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Pragmatique, narrativité, illocutoire et délocutivité généralisées.

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par Jean Robert RAKOTOMALALA
TOLIARA - Doctorat 2004
  

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REPOBLIKAN'I MADAGASIKARA
TANIDRAZANA - FAHAFAHANA - FANDROSOANA

 
 

UNIVERSITÉ DE TOLIARA

 
 

FACULTÉ DES LETTRES ET DES SCIENCES HUMAINES ET SOCIALES

DÉPARTEMENT D'ÉTUDES FRANÇAISES

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OPTION : PRAGMATIQUE

LA PRAGMATIQUE : NARRATIVITÉ, PERFORMATIVITÉ
ET DÉLOCUTIVITÉ GÉNÉRALISÉES

Ensemble des travaux en vue de l'obtention
de l'Habilitation à Diriger des Recherches (HDR)

Présenté par Jean Robert RAKOTOMALALA

Maître de Conférences à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines et Sociales

Université de Toliara (Madagascar)

Sous la direction scientifique de M. Clément SAMBO
PROFESSEUR

Université de Toliara (Madagascar)

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1. ILLOCUTION ET NARRATIVITÉ RÉSUMÉ

Cet article tente de résoudre l'aporie méthodologique entre la généralisation de la performativité à tous les énoncés face à l'impossibilité de ranger dans l'illocutoire les insultes ou la flatterie comme le soutiennent les textes de Ducrot et d'Anscombre. La solution que nous apportons à cette aporie méthodologique est l'introduction de l'algorithme narratif dans l'évaluation de l'illocutoire de telle manière que les énoncés qui ne rentrent pas dans la généralisation ne soient plus renvoyer dans le perlocutoire, une notion qui ne peut pas relever de la linguistique.

Mots clés : performativité, illocutoire, algorithme narratif, fuite du réel

Abstract

This article attempts to resolve the methodological aporia between the generalization of the performativity all facing impossible statements stored in the illocutionary insults or flattery as it is supported in Ducrot and Anscombre texts. The solution that we bring to this methodological aporia is the introduction of the narrative algorithm in the evaluation of the illocutionary so statements that do not fit in the generalization are no longer return in the perlocutionary, a notion that cannot fall under linguistics.

Key words: performativity, illocutionary, narrative algorithm, the real leak 1.1. INTRODUCTION

Ce qui se profile derrière ce titre qui affiche le décloisonnement de disciplines en sciences humaines, à savoir : la pragmatique et la sémiotique, est d'abord le refus de considérer autre chose que le langage dans une analyse qui s'attache au rapport des locuteurs avec l'énonciation, plus précisément, c'est le refus de considérer le langage comme une tautologie du réel. En effet, s'il est admis que le langage relève d'une théorie de l'action, ceci implique que le monde extralinguistique n'est pas un référent ultime mais que la motivation essentielle de l'énonciation est une modification du rapport interlocutif.

Ensuite, il s'agit de se doter d'un appareillage linguistique qui par ailleurs est considéré comme l'essence du langage. Selon Bernard Victorri le protolangage serait un langage du hic et nunc qui répond à une exigence pratique d'une action dans le monde. Il est effectivement d'agir sur le monde dans la perspective de l'ici et maintenant. De cette manière, le langage est alors une tautologie du réel.

Par contre, le protolangage au niveau du plan ontogénique peut être illustré à partir du langage enfantin dans sa fonction symbolique. On sait qu'un enfant produit cri et sourire en fonction d'une cause physiologique. L'enfant cri quand il se trouve dans un état d'inconfort,

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la réaction des entourages adultes à ce cri lui apprend que son cri a une fonction symbolique, dès lors il produit du cri sans qu'aucune cause physiologique soit présent, mais il veut par-là, par exemple, contraindre sa mère à rester auprès de lui. C'est là une illustration du langage en action qui montre que le référent n'est qu'un simulacre, c'est ce que nous précise Jean Petitot de la manière suivante :

« La relation dominante est la relation signifiant / signifié (la cause du désir et non pas la validité du jugement), le référent n'étant qu'un tenant lieu (un artefact, un simulacre, un trompe-l'oeil) » (BRANDT & PETITOT, 1982, p. 25)

Autrement dit, le mouvement de la référence ne s'arrête jamais à l'objet dénoté, il le traverse pour un système de renvois de signe à signes, un système de renvois défini par la théorie des interprétants de Charles Sander Peirce (1979). Qualifier le référent de simulacre, c'est lui donner la possibilité d'être une sémiotique. En d'autres mots : la véritable référence est ce que montre l'énonciation en termes d'acte de langage. C'est ce que nous exprime Jean-Claude Anscombre avec son style propre : « Un principe conversationnel général qui est que l'on ne parle pas pour ne rien dire ni pour ne rien faire. » (ANSCOMBRE, 1980, p. 87)

