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La responsabilisation du secteur privé dans le contrôle des exportations de défense en France. Quelles perspectives pour la commercialisation d'armements ?

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par Yann Wendel
Université Panthéon-Assas Paris II - Master 2 Défense et Dynamiques Industrielles 2016
  

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B. L'impulsion européenne en faveur d'un déplacement du contrôle au niveau du secteur privé

1. Le développement d'une logique a posteriori dans le contrôle

Malgré des velléités du Parlement Européen d'organiser le contrôle des exportations d'armements à un niveau supranational dès la fin des années 198087, les avancées en la matière n'ont été que marginales par rapport aux évolutions qu'ont connues les biens à double usage, du fait de la prééminence des prérogatives nationales dans le secteur de l'armement. Pour preuve, un Règlement européen a pu directement être mis en place en 1994 au sortir de la guerre froide concernant les biens à double usage, alors que les transferts intracommunautaires de matériels militaires ne sont régis que par une Directive, dont l'application n'est pas encore uniforme dans l'Union Européenne, qui a été mise en place en 2009 et qui laisse une certaine liberté de transposition aux Etats membres. Les institutions européennes doivent donc trouver l'équilibre entre la recherche d'un cadre de traitement plus global et efficace pour les produits de défense et le besoin de ménager la souveraineté des Etats de manière à ne pas bloquer ces derniers dans la progression vers davantage d'intégration88.

86 COM (1992), Communication de la commission au conseil et au parlement: Contrôles à l'exportation de biens et technologies à double usage et achèvement du marché intérieur, SEC/92/85/FINAL

87 Résolution du 14 mars 1989.

88 COM (2007), Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions : Stratégie pour une industrie européenne de la defense plus forte et plus compétitive, COM 764 final.

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Ce besoin de fluidité s'est traduit par l'harmonisation des évolutions réglementaires en termes de licence, impulsée par la Directive européenne 43/2009 dite Directive sur les transferts intracommunautaires (TIC). En pratique, cette Directive devait être le point de départ de la simplification et de l'harmonisation de l'ensemble des pratiques de contrôle export en France, qu'elles concernent les transferts entre Etats européens (TIC) ou bien des « exportations » vers des pays tiers. Dans sa transposition dans les procédures françaises de contrôle des transferts, dès l'été 2012, en ce qui concerne les échanges entre pays européens, les « matériels de guerre et matériels assimilés » (terminologie conservée pour les exportations) sont devenus des « produits liés à la défense ». Pour les échanges intra-communautaires, les exportations sont devenues des « transferts » et les exportateurs sont devenus des « fournisseurs »89. Des licences générales « TIC » ont été mises en place ainsi qu'un processus de « certification » des entreprises90. Plus largement, les modalités du contrôle ont évolué, le principe du contrôle a posteriori étant posé par la loi de transposition 702/2011 du 22 juin 2011. Ce principe est ainsi directement prévu aux articles L.2335-6 et L.2339-1 du Code de la Défense, et a pour but de vérifier, une fois que la licence a été délivrée, que les opérations qui ont été réalisées dans son cadre sont bien conformes aux conditions qui s'y attachent. L'industriel doit pour ce faire tenir systématiquement un registre des prises de commande, transferts et exportations, mettre en place un contrôle sur pièces avec obligation de compte rendus semestriels, en plus de ceux toujours possibles effectués au fur et à mesure des transactions91. Ces contrôles sur pièces et sur place92 sont placés sous la responsabilité du Comité ministériel de contrôle a posteriori (CMCAP) des exportations.

Les licences générales de transfert93, instaurées par la loi 702/ 2011 pour une mise en pratique à partir du 30 juin 2012, prennent la forme d'arrêtés décidés au niveau national et ne concernent que certains produits objets de listes propres à chacune et de certains destinataires ou de certaines utilisations finales mais sans limitation de quantité ni de montant. Il existe quatre licences générales obligatoires qui doivent assurer l'approvisionnement concernant : les forces armées des Etats membres, les entreprises certifiées, les réparations, et les expositions. Cela permet aux opérateurs d'exporter ou de transférer des produits spécifiques sans recourir à une licence individuelle pour chaque opération, ce qui sécurise la chaîne d'approvisionnement entre pays européens en réduisant le poids administratif associé à

89 Art 3 de la Directive européenne 43/2009

90 Art 9 de la Directive européenne 43/2009

91 Art L.2335-14 et L. 2336-6 du Code de la Défense.

92 Art R.2335-17 du Code de la Défense

93 Art 5 de la Directive européenne 43/2009

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chaque échange. Tous les exportateurs peuvent en bénéficier sous réserve d'une primo-déclaration d'intention d'utilisation, suivie par la délivrance d'un numéro d'enregistrement de la DGA lors de la première utilisation de cette licence. Cette étape est donc le seul contrôle a priori effectué par l'administration concernant ce type de licence, son utilisation n'étant pas étudiée en CIEEMG et les contrôles s'effectuant uniquement a posteriori, la licence générale ne concerne que les matériels les moins sensibles, dont les transferts sont effectués à destination de pays fiables.

