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Le conflit de 2012 et la détonation malienne. Les ressorts de la crise.

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par Myriam ARFAOUI
Université Lyon 3 Jean Moulin - Master 2 Sciences Politiques : Relations Internationales et Diplomatie. 2015
  

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INTRODUCTION GENERALE

« Le Mali est le concentré explosif des maux d'une zone aussi immense que grise, qui va de l'Atlantique à l'océan Indien et où les trafics alimentent aussi bien les extrémistes islamistes d'al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), que les mouvements de guérilla touareg et l'état-major d'une armée gangrenée par la corruption.» 1

Conflit unique, mais pas unitaire, le Mali est la résultante de plusieurs variables d'insécurité réactives du temps long, momentanément combinées et proactives. Diffus dans la mondialisation, les acteurs criminels et belligènes trouvent dans la rupture politique malienne, l'opportunité de se concentrer, a fortiori de se territorialiser. Ainsi, ils s'extrapolent de la conflictualité, latente, médiate, fluide, pour se matérialiser dans un conflit concret, direct, présent. Evoluant comme des éléments parasites dépendant du contexte d'instabilité, ils répondent en amont d'intérêts particuliers à échelles variables : contrôle des routes du trafic et de la criminalité, islamismes, irrédentismes, défaillance étatique. Imbriquées, ces tendances détonnent en un conflit structuré par son temps, les flux et mouvements de la mondialisation ; mais profondément acquis aux impératifs géopolitiques classiques : les enjeux de pouvoir sur les territoires.

La rébellion qui éclate au nord-Mali en 2012 est dans la continuité des mouvements autonomistes et indépendantistes touareg qui agitent épisodiquement le pays depuis son indépendance2. La crise libyenne de 2011 modifie les rapports de force et crée une opportunité d'action : les Touareg, engagés dans les légions de Mouammar Kadhafi, retournent dans leur pays d'origine, après avoir pioché dans son arsenal militaire3. Le

1AYAD, Christophe, « Au coeur du Sahel sous tension, la poudrière malienne », Le Monde Afrique, [En Ligne], mars 2012

URL : http://www.lemonde.fr/afrique/article/2012/03/28/au-coeur-du-sahel-sous-tension-la-poudriere-
malienne_1676354_3212.html#Zs1E9FFBOATkAb7H.9

2CHÂTELOT, Christophe, « Les trois plaies du Mali », Le Monde Bilan Géostratégique, Edition 2013, p.15 3« De plus, ces derniers mois, le retour de Libye de milliers de combattants - en majorité touaregs-, la prolifération d'armes et l'explosion des trafics de cocaïne ou de cigarettes ont achevé de propager une guerre larvée dans le sud de l'Algérie, dans le nord du Mali, dans le nord du Niger ainsi que dans une partie de la Mauritanie. », LEYMARIE, Philippe, « Comment le Sahel est devenu une poudrière », Le Monde Diplomatique, [En Ligne], avril 2012

URL : http://www.monde-diplomatique.fr/2012/04/LEYMARIE/47605

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Mouvement National de Libération de l'Azawad (MNLA), composé de ces mercenaires, revendique l'indépendance de l'Azawad, une vaste région saharienne composée notamment des villes de Gao, de Kidal, et de Tombouctou. Le 17 janvier 2012, une attaque sur Ménaka acte le départ de la rébellion ; elle est suivie par « plusieurs semaines d'actions victorieuses contre des garnisons de l'armée malienne, dont la prise de la base de Tessalit, le 11 mars »4. Le manque de pro activité des autorités politiques, et les faiblesses institutionnelles de l'Etat font le lit, parallèlement, d'une nouvelle insurrection armée menée par Amadou Haya Sanogo5. Le président Amadou Toumani Touré est destitué - ce temps mort sécuritaire rouvre une plaie gangrénée, dans laquelle les fluides de la conflictualité métastasée s'écoulent. La profusion de groupes armés non étatiques criminels ou salafistes délogent le MNLA qui avait déclaré unilatéralement l'indépendance de l'Azawad6.