Le « ne rien dire » signifie que toute communication est toujours une communication sur le monde, c'est la fonction référentielle dans la théorie fonctionnelle de Roman Jakobson, mais cela ne suffit pas d'avoir un référent, il faut encore et surtout que la communication ait une portée interlocutive, c'est cela qu'implique le « ne rien faire »

Algirdas Julien Greimas qui n'évolue pas dans le cadre de la pragmatique reconnaît également que le monde ne peut pas être un référent ultime mais le lieu de manifestation du sens, c'est-à-dire qu'il propose de cette manière une sémiotique du monde naturel :

« Il suffit pour cela de considérer le monde extralinguistique non plus comme un référent « absolu » ; mais comme le lieu de la manifestation du sensible, susceptible de devenir la manifestation du sens humain, c'est-à-dire de la signification pour l'homme, de traiter en somme le référent comme un ensemble de systèmes sémiotiques plus ou moins explicites ». (GREIMAS A. J., 1970, p. 52)

Pour attester la nécessité d'introduire au sein de la pragmatique la logique narrative ou la transformation narrative à des fins d'identification des actes de langage, nous allons reprendre ici le cheminement de l'acquisition du langage aussi bien au niveau au ontologique qu'au niveau phylogénétique.

L'enfant, à certain âge, ne dispose pas encore du lexique nécessaire ni de la grammaire pour communiquer. Cela n'implique pas qu'il est incapable de communiquer dans les cadres du présent et de sa présence au monde. Pour pallier au défaut de nomination, l'enfant se contente de montrer à l'aide de son index, l'objet de son désir pour que les adultes obtempèrent dans la mesure du possible. Ce geste de la monstration est à l'origine des déictiques dans le langage.

L'enfant peut avoir quelques lexiques concernant les objets de son intérêt immédiat, mais là encore son protolangage est de nature déictique. Ce qui veut dire que l'enfant ne peut

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communiquer que sur des événements présents au monde, garantis par sa propre présence. Cette coprésence de l'événement et des locuteurs fait que le protolangage peut se passer de la grammaire. L'observation du parler enfantin nous permet alors de conclure que la caractéristique la plus évidente du protolangage est qu'il demeure sans grammaire.

Ce défaut de grammaire est dû essentiellement au fait qu'il est incapable de projection temporelle puisque fait uniquement du présent et que de la sorte, il n'a pas besoin de situer les choses ni dans le temps ni dans l'espace puisqu'on parle uniquement des choses présentes au sens.

Autrement dit, le protolangage est pratiquement tautologique ; de nature indicielle, il s'organise dans le champ sensitif en tant que prolongement des sens. De cette manière, il est de très faible portée cognitive parce qu'incapable de métalangage et encore moins de connotation, il ne peut que dénoter ce que les sens perçoivent de façon métonymique. Bref, c'est un système de communication qui ne dispose ni de mécanisme anaphorique permettant l'identification du référant sous de formes diverses, ni de mécanisme d'enchâssement autorisant la récursivité.

Il s'agit là d'un observable de l'acquisition de la parole au niveau ontologique qui ne diffère nullement de l'hypothèse de l'acquisition de la parole au niveau phylogénétique. C'est ce que semble souligner le passage suivant, d'auteurs pluridisciplinaires enquêtant sur le langage originel :

« Homo erectus aurait parlé (il y a environ un million d'années) une sorte de langage "Tarzan", très frustre, que le linguiste Dereck BICKERTON a proposé d'appeler protolangage. [...], le Protolangage serait un système beaucoup plus rudimentaire. Les phrases du protolangage auraient été composées de quelques mots juxtaposés, sans ordre bien défini, du genre Alfred manger banane ou Alfred lapin tuer. En somme le vocabulaire aurait été déjà présent, mais pas la grammaire. Un tel système de communication suffit de fait à échanger de l'information factuelle, ce qui aurait permis à cette espèce de s'adapter aux conditions environnementales très diverses qu'elle a dû rencontrer lors de son expansion hors du berceau africain. » (DESSALES, PIQ, & VICTORRI, 2006)

De cette pluridisciplinarité, Victorri (2002) tire une conclusion selon laquelle le passage du protolangage vers le langage est une contrainte sociale qui cherche la préservation de l'espèce des dangers des comportements dits « intelligents » au niveau individuel mais complètement antisociaux. Nous pouvons également avoir un observable équivalent de ce basculement dans notre société actuelle, à des échelles diverses. Au niveau de la nation, il y a l'ordre constitutionnel qui informe tous les types de pouvoir de manière à garantir la paix entre compatriotes. Nous incluons à dans le type de pouvoir, le pouvoir de la rue, à côté des pouvoirs classiques : législatif, judiciaire, exécutif. Au niveau transnational, il y a notamment les différentes conventions et chartes ratifiées par plusieurs nations à travers un organisme délibératif tel que les Nations Unies.

