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Contribution à l'histoire économique du Soudan Français, le commerce colonial de 1870 à 1960

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par Djibril Issa Niaré
Université de Bamako Faculté des Lettres, Langues, Arts et Sciences Humaines (FLASH) - Maitr??se 2003
  

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IMPACT HISTORIQUE DU COMMERCE COLONIAL

Le commerce colonial causa également des conséquences historiques au Soudan Français. Ces conséquences sont très variées et marquent de nos jours encore, les sociétés s'y trouvant là. Leur physionomie et leur mode de vie en résultent des changements que le commerce colonial en a introduits. Ces sociétés prirent désormais une nouvelle classification et une nouvelle mentalité. Elles révisèrent de facto leur considération avec l'Occident et tentent de définir le genre de relation qu'elles doivent traiter avec ce dernier.

Comme conséquences, nous évoquerons d'abord les mouvements de population que le commerce colonial a provoqués. Les autorités coloniales avaient ciblé des zones de production pour chaque culture commerciale. Les populations furent soit stimulées soit forcées de se déplacer au gré de cette politique. L'arachide, qui était l'une des cultures d'exportation, était la spécialité du Sénégal, Kayes et ses environs, ainsi qu'une partie de la troisième région du Mali actuel. Des populations effectuèrent des migrations pour les différentes zones de production. L'ouest du Soudan Français, particulièrement le Bélédugu, fut un réservoir de main d'oeuvre pour la culture de l'arachide à Kayes et à Sénégal. Les populations immigrées au Sénégal, de nos jours n'ont pas encore fini leur intégration, car conservent encore des survivances ethniques de leurs localités d'origine. Ainsi, nous retrouvons des noms de famille allogènes dans les régions de production arachidière. Pour cette même culture, mais cette fois ci pour la troisième région de l'actuel Mali, une mobilité de population fut provoquée. La classification de certains villages aujourd'hui dans zone résulte de cette mobilité.

Le coton aussi connaît ce phénomène. Associé au riz, il devrait être une des raisons de l'Office du Niger dans la conception de l'ingénieur Emile Bélime. Des Voltaïques ont été déplacés pour la réalisation du barrage de Markala (1934-1947) et plus tard l'exploitation de l'espace ainsi aménagé. Dans les prévisions ces travaux devraient déplacer 1.500.000 Voltaïques, mais l'administration coloniale n'a pu atteindre que 13.000 vers les années 40. L'installation des colons s'effectua sous deux principales formes, à savoir : le recrutement forcé intérieur et extérieur et la migration volontaire. Le recrutement extérieur concerna les peuples Mossé et Samo de la Haute-Volta (vers Ouahigouya). Le recrutement intérieur concerna le pays Minianka des cercles de Koutiala et de San. Quant à la migration volontaire, elle concerne la quasi-totalité des régions du Mali actuel, principalement les Dogons entre 1930 et 1970. Ces populations, celles issues de la migration intérieure et extérieure, ainsi que celles de la migration volontaire, se considèrent aujourd'hui comme des Bamananw. Il n'est pas étonnant de voir des villages entiers qui n'ont pas d'histoire au-delà du début du XX ème siècle. Le terme de `'Kolon'' désignant la zone inondée pour la culture du riz, est l'appellation commune donnée au cours du temps à la zone habitée par les colons voltaïques et de l'intérieur du Mali actuel. Les colons ont donné leur nom à cette localité. Les populations s'y sont installées ex nihilo comme à la `'soviétique''. Le fond de peuplement de la zone couverte en grande partie par l `Office du Niger, est constitué par un substratum voltaïque. Avec le cas de l'Office du Niger, on peut parler d'une intégration totale.

En dehors de la production agricole, les grands ouvrages aussi provoquèrent les déplacements de population. Nous avons principalement le rail, les ponts, les routes, les barrages.

