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La communication du tourisme en zone de conflit. Le cas des communes de Ziguinchor et Djembering (basse Casamance).


par Diaw Pape Mactar
Université Assane Seck de Ziguinchor - Master 2 en management des activités du tourisme et culture 2020
  

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3.2 La couverture médiatique en zone de conflit

La couverture des médias dans les zones de conflit révèle beaucoup d'éléments jusqu'ici complexes. Toutefois, les travaux de Manoff (1998) par exemple se focalisent sur le rôle de ces derniers dans la gestion et la prévention des conflits. Le résultat de ces travaux montre une responsabilité des médias dans la gestion d'un conflit. Cela se résume à un ensemble de défis,

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entre autres des défis d'éthique, surtout en ce qui concerne la couverture en Afrique (Arous, 2001).

Le tourisme au Sénégal reste encore une activité lucrative comme le relève une enquête du MTTA passant de 342 à 358,5 milliards de FCA, soit une hausse de plus de 4%. Cependant, cette activité reste dominée au nord par la petite côte (tourisme de loisir), soit 48,34% et à Dakar (tourisme d'affaires), soit 31,86%. Les arrivées globales enregistrées en 2014 selon les statistiques du MTTA s'élèvent à 1.216.090 contre 1.076.277 arrivées en 2015, soit une baisse de 11,5%. Ces deux zones polarisent plus de 80% de l'activité et le reste est partagé entre les différents pôles touristiques (MTTA, 2015). Toutefois, cette enquête a révélé en amont que les acteurs du tourisme ont noté plusieurs défaillances liées au bon fonctionnement de l'activité :

? Une absence de communication ; ? Une image mal vendue à l'étranger ; ? Une crise de confiance entre acteurs ; ? Mauvaise communication de crise53 ; ? Etc.

Le cas de la région de Ziguinchor, voire toute la région naturelle de la Casamance du point de vue géographique (pôle touristique), est très inquiétant. Cette partie du pays est victime d'une mauvaise communication du fait du conflit armé.

3.2.1 Médias et objectifs médiatiques

Si le rapport n'est pas direct tant que l'un ne détermine pas l'autre, mais fondamentalement le conflit en Casamance a un impact fort sur le tourisme depuis maintenant une trentaine d'années. Comme tout conflit interne ou externe, on ne saurait nier ses conséquences sur les secteurs d'activité économiques de tout genre. Cependant, ces conséquences pourraient être plus accrues à cause de la communication. D'après l'évolution de la situation de crise à un moment bien déterminé, on a des périodes dites chaudes et des périodes dites d'accalmie. Quand la première se manifeste, bien entendu, le secteur en Casamance agonise par la baisse de la fréquentation. A cet effet, la projection de mauvaises images au niveau national et international amplifie cette situation. Ainsi, il peut y avoir des circonstances liées à la communication qui fait que les touristes renoncent à cette destination. Certes il arrive qu'un événement se produise, mais il n'a

53 Cette mauvaise communication fait référence au phénomène Ebola. Cette dernière peut donc être prise en exemple aux nombreuses situations en interne : braquages, viols, tueries, etc.

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parfois aucun rapport avec l'activité touristique sur le plan géographique. Le problème se situe au niveau des médias (M. Cissé, membre du GRPC et médiateur de l'UASZ). Pour avoir travaillé sur le rôle de la presse dans une zone de conflit, ce dernier soutient qu'on arrive à noter un écart entre les correspondants locaux et les rédactions au niveau national. « Les rédactions au niveau national sont beaucoup plus intéressées par la vente de leur journal, par la promotion de sa radio, de sa télé et, dans ce cas généralement, ils sont beaucoup plus intéressés par la commercialisation, c'est-à-dire les gros titres qui les intéresse f...] Quand c'est les titres ordinaires, ça n'attire pas. C'est une préoccupation au niveau des directions qui sont éloignées du champ de conflit », renseigne-t-il.

Toujours dans son argumentaire, M. Cissé met l'accent sur l'intervention des acteurs médiatiques, surtout ceux-là qui appartiennent à la classe traditionnelle (télévision, radio...). En effet, comme le démontrent les tableaux ci-dessus, on note la présence effective de ces médias, beaucoup plus à Ziguinchor. Pourtant, la couverture que ces médias font en l'occurrence lorsque le conflit est mis en relation devient tout autre. Elle laisse à désirer surtout lorsqu'elle est afférente au tourisme. Les informations relayées sont dénaturantes due à la représentation de la destination en question. La couverture faite par les médias sur place est issue de nombreuses sources et accrues par un traitement qui sort de l'ordinaire : « Pluie d'obus sur Ziguinchor ». C'est comme si Ziguinchor avait été littéralement bombardé par des obus. Il est évident que quand on est à Dakar, Diourbel et autres, on est vite intéressé par l'achat du journal. Au niveau national, on a des réactions de peur et d'indignation au plan international et un impact négatif », ajoute M. Cissé mesurant ainsi l'ampleur de l'intoxication médiatique.

Pour plus de détails sur la question, voici ce que révèlent les données quantitatives sur le fait que cette communication est basée sur des objectifs médiatiques.

Figure 2 : Les objectifs médiatiques de la communication

Les objectifs médiatiques

5

70

17

8

pas du tout d'accord

pas d'accord

d'accord

totalement d'accord

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Source : enquête de terrain, Avril 2019.