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Mais plus encore, en dépit de l'apparente domination des religions allogènes dans les pays d'Afrique, il faut admettre que cette intrusion n'a fait que laminer les religions traditionnelles qui sont issues des premières littératures. Par premières littératures, il faut entendre ces récits à l'aube de l'humanité qui instituent une régulation du social. Du mythe au conte en passant par les proverbes, ces récits forment ce qu'on appelle maintenant oraliture, un juste regain d'intérêt après plusieurs siècles de mépris au profit de ce que l'on appelle pompeusement « texte d'auteur », lamineur également.

En effet, il est loisible d'observer dans les mariages traditionnels, en opposition simultanément au mariage religieux et au mariage civil, des pratiques sémiolinguistiques qui relèvent des mythes. Parmi lesquelles, nous pouvons citer l'interdit de l'inceste,

D'après les textes de Victorri, le passage du protolangage vers le langage naît de la nécessité de raconter des événements qui ne sont plus, ou qui ne sont pas encore, de manière à créer un spectacle linguistique devant des auditeurs auprès de qui le locuteur poursuit des buts pragmatiques. Les textes de Victorri sont le fruit d'une recherche interdisciplinaire dans le but s'expliquer pourquoi il y avait un goulot d'étranglement sur le plan phylogénétique. C'est-à-dire, il s'agit de répondre à la question de savoir ce qui a fait se tarir une branche de l'Homo erectus : le Néanderthalien et qu'est-ce qui a permis à notre espèce d'éviter cette extinction.

Trois types d'explication de cette extinction ont été avancés, à savoir : le climat, une épidémie ou la compétition. Mais ces causes exogènes sont écartées les unes après les autres car elles ne sont pas conformes à la capacité d'adaptation de l'homo sapiens, d'autant qu'elles n'expliqueraient pas pourquoi une branche de l'homo erectus avait résisté à ces catastrophes généralisées. En effet, la thèse du climat, à la période de la glaciation qui aurait conduit à la disparition de gros gibiers dont dépendait l'homme pour se nourrir s'effrite contre la survivance même de nos ancêtres communs. Il en est de même pour les thèses de l'épidémie ou de la compétition. Autrement dit, toutes causes exogènes ne peuvent pas expliquer la disparition du Néandertalien, justement parce qu'elles entrent en contradiction avec la survivance du cousin proche du Néandertalien : notre ancêtre archaïque.

On sait aujourd'hui que l'hominisation de l'espèce a duré à peu près sept à huit millions d'années, l'apparition d'homo erectus, il y a environ un peu plus d'un million d'années, et l'homo sapiens, à peine huit cent mille ans. Autrement dit, de l'homo erectus à l'homo sapiens, coïncide exactement le passage du protolangage au langage. C'est-à-dire que l'hominisation de l'espèce n'est pas un fait aussi simple comme le ferait croire ce scénario dessiné ici à grands traits, mais il semble qu'en matière de langage, l'étape cruciale a été la fabrication du premier outil comme aptitude à la symbolisation, il s'agit du silex biface du chasseur paléolithique.

Le fait pertinent, pour notre propos, dans la fabrication d'un tel outil est la conversion de la topothèse en chronothèse. Pour émonder le jargon, disons que l'outil libère l'homme de l'événementiel ou du factuel par refus du hic et nunc pour introduire une dimension temporelle dans son appréhension du monde. En effet, l'outil implique nécessairement un

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objet absent qui est remplacé par son image, c'est cet objet absent qui détermine la forme de l'outil, c'est-à-dire son sens, ce à quoi il est destiné. La linguistique praxématique qui se refuse de se situer dans le sillage du structuralisme saussurien fonde d'ailleurs notion du praxème sur cette base de l'outil symbolisant, voici ce qu'en dit Robert Lafont :