Le commerce colonial instaura une culture de la révolte organisée, comme celle contre l'autorité centrale établie. En 1925 au cours des mouvements des cheminots, trois meneurs de la grève furent arrêtés. La crise s'intensifia en donnant naissance à d'autres grèves, au cours desquelles des troupes bambara refusèrent de tirer sur les meneurs, et exercèrent une pression sur l'administration qui finit par libérer les détenus. Ces manifestations firent écho, et des grèves s'ensuivirent. Les raisons de ces révoltes étaient nombreuses. Elles vont de la baisse des prix des produits de l'indigène aux travaux forcés pour la construction des infrastructures. La France, pour enrayer le mouvement syndicaliste naissant conditionna le droit de syndiquer à la maîtrise parfaite du français (écrire et parler correctement). Les instruits à cette époque étaient très rares au Soudan Français. Nonobstant ces mesures, les premières révoltes étaient teintées de syndicalisme. Les mécontentements des producteurs étaient généralement provoqués par les maisons de commerce.

Le commerce colonial provoque une spéculation. La spéculation concerne les cultures principalement. Les terres subissent une répétition étalée sur plusieurs années d'une même culture sans observer les mesures d'accompagnement. A partir de là, on observe un épuisement des sols. L'épuisement des terres peut marquer sur le long terme l'agriculture d'une région et d'une nation, ce qui par la suite peut même affecter son économie. Probablement, l'usage massif des engrais chimiques par les paysans actuels résulte des solutions à apporter à cet épuisement des terres.

La France dans sa politique commerciale coloniale n'a pas causé que des conséquences négatives, elle a positivé cette colonisation commerciale d'autres parts. L'exportation massive des produits vivriers africains en France, surtout pendant les deux Guerres Mondiales, suscita des réflexions en France. Cette exportation causa des famines en Afrique, particulièrement dans les sociétés du Soudan Français. Par objectivité scientifique, des consciences de la nouvelle éthique médicale, vont se lancer dans un volontariat pour enrayer les effets des famines. Ainsi l'Institut Pasteur voit le jour à Dakar en 1910, l'Institut de la Lèpre est créé à Bamako en 1934 et l'Institut Muraz est créé 1934 à Ouagadougou. L'A.M.I. (Assistance Médicale Indigène) qui auparavant était créé depuis 1905, facilita l'accès au traitement. Les soins étaient gratuits. Nous pouvons évoquer cette expérience comme conséquences positives du commerce colonial. De nos jours encore, ces infrastructures médicales continuent à servir. Et il faut reconnaître qu'elles ont connu une revitalisation périodique. Les raisons de la création de ces infrastructures furent les réponses que voulaient apporter certains scientifiques dotés de manière désintéressée, et le plus souvent ces infrastructures fonctionnent par un personnel majoritairement constitué de missionnaires chrétiens particulièrement les soeurs. A côté de ces centres de soins, existaient des centres de recherche. Et il n `est pas étonnant non plus de voir un centre de soin jumelé au centre de recherche. Cette entreprise posa les jalons de la recherche médicale dans les pays du Soudan Occidental sur les maladies tropicales. Ainsi des épidémies étaient affrontées. Vu les moyens dont, ils disposent et le niveau du personnel, les efforts consentis ne donnaient pas les mêmes résultats que nos campagnes de lutte contre les épidémies.

La France a apporté une contribution et provoqué certains phénomènes qui furent par la suite bénéfiques pour ses colonies après l'indépendance. Parmi ceux ci, nous pouvons citer le développement de certaines cultures pouvant soutenir les exportations d'un pays. L'arachide est aujourd'hui l'une des richesses d'exportation du Sénégal et une des matières premières pour l'industrie embryonnaire du Mali. Cette culture fut par les soins du commerce colonial développée. Avec leur développement, les régions les pratiquant, en partie, y accumulèrent une grande expérience, pour leur transformation et pour leur commercialisation. Elles sont au centre des travaux des centres de recherche agronomiques installés dans les différents pays concernés.

