WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Les méthodes actives dans le système éducatif camerounais : le cas de la NAP dans l'enseignement de la philosophie en classes de terminale à Yaoundé

( Télécharger le fichier original )
par Blaise HAMENI
Université de Rouen - Master II 2005
  

précédent sommaire suivant

Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy

II.2-REVUE DE LA LITTERATURE

Il s'agit ici de déterminer l'état des connaissances sur la prise en compte des méthodes actives ou plus précisément de la nouvelle approche pédagogique dans le système d'enseignement du Cameroun. Avant de présenter l'état de la littérature sur la question au Cameroun, il nous revient de prime abord de parcourir les travaux qui ont été réalisés par des auteurs majeurs dans d'autres régions du monde sur les méthodes actives.

II.2-1- La reconnaissance de l'enfant selon Rousseau

Des sources fiables et concordantes présentent Jean Jacques Rousseau comme l'un des pionniers de l'éducation qui a donné naissance aux méthodes actives. Comme le fait remarquer Gaston Mialaret (1969 : 24), «Rousseau, qu'on s'accorde à reconnaître comme le premier théoricien de ces conceptions, et qui s'est développée d'abord par l'action méritoire de pionniers isolés et courageux, puis diffusé de plus en plus largement dans la pratique scolaire et jusque dans les attitudes familiales, qu'on donne le nom d'éducation nouvelle. ».

Rousseau a exercé et exerce encore sur les pédagogues et sur les philosophes une véritable fascination. Ses idées sur l'éducation paraissent avoir un certain rapport avec celles de Sénèque, de Montaigne ou de Locke mais elles sont, en fait, situées dans un éclairage philosophique profondément original. Rousseau cherche à accompagner son élève tout au long de cet état privilégié que constitue l'état de nature elle -même. D'où l'apparition, dans le processus éducatif, de deux valeurs qui se révèlent encore aujourd'hui comme « nouvelles » : le respect de la situation d'enfance et la connaissance des caractères qui définissent cette situation par rapport à celle de l'adulte.

Reconnaître l'enfance en tant que telle. Parlant d'Emile, Rousseau dit qu'« il ne doit être ni bête, ni homme, mais enfant ». On a chez Rousseau une reconnaissance de la spécificité de l'enfance à une époque où l'on voit encore l'enfant comme un adulte en miniature.

- Laisser mûrir l'enfance. Voir l'enfance comme le sommeil de la raison, laisser du temps à l'enfance, voir les activités des enfants, non comme des formes d'oisiveté, mais comme autant de mises progressives en éveil. Laisser peu à peu s'éveiller la raison en l'enfant, et aider à cet éveil, l'accompagner. Idée de l'art d'éduquer comme savoir perdre son temps. Laisser du temps à l'enfant pour qu'il réalise ses expériences, construise des connaissances.

Rousseau (1966) sur la connaissance de l'enfant montre qu'on ne connaît point l'enfance : sur les fausses idées qu'on en a, plus on va, plus on s'égare. Les plus sages s'attachent à ce qu'il importe aux hommes de savoir, sans considérer ce que les enfants sont en état d'apprendre. Ils cherchent toujours l'homme dans l'enfant, sans penser à ce qu'il est avant que d'être homme. Voilà l'étude à laquelle je me suis le plus appliqué, afin que, quand toute ma méthode serait chimérique et fausse, on pût toujours profiter de mes observations. Je puis avoir très mal vu ce qu'il faut faire ; mais je crois avoir bien vu le sujet sur lequel on doit opérer. Commencez donc par mieux étudier vos élèves ; car très assurément vous ne les connaissez point.

II.2-2- Devenir homme par l'éducation

Pour Kant, tout comme pour Rousseau, l'homme est la seule créature qui doive être éduquée. N'étant pas dirigé par l'instinct, en effet, il doit conquérir par la culture ce que la nature lui a refusé. Le développement simplement naturel de l'homme ne lui permettrait pas de devenir humain. L'homme ne peut devenir homme que par l'éducation. Il n'est que ce qu'elle le fait. Il est à remarquer qu'il ne peut recevoir cette éducation que d'autres hommes qui l'aient également reçue. L'éducation est donc ce qui, à travers l'intervention d'autres hommes, eux-mêmes éduqués, permet à l'homme de devenir humain, de s'humaniser.

