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Pour l'amélioration des performances des entreprises publiques camerounaises: le rôle du conseil d'administration

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par André Marie MBILI ONANA
Université de Yaoundé II SOA - DEA ès Sciences de Gestion, option Finance 2004
  

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I-2 Justifications de l'existence des entreprises publiques

L 'accent est mis ici sur le débat relatif à l 'intervention de l 'Etat dans l 'activité économique. Pour les uns, l'Etat est un simple arbitre et doit laisser le marché s'autoréguler, c'est la main invisible d'Adam Smith. Une autre thèse veut que l'Etat assure la restauration de l'équilibre du marché en cas d'altération de ce dernier. Cependant, outre ce débat une autre justification de l'entreprise publique est sa mission de service public.

I-2-1 Le débat sur l'interventionnisme

Trois courants de pensée s'opposent sur ce point.

I-2-1-1 L'analyse du courant du libéralisme

A- Les classiques

L'approche classique se veut une limitation de l'interventionnisme étatique. Chaque fois que la consommation d'un bien est nécessairement collective (bien collectif) et dont la principale propriété est le non fonctionnement du principe d'exclusion12 ; ou que la production de tel bien est physiquement optimale dans les conditions techniques données par une seule entreprise, l'intervention de l'Etat sera bénéfique à l'économie. L'optimum ainsi mobilisé dans la seconde proposition sus-citée est encore appelé rendement social maximal dans l'analyse libérale. La compréhension de cette dernière notion nécessite au passage une éclaircie en ce qui concerne la situation d'optimum économique ou état de redressement social optimal. En effet, on se trouve dans une telle situation chaque fois que la modification de l'une des composantes de cette situation entraîne une diminution du bien être d'un ou de plusieurs individus.13

B- Les néo-classiques

C'est la continuité de l'approche classique ; ainsi, la notion de bien collectif constitue le fondement du justificatif de l'entreprise publique pour les économistes du courant néo-classique. Avec la notion de monopole naturel, les néo-classiques parviennent à regrouper les activités selon que celles-ci doivent être nationalisées ou confiées au

12 Voir supra

13 Pour une illustration, voir Douanla (1993), Contribution à la connaissance des causes des difficultés des entreprises du secteur public et parapublic au Cameroun, thèse de doctorat 3è cycle en Sciences Economiques, Janvier, p.23

secteur privé. Les activités jugées ne pas revenir au secteur privé sont ainsi concentrées entre les mains de l'Etat, généralement sous la forme de monopole justifiant ainsi l'existence, à tout au moins sur le plan économique, de l'entreprise publique.

Les degrés d'intervention de l'Etat, sous la forme de l'entreprise publique, se font ainsi à quatre niveaux.

L'Etat est le garant du respect des règles du jeu de l'économie de marché, qui peuvent être remises en cause à tout moment. Il convient alors, non seulement de créer un corps de législation assurant le respect des règles de la concurrence, mais aussi et surtout de nationaliser des entreprises ou des secteurs produisant à rendements constamment croissants.

Deuxièmement, les cas de défaillances, de lacunes du marché peuvent impliquer une intervention de l'Etat dans la vie économique. L'Etat peut ainsi assurer la production des biens collectifs.

De plus, l'Etat peut jouer un rôle de tuteur des préférences individuelles des consommateurs, on parlera alors de biens et services sous-tutelle. Deux motifs principaux justifient la mise en tutelle d'un bien : l'information disponible au niveau des consommateurs est insuffisante, l'Etat doit alors, par contrainte ou par incitation, orienter les choix de ces derniers. Dans un second temps, les effets externes étendus (interdépendances entre centres de décision et non sanctionnées dans le système des prix) conduisent à la mise sous-tutelle du bien impliqué.

Enfin, le rôle de répartition des ressources est dans la vision néo-classique confié à l'Etat parce que garant de l'intérêt général, d'où son éventuelle intervention dans l 'activité économique.

