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Essai d'évaluation de la politique laitière en perspective de l'adhésion de lAlgérie à l'Organisation Mondiale du Commerce et à la Zone de Libre Echange avec l'Union Européenne


par KHERZAT Bahidja
Institut National Agronomique -ELHARRACH- - magister en sciences agronomiques 2007
  

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CONCLUSION GENERALE

Notre essai d'évaluation de la politique laitière en perspective de l'adhésion à l'Organisation Mondiale du Commerce et l'intégration à la Zone de libre échange a permis d'établir un diagnostic de la filière lait et de comprendre les actions entreprises en sa faveur dans le cadre du développement du pays et en particulier celui de l'élevage bovin.

On peut d'ores et déjà conclure que la contribution des programmes antérieurs de développement dans leur ensemble, visant une augmentation effective de la production laitière, n'a pas été significative au point de créer les conditions réelles d'une croissance permettant d'espérer à terme la couverture de l'ensemble des besoins. Les interventions de l'Etat en termes de soutien aux prix et à l'investissement n'ont eu que des résultats limités. Dans sa structuration actuelle, la filière n'est pas rentable et non compétitive ; elle subirait fortement les conséquences du marché international, en zone de libre échange.

Les hypothèses de travail de l'essai se vérifient d'elles- mêmes, et l'on peut avancer que les actions contenues dans le dernier plan de développement (PNDA) constituaient un point de départ significatif dans la mesure où elles ont été orientées spécifiquement vers la ferme. Leur renforcement est fortement pressenti car elles concordent avec les disciplines exigées par le libre échange en ce qui concerne le lait en particulier. Toutefois les résultats attendus ne peuvent être significatifs qu'à moyen terme avec un appui soutenu et sans cesse croissant au développement.

Il peut être aussi affirmé que les politiques d'intervention gouvernementale sur les prix et le soutien à l'investissement, vont connaître des adaptations successives aux différents contextes nouveaux tels qu'ils se présenteront dans le cadre d'une intégration au libre échange. Ce sont des politiques qui viseraient le moyen terme dans une première phase jusqu'à la fin de la période transitoire (12 ans) qui verra disparaître l'ensemble des taxations et impositions. Ces politiques, au risque de créer des distorsions entre les différents segments de la filière, s'orienteront de manière irréversible vers l'appui au développement du pays et la participation à l'amélioration des ressources physiques et la meilleure maîtrise des moyens de production.

Notre diagnostic montre que la filière n'est pas structurée pour pouvoir affronter le marché et encore moins le libre échange. Elle est constituée d'un ensemble de maillons de nature éparse sans relations perceptibles d'intérêts économique et social. Ce sont des agriculteurs, des producteurs de fourrages, des importateurs d'aliments du bétail, des unités de transformation aussi, des structures administratives et financières, des organismes de conseil au niveau régional et national sans incidences effectives sur le devenir immédiat et concret de l'évolution à imprimer à la filière.

La demande en lait au niveau national s'est fortement accrue ; elle pourrait être de l'ordre de 4,5 Mt et n'est couverte qu'aux deux tiers (2/3) seulement dont 70% sont fournis par les importations. Tous les efforts menés jusqu'à présent par l'Etat pour améliorer la production se sont soldés par des fluctuations peut convaincantes et ne répondent pas aux besoins croissants de la population. La filière lait reste déstructurée avec un taux de collecte frôlant les 10% ; et d'intégration dans le processus de transformation de 5% seulement. L'absence d'organisation à la base de la filière fait que, quel que soit le type de soutien, il sera totalement absorbé sans résultat visible.

Le renforcement des maillons de base par la mise place de formes d'organisation susceptibles d'agir pour le compte et au nom des producteurs, avec la capacité de gérer, l'amont et l'aval de la ferme constituera un progrès indéniable en mesure de faciliter la structuration logique de la filière dans un contexte de libre échange. L'unité d'organisation élémentaire est un maillon de base nécessaire à la prise en charge des actions de développement, de négociation et de démarches administratives et juridiques portant sur l'intérêt des producteurs.

Le développement de l'agriculture en général et celui du bovin en particulier, sont fortement liés à la politique de l'eau. Les insuffisances en matière de mobilisation et de distribution ainsi que les cycles de sécheresse subis depuis l'indépendance ont fait que les efforts consentis sont restés peu significatifs au regard des besoins à la consommation. Aujourd'hui, l'agriculture et l'élevage sont engagés dans un double processus de négociations et de reformes qui déterminera leur devenir.