L'éducation est le moyen de ce devenir - le médiateur dirait-on volontiers aujourd'hui. C'est l'homme qui est la finalité de l'éducation, ce qui veut dire que celui qui éduque agit au nom d'une certaine idée, d'une certaine image de l'homme. C'est donc la question des valeurs qui est ici centrale. C'est en ce sens qu'on pourrait dire qu'éduquer c'est rendre meilleur. L'homme étant ainsi au centre de l'éducation, l'enfant qui préoccupe l'éducateur doit pouvoir parvenir à établir un équilibre entre l'aspiration à la liberté et la contrainte. C'est la raison pour laquelle un des plus grands problèmes de l'éducation est le suivant : comment unir la soumission sous une contrainte légale avec la faculté de se servir de sa liberté ? Car la contrainte est nécessaire : mais comment puis-je cultiver la liberté sous la contrainte ? Je dois habituer mon élève à tolérer une contrainte pesant sur sa liberté, et en même temps je dois le conduire lui-même à faire un bon usage de sa liberté. Sans cela tout n'est que pur mécanisme et l'homme privé d'éducation ne sait pas se servir de sa liberté.

II.2-3- Apprendre par l'action avec Dewey

Apprendre par l'action est un aspect central du pragmatisme de Dewey. L'expérience est considérée comme le fil conducteur de l'éducation, dans sa capacité à tisser des liens entre le savoir et le faire, la pensée et l'action, l'esprit et le corps, l'héritage du passé et la prospection de l'avenir. Il conçoit l'éducation comme une reconstruction continuelle de l'expérience.

Son deuxième principe constitutif de l'expérience dans sa dimension éducative est celui d'interaction : « une expérience est ce qu'elle est à cause de la transaction qui s'établit entre un sujet et ce qui constitue à ce moment-là son environnement ». Dewey évite autant que faire se peut un contrôle de ce que font les enfants par l'imposition d'une autorité extérieure. Il tend à y substituer une forme d'autorité qui soit partie prenante des situations de vie et d'activités. Mettre en place des situations d'apprentissages et des activités de façon à ce que les procédures de contrôles de ce que fait tel ou tel enfant réduise au minimum les interventions autoritaires du maître. Ceci différencie l'école nouvelle de l'école traditionnelle :

- Dans l'école traditionnelle, le maître fait la discipline, celle-ci étant l'une de ses attributions ;

- dans l'école nouvelle la discipline résulte de la participation commune au travail. Du coup, pour Dewey (1975 : 41-84), c'est la nature du travail proposé aux élèves qui est la source première de la discipline. Ce travail apparaît comme une entreprise sociale à laquelle les élèves contribuent et dont ils se sentent responsables. « Le principe pédagogique de l'intérêt exige que les sujets eux-mêmes soient choisis en tenant compte de l'expérience de l'enfant, de ses besoins et de ses fonctions ; il exige encore que (au cas où l'enfant n'aperçoit ou n'apprécie pas cette connexion) le maître lui présente les connaissances nouvelles de manière qu'il en saisisse la portée, en comprenne la nécessité et voie ce qui les relie à ses besoins. C'est en amenant l'enfant à prendre conscience de lui-même en présence d'un sujet nouveau qu'on a vraiment réussi à rendre ce sujet intéressant et profitable. (...). On dit souvent que la doctrine qui fonde l'éducation sur l'intérêt substitue le caprice, l'expérience grossière et désordonnée de l'enfant à l'expérience exercée et mûrie de l'adulte. Ce que nous en avons dit remet les choses au point. L'enfant possède naturellement des intérêts dus en partie au degré de développement qu'il a atteint, en partie aux habitudes qu'il a acquises et au milieu dans lequel il vit. Ces intérêts sont relativement incultes, instables, transitoires. Pourtant, ils représentent tout ce qui est important pour l'enfant; ils sont les seules puissances auxquelles l'éducateur puisse s'adresser; ils sont des points de départ, ce qu'il y a chez l'enfant d'actif, d'initiateur. [...] Le véritable pédagogue est précisément celui qui, grâce à sa science et à son expérience, est capable de voir dans ces intérêts non seulement des points de départ pour l'éducation, mais des fonctions qui renferment des possibilités et qui mènent à un but idéal. »