La partialité de la justification du secteur public, notamment l'incapacité du courant néo-classique de rendre compte de l'existence d'une large part du secteur public productif dans la quasi-totalité des pays (Nioche J.P. , 1979 ), ainsi que l'absence de dimension organisationnelle dans l'analyse sont les principaux griefs à l'approche néoclassique. Cela traduit les difficultés qu'il y'a à dégager à partir de cette doctrine, une justification et une définition pertinentes de l'entreprise publique ; d'où le recours à des approches plus denses en l'occurrence l'approche keynésienne.

I-2-1-2 Le courant keynésien

Keynes préconise l'intervention de l'Etat au moyen de la dépense publique afin de restaurer les différents équilibres du marché détériorés à la suite de crises. La théorie keynésienne apparaît en effet dans les années 1920-1930, années de crise et s'interprète comme une légitimation de la nécessaire intervention de l'Etat dans l'activité économique dans le but de redonner vie au marché. L'analyse keynésienne est fondée sur le modèle de la demande agrégée. Elle part des insuffisances de l'analyse classique dont l'optimum économique est loin de l'optimum social, notamment en matière d'emploi. Les keynésiens définissent la notion d'intérêt public qui se situe au dessus des mécanismes microéconomiques et justifient ainsi la gestion publique des affaires. Les entreprises publiques sont alors perçues comme l'épine dorsale d'un processus socio-économique qui prend en compte les problèmes d' équilibre macroéconomique.

Dans la théorie keynésienne, l'Etat est considéré comme un agent économique agissant au nom de la société et utilisant au besoin la contrainte. L'Etat doit dépasser son rôle d'arbitre, car il est l'émanation d'une volonté générale, pour assurer la régulation du système économique dans son ensemble. Les entreprises publiques font donc partie de l'ensemble des politiques mises en oeuvre par l'Etat pour y parvenir. Ces entreprises doivent alors concourir à la maximisation de l'utilité sociale.

L'investissement est aussi au coeur de la théorie keynésienne. L'Etat doit en effet chercher, par l'intermédiaire de ses entreprises, à limiter les faiblesses conjoncturelles de l'investissement privé par des augmentations de la formation brute du capital fixe des entreprises publiques.

I-2-1-3 Le courant marxiste

Pour comprendre le développement marxiste relativement à l'interventionnisme étatique dans l'activité économique, il convient de rappeler d'abord le conflit qui oppose la classe ouvrière aux capitalistes. En effet, les capitalistes ou la classe dirigeante dans leur processus d'accumulation du capital exploitent les prolétaires, ce qui conduit ces derniers à des soulèvements. Pour les marxistes, la création d'un

secteur public n'est donc rien d'autre que l'accumulation excessive du capital entre les mains des personnes privées.

L'industriel développe un capital en vue de maximiser son profit. Cependant la réalisation de cet objectif est contrecarrée par divers facteurs. Il est par exemple impossible d'augmenter trop fortement le taux d'exploitation des travailleurs, en raison notamment de la lutte qu'ils mènent en vue de diminuer ce taux. Ainsi, l'accumulation du capital conduit à une baisse des profits. L'Etat qui est l'instrument de la classe dirigeante, c'est-à-dire des capitalistes, s'approprie une partie du capital de l'économie en se contentant de sa mise en valeur réduite ou de sa gestion simplement équilibrée voire déficitaire. Ce sacrifice consenti par l'Etat permet de relancer l'exploitation des capitalistes privés, car si l'Etat produit une plus-value, il renonce à se l'approprier. Pour les marxistes, l'Etat perd ainsi sa qualité d'arbitre, de médiateur neutre que lui reconnaissaient les deux courants de pensée précédents. C'est un Etat de classe qui se veut à la disposition de la classe dominante en socialisant les coûts alors que les profits restent privés. Les entreprises publiques ne sont alors que des outils permettant de réaliser des transferts de valeur au profit du secteur privé.