Le coton aussi, dont la culture fut développée par le commerce colonial, connut également un essor. Il fut la richesse des sociétés rurales qui pratiquent leurs cultures. Et pour le cas du Soudan Français, après l'indépendance, la filière coton se développa et est un des piliers de l'exportation du Mali. Avec la compagnie qui s'occupe de son exploitation (C.M.D.T), le coton, avec la polémique qui l'entoure, contribue à la réduction du chômage au Mali et une source de revenu pour les paysans. Cette compagnie s'est assignée d'autres missions, à savoir : la réalisation des infrastructures rurales qui contribuent à desservir certaines parties importantes du pays. Le développement de la culture du coton a permis également de commettre les moniteurs d'agriculture dans une mission les amenant même à former les paysans sur la culture d'autres plantes vivrières (soja, manioc).

Avec le commerce colonial, le karité devient une plante très prisée pour ses amandes pouvant donner de la matière grasse intéressante pour les industries. Le commerce colonial permit d'intensifier la cueillette et le ramassage du karité. Avec le fruit des recherches récentes, il est apparu que le karité peut remplacer le cacao dans l'industrie alimentaire. Ses recherches furent surtout occasionnées par l'importance que le commerce colonial donna au karité.

Nous avons évoqué ainsi ces cultures parmi tant d'autres qui étaient exploitées par le commerce colonial. Parmi celles ci nous pouvons citer le kapok, la gomme arabique, le riz, etc. Beaucoup de ces cultures connurent le même essor qu'en ont connu le cacao et le café en Côte d'Ivoire. En 1938, les 2/3 des planteurs ivoiriens étaient des noirs. Ce qui permit à cette classe de constituer un capital important permettant de créer des unités de transformation de bases des matières premières locales et de facto la naissance d'une classe ouvrière.

Les infrastructures issues de la demande du commerce colonial, constituent aujourd'hui, l'essentiel des infrastructures dont disposent les Etats africains concernés. Elles ont été au temps de leurs réalisations des progrès, même si il faut mentionner leur déficit à cette époque ou elles ont été réalisées. Après les indépendances, de nos jours certaines d'entre elles n'ont pas connu de réhabilitation. Et continuent à être utilisées.

Pour réaliser ces infrastructures, il a fallu baliser le terrain avec des travaux géographiques. Cela permit de préciser les connaissances et de rendre consistant les démarches désormais à suivre. Plusieurs repères géographiques des pays du Soudan Occidental datent de cette période. Ces travaux constituent les bases pour les nouvelles générations de scientifiques. En dehors des connaissances scientifiques qu'a engendrées la réalisation des infrastructures, les héritages matériels mêmes constituent un acquis dont ont bénéficié les pays colonisés. Le Mali souffre aujourd'hui du déficit d'infrastructures routières, car il n'en a pas réalisé jusqu'à hauteur des besoins. N'eut été les travaux des colonisateurs, le manque allait évoluer croissant, même si certains grands chantiers sont ouverts. Nous pouvons qualifier de positive la colonisation dans ce sens.

D'autres aspects peuvent nous permettre de positiver encore la colonisation. Il s'agit de la connaissance de l'économie de marché et l'avènement d'un éveil économique. La naissance de l'esprit de créativité, la mise en place et l'activité des institutions financières, la stabilisation des prix (Mercuriales), ainsi que l'organisation de la production et de sa vente en sont la résultante. L'esprit de créativité permit aux hommes de penser, d'agir et transformer le milieu naturel dans lequel ils vivent. C'est la condition sine qanun pour tout développement à long terme. Après même l'indépendance, les anciennes métropoles vont appuyer (tardivement) les structures de soutien de cet esprit de créativité : P.A.I.B. (Programme d'Aide aux Initiatives de Base), les foires d'innovation et d'inventions de la Banque Mondiales et de l'Agence Internationale de la Propriété Intellectuelle. Ce concept particulier constitue un potentiel idéel pour la naissance d'une économie puissante.

