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Internet sous l'oeil des services de renseignement

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par Isabelle Laumonier
Université Paris I Sorbonne - DEA Communication, Technologie et Pouvoir 2003
  

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b. Vers la privatisation du renseignement diplomatique, politique et militaire ?

Un cabinet aussi important que Kroll se voit parfois confier des missions qui dépassent largement le cadre restreint de la guerre du renseignement économique. En effet certaines des missions du cabinet confinent dans certains cas au renseignement politique et militaire, c`est ce que révèle l`affaire Roland Dumas.

L`ancien ministre des Affaires étrangères s`est en effet retrouvé au cours de ces deux dernières années au cOEur d`un scandale ayant pour toile de fond, entre autres, la vente de frégates à Taïwan. En 2001, l`ancien Ministre était condamné à six mois de prison ferme pour recel d`abus de biens sociaux ; mais il obtenait en février 2003 la relaxe. Au même moment, il publiait sa propre vision de l`Affaire. Dans ce livre intitulé L`Epreuve. Les preuves202, Roland Dumas donnait un éclairage intéressant sur le rôle que pouvait jouer un cabinet tel que Kroll. L`ancien ministre révèle dans son ouvrage que le cabinet Kroll a rédigé un rapport sur ses activités. Selon Roland Dumas, le commanditaire serait Alain Gomez, alors président de Thomson. L`enjeu de ce rapport était d`importance. Thomson, l`un des leaders de l`armement français était depuis longtemps en lutte avec Lagardère, autre grand groupe militaro-industriel français. Or Roland Dumas s`opposait à la vente des frégates Thomson à Taïwan, ce qui représentait pour Thomson un sérieux revers. De ce fait, les relations entre le ministre des Affaires Etrangères et Thomson étaient extrêmement tendues. C`est dans ce contexte que Gomez aurait demandé à Kroll de suivre les faits et gestes de Roland Dumas. Ce dernier rapporte dans une interview au Nouvel Observateur : « J`ai désormais la preuve que j`ai été surveillé et suivi, en tant que ministre des Affaires étrangères, pendant tout le temps où je m`occupais des affaires du Proche-Orient »203. Au cours de l`instruction, la juge Eva Joly s`est fait remettre ce rapport.

Dans ce cas précis, il est incontestable que le rôle du cabinet de renseignement a largement dépassé ses prérogatives habituelles, qui touchent essentiellement au domaine économique. Le

201 « Les firmes privées n`ont simplement pas certaines capacités en matière de renseignement humain, derenseignement technique et électronique [...] L`Open Source Intelligence est devenue plus importante, mais pasautant que certains aiment à dépeindre ». Interview par mail.202 Roland Dumas, L`Epreuve. Les preuves, Michel Lafon, Paris, 2003.

rapport sur Roland Dumas avait certes des implications économiques, dans la mesure, où il concernait en parties des ventes d`armements atteignant des montants considérables. Mais ce document avait d`autant plus de valeur qu`il traitait de sujets politiques et diplomatiques essentiels, à savoir la question de l`influence française au Moyen-Orient et en Asie.

Le rôle de Kroll dans le renseignement politique est confirmé par Claude Silberzahn, ancien directeur de la DGSE. Il rapporte dans son ouvrage qu`au début des années 1990, Jules Kroll, fondateur de la célèbre firme, faisait savoir à qui voulait l`entendre qu` « il [était] en charge d`enquêter sur les fournisseurs de Saddam Hussein en tel ou tel domaine, ou sur le montant de la fortune du Maréchal Mobutu »204. D`autres sources viennent étayer cette rumeur persistante d`une implication de Kroll dans les affaires politiques : « Cette société aurait enquêté pour le compte d`Etats, sur des hommes tels que Duvalier, Marcos, Kashoggi, James Goldsmith, ou sur la famille Oppenheimer »205.

Ces exemples laissent à penser que les cabinets privés de renseignement pourraient rapidement étendre leurs champs de compétences et prendre en charge des dossiers jusque là réservés aux services de renseignement officiels. Mais serait-ce vraiment une révolution ? La privatisation serait plutôt un retour aux origines du renseignement : " La privatisation du réseau, parfois assimilée à une dérive, ne doit pas faire oublier que le renseignement fut longtemps une activité privée. Pendant des siècles, il fut confié par le Prince à des individus à la réputation sulfureuse appartenant au secteur privé ou vacataire de l'administration"206. Néanmoins si cette évolution avait lieu, les cabinets devraient également transformer leurs méthodes et stratégies. Le renseignement ne peut être constitué uniquement de sources ouvertes, notamment en ce qui concerne les questions sensibles. Selon Philip Zimmermann, cette privatisation représenterait des risques très lourds pour la démocratie. En effet, si le renseignement à tous niveaux devenait une activité privée, plus aucun contrôle parlementaire ou judiciaire ne s`appliquerait. Non encadrés par la loi, les cabinets pourraient être tentés de recourir à tous les

203 Le Nouvel Observateur, art. « J`irai jusqu`au bout de mon enquête », semaine du 27 février 2003, n° 1999. 204 Claude Silberzahn, Au cOEur du secret, 1500 jours aux commandes de la DGSE (1989-1993), Fayard, Paris, 1995,

p. 173 205 Regards sur l`actualité, janvier 1994, p.15 206 B. Besson, J.C. Possin, op. cité, p.167

moyens possibles pour obtenir l`information souhaitée. De véritables dérives pourraient s`ensuivre, fortement dommageables pour les citoyens.

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