I-2-2 La mission de service public

D'après Bon et Loupe (1977), c'est la mission de service public qui est le véritable motif de l'existence des entreprises publiques. Cependant, il pèse sur cette notion une ambiguïté foncière. Pour les uns il est générateur de la cohérence d'un ensemble juridique, tandis que pour les autres, il est le noeud d'une certaine conception de la société civile toute entière et l'enjeu de la cohésion sociale. La crise aidant, ce concept a souvent été dramatisé, remettant ainsi en cause la notion même de service public. Elle s'est ainsi fait de fervents ennemis (Devolvé, 1985 ; Pisier, 1986) qui l'accusent d'être foncièrement liberticide d'une part, et d'autres parts elle aura eu des défenseurs chaleureux qui en font un véritable symbole des valeurs républicaines (Regourd, 1987 ; Chevallier, 1976, 1984, 1994).

En deçà de ce combat toujours présent dans l'idéologie comme dans les discours scientifiques, la loi du marché fait inexorablement peser sur le service public le poids

d'exigences qui le contraignent, le contiennent et viennent jusqu'à changer son appellation, et donc sa signification.14

Alors la question se pose, qui semble naïve, mais qui est impérative. Que faire du service public, de ce service public qui se réduit à une expérience spatialement limitée (le service public à la camerounaise) et temporellement discutée (notion du passé voire dépassée). Faut-il y renoncer, le moderniser, le repenser ? La question est vaste et complexe, les réflexions nombreuses et diverses. Toute fois, il existe une voie qui a été singulièrement délaissée (Espagno D., 1997) celle de l'analyse des sources de la notion de service public. Si cette perspective ne peut constituer une investigation complète du sujet, elle est cependant susceptible d'apporter des éclaircissements.

I-2-2-1 Les dimensions de la notion

Le service public désigne une activité d'intérêt général prise en charge par une personne publique ou privée pour le compte d'une personne publique (Espagno D., 1997) - définition classique mais qui ne détermine qu'un aspect de la notion. - Il convient cependant d'admettre que cette notion contient intrinsèquement certaines dimensions qu'il faudrait retrouver.

L'élément déterminant et fondamental de la notion de service public, c'est le collectif. Dès l'analyse étymologique, on perçoit qu'elle ne véhicule en aucune manière une dimension individuelle. Or le critère collectif n'est pas né de la doctrine de service public. Il est le fruit d'une perception lointaine, relevant d'une certaine conception de la vie en société. Dans cette perspective, l'une des premières sources à laquelle il convient de revenir est constituée par l'approche de la dimension collective.

Outre la dimension collective, le service public est également fondé par le bien commun. Une étude de la notion de communauté dans le cadre du service public supposerait que l'on s'attache à l'analyse des autres notions de bien commun et d'intérêt général. De plus il appelle effectivement des dimensions essentielles différentes du concept de collectivité.

14 Cf. les notions de service universel, utilities ou encore monopole naturel.

I-2-2-2 Les sources originelles15 de la notion

L'exploration des sources originelles du service public se fera au détour de l'analyse des dimensions collective et communautaire de la notion.

A- La dimension collective, source de la notion

Il existe plusieurs manières d'aborder le phénomène collectif. Nous nous intéresserons notamment sur la perception philosophique du collectif au travers des pensées platonicienne et aristotélicienne. Le propos peut paraître étonnant pour une étude des sources de la notion de service public. Pourtant, l'analyse des perceptions platonicienne et aristotélicienne du phénomène collectif permettront de mieux appréhender comment, dès l'antiquité, le collectif a été pensé comme un élément fondamental de l'organisation politique et économique.

