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Internet sous l'oeil des services de renseignement

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par Isabelle Laumonier
Université Paris I Sorbonne - DEA Communication, Technologie et Pouvoir 2003
  

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b. Les transformations induites par Internet dans l`univers du renseignement

Jusqu`au milieu des années 1980, Internet reste l`apanage des universitaires (les militaires utilisant leur propre réseau, Milnet) mais peu à peu, ce nouvel outil va se vulgariser, obligeant les services de renseignement à une redéfinition de leurs missions.

Dans les années 1980, la notion de réseau informatique s`impose. On ne peut plus imaginer un ordinateur comme entité autonome et indépendante, dont la mission essentielle est le stockage et le traitement centralisé de données. La mise en réseau inaugure la nouvelle ère de l`interactivité, du partage des informations. C`est à ce moment précis qu`Internet va connaître son développement dans le grand public. Une fois la notion de mise en réseau intégrée, l`avènement du Réseau des réseaux devient une évidence.

Le succès d`Internet réside en partie dans une capacité de stockage jamais atteinte auparavant. Pour Besson et Possin, « Internet est devenu de son côté le réseau par excellence de l`intelligence nationale et collective. Mémoire des mémoires, le « Réseau des Réseaux » permet à chaque [internaute] l`accès à toutes les mémoires scientifiques et techniques, politiques, économiques et sociétales à travers les forums de la planète. »44 Les services de renseignement profitent bien sûr de cette mémoire exceptionnelle pour aller « cueillir » de nombreuses informations. Néanmoins, avoir à sa disposition une telle mémoire peut se révéler vain, si l`on ne sait s`en servir. Les services de renseignement doivent être capable de définir très précisément quoi chercher, où le chercher et comment le chercher. « Comme l`intelligence économique, Internet n`est qu`un outil . Le talent réside dans la question et l`on sait qu`avec le même pinceau, l`un peindra la Joconde et l`autre une croûte. »45 C`est dans ce contexte que le recours à l`intelligence "machinique" va devenir une véritable nécessité.

44 B. Besson, J.C. Possin, Du renseignement à l`intelligence économique, Dunod, Paris, 2001, p.224 45 Besson et Possin, op.cité, p.258

c. L`irruption nécessaire de la machine dans le processus de renseignement

L`intelligence pratique des services de renseignement n`est pas une intelligence de type « méditative » comme nous l`avons vu. L`adaptation rapide à son environnement est un des attributs essentiels de ce type d`intelligence et notamment l`adaptation à l`environnement technique. Dans la nomenclature anglo-saxonne des différents champs de renseignement, le nom « intelligence » est, à l`exception du HUMINT (Human Intelligence), systématiquement rattaché à la machine et aux techniques : ELINT (Electronic Intelligence), SIGINT (Signal Intelligence)...Le tableau suivant, issu de l`Encyclopédie du renseignement et des services secrets, permet de mieux voir l`étendue des champs couverts par les différentes sortes d`intelligence :

Abréviation

Anglais

Français

ACINT

Acoustical intelligence

Renseignement accoustique

COMINT

Communication intelligence

Renseignement des transmissions

ELINT

Electronic intelligence

Renseignement d`origine électronique

HUMINT

Human intelligence

Renseignement humain

IMINT

Imagery intelligence

Renseignement d`imagerie

LASINT

Laser intelligence

Renseignement laser

MASINT

Measurement & signature intel.

Renseignement mesure et signature

MEDINT

Medical intelligence

Renseignement sanitaire

NUCINT

Nuclear intelligence

Renseignement nucléaire

OPTINT

Optical intelligence

Renseignement optique

PHOTINT

Photographic intelligence

Renseignement photographique

RADINT

Radar intelligence

Renseignement radar

RINT

Radiation intelligence

Renseignement des radiations

SIGINT

Signal intelligence

Renseignement électronique

TACINT

Tactical intelligence

Renseignement tactique

TECHINT

Technical intelligence

Renseignement technique

Source : Jacques Baud, Encyclopédie du renseignement et des services secrets

L`irruption d`Internet dans l`univers du renseignement va donc fortement contribuer au développement d`une intelligence de type machinique. Face à un réseau générant des milliards de bits d`informations, il devient impossible de n`en référer qu`à l`intelligence humaine, incapable de traiter un aussi grand nombre de données.

