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Histoire de la production du coton dans les cercles de la moyenne vallée du fleuve Sénégal de 1920à  1960.


par Insa BA
Cheikh Anta DIOP - Master 2 2014
  

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Chapitre III : L'intensification de la production du coton dans la vallée 1935 à 1959

L'année 1935 avait été marquée par un redémarrage des activités agricoles dans toutes les circonscriptions administratives de la colonie du Sénégal .Plusieurs facteurs avaient concouru à ce développement.

III.1. Les facteurs à la production du coton dans la vallée

Pour relancer l'agriculture coloniale, la conférence impériale tenue en 1935, proposa de diversifier encore les cultures163(*). Sans écarter cette mesure qui pouvait donner élan à la production, on avait préféré s'appuyer sur l'impôt et l'aménagement du fleuve pour faire augmenter le rendement des terres cultivées.

III.1.1 : Le renforcement du régime fiscal

Il ressort de l'analyse de l'organisation des cultures, l'absence d'un incident économique favorable au développement de la production .L'emploi d'un outillage rudimentaire et la fixation d'un bas prix à la production, ne pouvaient inciter le paysan de la vallée à s'adonner entièrement aux cultures de rente164(*). Notons que, l'organisation traditionnelle de la société basée sur la consommation au sein de la famille, procurait aux populations une subsistance165(*).

Il fallait donc recourir à d'autres mesures, pour amener le paysan de la vallée à s'intéresser davantage à la culture du coton .Alors, l'administration se servit de l'impôt de capitation payé annuellement par tous les indigènes de la vallée, exception faite des personnes âgées, des infirmes et des enfants ayant moins de 8 ans. Cet impôt de capitation a été formellement institué dans les cercles de la vallée dans les années 1900 à la suite de la promulgation de la loi de l'autonomie financière.

Établi dans les colonies un tournant du XIXe siècle, l'impôt de capitation fut conçu comme le moyen le plus efficace devant permettre de trouver les ressources financières indispensables à la mise en valeur des terres nouvellement occupées. En théorie, l'impôt est un tribut versé à l'Etat qui n'a pas pour contrepartie un avantage particulier reçu par le contribuable. Son but premier doit être de transférer la maitrise des ressources économiques des prestataires à l'Etat pour que celui-ci les utilise directement.166(*)

Cependant, le pouvoir colonial eut une autre vision de l'impôt. La justification de celui- ci trouvait ses racines au sein même des grandes théories de la colonisation, se référant au « lourd fardeau de l'homme blanc » qui se devait d'apporter les lumières de la colonisation occidentale chez les peuplades engouffrées dans les ténèbres des tropiques.

En effet, les primitifs devaient fournir une contribution pour mieux bénéficier des bienfaits de la civilisation européenne. Dans les milieux coloniaux, le choix était net : la pacification, l'accès à la civilisation, la protection doivent être compensés par un tribut167(*)Ainsi l'impôt apparait comme « la juste rétribution des efforts du colonisateur, l'application normale du droit absolu d'obliger les populations noires, auxquelles il apporte la paix et la sécurité, à contribuer dans la mesure de leur moyen aux dépenses d'utilité générale ».168(*)

Aux yeux du colonisateur, l'impôt constituait un moyen efficace d'incitation au travail, de lutte contre la paresse, le farniente, l'oisiveté, l'inaction, en somme un vigoureux levier susceptible de vaincre le fatalisme, de promouvoir la responsabilité et de prouver l'obéissance des paysans à l'autorité établie. On peut distinguer ainsi trois fonctions de la fiscalité coloniale :

- une fonction budgétaire qui avait pour but d'assurer la couverture des dépenses publiques. C'est le sens de la loi des finances du 13 avril 1900 ;

- une fonction économique qui a pour but l'investissement et l'épargne ;

- Et une fonction morale et sociale, car habituant les indigènes au travail par conséquent à l'amélioration de leur condition d'existence.

En vérité la fonction budgétaire est la plus valable car la logique coloniale s'intéressait beaucoup plus à la mise en place des structures d'exploitation et de domination qu'au bien-être social des populations indigènes.

Dans l'imaginaire colonial, la capitation avait pour conséquence l'obligation de chercher des ressources pour s'en acquitter, et par la suite créer le goût du travail chez les paysans dont la capacité d'activité était limitée par la mollesse que favorisait un milieu naturel peu charitable.