1- L'éclairage platonicien

Le concept de collectif n'est pas explicitement énoncé chez Platon. Pour ce dernier, la Cité naît d'une nécessaire association politique à laquelle les hommes ont été confrontés afin de faire face aux difficultés de la vie. Ainsi donc, de manière brève, l'idée d'une nécessaire association suppose que l'homme ne puisse pas affronter seul les pièges de la vie. En revanche, par le biais du groupe, les difficultés s'estompent. Dans La République, Platon explique que des nécessités de la vie naît l'association politique. Dans un premier temps, l'association politique est une association naturelle, voire spontanée. Il s'agit alors de la Cité nature. Dans un deuxième temps, la Cité nature ne suffisant plus aux exigences des hommes, il convient de construire la Cité juste, la callipolis. Celle-ci suppose l'existence d'un certain nombre de règles de vie, la mise en place d'un système d'éducation. En bref, une réelle organisation de la communauté, que nous avons l'habitude de désigner actuellement par la satisfaction de l'intérêt général qui est la mission principale de la Cité de Platon et dont le reflet est l' entreprise publique.

15 Nous distinguons les sources originelles des sources récentes comme l'intérêt général ou encore la solidarisme. Pour cette dernière notion voir les travaux de Durkheim.

2- L'éclairage aristotélicien

A l'opposé de Platon, Aristote fait de la dimension communautaire le fondement de sa vision de la Société. L'élément fondamental connu de tous est le postulat selon lequel «l'homme est par nature un animal politique. » Cette célèbre affirmation constitue une reconnaissance explicite de la dimension communautaire ; elle signifie que l'homme est un animal destiné par nature à vivre en Société.

A partir de ce postulat, Aristote démontre que la Cité est le système le plus favorable à l'épanouissement de la communauté et de ses membres. De ce fait, l'organisation politique et économique dépend entièrement de cette dimension collective garantie par l'intervention de l'Etat dans l'économie au moyen des entreprises publiques.

La matérialisation politique, juridique et économique du collectif se manifeste notamment, par l'institution d'un certain nombre de grands services administratifs qu'il convient de désigner par l'expression grands services publics. La dimension collective peut ainsi être considérée comme une véritable source de la notion.

B- Bien commun et notion de service public

Ce sont les liens qui se tissent entre la notion thomiste de bien commun (Gilson, 1930,1948 ; Michel, 1931 ; Chenu, 1993) et la notion de service public, parce que particulièrement significatifs en tant que source du service public, qui seront mis en évidence ici. Alors que chez les philosophes grecs l'objectif de l'homme doit être d'atteindre le bien, chez le philosophe chrétien, l'ultime but de l'homme consiste en l'atteinte du bien commun. Cette notion qui vient relayer celle du bien naturel et individuel est une des clés de voûte de la doctrine thomiste. La question est alors de savoir dans quelle mesure le bien commun peut être une des composantes de la notion de service public ?

Le concept de bien commun, en jouant le rôle de principe philosophique dans la doctrine de l'Eglise, a eu pour conséquence de contribuer à la mise en place d'un certain esprit de solidarité. En ce sens, il apparaît comme un élément générateur du service public.

Le bien commun exerce d'un point de vue des sources une influence sur celle de service public dans la mesure où elle met à jour une perception particulière de la solidarité et de la réciprocité, éléments déterminants du service public.

A bien des égards, la notion thomiste apparaît comme l'expression religieuse d'un concept, l'intérêt général, que l'on retrouve dans la définition de la notion de service public. Or si l'on peut parvenir à poser le principe selon lequel le service public consiste, notamment en la satisfaction de l'intérêt général, c'est parce qu'avant l'intérêt général il y'a eu le bien commun. C'est à partir de cette doctrine du bien commun qu'un certain nombre de solidarités se mettent en place et que l'Etat prend en charge des pans entiers de la question sociale.

Charité, fraternité, solidarité (Chevallier et alii., 1992), sont trois des éléments instillés par la doctrine du bien commun et que l'on retrouve implicitement dans la notion de service public. En ce sens, le principe du bien commun semble être générateur de l'idée de service public et plus particulièrement de l'approche théorique du service public. Il est en effet difficile d'aborder la question du service public en excluant celles de l'intérêt général et du bien commun.

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"Là où il n'y a pas d'espoir, nous devons l'inventer"   Albert Camus