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les problèmes fonciers en zone de front pionnier agricole: cas de Dèrègouè dans la province de la Comoé

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par Sihé NEYA
Université de Ouagadougou - URF/SH - département de géographie - Maîtrise 2006
  

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2.4. LES ACTIVITES ECONOMIQUES

L'agriculture et l'élevage sont les deux principales activités économiques dans la zone. L'agriculture est pratiquée par la majorité de la population et l'élevage est surtout l'activité des éleveurs peul ainsi que de quelques agriculteurs. Les cultures dominantes sont les céréales et le coton ; l'arboriculture et les cultures maraîchères sont deux activités émergentes. L'élevage est caractérisé par la mobilité des espèces à majorité composées de bovins, caprins, etc. La pêche et le commerce sont aussi des sources de revenus pour ces populations.

2.4.1. L'agriculture

L'agriculture à Dèrègouè est pratiquée pour la subsistance et les revenus monétaires. Les cultures pratiquées varient très peu d'une exploitation à une autre, de même que les moyens de productions. Les céréales sont les principales cultures vivrières et le coton y constitue la culture de rente privilégiée des paysans.

2.4.1.1. Les cultures pratiquées et l'outillage agricole

Les principales spéculations cultivées sont : les cultures vivrières et celles de rente.


· Les cultures vivrières

Les céréales sont les principales cultures vivrières, mais on y cultive les tubercules.

Les céréales sont cultivées pour faire face au besoin de subsistance des familles. Les principales céréales sont le mil, le sorgho, le maïs et le riz. Elles connaissent une évolution croissante en production et en superficie (Cf. graphique n°8, page 36) dans le département de Sidéradougou, et partant à Dèrègouè. Cependant, les céréales, notamment le mil et le maïs, sont souvent commercialisés. Le rendement à l'hectare de ces deux spéculations varie entre

15 et 35 sacs de 100 kg. Le prix de l'unité de sac de 100 Kg sur les marchés locaux fluctue entre 9000 et 11000 F CFA selon les périodes de l'année.

Graphique : n°8

20000

15000

10000

5000

Evolution de la production céréalière dans le département
de Sidéradougou

0

1995/1996 2002/2003 2003/2004

Période

Sorgho Maïs

Mil

Riz Fonio

Source : ZATA du département de Sidéradougou, campagne agricole 2002-2003

Les céréales notamment le mil et le maïs jouent un rôle déterminant dans les rapports entre autochtones et migrants à Dèrègouè. En effet, chaque migrant qui obtient d'un chef de terre une parcelle est redevable à ce dernier, en ce sens que celui-ci est dans l'obligation de remettre 2 à 4 tines de mil ou maïs chaque récolte.

Les tubercules sont dominés par les patates, les ignames, etc., et sont beaucoup plus cultivés par les autochtones et les Karaboro. La culture des tubercules est peu développée à Dèrègouè, mais sa production est croissante dans le département de Sidéradougou. Elle est passée de 2013 tonnes à 3706.6 de 1995 à 2004 (ZATA de Sidéradougou/Campagne agricole 2002-2003), soit un taux d'augmentation de 84%.


· Les cultures de rente

Elles concernent les oléagineux, les arbres fruitiers et le maraîchage.

Le coton représente la principale culture oléagineuse dans le département de Sidéradougou. Mais l'arachide, le sésame, le sésame et le woandzou restent des spéculations non moins importantes comme en témoigne le graphique ci-dessous (graphique n°9, page 36). 68% des exploitants enquêtés pratiquent la culture du coton sur une superficie moyenne de 3,6 ha chacun. Toutefois, certains paysans ont des champs de coton dont les superficies dépassent largement cette moyenne, et atteigne souvent 10 ha. La culture du coton connaît un

essor à Dèrègouè, et en général dans le département de Sidéradougou (Cf. photo n°1, page 118 en annexe 2). Cela s'est traduit par une évolution croissante de la production de coton et de la superficie occupée par cette culture (Cf. graphique n°9).

