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Contrainte Psycho-Physiques et Electrophysiologiques sur le codage de la stimulation électrique chez les sujets porteurs d'un implant cochléaire

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par Stéphane GALLEGO
Université Lyon I - Doctorat 1999
  

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PSYCHO-PHYSIQUES DU SUJET PORTEUR DE L'IMPLANTE COCHLEAIRE Introduction

Le chapitre précédent a montré l'efficacité du traitement du signal sur la reconnaissance de la parole. Les résultats de la reconnaissance par ordinateur ou par restitution acoustique aux normo-entendants sont similaires à ceux obtenus par les meilleurs implantés cochléaires. Ces derniers assimilent donc toute l'information pertinente envoyée par l'implant cochléaire.

Afin d'améliorer les performances des autres patients, Il est important de rechercher les facteurs qui limitent leurs performances. Pour chaque patient, nous devons savoir s'il est capable d'extraire et d'interpréter toute l'information transmise par l'implant. Les contraintes psycho-physiques sont dues au fait que la stimulation est électrique et que les capacités résiduelles du système auditif du patient sont réduites. Elles peuvent être de très bons indicateurs du décodage de l'information sous ses trois dimensions que sont la fréquence, l'amplitude et le temps. Une connaissance fine de ces caractéristiques psycho-physiques, permettra peut être de transmettre une information mieux adaptée et donc d'améliorer les performances des sujets actuellement en difficulté. La mise en place d'un réglage et d'un traitement du signal spécifique à chaque sujet semble être une bonne solution.

I/ Le codage en fréquence

Dans le cas d'une stimulation électrique, le codage de la sensation de tonie (perception de hauteur tonale) peut être de deux types :

- tonotopique : la hauteur tonale évolue en fonction de la zone de cochlée stimulée,

- temporel : la hauteur tonale évolue en fonction de la cadence de stimulation.

a- Le codage fréquentiel tonotopique (en anglais pitch place).

La biomécanique cochléaire procède à une analyse fréquentielle du signal : Chaque fréquence active une zone précise de la cochlée (de 20 à 20000 Hz). Les fréquences aiguës sont localisées vers la base, les fréquences graves vers l'apex. Cela induit une spécificité fréquentielle des neurones afférents de type I (Kiang et al, 1965). Chez le normo-entendant, la résolution fréquentielle est très fine. Des mesures perceptives montrent qu'un normo-entendant peut discriminer un son de 1000 Hz d'un son de

1003 Hz Son champ fréquentiel est composé d'environ 600 échelons de tonie.

Sans biomécanique cochléaire, lors d'une stimulation électrique de la cochlée, les neurones de type I perdent leur spécificité fréquentielle (Moxon, 1971).

 

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Frequency (kHz)

Figure 38 Réponses des fibres nerveuses du nerf auditif lors d'une stimulation électrique en fonction
de la fréquence de stimulation, d'après Moxon et Kiang 1972

Chez les patients implantés cochléaires, la tonie liée à la tonotopie est essentiellement fonction de la zone du modulus (ganglion spiral) stimulée (Cohen et al, 1996). Elle dépend de la localisation des électrodes dans la cochlée, du mode de stimulation, de l'étiologie, de la voie d'abord (fenêtre ronde ou cochléostomie).

Le fait que la tonotopie ganglionaire soit très différente de la tonotopie cochléaire (cf figure 2 page 11) permet d'obtenir une perception de la tonie grave pour les électrodes situées dès la fin du premier tour de cochlée (Blamey et al, 1996).

Figure 39 : Estimation de la tonie en fonction de l'électrode stimulée sur le système multiélectrode Nucleus, d'après Cohen et al, 1996. L'électrode 1 est la plus basale, l'électrode 20, la plus apicale (à la fin du premier tour de cochlée en général).

 
 

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Certaines études chez le sujet normo-entendant (Shannon et al, 1995 ; Fu et al, 1998) et chez le sujet implanté cochléaire (Dorman et al, 1998) portant sur le nombre de canaux nécessaires à la reconnaissance de la parole montrent que pour avoir une bonne intelligibilité il faut bien maîtriser le spectre que l'on attribut à chaque canal ainsi qu'avoir un nombre suffisant de canaux (surtout avec un signal bruité).

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Figure 40 : Importance du nombre de canaux sur l'intelligibilité, pour différent rapport signal sur bruit.
D'après Dorman et al, 1998

La résolution fréquentielle liée à la tonotopie dépend de la zone stimulée par les électrodes de l'implant. Elle comporte 10 à 15 niveaux différents en moyenne (Tong et Clark, 1985 ; Busby et Clark, 1996). Lorsque la cochlée est ossifiée le nombre d'échelons de fréquence peut être inférieur à 5 (Truy et al, 1995).

Certains auteurs (Black et Clark, 1980 ; Merzenich et White 1979 ; Clark et al, 1988) trouvent une bonne préservation de la tonotopie du colliculus inférieur en fonction de la zone de cochlée stimulée électriquement, ce qui indique que la perte tonotopique se situe principalement au niveau cochléaire.