II.2-3- Développer le self-government

Comme Dewey, Claparède constate que dans une société adulte qui s'est démocratisée subsiste une école à caractère autocratique. Dans une classe, la plupart du temps les élèves sont isolés, séparés les uns des autres, tant mentalement que socialement. Et ce n'est pas l'introduction d'un enseignement civique qui parviendra à corriger les effets de ce fonctionnement anti-démocratique. Fruit d'une série d'actions et de réactions entre les individus, le développement du sens social implique communication, entraide, coopération, collaboration et intérêt mutuel. L'autorité ne se présentera plus comme quelque chose d'arbitraire qu'on impose aux enfants de l'extérieur, mais comme un moyen de réguler la vie collective. C'est dans cette perspective qu'il préconise le self-government. Cette conception de l'éducation et de l'enseignement veut prendre l'enfant pour centre des programmes et des méthodes scolaires.

Dans cette perspective, les maîtres :

- n'auront plus pour tâche principale de transmettre des connaissances en s'adressant à tous les élèves d'une classe ;

- ils auront à stimuler l'intérêt des enfants, à éveiller leur curiosité, leurs besoins moraux et intellectuels.

C'est le psychologue genevois Edouard Claparède qui, dès 1905, parle de « révolution copernicienne ». Au temps de l'enseignement traditionnel, écrit-il, le programme était au centre, et l'élève tournait autour. Il s'agit maintenant, au temps de l'éducation fonctionnelle, d'inverser les positions et de placer l'élève au centre. Claparède tente de théoriser cette renverse. Il remonte l'origine de la pédagogie qui met l'élève au centre de l'éducation de Montaigne à Rousseau, de Comenius à Pestalozzi un groupe d'auteurs qui militent pour la cause des enfants.

Claparède trouve chez Dewey un appui à ses propres réflexions pour une éducation qu'il qualifie de « fonctionnelle» : «C'est en 1911(...) que j'ai utilisé cette expression (...) c'est celle qui prend le besoin de l'enfant, son intérêt à atteindre un but, comme levier de l'activité qu'on désire éveiller chez lui», (Houssaye p.365).

Ferrière se sert de ces expériences pédagogiques pour appeler de tous ses voeux « une école active » où sont en activité « des communautés d'enfants ». Quant à Coussinet « une méthode de travail libre par groupe » est davantage indiquée. Tandis que chez Freinet, c'est « l'expérience existentielle » qui peut permettre aux enfants d'être réellement en activité, (Houssaye, 1995 :365).

II.2-4-Montessori : aider l'enfant à faire seul

Deux idées maîtresses traversent l'oeuvre de Montessori (1935) : l'éducation pour la vie, et l'enfant constructeur de l'homme : l'enfant est la partie la plus importante de la vie de l'adulte. Il est le constructeur de l'homme. Elle montre que l'enfant est l'ouvrier du développement de sa propre personnalité, et que les adultes ont à aider à ce développement notamment en aménageant son environnement matériel et social, non en vue de le façonner mais afin de créer les conditions favorables à l'actualisation de ses potentialités.

Héritage direct de la philosophie des Lumières, un principe de liberté est à la base de ses pratiques pédagogiques. Chez elle, plus encore que chez d'autres artisans de l'éducation nouvelle, c'est l'enfant devenu le centre de l'activité, qui apprend tout seul, libre dans le choix de ses occupations et de ses mouvements.

Pour Montessori, c'est principalement l'activité individuelle qui stimule et développe, mais les pratiques socialisées, les échanges entre enfants nourrissent l'activité individuelle et jouent un rôle important dans la construction de soi et la socialisation.

S'agissant de la 1e période du développement de l'enfant (0-6 ans), elle montre l'importance de l'intelligence sensible qui favorise la découverte et l'exploration du monde. L'originalité de cette période tient à « l'esprit absorbant de l'enfant », cette capacité qu'il a d'assimiler les éléments de son milieu de vie. D'où son choix de mettre ensemble des enfants de 3 à 6 ans afin de favoriser le développement de leur sens social et de l'aide mutuelle. « ... les deux pivots sur lesquels gravite la pédagogie moderne : l'un est l'étude et la formation de la personnalité (c'est-à-dire la connaissance de l'enfant dans ses caractéristiques propres), pour le diriger ensuite selon ses tendances reconnues ; l'autre est l'obligation de laisser l'enfant libre. C'est la vieille question de la liberté dont l'origine remonte, en France, à J.-J. Rousseau, son précurseur théorique.[...] l'enfant lui-même demande à l'adulte-serviteur d'être aidé, en lui disant : « Aide-moi à agir seul », (Houssaye 1995:146-150).