Quant aux progrès dans le domaine de l'entreprenariat, ils permirent surtout aux uns et autres de se mettre à l'abri de la demande permanente de moyen de subsistance. Avec ces progrès, désormais, une dynamique entreprenariale naît.

Les institutions financières constituent, dans leur conception, des structures facilitant la promotion et le développement des différentes opérations économiques, à savoir : les épargnes et les prêts de divers types. Avec la révolution que le domaine a connu (prêt pour l'habitat, pour le commerce, pour les investissements, pour l'action sociale, etc.), il constitua un des facteurs de la croissance économique.

La stabilisation des prix est un phénomène qui est capital pour tout commerce. Il fait partie du cadre organisationnel du commerce. Le commerce ne pouvant prospérer dans une anarchie due à la non uniformisation des prix, les Mercuriales s'imposaient comme une solution à cette anarchie. Il faudra reconnaitre que l'uniformisation systématique des prix n'était pas un phénomène très présent dans les cultures africaines. Elle est un des concepts introduits avec l'arrivée des Européens qui ont effectué le commerce colonial.

Un autre phénomène ayant favorisé la croissance, est l'organisation de la production et sa vente comme précédemment évoqué. Avec le commerce colonial, cette idée est introduite. La révolution fut surtout le concept à la grande échelle : de la production de subsistance à la production de masse. C'est la condition pour un accroissement de marge bénéficiaire de toute entreprise. Selon les théories libéralistes du capitalisme, une société qui dispose d'une forte logistique ainsi qu'une grande capacité de production et d'une grande capacité de vente est une société qui ne peut que s'affirmer sur la scène locale et internationale.

Pour évoquer toujours le cadre organisationnel, nous devrons faire allusion aux organisations commerçantes et autres corps à savoir : les chambres de commerce, les organisations des professions libérales. Ces dernières aussi sont des introductions du commerce colonial. Elles permirent la fluidité et la promotion du commerce. L'organisation aussi du cadre législatif s'inscrit dans cette dynamique. Nous constatons aujourd'hui avec les activités des organisations sous-régionales (UEMOA, BCEAO, CEDEAO), qu'il y a eu une uniformisation des législations dans les différents espaces concernés, pour la circulation des biens, des services et des personnes, ainsi que la liberté de création d'entreprise. Ces organisations sous-régionales s'inspirent des expériences des structures coloniales.

Toutes ces données ne peuvent que favoriser l'économie de marché, qui est un état d'évolution spontané. Avec la mise en place des structures économiques et le développement de certains concepts, nous assistons à l'avènement de cette économie de marché. Le facteur principal de cette forme d'économie est la présence de la propriété privée. Elle est inhérente à l'économie de marché. Selon les libéralistes, la propriété privée est la motivation principale pour la production. La liberté de produire et de vendre étant permise, l `homme doit sa survie et son épanouissement dans la possession à lui et à lui seul, des propriétés inaccessibles par les autres sans une préalable autorisation de la dite personne et protéger par des sanctions dont disposent des forces de contrainte, à savoir : la justice, les forces de l'ordre et de sécurité. Ces concepts ont trouvé libre cours avec le commerce colonial. Il serait aberrant de dire que la propriété privée était inexistante au le Soudan Français pendant la période précoloniale, mais elle n'y existait pas à l'état ou les théories capitalistes la conçoivent. La philosophie africaine basée sur la sagesse populaire dont les principaux tenants sont : N'Nkrumah, Towa, Cheick Anta Diop, admettent la présence d'une propriété privée négligeable dans leurs théories ou ils mentionnent la connaissance d'un socialisme africain. Ceux ci croient que le socialisme exista d'abord en Afrique, mais ce fut un socialisme primitif qui manqua de théories et des écrits élaborés aux exigences de la science.

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