Tel était l'argumentaire utilisé par le colonisateur pour justifier cette décision sans doute empirique au point de vue idéologique, mais qui a été surtout dictée par des raisons politiques par le désir de sauvegarder les intérêts économiques de la métropole.

La colonie se trouvait dans l'obligation de faire fonctionner l'appareil administratif et de mettre sur pied des équipements nécessaires à son essor. A cet effet, la colonie devrait être administrée avec le minimum de frais et de maximum de frais financier de la part des administrés169(*).Le fonctionnement de la colonie ne doit rien valoir à la métropole.

Cette vision met en lumière la question essentielle en matière d'organisation des finances coloniales : « Au point de vue des finances publiques, la colonie idéale, pour une métropole serait celle qui couterait rien au budget de l'Etat .Ce rêve on pourrait même le pousser encore plus loin en cherchant dans les revenus du pays colonisés, un apport aux recettes générales de la puissance souveraine de laquelle il dépend »170(*)

Comment est-il devenu un progrès dans le domaine agricole ? Jadis, les activités des paysans de la vallée étaient limitées .Ils pratiquaient une agriculture de subsistance et la pratique du troc lui permettait de se procurer d'autres produits. Plus tard l'introduction de la monnaie dans les opérations commerciales n'avait fait qu'augmenter que de très faiblement leurs revenus alors que l'impôt de capitation était payé en espèce. Pour s'en acquitter, le cultivateur fut obligé de produire des matières premières achetées par les maisons de commerce et livrées aux industries européennes.

Ainsi, l'accroissement du taux de capitation provoquait nécessairement une augmentation des récoltes. Il fallait produire davantage pour se procurer l'argent nécessaire à la capitation. Celle-ci devint donc un puissant moyen de pression. Son taux variait par cercles et par catégories sociales .Les variations avaient également lieu d'une année à une autre.

Certes, il existait dans la vallée un service financier, mais la répartition et la perception de l'impôt de capitation relevaient directement de l'autorité du Commandant de cercle.

Les rôles étaient établis après le recensement de la population. Généralement, les chiffres étaient surévalués afin de dégager un surplus considérer comme étant l'impôt en proportion de leur population réelle. Les chefs traditionnels exerçaient la fonction de collecteur et percevaient 1% des sommes versées à l'administration.

Au cours des années, le taux de l'impôt de capitation avait évolué de manière suivante :« Chaque révision de l'assiette fiscale correspondait à l'extension des surfaces mis en valeur. Au début de la saison des pluies, un administrateur du cercle rappelait le rapport existant entre l'impôt et le travail agricole en s'adressant aux paysans en ces termes : « vous avez dans la terre votre impôt et le mariage de vos filles »171(*).Soumis rarement à des abattements, l'impôt de capitation fut un moyen d'incitation à la culture des produits tropicaux .Il fallait alors faciliter l'écoulement de la production.

Tableau 4 : Evolution de l'impôt de capitation de 1920 à 1940

1920

3 à 5F

1935

15 à 20F

1925

5 à 6F

1940

20 à 25F

1930

10 à 13F

 
 

Source : J.O.S., Décret du 4 juillet 1920 portant l'unification de l'impôt au Sénégal.

* 163 Gallisot (R), Rapports coloniaux raciaux et impérialisme in revue d'Histoire d'outre-mer, Tome LXIII, 1920, p.695.

* 164 Moreau(P), Les indigènes d'AOF ; Leur condition politique et économique, Edition Donat-Montchrestien, Paris, 1938, pp81-80.

* 165 Borbie, (F.), Op., Cit., pp. 75-76.

* 166 Duverger (M.). , Eléments de fiscalité, Paris, P.U.F, 1976.

* 167 Touré (A.,) « L'impôt de capitation dans le Sénégal unifié : une constante dans son rôle d'instrument de domination coloniale (1921-1936) », in Annales de la faculté des lettres et sciences humaines de Dakar, n°26, 1996, p.73.

* 168 Coquery-Vidrovitch (C.), L'Afrique occidentale au temps des français .Colonisateurs et colonisés (1860-1960), Paris, La découverte, 1992, p. 108.

* 169 A.N.S. S14 : Régime fiscal : enquête poursuivie par l'union coloniale au sujet des impôts directs dans les colonies, 26 juillet 1912.

* 170 Duchenne, (A.,) Histoire des finances coloniales de la France, Paris, Payot, 1938, p. 169.

* 171 Dalavignette., (R), Les paysans noirs, Stock, Paris, 1947, p.45.

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