II.2-5- Célestin Freinet et la nouvelle approche pédagogique

C'est l'évolution conceptuelle attribuable à des recherches contemporaines conduites dans plusieurs domaines, qui ont transformé considérablement la représentation que nous avions encore récemment de l'activité des enseignants, de celle des élèves, mais aussi des objets mêmes de l'apprentissage scolaire. S'il est indéniable que certains changements apportés sont majeurs, cette réforme n'est pourtant pas sans laisser une vague impression de « déjà vu ». La rhétorique utilisée par ses plus farouches défenseurs peut rappeler celle qu'ont utilisée les tenants de la pédagogie dite nouvelle lorsqu'ils cherchaient à discréditer la pédagogie traditionnelle. Compte tenu de ce qui précède, il apparaît raisonnable d'admettre que nous vivons la nouvelle phase d'une révolution historique qui a commencé à secouer les bases de la tradition pédagogique sans toutefois la faire s'écrouler entièrement. Par ailleurs, cette révolution pédagogique amorcée a véhiculé jusqu'à aujourd'hui des conceptions et des moyens d'intervention pédagogiques dont la pérennité serait attribuable au fait qu'ils relèvent davantage d'un esprit, que d'une approche ancrée dans un cadre théorique ou dans un courant pédagogique précis. Prenant comme position de départ que la réforme actuelle des programmes s'abreuve abondamment à la source de la pédagogie nouvelle et qu'elle constitue dans les faits un de ses prolongements historiques, il est intéressant de déterminer et d'analyser les points de rencontre entre elles à partir.

II.2-5- Célestin Freinet : quelques repères biographiques

L'expérience de l'existence l'a conduit à réfléchir sur sa pratique et, plus largement, sur la pédagogie même. Déjà fortement influencé par la pédagogie nouvelle en émergence depuis la fin du XIXe siècle et imprégné des idées de plusieurs pédagogues s'inscrivant dans ce mouvement, Freinet se forge un discours en rupture avec la pédagogie traditionnelle qu'il va même jusqu'à qualifier de pédagogie de mort car, croit-il, celle-ci tue le désir de l'élève et ne fait que du travail en surface. Non réductible à un simple renversement de méthode, la pédagogie de Célestin Freinet a aussi convié les éducateurs du XXe siècle à un véritable renversement des valeurs ainsi que des conceptions de l'enseignement et de l'apprentissage.

II.2-6- Pédagogie nouvelle ou nouvelle pédagogie ?

La pédagogie nouvelle n'est pas un courant homogène puisque s'y côtoient des approches relevant de divers courants en éducation. Il est néanmoins possible de dégager quelques convergences :

-premièrement, toutes les écoles de pensée s'entendent pour condamner, souvent de manière caricaturale, parfois avec une virulence exacerbée, la pédagogie traditionnelle ;

-deuxièmement, la pédagogie nouvelle a pour objet de contribuer au développement moral du citoyen ;

-troisièmement, elle se caractérise par sa centration sur l'enfant, sur ses besoins et sur son développement personnel ; quatrièmement, la pédagogie nouvelle propose de recourir à des méthodes qui conduisent l'enfant à apprendre par son engagement entier dans des activités.

Les valeurs prédominantes de la pédagogie Freinet sont la coopération, l'expression, la communication, la démocratie et la responsabilisation. Freinet fait résolument le choix de la coopération par opposition à une approche compétitive qui, selon lui, a l'effet pervers de limiter le développement des enfants puisqu'il les oblige à se priver des ressources de l'autre. L'établissement d'un climat de coopération dans la réalisation des activités de la classe conduit les élèves à devenir tour à tour des ressources pour les autres en mettant à profit leurs compétences respectives. À travers l'idée de coopération, c'est également celle d'interdépendance qui se dessine puisqu'en travaillant au meilleur développement d'un compagnon de classe, c'est éventuellement à l'amélioration de son propre développement que l'on travaille.

Pour Freinet, l'enfant est un sujet social poussé par le désir de s'exprimer et de communiquer. La communication et l'expression sont, à ses yeux, des outils de libération parce que, d'une part, la communication et l'expression sont des moyens pour l'individu d'exprimer son unicité et d'en prendre conscience et, d'autre part, parce que l'accent mis sur l'expression était aussi pour lui une manière de donner une voix aux enfants issus des classes sociales inférieures, une voix qui leur permettrait de participer activement à la gestion de la vie communautaire et sociale plutôt que de la subir.