« L'hominisation de l'espèce commence lorsque l'individu se sert d'un objet pour en modifier un autre en vue d'une action que ce second assume : lorsque le chasseur modifie la forme d'un caillou pour en faire une arme contre un gibier éventuel. Éventuel : il faut bien dans l'opération de fabrication d'un instrument, qu'un troisième objet soit absent et remplacé par son image. La "certitude sensible" nécessaire au travail est prise en charge par la représentation. Un langage qui relaie le geste déictique est là pour épouser le mouvement de naissance de l'activité sémiotique. Le sens surgit. C'est ce sens que nous lisons quand nous interprétons comme instrument la modification non accidentelle d'un silex : le signe d'une activité qui opère dans l'absence de son objet. » (LAFONT, 1978, p. 19)

C'est ce qui a permis à la praxématique de définir le praxème (monème) comme unité de production de sens et non doué de sens, une position qui s'inscrit adéquatement dans la thèse de la relativité linguistique, découverte pourtant au sein du structuralisme :

« Mais le praxème n'est pas exactement le monème ou le morphème. Ou il ne l'est, si l'on veut, que comme unité formelle. [...]. Il n'est pas "doué d'un sens". Il est l'unité pratique de production du, ce qui est fort différent ; comme l'acte produit par l'outil, lui-même produit par le travail, ne se confond pas avec l'outil, même si la forme de l'outil lui donne déjà une forme. » (LAFONT, 1978, p. 29)

Ainsi, s'il est admis que le langage opère en l'absence de son objet à titre d'outil, sa dimension pragmatique devient une évidence majeure que l'on peut rattacher à son origine. La pragmatique comme modification de rapport interlocutif ou intersubjectif est à la source des premières mises en forme discursive. Pratiquement, toutes les disciplines en sciences humaines s'accordent pour appeler ces premières formes discursives de « mythe », dont la propriété essentielle est son anonymat par lequel il tire son efficience pragmatique. Ce qui veut dire exactement que la fonction du mythe est de réguler la société. Il y a donc lieu de supposer que c'est un défaut de langage qui aurait conduit à l'extinction du Néanderthalien : une cause endogène.

On constate que chez les mammifères sociaux, les compétitions au sein du groupe aboutissent à des combats qui ne se soldent que très exceptionnellement à la mise à mort du vaincu (LORENZ, 1970) puisque la régulation se fit au niveau biologique. Chez l'homme, par contre, la régulation se fait au niveau socioculturel et non au niveau biologique :

« Les comportements à prohiber, tels que tuer son frère ou son père par exemple, font l'objet d'interdits explicites dans toutes les sociétés humaines. » (VICTORRI, 2002)

Ces interdits explicites sont accomplis, de manière illocutoire, par les mythes qui racontent comment les choses se sont passées au commencement. De cette manière raconter ce qui s'est passé c'est éviter qu'il ne se reproduise. Il serait très intéressant d'analyser le

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caractère fabuleux de l'histoire narrée dans les mythes, mais il y a lieu de croire que le fabuleux des mythes a pour source une cause interne : c'est un langage qui est en train de se construire et que par la suite, le caractère exclusivement oral de sa transmission n'a fait que renforcer la place des référents évolutifs fictionnels. Mais que racontent exactement les mythes ? Ils racontent des crises de violence à cause de rivalité pour mener le groupe ou pour la possession des femmes ou même pour la possession des ressources. Voici comment Victorri présente cette narrativité dont la force illocutoire est d'interdire :

« Notre thèse peut alors se résumer de la manière suivante. Pour échapper aux crises récurrentes qui déréglaient l'organisation sociale, nos ancêtres ont inventé un mode inédit d'expression au sein du groupe : la narration. C'est en évoquant par la parole les crises passées qu'ils ont réussi à empêcher qu'elles se renouvellent. Le langage humain s'est forgé progressivement au cours de ce processus, pour répondre aux besoins nouveaux créés par la fonction narrative, et son premier usage a consisté à établir les lois fondatrices qui régissent l'organisation sociale de tous les groupes humains. » (VICTORRI, 2002)

Cet auteur souligne par ailleurs qu'une étape importante de cet acheminement vers le langage est la ritualisation du comportement narratif : il faut raconter périodiquement les récits des crises pour éviter leur conséquence qui risque d'être infini. Nous allons maintenant voir de près ce que c'est la narrativité. Mais désormais, nous retenons de cette introduction que la narrativité est commandée par des buts pragmatiques. Dresser le spectacle linguistique d'un événement qui n'est plus a pour but illocutoire d'interdire qu'il se reproduise, dès lors il faut comprendre les premières littératures, que sont les mythes, comme un principe de régulation sociale qui protège l'intérêt collectif contre des déchaînements de violence commandés par des intérêts individuels. C'est faute de disposer de cette narrativité qui fait passer le protolangage vers le langage que la branche du Néandertalien s'est complètement éteinte.

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