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Figure 41: Mesure de la différenciation en tonie entre électrodes en fonction de la distance qui les
sépare pour différentes zones stimulées et différents patients, d'après Busby et al, 1996

Le nombre de canaux différenciés ne correspond pas nécessairement aux nombre d'électrodes. Il dépend de plusieurs facteurs.

- Facteurs physiologiques :

Après avoir réalisé de nombreux réglages d'implants cochléaires nous avons observé que :

- La différentiation de tonie entre différentes électrodes varie en fonction de la durée d'implantation. Ce phénomène pourrait être lié à un apprentissage de la notion de tonie et une adaptation du système auditif à la stimulation électrique.

- La tonie dépend de l'étiologie de la surdité. Les sujets prélingaux acquièrent difficilement la notion de tonie. Les personnes présentant une surdité évolutive appareillée par des systèmes conventionnels ont du mal dans les premiers temps à percevoir les fréquences aiguës, correspondant à une zone de la cochlée qui n'a pas été stimulée depuis longtemps. Ceci induit une surestimation des seuils de détection.

- L'interface bioélectrique :

Les zones de la cochlée stimulées par les différentes électrodes ne sont pas totalement indépendantes les unes des autres (Shannon, 1983). Cette interaction entre canaux a des effets sur la sommation de sonie (Oayoun, 1997) mais aussi sur la discrimination de tonie (Mc Dermott et Mc Kay, 1994, ).

La différentiation en tonie des électrodes dépend de l'interaction qu'évoque la stimulation (Busby et aI, 1996). Nous avons voulu étudier l'importance des caractéristiques de l'impulsion sur la résolution en tonie entre chaque électrode. L'étude a consisté à mesurer les confusions de tonie entre chaque électrode voisine en fonction de 3 valeurs de l'amplitude de l'impulsion pour des niveaux de sonie confortables. Les résultats démontrent que plus l'amplitude de l'impulsion est élevée, plus il y a une interaction entre les électrodes adjacentes ce qui rend la différentiation de hauteur tonale difficile (cf figure 42). La discrimination du 'pitch place' dépend donc des caractéristiques de la stimulation électrique.

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Figure 42 : Pourcentage de confusion de la tonie de deux électrodes adjacentes en fonction de
l'amplitude de l'impulsion. (Effectué sur 6 implantés cochléaires Digisonic).

b- Le codage fréquentiel temporel (en anglais pitch rate).

La synchronisation des décharges des neurones en fonction de la fréquence de stimulation acoustique (phase locking en anglais) permet de coder en partie la fréquence. Un neurone isolé ne peut coder que des fréquences inférieures ou égales à 300-500 Hz (Rose et aI 1967) alors que pour un groupe de neurones (nerf auditif), la synchronisation peut permettre de coder des fréquences supérieures à 1kHz

(Kiang, 1965). Cette limitation est principalement liée à la période réfractaire du neurone. Pour le normo-entendant, la résolution du codage fréquentiel temporel (pitch rate) est très fine pour les fréquences 100-300 Hz. Ce type de codage de la fréquence est utile à la compréhension lorsque le codage fréquentiel tonotopique ne peut plus se faire (intensité de stimulation forte ou rapport bruit sur signal important).

Chez le sujet porteur d'un implant cochléaire, des études (Shannon, 1983 ; Tong et Clark, 1985) montrent des variations fines de la tonie de 100 à 500 Hz, voir même au-delà de 1000 Hz (Dorman et al, 1996).

Les mêmes mesures effectuées chez cinq patients implantés cochléaires Digisonic montrent des résolutions de l'ordre de 6 % (soit environ 12 pas par octave) pour des fréquences comprises entre 200 et 300 Hz (cf figure 43). Les performances sont moindres en dehors de cette zone. Les mesures sont effectuées à 70 % de la dynamique sur une électrode apicale. Chaque mesure provenant d'une méthode par convergence deux intervalles choix.

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Fréquence (Hz)

Figure 43 : Résolution fréquentielle (dF/F) en fonction de la fréquence de stimulation pour 5 sujets
porteurs de l'implant cochléaire Digisonic.

La sensation de hauteur tonale sature en général entre 300 et 500 Hz (cf figure 44). Le codage temporel de la hauteur tonale (pitch rate) chez le sujet porteur d'un implant cochléaire dépend de l'étiologie. Lorsque le système auditif est bien conservé, il pourrait être supérieur à celui des normoentendants (Townshend et al, 1987). La stimulation électrique induirait une meilleure synchronisation (phase locking), ce qui corrobore les études sur la mesure de période réfractaire de neurones stimulés électriquement via un implant cochléaire (Abbas & Brown, 1991 ; Kasper, 1991).

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Figure 44 : Estimation de la tonie en fonction de la fréquence de stimulation, d'après Shannon, 1983

En résumé, pour les sujets porteurs d'implant cochléaire, le codage fréquentiel tonotopique est très réduit par rapport au sujet normo-entendant alors que le codage fréquentiel temporel est semblable voire meilleur selon l'étiologie de la surdité. Le codage de la parole chez le sujet porteur d'un implant cochléaire doit donc privilégier le codage de la fréquence de manière temporelle. Le codage fréquentiel temporel ne doit pas être négligé dans le traitement de stratégie de stimulation de l'implant cochléaire.