L'instabilité politique poussée à son paroxysme laisse alors se concentrer dans le nord du pays une boule belligène confuse construite par l'interaction des mouvements profonds du temps long, et des dynamiques contextuelles du court terme. Cette dialectique entre le médiat et l'immédiat permet l'hybridation d'un conflit qui nécessite d'être disséqué et analysé à toutes ses échelles d'expression - à tous ses temps d'explication. Dès lors, la question centrale interroge les variables de long termes, moyens termes, et conjoncturelles qui conduisent à cette déflagration. Le conflit de l'Azawad est l'expression de motivations géopolitiques antagonistes, momentanément et opportunément croisées en un même espace-temps. Quelles sont alors les ressorts, les sources, les mouvements à l'origine de ce conflit ?

Le concept de Sahel-Sahara marque une rupture avec le temps où le Maghreb était considéré comme séparé du Sahel7. Il est devenu « le nom générique de l'ensemble constitué du Sahel et du Sahara, de l'Atlantique à l'océan Indien »8. En l'espèce, le conflit de l'Azawad s'inscrit dans les dynamiques régionales du Sahara central - principalement, dans leurs activités entre le sud saharien de l'Algérie et le nord sahélien du Mali.

4CHÂTELOT, Christophe, « Les trois plaies du Mali », op. cit.

5Ibid.

6« Déclaration d'indépendance de l'Azawad », Mouvement National de Libération de l'Azawad, [En Ligne], 6

avril 2012

URL : http://www.mnlamov.net/component/content/article.html?id=169:declaration-dindependance-de-lazawad

7OCDE/CSAO (2014), Un atlas du Sahara-Sahel : Géographie, économie et insécurité, Cahiers de l'Afrique de

l'Ouest, Editions OCDE, p.218

URL : http://dx.doi.org/10.1787/9789264222335-fr

8Ibid.

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Le Sahel-Sahara est composé du plus grand désert de sable et de son rivage, zone de transition entre le monde arabo-berbère et le monde soudanien. L'aridité est sa composante essentielle - ainsi, il se différencie de l'oekoumène, et se déploie comme espace de transition, de circulation, et non de fixation. Ses dispositions physiques conditionnent les modes de vie, mais également les modes de perception des populations qui le traversent. Fondé sur une représentation nomade, l'espace est vaste, ouvert, jalonné d'oasis dispersées comme les hubs d'un immense réseau d'interactions humaines. La colonisation, et les indépendances des années 1960, modifient cette culture en imposant un modèle sédentaire de représentation de l'espace : des frontières marginales quadrillent le désert, qui est intégré par morceau à des Etats nouveaux. Au-delà, c'est l'essence même du déplacement nomade qui est transformé : la motorisation condense l'espace temps, et les mouvements sont en principe soumis aux législations politiques.

Dès lors, deux cartes complémentaires, ou concurrentes, se superposent. L'une découpe le désert en Etats acquis à une perception réaliste de leurs intérêts ; l'espace est a priori fixe, les frontières limitent et séparent différentes aires géographiques9. L'autre dresse le portrait d'un désert traditionnellement ouvert, structuré par le mouvement, les routes, et les liens sociaux qui le dynamisent. L'espace est mobile - le désert est une mer de sable intérieur qui relie, plus qu'elle ne sépare, les différents points d'ancrage humain. Les oasis, villes du désert, sont construites non pas sur les points d'eaux, mais au croisement des routes commerciales sahariennes. Ainsi, les lieux se déplacent, suivent les flux et les rencontres instantanées10.

L'importation d'un système encore mal adapté aux réalités locales, perturbe le développement politique, économique, et social des Etats sahéliens. Si bien qu'ils peinent, majoritairement, à assurer une intégration homogène sur l'ensemble de leur territoire. Les indépendances ont poussé les gouvernements à désenclaver leurs zones sahariennes par des politiques d'aménagement du territoire - or l'instabilité malienne n'a pas permis l'aboutissement complet de cet effort. Dès lors, si le désert est quadrillé, il l'est en pointillé : les frontières sont poreuses, permettant aux populations de réinvestir l'espace mobile. Au-delà, la mondialisation et les effets de ce paradigme replacent le Sahel-Sahara dans son contexte traditionnel : les flux et les liens personnels comme infrastructure essentielle du désert.