Le nouvel environnement socio- économique qui se crée va-t- il contribuer à leur essor ou bien les précipiter dans un tourbillon duquel il leur serait difficile de sortir ? Cette question qui relève de la pertinence des arguments avancés lors des négociations en matière de possibilités de protection d'une agriculture ne disposant pas de moyens pour se mesurer à celles qui dominent le marché international, est d'une importance capitale. Elle permet de définir les niveaux de soutien concédés dans le temps et l'espace pour la réalisation d'objectifs permettant de sortir du cycle de sécurisation alimentaire à partir du marché international, à celui de la satisfaction des besoins par l'auto- suffisance et garantir le libre échange dans un contexte de concurrence et d'égalité des chances sur le marché.

Bien que le modèle de croissance local ait fortement accentué la logique d'importation par rapport à la recherche d'une dynamique productive interne fondée sur la construction d'un patrimoine de connaissances technologiques, il n'en demeure pas moins qu'il dispose de ressources suffisantes capables d'organiser le secteur productif agricole et d'élevage en particulier, et de les rendre performants au point de pouvoir négocier chaque étape de développement du libre échange, en tenant compte de ses propres insuffisances.

Il est certain que les prix des produits connaîtront des fluctuations significatives au cours des prochaines années. L'application de nouvelles règles de commerce international, en conformité avec les règles de la Zone de libre échange avec l'Union Européenne et celles régies par l'Organisation Mondiale du Commerce vont entraîner une modification progressive mais soutenue de la structure des prix. Ces règles sont exigeantes dans la réduction de tout système de protection d'une part mais elles présentent des faiblesses dans la capacité de gérer de manière rigoureuse le jeu des subventions aux produits agricoles des agricultures dominatrices du marché international et leur organisation de la régulation des stocks d'autre part.

Notre essai a permis d'identifier une zone d'étude dans laquelle un échantillon de fermes s'adonnant à l'élevage a été retenu. Une analyse des politiques laitières au travers de l'intervention gouvernementale a été réalisée. Elle montre que le prix de revient du lait cru à la porte de la ferme (24,16 DA / litre) est nettement inférieur à celui (28,26 DA/ litre) de la ferme qui assure la fourniture du marché international dans le contexte d'une absence totale de subvention à l'exportation. L'intervention gouvernementale locale est une protection positive négociable dans un cadre global de transfert. Elle montre aussi que l'efficience de la filière locale est faible par rapport à celle du niveau international qui possède un énorme potentiel encore peu exploité.

Notre étude indique que l'intégration dans la Zone de libre échange de la filière lait va être à l'origine d'effets positifs pour l'unité de transformation par la nécessité de libéralisation des prix administrés et par conséquent la possibilité d'enregistrer un profit, jusque là pratiquement absent. Ce profit proviendra de l'élimination des taxations d'une part et d'autre part du calcul d'un prix de vente réel à la porte de l'usine.

L'élevage du bovin pour le lait est un système peu rentable dans le contexte actuel de l'agriculture mais intimement lié à celui de la viande qui lui permet la couverture de l'ensemble des dépenses de la ferme. Il est difficile de les dissocier. Par contre, il est hautement significatif de les rendre complémentaires par la définition des seuils à partir desquels la nature et les formes de soutien se différencient dans l'un et l'autre des systèmes. Au dessous d'une surface de 11, 5 ha dont 2,75 ha à l'irrigué pour le vert, il s'agit de ferme d'élevage entrant dans le cadre de la production de viande et faisant partie d'un système d'élevage de subsistance à caractère familial où les troupeaux sont de faibles tailles, rendant l'encadrement technique rapproché difficile à mettre en place et l'introduction de l'innovation technique, imperceptible dans l'immédiat et constituant une entrave majeure quand à la modernisation et l'intensification de la production laitière. Pour cette forme d'élevage, la caractéristique essentielle est le soutien nécessaire pour l'acquisition de nouvelles surfaces en mesure d'être exploitées pour atteindre le seuil de producteur de lait.

Parallèlement, la faiblesse de technicité chez les éleveurs dans la maîtrise et la rigueur de la conduite du troupeau, la rationalisation de l'alimentation, l'exploitation des techniques de reproduction, incite à une révision globale des systèmes de formation et d'acquisition des données qui n'offrent aucune possibilité d'organisation des éleveurs, et par conséquent l'absence d'un potentiel de négociation face aux acteurs des autres segments de la filière notamment au niveau du marché et de l'approvisionnement. C'est de la capacité de pouvoir s'organiser que dépendra de loin la vitesse de croissance de la filière et de l'établissement de politiques adéquates dans un cadre de libre échange.

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