III Le codage en intensité

Le système auditif utilise plusieurs méthodes complémentaires pour coder les variations d'intensité de stimulation. Le codage se fait essentiellement par un accroissement du taux de décharge des fibres lorsque l'intensité de stimulation augmente. La dynamique des fibres est d'environ 30 à 40 dB ne suffit pas à expliquer la dynamique acoustique qui est de 100 à 120 dB. Liberman (1978), montre qu'il existe deux types de fibres de type I au niveau de la cochlée. Ils se différencient par leur diamètre et leur taux de décharge spontanée. D'un point de vue fonctionnel, les fibres ayant un petit diamètre et un taux de décharge spontanée supérieur à 18 potentiels d'action par seconde ont un seuil de déclenchement bas vers 0 dB HL. Les fibres ayant un gros diamètre et un taux de décharge spontanée inférieur à 18 potentiels d'action par seconde ont un seuil de déclenchement haut vers 40 à 50 dB HL. De 0 à 40-50 dB HL, le premier type de fibres (à seuils bas) code l'intensité de stimulation, les autres types de fibres sont inactifs. De 40-50 à 80-90 dB HL, les fibres à seuils hauts codent l'intensité de stimulation, les fibres à seuils bas sont saturées.

Le recrutement de fibres dû à un élargissement de la zone de cochlée stimulée lorsque l'intensité de stimulation s'accroît participe également au codage de l'intensité (Sacks et Abbas, 1974). Bien que les neurones codant la fréquence centrale de stimulation soient saturés, les neurones situés aux extrémités de la zone excitée peuvent coder l'intensité de stimulation.

Figure 45 : Décharge des fibres auditives en fonction de l'intensité acoustique (haut), électrique (bas),
d'après Sachs et Abbas,1974 (Haut), Kiang et Moxon, 1972 (bas)

Pour le normo-entendant, le nombre d'échelons discriminés en intensité pour une fréquence donnée est d'environ 150, chez le sujet porteur d'un implant cochléaire il se situe entre 5 et 50 (Pfingst et al, 1983 ; Nelson et al, 1996). Le codage par type de fibres (seuils haut et bas) ne semble pas intervenir pour une stimulation électrique. De plus, la forte synchronisation produite par une stimulation électrique défavorise le codage par recrutement des fibres et augmente les pentes des courbes représentant les taux de décharge en fonction de l'intensité de stimulation. Le codage de l'intensité de stimulation par le nombre de potentiels d'action par seconde semble donc être le seul des trois systèmes de codage (taux de décharge, deux types de fibres, recrutement des fibres) utilisé par le sujet porteur d'un implant cochléaire. Ceci pourrait expliquer que le nombre de pas en intensité discriminé est plus faible que chez le normo-entendant et que la dynamique électrique varie de l'ordre de 2 à 20 dB alors que la dynamique acoustique est de 100 à 120 dB (Shannon, 1983 ; Pfingst et al, 1991) .

Figure 46 : Estimation du nombre de pas en intensité pour différents patients implantés cochléaires,
d'après Nelson et al, 1996

En résumé, la résolution en intensité chez le sujet porteur de l'implant cochléaire est beaucoup moins bonne que pour le normo-entendant et un seul des trois mécanismes (codage par taux de décharge) semble être utilisé pour coder l'intensité de stimulation.

L'objectif est de définir les caractéristiques du codage de l'intensité perçue par les sujets implantés cochléaires Digisonic (seuils de détection et de confort, seuils différentiels en intensité, sonie).

a- Seuils et dynamiques électriques

La plus petite et la plus grande quantité d'énergie perceptible par un système sensoriel sont d'abord déterminées par les propriétés biophysiques de l'organe sensoriel périphérique et des cellules transductrices. Les fonctions de seuils d'un système sensoriel reflètent en général les limitations physiques de l'organe périphérique à convertir l'énergie physique en impulsion nerveuse.

Avec un stimulus électrique, les propriétés biophysiques sont déterminées par l'activation du neurone par un champ électrique induit. Les seuils de détection et d'inconfort varient selon le patient. Il est nécessaire de détecter chacun d'eux sur toutes les électrodes lors de l'adaptation de l'interface bioélectrique. Les valeurs sont difficilement prévisibles. Il semble intéressant d'étudier les différents paramètres qui influencent la définition des seuils de détection et d'inconfort.

1- Seuils (détection et confort) et dynamiques en fonction du patient

Les spécificités de la stimulation électrique de l'implant cochléaire Digisonic, justifient l'étude des modifications de ses seuils de détection et de confort ainsi que celles des dynamiques en fonction du site stimulé et des caractéristiques du patient.

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"Je voudrais vivre pour étudier, non pas étudier pour vivre"   Francis Bacon