9OCDE/CSAO (2014), Un atlas du Sahara-Sahel : Géographie, économie et insécurité, op. cit.

10RETAILLE, Denis, « Conflit au Sahel : l'explication par la géographie », Thinkovery, enregistrement vidéo, [En Ligne], 5'37

URL : http://www.thinkovery.com/conflits-au-sahel-lexplication-par-la-geographie

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Les groupes armés non étatiques réinvestissent cet espace mobil - dans la logique des Empire de la route, ils s'appuient sur les réseaux sociaux11 pour contrôler les axes de circulation et de trafic. Ils se déplacent et déplacent avec eux la conflictualité - comme pour les oasis, c'est dans la rencontre des dynamiques belligènes que se construisent les territoires de conflit. Ainsi, il est nécessaire de rompre avec une représentation strictement figée de l'espace, et de l'analyser dans un rapport contradictoire à la mobilité ; « appréhender le Sahara-Sahel par ses mobilités sociales, économiques et spatiales contribue à en rapprocher les deux bords et à réactiver un espace de circulation aujourd'hui segmenté »12.

L'identité des populations qui composent cet espace est une variable essentielle de son étude. Elle constitue un élément de différenciation entre les groupes humains, et entraîne, de par ses allégeances, des logiques de pouvoir sub étatiques. Le Sahel-Sahara est un espace de jonction, entre un nord arabo-berbère et un sud soudanien. Pour autant, la ligne de fracture à moins attrait aux considérations anthropologiques qu'à l'histoire, encore prégnante, de ces populations. Ainsi, l'identité est à mettre en relation avec l'historicité13 : les nouvelles institutions déplacent la conflictualité sur l'arène politique, entre les descendants « noirs » d'une histoire apophatique construite sur le rejet de l'esclavage et de la domination, et les héritiers nostalgiques d'Empires musulmans conquérants. La concurrence de temporalité est au creux des oppositions et conflits identitaires que l'Etat ne résorbe pas. Ab extra, cette confrontation forme une brèche dans laquelle les mondes rebelles se logent et profitent d'un espace perturbé pour proliférer.

L'identification, qui renvoie à un mode d'appréhension contextuelle de son appartenance, ne doit pas être confondue avec la notion d'identité. Ainsi, lorsque l'idéologie d'Al-Qaïda s'implante au Sahel-Sahara, elle n'effectue pas la transposition mimétique d'un islam uni. Les particularités religieuses locales ne sont pas supprimées - Al-Qaïda sert de vecteur d'identification contextuelle, sans pour autant éradiquer les tendances locales profondes de l'islam sahélo-saharien14, qui continuent d'influencer l'action et les motivations des groupes armés non étatiques actuels.

11OCDE/CSAO (2014), Un atlas du Sahara-Sahel : Géographie, économie et insécurité, op. cit., p.22 12Ibid.

13« La thèse de l'extranéité prend peut-être l'exception pour la règle. L'Etat en Afrique et surtout en Asie ne doit pas être tenu a priori pour le simple produit de synthèse de l'épisode colonial. Maintes formations politiques de ces deux continents préexistaient à leur mise en dépendance par l'Occident [...] », BAYART, Jean-François, « L'historicité de l'Etat importé », Les Cahiers du CERI, n°15, [En Ligne], 1996, p.9

URL : http://www.sciencespo.fr/ceri/sites/sciencespo.fr.ceri/files/cahier15.pdf

14MBAYE, Ravane, « L'islam noir en Afrique », Tiers-Monde, Vol.23, N°92, 1982, p.835

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Cet islam sahélo-saharien est, depuis les conquêtes arabes du VIIème siècle, dans une dynamique constante d'expansion et d'adaptation. Les traditions locales n'ont pas seulement été islamisées ; l'islam a été particularisé par ces traditions locales. Ainsi, le mélange des coutumes crée une sorte d'islam hybride, marqué par les traditions animistes et communautaristes africaines. L'islam africain est une composante de l'identité de cet espace, à l'inverse de l'islam importé du Moyen-Orient - en ce sens, il nécessite d'être analysé selon sa propre grille de lecture.

