesson et Johansson [1996] montrent, dans une des rares études réalisées sur la «valeur d'une année de vie» déduite à partir du CAP des individus pour une augmentation de leur espérance de vie, que la «valeur de la vie statistique» correspondante à leurs résultats s'établit entre 30.000 et 110.000 $, ce qui est nettement inférieur aux valeurs définies précédemment

* 51 Jones-Lee et al. (1998)

* 52 Savage [1993] montre qu'il existe des différences non négligeables des CAP pour une réduction du risque de décès provenant de quatre contextes différents : les accidents de la route, les accidents d'avion, les incendies domestiques et les cancers de l'estomac. Ces différences proviennent de la perception du risque et plus particulièrement de la connaissance qu'ont les personnes interrogées du risque. L'étude montre que plus le risque est mal connu ou mal appréhendé par les individus, plus le CAP est faible.

* 53 Miller et Guria [1991], Persson et alii [1995]

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