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Une conquête existentielle et une autofiction perturbées : les effets d'un miroir brisé dans le Livre brisé de Serge Doubrovsky

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par Jérôme Peras
Université François-Rabelais de Touraine - Maïtrise 1998
  

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3. LA BRISURE DE LA FICTIONNALISATION

3.1. LA BRISURE DU « ROMAN CONJUGAL »

Doubrovsky « transpose » dans le roman la brisure de son existence, comme l'indiquent très clairement le titre Le Livre brisé et l'ouverture de la seconde partie « Disparition » : « Un livre, comme une vie, se brise. Ma vie, mon livre sont cassés net. » [p. 311]248(*). Puisque le décès d'Ilse, survenu le 25 novembre 1987, entraîne la brisure du couple, il entraîne aussi la brisure du « roman conjugal » : l'auteur confesse ne plus pouvoir conclure ce roman comme il l'avait prévu, par le chapitre « Hymne » ou « Retrouvailles ». Il ne lui reste plus qu'à commenter et compléter son roman, et à poursuivre le récit de son existence à partir de son deuil. Aussi, puisque l'irruption du réel brise tout le processus de fictionnalisation, Doubrovsky n'a plus ni règles ni limites pour écrire. Il est désormais un écrivain désemparé qui, seul, doit poursuivre son livre à jamais brisé, et repousser davantage les « limites du dicible ».

Le décès d'Ilse vient briser l'imagination de l'auteur et dans le même temps le statut autofictionnel du récit, comme le montre ce passage de la seconde partie « Absence » :

Je n'avais qu'à écrire un roman, comme tout le monde. Un roman, on est maître de le terminer à sa guise, d'inventer, envers et contre tous, si l'on veut, un heureux dénouement. Je rêvais, au long récit de nos tribulations, une fin joyeuse.

Si l'on décide d'écrire sa vie, la vie décide ce qu'on écrit. L'enchaînement des épisodes, suite et fin, le récit ne nous appartient plus. [...] Une histoire peut rester en suspens. Pas un livre : il faut début, milieu et fin. [p. 317]

Jaccomard introduit ce passage dans son étude par le commentaire suivant : « la `fiction d'autofiction' est explicitement abandonnée, modifiant rétroactivement le pacte des `romans' doubrovskyens »249(*). Pour notre part, nous voyons effectivement dans ce passage l'aveu explicite d'un abandon de l'autofiction, mais il convient sans doute de ne pas outrepasser notre position de lecteur en nous gardant de briser nous-mêmes le « pacte romanesque » établi par Doubrovsky, et ce, tout aussi bien pour Le Livre brisé que pour les romans précédents. Comme le montrent la page de couverture et la page de titre, le pacte concerne tout Le Livre brisé, y compris la seconde partie qui retrace la vie de l'auteur après le décès d'Ilse - cela est confirmé par le sous-titre « roman » de l'ouvrage suivant, L'Après-vivre, qui est « non pas la suite mais la poursuite du Livre brisé » (c'est ce qu'indique en quatrième page de couverture le « prière d'insérer » de l'éditeur)250(*). Ainsi, le renoncement à l'autofiction n'entraîne nullement la brisure du « pacte romanesque », et puisqu'il existe toujours une superposition du projet romanesque et du projet autobiographique, le récit ne peut être une pure autobiographie mais un roman-autobiographie251(*). Dès le décès d'Ilse, l'auteur comme le narrateur de cette seconde partie du Livre brisé subit autant qu'il choisit la brisure de son livre. Certes, le dédoublement de l'auteur en personnage-narrateur s'évanouit dans l'esprit du lecteur. Mais, par contraste avec le romancier qui l'aurait fini indépendamment des événements de sa vie présente, quand bien même il se serait largement inspiré de celle-ci, et par contraste avec l'autobiographe qui aurait très certainement commencé son récit rétrospectif par le décès de sa conjointe, Doubrovsky choisit pour sa part de « transposer » la brisure de son couple et de son existence en conservant tels quels les chapitres rédigés avec la collaboration d'Ilse et en interrompant soudainement la suite de ces chapitres pour l'introduction d'une seconde partie252(*), « Disparition ».