Jacques Baud donne l`exemple de la NSA, dont « on estime qu`[elle] reçoit toutes les 12 heures, l`équivalent en information de l`ensemble de la bibliothèque du Congrès, soit mille milliards de bits ». Le site geoscopie.com nous donne, de son côté, les données suivantes : la NSA serait confrontée à l`examen de 5 millions d`e-mails par minute et à 50 000 nouveaux internautes par jour. C`est ici qu`il s`agit de mettre en avant la différence entre information et renseignement (ou intelligence). En effet, Internet met à la disposition des services de renseignement de très nombreuses informations brutes, dont la valeur est à peu près nulle, si elles ne sont pas passées au « tamis de l`analyse ». Jacques Baud précise que l`information devient renseignement à travers une évaluation, une analyse, une synthèse et une interprétation. L`information se recueille (concept passif), alors que le renseignement se recherche, est analysé puis est exploité dans un but précis (concept actif).

Dans ce contexte de fourmillement de l`information, il est nécessaire de faire appel à la machine pour à la fois recueillir, décoder et analyser l`information. L`intelligence, telle qu`elle est définie par la cybernétique -«capacité de développer la communication à un certain niveau de complexité »46- connaît son véritable triomphe. Si le référent initial est bien sûr le cerveau avec ses multiples connexions neuronales engendrant des processus mentaux, Wiener imagine très tôt que le modèle du cerveau est applicable à la machine. Il en ressort que l`intelligence est le fruit d`un calcul ; elle n`est donc pas spécifiquement humaine. La machine, correctement programmée, sera un calculateur infiniment plus puissant et plus efficace que le cerveau humain. L'ordinateur se présente comme un allié indispensable à l'homme. C'est ce constat qu'ont rapidement fait les services de renseignement face à la déferlante Internet, ce qui les a poussés à progressivement adapter leur matériel. Si l`idéal de paix universelle de Wiener semble parfaitement utopique, sa vision de l`intelligence de la machine est, elle, parfaitement intégrée par les services de renseignement.

46 Philippe Breton, Utopie de la Communication, La Découverte, Paris, 1995, p. 57

On peut également voir dans l`utilisation des machines comme nouveaux agents de renseignement l`héritage d`Alan Turing. Ce scientifique anglais a connu son heure de gloire durant la seconde guerre mondiale, en aidant les services anglais à casser le code de la Machine ENIGMA, dont se servaient les Allemands pour communiquer des informations ultra-secrètes. Turing a révolutionné les mathématiques en élaborant une géniale théorie, à laquelle on se réfère aujourd`hui sous le nom de « machine de Turing ». Selon cette théorie, il serait possible de formuler tout problème sous forme d`algorithme, que la machine pourrait ensuite résoudre. L`apport de cette théorie fut considérable : elle contribua significativement au développement de nouvelles machines intelligentes, dont les services de renseignement sont aujourd`hui tributaires.

En effet, l`un des défis majeurs posés aux services de renseignement est la multitude d`informations en circulation sur le Net. Trouver l`information pertinente relève d`un travail de titan. « Inonder une équipe de synthèse d`une multitude d`informations élémentaires est le moyen le plus sûr d`empêcher la construction d`un renseignement fiable », affirme Etienne Bouthors, directeur technique des départements « Logiciel et traitement de l`information » chez Dassault Electronique. Face à cette profusion d` « indices », les services de renseignement doivent mettre en OEuvre une capacité exacerbée de sélection de l`information. C`est ici que les logiciels dits renifleurs, ainsi que les ordinateurs, apportent une aide indéniable.

On peut donc se demander si l`utilisation d`Internet dans la guerre du renseignement ne traduit pas l`effacement de l`homme devant la machine ? De nouveaux outils se développent tels les « programmes renifleurs 47» qui s`infiltrent sur le web pour récupérer des informations d`ordre privé ou militaire. On peut également citer les logiciels TOPIC, créé par la CIA, et TAIGA, fabriqué au profit de la DGSE. Ces logiciels sont des agents de traitement automatisé de l`information. Ainsi TAIGA (Traitement Automatisé de l`Information Géopolitique d`Actualité) a été mis au point en 1987 par un linguiste/informaticien de la société Thomson. Ce logiciel avait été commandé par la DGSE qui voulait tirer des informations des bases de données consacrées à l`URSS. Il a par la suite été adapté pour servir à la veille technologique. TAIGA fonctionne dans n`importe quelle langue, et est expert en sémantique et en linguistique ; il analyse les données,

47 Un programme renifleur est un programme placé dans un réseau afin de l`écouter et de récupérer des informations.

quelle que soit leur langue et regroupe les informations qui tournent autour de champs sémantiques préalablement définis. On estime que ce logiciel peut traiter un milliard de caractères par seconde. Les services de renseignement français en ont fait un de leurs logiciels de prédilection. Ainsi, la Direction du Renseignement Militaire48 a acquis début 1995 plusieurs dizaines de stations TAIGA49.