Graphique : n°9

12000

10000

4000

2000

8000

6000

0

Evolution de la production des oléagineux dans le
département de Sidéradougou de 1995 à 2004

1995/1996 2002/2003 2003/2004

période

coton Arachide Sésame Niébé Woandzou

Source : ZATA de Sidéradougou/Campagne agricole 2002-2003

L'arboriculture se traduit par l'existence de nombreux vergers de mangue, d'anacarde, etc. L'anacardier est l'arbre le plus prisé des paysans, notamment des migrants. Il a été introduit au Burkina Faso dans les années 60 dans l'optique de protéger les sols et de lutter contre la désertification ; cet arbre est devenu une culture à but commercial et stratégique. Dans la province de la Comoé, sa culture a pris une importance avec l'arrivée significative des migrants et ses enjeux sont à la fois stratégiques et économiques. « La production de l'anacarde se développe de plus en plus avec les migrants qui exploitent en moyenne 4 à 5 ha. La production de l'anacarde représente un investissement profitable sur une longue durée. La tine varie entre 3500 et 4000 F CFA. La plantation d'arbres apparaît chez les migrants comme une façon de créer ou de consolider des droits permanents et transmissibles. » (Kagone M, 2004 :47). Bien qu'émergeant, la pratique de l'arboriculture par les migrants butte à certaines perceptions coutumières relatives à l'accès à la terre (nous y reviendrons largement dans la deuxième partie du mémoire) : l'arbre est perçu comme une essence dont la plantation sur une parcelle sous-entend une appropriation privée de l'espace à long terme.

La culture de bananes et le maraîchage y sont aussi pratiqués. Ils se développent aux abords des cours d'eau, notamment la rivière Koba, principal cours d'eau du site d'étude. Ils

sont surtout pratiqués par les « nouveaux acteurs » et les nouveaux migrants dont l'installation dans la zone est récente.

Ces spéculations citées ci-dessus sont cultivées au moyen d'outils et d'intrants variés, et ce pour accroître le rendement des sols et la production. Néanmoins, l'usage des outils traditionnels tels que la daba est perceptible

L'outil de travail traditionnel reste la daba. Par ailleurs, la pratique de la culture attelée par le biais de la traction animale y est très développée. L'usage de la traction animale pour les travaux de labour, de sarclage et de buttage a été intégré dans les moeurs culturales des paysans grâce à l'ORD dans les années 70. Il s'est généralisé avec le développement de la culture du coton et l'arrivée de migrants qui ont l'expérience de telles pratiques. Les outils modernes (laboureur, butteur, sarcleur, etc.) sont acquis sous formes d'achat, de troc, de location et de contrats (Cf. tableau n°2, page 40). Mais l'achat demeure le principal mode d'acquisition de ces outils des paysans, soit 58% des exploitants enquêtés. Outre l'usage de ces outils agricoles, les paysans adoptent plusieurs techniques pour diversifier et accroître leurs productions.

2.4.1.2. Les techniques de culture et de fertilisation

Les périodes de culture s'étendent généralement d'avril à décembre. Les mois d'avril, de mai et souvent de juin représentent la période de labour et des semis, tandis qu'octobre, novembre et décembre sont les mois de récolte. Les mois de juin, août, juillet et septembre sont réservés aux travaux de sarclage, de buttage et de traitement phytosanitaire des cultures ensemencées (Cf. graphique n°9, page 41).

· L'association de culture

Il se traduit par l'ensemencement de plusieurs plantes dans un même champ. Les principales cultures associées dans la zone sont le sorgho, le maïs, l'arachide, l'haricot, etc. Dans les vergers d'anacardier, les anacardiers sont associés aux plantes saisonnières (coton, céréale, etc.) lorsqu'ils sont nouvellement plantés. Dans ce cas de figure, l'association prend fin à la maturation des plantes d'anacarde.

· L'assolement/rotation

Cette technique consiste à parcelliser les unités de production et d'y ensemencer des plantes aux exigences différentes sur chaque parcellaire. Les cultures sont alternées successivement d'un parcellaire à un autre et d'une année à une autre. Dans la zone de Dèrègouè, après l'ouverture d'un nouveau champ, les paysans exploitent successivement les spéculations suivantes :

- sorgho, coton, maïs, coton, millet, arachide ;

- haricot, sorgho, maïs coton, maïs, millet.

L'utilisation d'engrais et l'irrigation sont les principales techniques mises en oeuvre par les paysans pour accroître le rendement de leurs champs.