L'islamisme est un mot-valise utilisé pour exprimer l'idée d'une confusion entre religion et politique. Or, si pour un occident acquis aux idées des lumières la rationalité fait office de norme, dans les mondes musulmans, l'islam est une totalité, impliquant la soumission dans la vie spirituelle, et dans la vie terrestre15. Dès lors, il est nécessaire d'établir un dialogue entre les paradigmes occidentalo-centrés du politique, et la perception du pouvoir dans l'islam lui-même.

Les mondes musulmans sont multiples et ne doivent pas être confondus avec les civilisations qui l'ont traversé. Il est donc essentiel de rompre avec l'arabo-centrisme de l'islam, pour appréhender son expression particulière, notamment dans l'espace berbère et africain. Ainsi, de la même manière qu'il existe des islams, il existe des islamismes, qui nécessitent d'être analysés à travers leurs similarités au dogme dominant, importé notamment par Al-Qaïda, et leurs ruptures par rapport à celui-ci, qui fondent leur distanciation et leurs particularités.

Au-delà, les islamismes semblent être l'expression d'une concurrence de temporalité, et de référant de perception du phénomène. Le terme « islam radical » sous-entend la césure. En ce sens, dans une conception occidentalo-centrée, les islamismes sortent de la normalité, du monde normé, et prônent un retour aux origines du dogme religieux. Il s'agit d'une rupture, et d'une rétroaction. Or, dans une conception musulmane, c'est une continuité qui est exaltée, de Yathrib à aujourd'hui, construite sur le rejet de tout élément exogène importé à l'histoire arabo-musulmane. Pour l'exprimer, les islamismes s'incèrent dans les ruptures du temps modernes, et agissent comme temporalité subsidiaire : là où le calendrier judéo-chrétien est supprimé, le calendrier musulman s'intègre ; là où le monde occidentalo-centré est en 2015, le monde musulman est en 1436. Les islamismes s'inscrivent dans une dialectique de la rupture face à l'histoire du monde occidentalo-centrée, et de la continuité d'une histoire arabo-musulmane subsidiaire et rattrapée. Dès lors, ils peuvent être appréhendés à travers trois

15Le principe d'unicité de l'islam se traduit dans le premier des cinq piliers par la shahada ; « J'atteste qu'il n'y a pas de divinité en dehors de Dieu et que Muhammad est son prophète ».

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variables, qui forment une sorte de crescendo de la rupture. Les islamismes sont radicaux - ils rompent avec le statu quo, l'ordre dominant établit, et formulent ainsi un rejet à l'égard des formes actuelles du monde. Les islamismes sont salafistes - ils rompent avec les modes de vie occidentaux en adoptant ceux des salafs, les premiers compagnons du prophète. Les islamismes sont djihadistes - ils rompent avec le sens du monde en faisant du conflit un absolu.

Bien qu'ils fassent front commun sous l'hologramme djihadiste, les acteurs non étatiques du conflit malien répondent de velléités géopolitiques classiques. Cette réalité s'exprime notamment à travers la répartition spatiale des différents groupes armés dans l'Azawad : AQMI à Tombouctou, Ansar Dine à Kidal, Mujao à Gao16. Il semble alors nécessaire de dissiper le nuage de confusion terminologique pour aborder le conflit de manière pragmatique, dans le cadre d'une analyse géopolitique. Cette méthode s'accorde à soulever les mouvements du temps long à l'origine de la conflictualité, et de son excroissance malienne. Dans cet aspect, chacune des variables du conflit est mise en perspective dans le prisme des inerties physiques et humaines : la géographie, et l'identité17. Le Sahel-Sahara est un milieu spécifique qui anime des représentations particulières du monde. Ces conceptions sont intégrées à la matrice réflective des groupes armés non étatiques traditionnellement adaptés au désert, qui le transforment en espace stratégique, notamment pour les trafics de drogues, d'armes, ou de migrations. La revendication Touareg s'exprime dans le leit motiv d'une identité propre et forte, inconciliable avec l'Etat malien défaillant. Cette marque profonde de séparation s'inscrit dans l'histoire d'un Kel Tamasheq étendu, plus proche d'une Afrique berbère que d'une Afrique noire. Les islamismes du Sahel-Sahara sont abordés de l'intérieur, dans leur construction, leur hybridation, et leurs mouvements propres. La mise en valeur de leur histoire sahélo-saharienne permet de rompre avec le mythe d'un mouvement islamiste unifié, et de replacer le conflit dans ses aspects immédiats et concrets.