Critiquant avec virulence l'éducation traditionnelle qu'il qualifiait (un peu à la manière de Rabelais et d'Érasme quelques siècles plus tôt) de « scolastique », Freinet était soucieux d'instaurer un fonctionnement démocratique et responsable dans sa gestion des affaires scolaires. Ces valeurs s'incarnent tout entières dans le conseil de classe (conseil de coopération). Le maître se porte garant du groupe et anime les discussions, mais il n'est plus le seul dépositaire de l'autorité, car le conseil en assume désormais une assez large part. Le conseil de classe fournit un cadre de discussion et de résolution des problèmes qui contraint les élèves à rendre des comptes publiquement. Il permet à chacun de participer, dans un climat de sécurité, à une partie du processus décisionnel déterminée à l'avance et donc de faire sa part dans la gestion du fonctionnement du groupe.

Les valeurs de coopération, de solidarité et d'interdépendance se trouvent sollicitées dans la compétence transversale d'ordre personnel et social « Travailler en coopération »; l'expression et la communication sont développées à l'intérieur de certaines compétences; la démocratie et la responsabilisation sont des valeurs abordées directement dans le domaine général d'expérience de formation Vivre-ensemble et citoyenneté ainsi que dans les compétences transversales d'ordre personnel et social. Les valeurs mentionnées plus haut, Freinet les a investies concrètement dans son oeuvre éducative à travers des méthodes d'intervention novatrices : les « techniques Freinet ».

II.2-7- La pédagogie de Freinet au regard de la centration sur l'enfant et de l'emploi des méthodes actives

Pour Freinet, l'apprentissage n'est pas étranger à la motivation qu'éprouvent les élèves pour une tâche, une activité ou un projet. Cette motivation provient d'un besoin éprouvé, besoin qui en retour fait naître le désir. Ce désir est porteur d'une grande quantité d'énergie personnelle que l'enfant est disposé à engager dans des actions qui l'inciteront à tâtonner. Or, le tâtonnement est, pour Freinet, un processus universel et « naturel » de découverte par essais et erreurs par lequel l'enfant interagit avec son environnement. De ces interactions, il retire des règles de vie, soit des façons de faire adéquates, éprouvées par la pratique, agissant en retour sur le niveau d'énergie vitale. L'apprentissage des règles de vie et l'adaptation subséquente de l'organisme aux contraintes de l'environnement ne sont possibles que si l'enfant se montre perméable à son expérience ou, pour reprendre des idées chères à Piaget, s'il assimile de nouveaux objets de connaissance à ses schèmes existants et s'il les modifie devant des objets ou des situations nouvelles. Pour Freinet, il est présumé que les enfants réaliseront des apprentissages viables s'ils s'engagent activement dans la réalisation de tâches signifiantes et appropriées pour leur niveau de développement et s'ils parviennent à se construire des « règles de vie » ou compétences durables et mobilisables dans des situations diverses. Freinet voit les enfants comme des êtres sensibles à la vie de leur milieu et croit fermement que ces derniers préfèrent étudier d'abord ce qui les touche de près ainsi que ce qui a un certain écho dans leur vie quotidienne. Freinet croit que le travail scolaire doit participer à la fonctionnalisation des apprentissages scolaires en faisant en sorte que les élèves s'engagent et apprennent dans le cadre d'activités débouchant sur des finalités effectives. À cette fin, l'idée de projet reste à privilégier. Chez Freinet, la pédagogie du projet se présente sous plusieurs formes : le journal scolaire, l'imprimerie à l'école, la correspondance scolaire, etc. Le projet confère une signification aux apprentissages, car il implique de nombreux tâtonnements, d'abord parce qu'il permet de rencontrer des fins concrètes et, ensuite, parce qu'il prend pour point de départ les idées ainsi que les besoins des enfants. Par la mise en marche et la conduite du projet, on s'attend à ce que les élèves s'approprient les savoirs et qu'ils développent graduellement les quelques compétences nécessaires à sa réalisation. Il est également soutenu que la multiplication des projets permet de couvrir l'ensemble des objets d'apprentissage ou même de les dépasser.

précédent sommaire suivant






Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy








"En amour, en art, en politique, il faut nous arranger pour que notre légèreté pèse lourd dans la balance."   Sacha Guitry