L`analyste, élément central dans le cycle du renseignement, est-il ainsi remplacé par un cerveau artificiel ? L'agent humain, celui qui était chargé de récolter des informations par voie orale, est-il dépassé? Les logiciels renifleurs et des logiciels d`analyse ont tout d`abord été conçus comme des auxiliaires face à une tâche rendue insurmontable par la prolifération des informations sur le réseau Internet. Les outils informatiques exécutaient alors des recherches qui, faites par un homme, seraient à la fois longues et fastidieuses. Mais l`on peut se demander si progressivement ces logiciels ne vont pas devenir des logiciels de conception, véritables outils d'intelligence artificielle.

En effet, les logiciels renifleurs s`inscrivent dans la lignée des logiciels de CAO (Conception Assistée par Ordinateur), et des SIAD (Systèmes Interactifs d`Aide à la Décision). Taiga ou Topic ne se contentent pas de sélectionner des informations en fonction de mots-clés, ils sont également capables d`organiser ces informations et de les présenter de façon cohérente et pertinente. La technique semble alors pouvoir engendrer la décision. En 1972, Simon et Newell50 écrivent : « concevoir, c`est élaborer une décision et donc résoudre un problème ». L'association services de renseignement/ Internet a ainsi la particularité d'avoir fortement développé l'Intelligence artificielle. La synthèse d`informations opérée par les logiciels n`est rien d`autre qu`une forme de résolution de problèmes. D`où l`interrogation suivante : ces logiciels pourraient-ils devenir les agents de renseignement de demain ?

Il est intéressant de comparer cette évolution avec les théories des premiers grands initiateurs de l`intelligence artificielle. Pour Norbert Wiener autant que pour John von Neumann, les machines

48 Cf. Glossaire en fin de mémoire 49 http://geocities.com/WallStreet/Floor/7918/structures.html 50 Herbert Simon (1916-) et Alan Newell (1927-1992), chercheurs américains, comptant parmi les pères de l`intelligence artificielle

doivent progressivement occuper les fonctions de commande et de décision aux dépens de l`Etat. En effet, ils postulent que le niveau de rationalité de la machine dépassera très rapidement celui de l`homme, et ce, en raison de son potentiel de calcul. Or, l`utilisation d`Internet par les services de renseignement témoigne du fait que la machine peut au contraire permettre à l`Etat de mieux asseoir son pouvoir, en maîtrisant de mieux en mieux la chaîne de l`information.

Le développement du renseignement technique, via entre autre l`intelligence artificielle, a eu de profondes conséquences sur les différentes communautés du renseignement. Il a impliqué un fort engagement financier de la part de l`Etat, que ce soit aux Etats-Unis ou en France. Traditionnellement, les Etats-Unis attribuent des budgets colossaux à la NSA afin qu`elle puisse développer des outils de plus en plus puissants. Pour la période 2000-2001, son budget a été estimé à 7 milliards de dollars51. Parmi les nouvelles priorités de l`agence, l`interception des données numériques exige des outils techniques extrêmements sophistiqués. La cryptologie, autre domaine de prédilection de l`agence, a également connu de très fortes évolutions. Les chiffres du budget français pour le renseignement technique sont sans commune mesure. Néanmoins, on a pu noter récemment une inflexion du budget des services vers un renforcement du renseignement technique. Ainsi le budget d`équipement en matériel informatique de la DGSE est passé de 5 millions d`euros en 2000 à 20,3 en 2003. Globalement, le budget 2003 de la DGSE s`élève à 217 millions d`euros.

Bien que tous les grands services de renseignement connaissent un fort développement du renseignement technique, l`Amiral Lacoste, ancien directeur de la DGSE, insiste sur la nécessité de « souligner les rôles complémentaires des moyens techniques et des moyens humains, tant au niveau de la recherche que de l`exploitation »52. L'homme ne peut donc être mis totalement à l'écart; nous y reviendrons dans la troisième partie.

51 Chiffres donnés par James Bamford, Body of secrets, how America`s NSA and Britains`s GCQ eavesdrop on the word, p. 482 52 Défense et Renseignement, sous la direction de Pierre Pascallon, L`Harmattan, 1995, p. 14

d. Internet correspond aux missions traditionnelles des services

Si l`association Internet/ Services de renseignement peut finalement sembler naturelle, c`est également parce que l`utilisation du réseau vient s`inscrire dans les missions traditionnelles des services. Internet a certes entraîné la création de nouveaux outils (logiciels renifleurs) et logiciels de cryptologie, mais le Réseau a également permis de développer à grande échelle des armes traditionnelles de la guerre du renseignement. Rumeurs, propagandes et désinformations ne sont pas des phénomènes récents ; la rumeur a même été considérée comme « le plus vieux média du monde »53. Mais avec Internet les cyber-attaques de dénigrement, de diffamation, se sont considérablement développées. Les caractéristiques du réseau, rapidité dans la dissémination et la transmission de l`information, audience innombrable et internationale, capacité quasi-illimitée du stockage d`informations, se révèlent idéales pour ce que l'on appelle la "guerre du renseignement".