Selon une étude empirique menée dans le cadre de ce travail, nous avons interrogé via notre questionnaire préalablement établi, les cibles concernées sur une possibilité que certaines communications ne sont que le résultat des objectifs fixés par certains médias comme l'a si bien dit M. Cissé, plus précisément les rédactions au plan national. A l'image de ce qui vient d'être démontré par un argumentaire ci-dessus, voici des données étayant ce postulat dans le questionnaire. Ainsi, 70% des administrés sont d'avis que la couverture médiatique est plus une option commerciale. Une éthique qui a leurs yeux reste positive. Cette thèse est en plus confirmée par 17% de notre cible qui sont totalement d'accord et au total 13% contre (voir tableau en annexe). Ce conflit implique ainsi plusieurs facteurs dont les éléments sont difficiles à maîtriser. Les professionnels de la communication rejettent la faute sur l'Etat si l'on en croit M. Ba (journaliste, correspondant de Rfm Ziguinchor, 2019) : « L'Etat est en train de faire des efforts, mais l'Etat oublie le volet de la sensibilisation par rapport à la communication et ça, je pense que c'est un grand gap à combler en Casamance et qu'il n'a pas fait ». En effet, pour M. Ba, la responsabilité entière revient à l'autorité centrale. Elle doit promouvoir cet aspect dont le secteur a grandement besoin. Est-ce à dire que les acteurs de la communication ne sont pas pris en compte dans les politiques de promotion des destinations touristiques dont la Casamance. Néanmoins, le journaliste armé d'éthique et de déontologie, deux principes fondamentaux de la profession, campe sur sa mission d'informer quelle que soit la nature des

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informations et ne se rend pas compte que l'une empiète sur l'autre. Toutefois, certains journalistes adoptent une attitude beaucoup plus responsable. Ils recherchent constamment l'équilibre parfait entre leur liberté professionnelle et la sauvegarde des intérêts nationaux « Le journaliste en Casamance est pris dans un étau entre l'obligation d'information et le désir de préserver la destination. Le journaliste essaie donc de jouer l'équilibre sur la balance parce que vous ne pouvez pas refuser au journaliste de rendre compte d'une situation [...] », nous dit le correspondant de la Rfm.

Informer, c'est le maître mot que l'on retient dans ce commentaire car c'est la seule et unique responsabilité du journaliste. Les acteurs de la communication sont aussi nombreux avec le développement des TIC. On note une prolifération de la presse en ligne et des réseaux sociaux. Ainsi, la communication en Casamance implique plusieurs catégories. Quelques années plus tôt, la communication était plus dominée par la radio et la télévision qui étaient moins nombreuses. Mais, tout compte fait, la communication en Casamance est l'un des obstacles du développement du tourisme. Sous ce rapport, M. Ba déclare : « L'exemple des touristes espagnoles soi-disant violés [...] ; moi je pense qu'il y'a une posture que le journaliste doit incarner pour éviter de faire mal à la région parce qu'en relayant cette information nous avons compromis beaucoup d'action [...] ». Dans ce cas, la communication continue toujours de nuire au tourisme dans la région naturelle de la Casamance.

Tableau 3 : objectifs médiatiques selon les professionnels

 
 
 
 
 

Profession

domaine du

tourisme

2,0%

domaine de la

communication

0,0%

autres

3,0%

TOTAL

Les objectifs médiatiques

5,0%

1,0%

2,0%

 

pas du tout d'accord

42,0%

8,0%

20,0%

5,0%

pas d'accord

12,0%

1,0%

4,0%

8,0%

d'accord

61,0%

10,0%

29,0%

70,0%

 

totalement d'accord

TOTAL

Source : Enquête de terrain, avril 2019.

Ce tableau fait ainsi ressortir des données sur les objectifs médiatiques, qu'ils soient immanents à la profession ou à une simple concurrence commerciale de l'information. A ce propos, nous nous sommes intéressés à l'avis des journalistes sur la question. Cependant, 42% des professionnels du secteur touristique laissent entendre que la communication fait face à des exigences professionnels et commerciales ; de même que 8% évoluant dans le secteur de la

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communication, pour la plupart bien évidemment des journalistes. En outre, nous nous sommes rendu compte lors de l'analyse des données que 20% des interrogés partagent l'avis que les acteurs médiatiques sont beaucoup plus préoccupés par la transmission pure et simple de l'information sans un traitement (vérification par exemple, voir annexe) et qui ne font ni partie de la corporation journaliste et touristique. C'est un signal fort en ce sens que cette observation s'opère aussi au niveau de la population dans son ensemble.

Des éléments du conflit (informations liées aux braquages, tuerie, etc.) font que le communiquant qui dispose d'informations n'a qu'un objectif : être le premier à donner l'information. Dans ce contexte, on note une inversion des rôles dans le circuit logique de relai. On donne l'information pour ensuite la vérifier. Le contexte en Casamance, sa particularité à faire immédiatement le buzz sur l'opinion national et international, fait que l'information, élément essentiel à la communication, n'est presque plus soumis à un temps de filtrage, de diagnostic, de vérification. En ce sens, M. Ba reconnaît que certains journalistes ont diffusé de fausses informations qu'ils ont eux-mêmes démenties en soutenant : « Nous avons eu à faire des mea-culpa par rapport à certains papiers qu'on a faits [...] pendant des décennies on a stigmatisé la Casamance, mais je vous assure qu'être journaliste en Casamance, ce n'est pas facile ». C'est cette posture du journaliste qui est également à l'origine de la déliquescence du tourisme dans la région naturelle de la Casamance en général et en particulier dans les communes de Ziguinchor et Djembéring. Elle affecte également son essor dans le reste du pays.

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"Enrichissons-nous de nos différences mutuelles "   Paul Valery