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Histoire de la production du coton dans les cercles de la moyenne vallée du fleuve Sénégal de 1920à  1960.


par Insa BA
Cheikh Anta DIOP - Master 2 2014
  

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II.2 : La crise de 1930 et le congrès national du coton de 1931

En faisant baisser brutalement et durablement les cours de toutes les matières premières, la crise va changer les données du problème. Le gouvernement français, secoué par cette crise, réagit par une politique de soutien des prix des produits coloniaux, qui furent achetés à un prix supérieur aux cours mondiaux par le biais des primes à la production. Ce choix se justifie par la volonté de rattacher les colonies à l'économie nationale, face à la montée du péril allemand et aux revendications coloniales de cette puissance.

Cependant, contrairement aux autres cultures, le coton ne bénéficia que passagèrement de cette aide, du fait de la légère remontée des cours de la fibre puis de leur stabilisation. Quelques mesures générales furent prisent au plus fort de la crise, alors que le prix de revient du coton d'Afrique noire était supérieure au cours mondial, afin de permettre le maintien de la culture. Une prime à l'exportation fut accordée par un décret présidentiel du 8 mai 1931156(*).

Localement un arrêté du Gouverneur général de l'A.O.F du 1ér Décembre exempta temporairement de la taxe sur le chiffre d'affaire du coton exporté ; les tarifs de l'usinage furent abaissés, passant de 700 f la tonne à 500 f en 1931puis 300 tonnes en 1932 ainsi que ceux des chemins de fer et des ports .Ces mesures furent que transitoires et les aides dont bénéficiaient les producteurs de l'Afrique française restèrent bien inférieures157(*).

M. Waddington, président de l'A.C.C, avait pour mandat d'assurer la promotion et la vulgarisation de la culture du coton en Afrique noire : « Il faut que notre production se défende par elle-même ;que le coton justifie sa raison d'être non par une culture artificielle, exceptionnellement soutenue, par l'établissement d'un prix de revient lui permettant lui permettant de se défendre sur le marché et de laisser un bénéfice au producteur comme à l'importateur. »158(*)

III.3 : La répercussion de la crise dans la vallée

Quel lien peut -on établir entre le Krach boursier survenu aux Etas Unis d'Amérique qui toucha toute l'Europe Occidentale et la crise ressentie en Afrique ? L économie coloniale était intégrée au commerce international et aux institutions financières .Le négoce africain était basé sur un certain nombre de produits vendus en Europe et leur prix dépendait de l'évolution des cours mondiaux. Entrés dans le circuit monétaire, les cercles de la vallée du fleuve ne pouvaient pas échapper aux conséquences et incertitudes subies par l'économie mondiale.

Au même titre que la métropole, il était appelé à faire face aux fluctuations de prix de matières premières, aux difficultés monétaires et aux crises financières .Retenons tout de même que les manifestations de la crise en Afrique n'avaient été identiques à celles observées en occident. Elles n'avaient connu ni la même évolution, ni la même ampleur.

L'Afrique Noire est touchée par la crise en 1931159(*) .Elle se manifesta par une nette diminution des récoltes liée à la dévalorisation du prix des produits160(*).La dépréciation du cours des denrées destinées à l'exportation, provoqua des perturbations au niveau du commerce et eut des répercussions sur les prévisions budgétaires .En effet, les recettes provenant des droits de douanes diminuèrent .

Dans le budget de l'Afrique Occidentale Française, elle n'intervenait qu'à 41% en 1931 contre 72% en 1928161(*).Comparativement à certaines possessions françaises d'Afrique Occidentale à l'instar de la Cote d'Ivoire, la Haute Volta constituait une colonie à économie de marché peu développée. Ces ressources étaient fort limitées. Cette situation financière fit l'impôt de capitation l'une des plus importantes sources des recettes budgétaires. Il y contribuait à près de 80%.

La baisse du prix de vente des produits agricoles, entraina des difficultés pour le paysan de s'acquitter de son impôt. La colonie fut alors confrontée à un blocage administratif suite à une impasse budgétaire .Or en 1900, le parlement français avait voté le principe de l'autonomie financière selon lequel, chaque territoire de l'empire devait prendre en charge les frais de fonctionnement de son administration exception faite des dépenses militaires.

Un régime de confiscation sans précédent, mettait en grand danger la sécurité vivrière des ménages. La crise a frappé de plein fouet les habitants de la moyenne vallée, réduisant encore plus les productivités des cultures à cycles longs comme le coton. La crise de 1929, la sécheresse s'ajoutant à la culture forcée du coton et la faiblesse des prix sur le marché, accrurent une situation déjà alarmante .De graves disettes frappèrent tout le cercle. Les prix officiels du marché étaient très bas avec un kilo de coton vendu à 0,65 F. Comme l'exprimait avec indignation au Gouverneur, dans une lettre au Gouverneur Général en aout 1932, « les prix de vente actuels sont de véritables prix de famine »162(*).

En fait, le tonnage vendu sur les marchés locaux, est très vraisemblablement sous-estimé. Le service des textiles pouvait calculer le tonnage exploité à partir des relevés effectués par des personnes intervenant dans l'engrenage pratiqué dans les cercles de la vallée.

Evaluation de la production du coton indigène de 1931à 1934 (Tonnes)

Variétés

1931

1932

1933

1934

N'Dar-N'Gau

700

595

523

654

Mokho

60

45

34

54

N'Guiné

100

70

25

80

Source : Archives Nationales du Sénégal, 1/R00035 : Culture du coton : Rapport généraux au Soudan, au Dahomey, Togo et Sénégal.

* 156 J.O.S., Décret du 8mai 1931instituant les primes à l'exportation.

* 157 J.O.S., arrêté du Gouverneur général de l'A.O.F du 1ér Décembre instituant la baisse des taxes.

* 158 M. Waddington, président de l'A.C.C, déclarait ses propos à l'occasion du congrès national du coton de 1931.

* 159 Coquery-Vidrovitch (C), « L'Afrique coloniale française et la crise de 1930 : crise structurelle et genèse du sous-développement » in revue d'Histoire d'outre-mer, Tome LXIII, n -232-233, Société Française d'outre-mer, Paris, 1976, pp. 386-387.

* 160 De 1929 à 1933, la baisse des cours fut évaluée de la façon suivante : 58% pour l'arachide, 59% pour le coton, 65% pour les peaux, 67% pour le cacao et les palmistes, 70% pour les huiles de palme, 73% pour la gomme.

* 161 Borbie,( F. ), « L'investissement public en Afrique Noire Française entre 1924 et 1938 », contribution méthodologique in revue d'histoire d'outre-Mer,TomeLXIII,n 232-233,Société Française d'Outre-mer, Paris, p472.

* 162 ANS. Sous-Série. 1R / 00050 : Coton, cultures dans les différentes colonies de l'A.O.F, en Amérique Latine, Asie, Europe

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