· L'utilisation des engrais

Les engrais chimiques, notamment le NPK et l'urée, sont les principaux fertilisants des sols utilisés par les paysans pour accroître des exploitations. Ces intrants sont soit achetés au comptant, soit par l'entremise de la Sofitex sous forme de prêt remboursable. Au fait, la Sofitex fournit les intrants aux producteurs de coton par le canal des GPC sous la forme de prêt pour permettre à ces derniers de pratiquer la culture du coton. Selon les paysans enquêtés : « pour accéder aux intrants de la Sofitex il faut être membre d'un GPC, ensuite posséder un champ de coton d'au moins 5 ha afin de bénéficier des intrants pour les champs de coton et les champs de maïs. Pour 5ha de champ de coton, la Sofitex octroie des intrants d'1 ha de maïs. Une superficie d'1 ha de coton correspond à 3 sacs de 50Kg d'NPK et 1 sac d'urée plus 10 litres de pesticides. Cela revient à environs 45.000 F CFA remboursable à la Sofitex pour 1 ha pour la campagne 2004/2005». Le rendement moyen à l'ha selon nos enquêtes varie entre 1 et 1tonne et 1/2, ce qui procure respectivement 175000 et 187500 F CFA pour la campagne 2004/2005.

Les engrais chimiques ne sont pas les seuls intrants utilisés dans la production. Certains paysans enquêtés affirment utiliser la fumure organique pour accroître la fertilité des sols de leurs champs. Il s'agit particulièrement des agro-pasteurs et de certains nouveaux acteurs.

Tableau °2: les modalités d'acquisition de la charrue ou des tracteurs

Modalités d'acquisition

Contrepartie ou coût de l'acquisition

Nombre de cas

Achat

 

58

Don

néant

-

héritage

néant

2

Emprunt

 

4

Troc

parcelle

2

location

15 à 25000 l'ha

18

contrat

Main d'oeuvre

16

Total

 

100

 

Source : Enquête de terrain, 2005


· L'irrigation

Cette technique a vu le jour dans les années 1990 avec l'appui du projet PSSA/FAO qui a financé l'aménagement d'un bas-fond rizicole de 30 ha. A ce bas-fond, s'ajoute le périmètre irrigué dont l'aménagement et la fourniture de motopompe a été possible avec l'appui du PNGT et du PADL, en vue du développement de la culture de contre saison dans la zone. Par ailleurs, les techniques d'irrigation sont aussi pratiquées par les « nouveaux acteurs » qui y détiennent des fermes agro-pastorales (Cf. photo n°2, page 118 en annexe). L'irrigation est pratiquée surtout aux abords de la rivière Koba et ses affluents, dont les eaux constituent la principale source d'alimentation des périmètres irrigués. Les exploitants par le biais de motopompes ou d'un système mécanique irriguent leur.

Graphique n°10

" " " " " " " " " " " " " "

Janv Fé v M ars A vril M ai Ju in Ju ill A oû t S ep t O ct Nov Déc Janv

TENDANCE GENE

COTON

SORGHO

MAÏS

RALE

LE CALENDRIER AGRICOLE A DEREGOUE

B uttage

Sarclage
Sé me nce

LEGENDE

Labour
Récolte

Source: E n quête de terrain 2005/2006 Néya Sihé Août 2006

2.4.2. L'élevage

L'abondance du potentiel fourrager et la présence de nombreux points d'eau naturels ont favorisé le développement de l'élevage dans le département de Sidéradougou, et partant à Dèrègouè. Ce développement s'est accentué suite aux luttes contre les glossines sur les rives de la rivière Koba et à l'aménagement de la zone pastorale de Sidéradougou. Les espèces élevées et les systèmes d'élevage sont divers.

2.4.2.1. Les espèces élevées

Le cheptel est composé principalement de ruminants (bovins, ovins, caprins, asins) et des monogastriques (volailles, porcs, etc.). Dans la Comoé, l'effectif de ces espèces a augmenté ces dernières années comme le démontre le tableau ci-dessous. Cependant, cette croissance cache des problèmes vécus par certains éleveurs de la zone et qui entraînent une migration de ces derniers vers des pays voisins. En effet, selon S. D, un responsable de groupement d'éleveur peul dénommé « Djamdjalo », le cheptel est en régression dans la zone, car de nombreux éleveurs migrent vers les pays voisins, en particulier le Ghana où ils sont bien accueillis. « J'ai moi même une partie de mon cheptel dans ce pays ». Selon lui, cette émigration des éleveurs peul vers le Ghana s'explique par la saturation foncière qui se traduit par le manque de pâturages et de passages pour les troupeaux, suite à l'accroissement des parcelles de culture.