Il existe actuellement dix licences générales de transfert et une d'exportation en France, très ciblées. Elles ne concernent qu'une livraison sur mille en Europe94, leur faible utilisation étant liée à la complexité de leur utilisation, dans la mesure où chaque Etat membre a adopté un contenu différent et où les conditions associées sont relativement lourdes (primo-enregistrement, clauses techniques ...). En effet, ces listes ne sont pour le moment pas harmonisées, en raison d'interprétations concernant les composants les moins sensibles qui diffèrent selon les pays. En conséquence, les pays membres de la LoI, sous la présidence française pour la partie concernant le contrôle des exportations, ont proposé la définition de listes minimales communes de produits éligibles aux licences générales de transfert à la Commission Européenne95. A des fins de fluidité, il est également envisagé de prévoir des conditions communes d'utilisation des licences générales, incluant la réexportation hors UE, sur la base d'une liste de destinataires de confiance extra européens, comme ce qui se fait avec l'Autorisation générale d'exportation de l'Union européenne EU00196 pour les biens à double usage. Un des besoins primordiaux de l'industrie n'a d'ailleurs pas été pris en compte dans ces licences, celui d'échanger au sein de l'Union européenne les flux de données techniques, ces dernières étant encore soumises à autorisation préalable de par leur statut de « technologie » au sein de la liste commune d'équipements militaires, ce qui complique les coopérations avec des sous-traitants européens97. Enfin, un travail de communication serait à fournir de la part des autorités étatiques vers les entreprises, qui ne connaissent pour la plupart pas les procédés ni les avantages liés à ce type de licence. Cela provient en partie d'un

94 Chiffres du séminaire « contrôle export » de la DGA du 13 mai 2016.

95 MAMPAEY L., MOREAU V., QUEAU Y., SENIORA J. (2014), Final Report, Study on the Implementation of Directive 2009/43/EC on Transfers of Defence-related Products, Group for Research and Information on Peace and Security (GRIP) Commissioned for the European Commission, Brussels.

96 Destinataires de l'Autorisation générale d'exportation de l'Union européenne EU001 : Norvège, Suisse (dont le Liechtenstein), Etats-Unis, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, Japon. A ces 7 pays, pour les exportations de produits liés à la défense, s'ajouterait l'Islande.

97 BRONER R. (2014), La Directive n°2009/43/CE du 6 mai 2009 sur les transferts intra-communautaires de produits liés à la défense et sa transposition en droit français : perspectives industrielles. In : ACHILLEAS P., MIKALEF W., Pratiques juridiques dans l'industrie aéronautique et spatiale, Editions A. Pedone., pp.290

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manque de standardisation de ces dernières, en termes d'accès et de compréhension (très peu sont disponibles en langue anglaise).

Depuis le 4 juin 2014 et l'application complète de la loi n°2011-702 du 22 juin 2011, qui transpose la Directive TIC 43/2009, l'agrément préalable et l'autorisation d'exportation de matériels de guerre ont fait place à la licence d'exportation (hors UE) ou de transfert (intra UE)98. L'Agrément Préalable (AP) et l'Autorisation d'Exportation de Matériel de Guerre (AEMG), nécessaires respectivement pour les négociations commerciales et le passage physique de la frontière, suivaient une approche systématique, dont les délais d'obtention étaient particulièrement rigides et longs mais qui après des années de pratique avaient des processus clairs. La licence individuelle est délivrée pour une opération unique, limitée en quantité et en montant, pour un ou plusieurs matériels déterminés et un destinataire identifié. Les opérations concernant les matériels les moins sensibles sont simplifiées et placées sous la responsabilité de l'industriel, qui peut, sans conditions particulières, exporter. Cette autorisation peut être soumise à des conditions, qui peuvent être bloquantes ou non pour l'exportation. Les « conditions non bloquantes » associées font l'objet d'un contrôle a posteriori reportant dans le temps le moment où l'entreprise doit fournir des informations exigées par la licence, tandis que les conditions « bloquantes » sont soumises à une vérification préalable par la DGA avant l'exportation, comme lors d'une AEMG, du fait de leur sensibilité particulière, ce qui implique dans une certaine mesure un maintien de la logique de contrôle a priori. Ainsi, le dialogue entre l'entreprise et l'administration doit être renouvelé, pour assurer une plus grande fluidité commerciale dans le respect du contrôle.

La licence globale de transfert99, également mise en place le 4 juin 2014, est délivrée pour une ou plusieurs opérations, sans limite de quantité ou de montant, pour un ou plusieurs matériels déterminés et un ou plusieurs destinataires identifiés. Son obtention est assez complexe du fait de la nécessité de soumettre un « dossier d'organisation » à l'administration pour y être éligible. Les obligations associées sont les mêmes que pour la licence individuelle, avec notamment un compte rendu semestriel à fournir pour les contrats supérieurs à 200 000€, ce qui limite l'intérêt lié à l'utilisation de cette licence. Ainsi, les licences globales concernaient 3% de toutes les livraisons en 2015100.

98 Art. 7 de la Directive européenne 43/2009

99 Art. 6 de la Directive européenne 43/2009

100 Chiffres du séminaire « contrôle export » de la DGA du 13 mai 2016.

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"Le doute est le commencement de la sagesse"   Aristote