Le conflit malien semble être la résultante d'un processus crisogène d'ubiquité temporelle, où des identités humaines fortes s'opposent à la modernité mal acquise d'un Etat sahélien fragile. Dans les fissures de cette confrontation s'installent des éléments

16CHATELOT, Christophe, « Les trois plaies du Mali », op. cit., p.17 17Ibid., p.60-61

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contestataires et violents exogènes adaptés, ou endogènes amalgamés, qui profitent d'un espace perturbé pour proliférer. La métastase interminable des « istes »18 nécessite de rompre avec toute prénotion susceptible de brouiller la perception réelle du conflit. Al-Qaïda se greffe à la conflictualité régionale et transforme les groupes armés non étatiques. Mais les résistances locales sont telles que les dissidences se multiplient - il existe au Sahel-Sahara une kyrielle de groupes armés non étatiques aux allégeances confuses et souvent conjoncturelles, répondant en réalité d'intérêts et de stratégies personnelles.

A l'instar des oasis du désert, en quoi le conflit malien est-il un conflit mobile, produit contextuellement par la rupture de la stabilité politique, et la concentration de dynamiques conflictuelles combinées en un même espace-temps ?

Le conflit malien semble être le produit d'une onde de choc inversée qui va des périphéries vers un centre de gravité mobile. Une fois l'enveloppe du djihad global percée, il se révèle être la concentration opportune de plusieurs dynamiques belligènes, qui s'analysent essentiellement en termes géopolitiques. Il ne doit, donc pas être appréhendé de manière unitaire, mais disséqué, afin de mettre en exergue ses ressources profondes et comprendre les inerties qui conditionnent ses trajectoires aujourd'hui.

Le désert qui compose le Sahel-Sahara conditionne des modes de vies nomades qui, à travers leurs propres schémas de représentation, structurent un espace mobile19. Les routes millénaires sont réinvesties par les trafics illicites transnationaux intégrant l'Afrique à la mondialisation20 (Première Partie). Les identités du Sahel-Sahara au passé glorieux, ne sont pas fondamentalement perturbées par l'Etat. A l'inverse, leur espace de friction se déplace et s'installe dans la défaillance des institutions de l'Etat (Deuxième Partie). Conformément à sa

18« D'où aujourd'hui la métastase interminable des « istes » : l'islamiste n'est pas l'intégriste, lequel n'est pas le fondamentaliste, qui n'est pas salafiste, qui n'est pas forcément le djihadiste, lequel n'est pas toujours un terroriste ... Même si elle traduit une vague réalité, cette division cellulaire entraîne la confusion totale dans l'esprit de l'observé comme dans celui de l'observateur, ce qui rend la restitution des sens premiers une tâche urgente et salutaire. », AMIR-ASLANI , Ardavan, « Islam-Islamisme, quelle différence ? », Huffington Post, [En Ligne], avril 2013

URL : http://www.huffingtonpost.fr/ardavan-amiraslani/difference-islam-islamisme_b_3108641.html

19RETAILLE, Denis, « L'espace nomade », in Revue de Géographie de Lyon, Vol. 73, N°73-1, 1998, pp.71-82 20SIMON, Julien, « Le Sahel comme espace de transit des stupéfiants. Acteurs et conséquences politiques. », Hérodote, n°142, 2011/3, p.126

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stratégie de territorialisation21, le djihadisme global d'Al-Qaïda s'est imposé au Sahel-Sahara. Il transforme les groupes armés non étatiques locaux, mais ne les assimile pas intégralement. Et, ce paradigme agit en l'espèce, comme un fluide catalyseur de la conflictualité locale. Il modifie la perception et la polarité du conflit qu'il englobe, sans pour autant supprimer les enjeux prégnants de pouvoir sur les territoires (Troisième Partie).

21COURMONT, Barthélémy, L'après Ben Laden, l'ennemi sans visage, Paris, François Bourrin Editeur, 2001, p.90

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