Tableau N° 3: Evolution du cheptel dans la province de la Comoé

Espèce

Années

Bovins

Ovins

Caprins

Asins

Porcins

Volaille

1995-1996

22.069

17.157

6.083

-

-

114.151

2002-2003

26.000

19.600

7.200

20

500

128.000

 

Source : plan de campagne 1995/1996 et DPRA/Comoé, déc. 2003

2.4.2.2. Les techniques d'élevage

L'élevage dans la zone d'étude est de type extensif. L'alimentation du bétail est en général assurée par les ressources naturelles (eau, végétation, etc.) et les résidus de culture. L'exploitation du pâturage naturel implique soit la sédentarisation soit la transhumance. Par ailleurs, ces techniques évoluent selon l'activité principale des producteurs et l'amplitude de mobilité du cheptel. Ainsi, deux principaux types d'élevage se distinguent dans la zone. Il s'agit de l'élevage peul et l'élevage des agriculteurs.


· L'élevage peul

L'élevage peul a un caractère culturel et économique. Les espèces sont seulement vendues pour faire face à des besoins (achat de moyen de locomotion, préparation des cérémonies, etc.). Il est difficile d'obtenir des chiffres fiables sur la taille des bovins, car les Peul sont réticents à fournir des informations à ce sujet. Néanmoins, nous avons dénombré 20 à 30 têtes de bovins conduits généralement par les pasteurs que nous avons rencontrés pendant les enquêtes. L'élevage peul peut être classé comme suite :

- l'élevage transhumant ; il concerne les bovins zébus (bos indicus) et les taurin (bos Taurus) et se caractérise par une grande mobilité des pasteurs en compagnie de leurs bétails. Les éleveurs sont en perpétuel mouvement à la recherche de pâturages et de points d'eau pour d'abreuver les troupeaux. Ils se déplacent sur de longues distances d'une saison à une autre. Selon Chartier (1982) cité par Chrystel Meallet et al. (1997 :13) « L'amplitude de transhumance est en moyenne de 35 Km avec un maximum de 100 Km ». Cet élevage de transhumance côtoie un élevage moins mobile ;

- l'élevage sédentaire ; il se traduit par des mouvements de bétail de faible amplitude qui se limite au terroir avec un rayon de mobilité d'environs 5 Km. Les troupeaux sont à chaque fois ramenés dans les concessions. Les terres de culture récoltées sont les lieux de parcage du troupeau. Mais en pleine saison de culture des enclos sont construits afin de pouvoir les garder.

Les ruminants sont les espèces dominantes de cet élevage ; néanmoins, ces éleveurs pratiquent l'élevage de la volaille, notamment les pintades. Outre l'élevage peul, on' y observe l'élevage pratiqué par les paysans dont la vocation principale est l'agriculture.


· L'élevage des paysans agriculteurs

Les espèces élevées sont des métis. Parmi ces paysans qui pratiquent l'élevage, on y distingue les agro-pasteurs d'avec les agriculteurs, en ce sens que la part relative du bétail dans les revenus globaux des agro-pasteurs est supérieure à celle des agriculteurs. Chez les agro-pasteurs, il existe un équilibre entre l'élevage et l'agriculture, ce qui n'est pas le cas pour ce qui concerne les agriculteurs. Dans le système d'élevage des paysans, l'utilisation des résidus de récolte comme fourrage est général ; la fumure animale ainsi que la traction animale sont utilisées.

Les agro-pasteurs associent l'élevage aux activités agricoles et leur troupeau est confié aux éleveurs peul. Par conséquent, Leurs bêtes font aussi l'objet de transhumance. Par contre, les agriculteurs sédentaires pratiquent surtout l'élevage de boeuf de traction et de la volaille à cause du développement de la culture attelée. Les boeufs de traction sont utilisés pour les travaux champêtres. Les animaux partagent la même concession que ces agriculteurs.

En dépit de la délimitation des zones pastorales et agro-pastorales, l'élevage, notamment celui des ruminants, se trouve confronté à des difficultés liées à l'accès aux pâturages et aux points d'eau. Ces problèmes que rencontre l'élevage dans cette zone sont stimulés par la pression démographique et la saturation foncière, conséquence de la colonisation agricole massive amorcée ces dix dernières années dans la zone d'étude.

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"Je voudrais vivre pour étudier, non pas étudier pour vivre"   Francis Bacon