Le nouvel espace informatif que représente Internet, a facilité l`action des spécialistes de la désinformation, qui au cours des dernières années se sont montrés particulièrement performants dans le domaine économique. La formule du philosophe chinois Sun Tse : « Donnez sans cesse à vos ennemis de fausses alarmes et de faux avis »54 est toujours à l`ordre du jour. « La propagation d`informations fausses pour tromper les gouvernants et l`opinion publique [et aujourd`hui les entreprises] est devenue un stratagème largement utilisé sur toute la planète pour nuire à des adversaires susceptibles de porter atteinte à des intérêts particuliers ou nationaux. »55 On voit que la problématique de la désinformation colle parfaitement à celle du renseignement. On y retrouve l`adversaire potentiel, la défense des intérêts et la démarche pro-active.

La désinformation, au même titre que la rumeur, trouve en Internet un terreau fertile. Elle profite de la taille, de la vitesse, et pour ainsi dire de l`ubiquité du réseau qui permet à une information d`être consultée par de très nombreuses personnes au même moment en des endroits très éloignés

53 Référence à l`ouvrage de Jean-Noël Kapferer, Rumeurs oele plus vieux média du monde, Le Seuil, 1987 54 Sun Tse, Les treize articles de l`art de la guerre, 5e s. av-J-C 55 Défense Nationale, 1996, n°5, art de Michel Klen, Les Coulisses de la désinformation, p. 84

et très variés. En outre, la désinformation utilise les canaux propres à Internet pour se développer ; elle se répand fréquemment via les forums de discussion, ou encore via les e-mails, qui peuvent à leur tour être transférés, ou encore via les médias électroniques (qui ne vérifient pas systématiquement leurs sources56). Si la désinformation est bien conçue, c`est-à-dire si l`information contenue est susceptible de provoquer un choc émotionnel chez certaines personnes, si elle joue sur les peurs des individus, si elle est bien relayée, alors la désinformation devient une arme extrêmement puissante dans la guerre du renseignement.

56 Matt Drudge considéré comme le modèle-type du journaliste-Internet, s`est fait connaître en révélant l`affaire Monica Lewinski. Si ce scoop l`a rendu célèbre, il l`est également pour publier des informations, sans opérer auparavant de recoupements. Son site est consultable à l`adresse http://www.drudgereport.com/

Une association mieux comprise outre-Atlantique: l`avance américaine

Il est évident que les services américains ont compris bien plus vite que les services français (et européens en général) l`intérêt que pouvait avoir Internet dans la collecte d`informations. Il est d`ailleurs significatif que tous les rapports américains sur la sécurité et l` « Intelligence » citent nommément Internet, tandis qu`encore aujourd`hui les rapports57 français officiels sur ces questions, s`ils évoquent les réseaux, ne parlent quasiment jamais d`Internet. Dans l`ouvrage Défense et Renseignement, compilation d`interventions prononcées lors d`un colloque au Sénat en octobre 1993, la seule personne qui évoque Internet comme instrument nécessaire du renseignement est... un Américain, Robert Steele, président de la société « Open Source Solutions ». Il raconte comment, déjeunant avec le responsable d`une agence de renseignements européenne, il lui conseilla de porter son attention sur le réseau Internet : « Il y a 600 journaux techniques et scientifiques qui sont publiés seulement électroniquement et qui peuvent être trouvés uniquement sur le réseau Internet et non dans une bibliothèque »58.

Les réticences des services français à l`égard d`Internet étaient alors très fortes. Le journaliste Jean Guisnel rapporte un fait intéressant : dans les années 1990, les services de renseignement français auraient « suggéré au gouvernement d`interdire l`usage de l`Internet en France »59. Dans une telle situation, il est évident que les services français se sont adaptés bien plus lentement au Réseau que leurs confrères américains ! Dix ans après ce colloque, les services de renseignement français ont certes investi le Réseau, mais les discours à ce propos restent plus que timorés, quasi inexistants, du moins chez les hommes politiques.

57 Rapport spécial pour le projet de loi de finances 2003, Secrétariat Général de la Défense National et Renseignement, 10 octobre 2002, rapporteur Bernard Carayon, Député. 58 Défense et Renseignement, op.cité, p.179 59 Le Point, art. de Jean Guisnel, 21 mai 1999

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"L'ignorant affirme, le savant doute, le sage réfléchit"   Aristote