Dans cette seconde partie (aux pages 327-328), l'auteur relate justement le temps où il attendait encore le retour d'Ilse, qui était alors à Paris, et où il prévoyait d'achever son livre par le chapitre « Hymne ». Plus précisément, il relate le jour où il attendait l'appel téléphonique d'Ilse pour rédiger l'avant-dernier chapitre « Suicides » - mais ce jour fut justement celui de son décès.253(*) L'extrait ci-dessous, tiré de la page 23 de L'Après-vivre (op. cit.), est tout à fait significatif de cette brisure de l'existence et du livre de Doubrovsky - pour une meilleure compréhension, il faut préciser que le dernier chapitre initialement prévu pour Le Livre brisé porte cette fois-ci le titre « Retrouvailles » :

J'y pense quand même, je n'arrête pas d'y penser. Au livre. Comme ma vie brisé. Interrompu. Cassé net. Presque fini. À l'avant-dernier chapitre. Ma femme n'avait plus qu'à revenir, j'aurais terminé sur le chapitre « Retrouvailles ».

Cette brisure est d'autant plus marquée qu'il avait avec Ilse conféré au « roman conjugal » la fonction de thérapie de couple : « Nous voulions dire l'impureté de notre amour pour l'épurer. Pour mieux nous aimer ensuite. Cet ouvrage commun était destiné à tourner entre nous la page. » [p. 312]. Faut-il rappeler que le « roman conjugal » était un roman existentiel et que la visée était moins rétrospective que prospective : il ne s'agissait pas simplement d'un retour dans le passé mais d'une (re)construction du couple, d'une « conquête existentielle » faite au fil des pages, pour qu'enfin, les deux conjoints parviennent à un reflet spéculaire, c'est-à-dire à un dévoilement lucide et assumé et à une possession d'eux-mêmes. C'est pourquoi, Doubrovsky devait achever son « roman conjugal » sur leurs « retrouvailles », et le couple devait finalement se retrouver et s'engager dans une vie nouvelle et prometteuse. Mais précisément, l'auteur confesse que leur projet existentiel (leur entreprise scripturale correspondait à une quête de l'autre) et thérapeutique se solde par un échec cuisant, rien ne pouvant le briser plus radicalement que la mort d'un des deux conjoints : « Je croyais que nous allions prendre un nouveau départ, rebâtir une vie. Tout s'est effondré dans sa mort. » [L'Après-vivre, op. cit., p. 19]. C'est ainsi tout le projet existentiel qui se brise, comme le rappelle, en quatrième page de couverture de L'Après-vivre, la « prière d'insérer » de l'éditeur : « Écrire sa vie n'est pas un acte innocent, c'est un défi qui fait retour dans l'existence et l'écrase au moment où l'homme et la femme rêvaient d'un nouveau départ ensemble. » Et, comme le relève D. Oster, « tout à coup le récit autobiographique devient `un genre posthume' ».254(*)

Puisque le livre décrit l'histoire du couple, depuis la rencontre jusqu'à la situation présente, il ne peut que se conclure sur le décès d'Ilse, comme le souligne particulièrement cet extrait déjà partiellement cité :

Une histoire peut rester en suspens. Pas un livre : il faut début, milieu et fin.

La fin de ce livre ne peut être que la fin d'Ilse. [p. 317]

Mais si Doubrovsky se sent dans l'obligation d'écrire cette fin, c'est qu'il entend répondre à l'un des souhaits les plus chers de son épouse, qui fut (comme nous l'avons vu plus haut) l'instigatrice du « roman conjugal » : « Je n'ai pas le choix. Je suis son exécuteur testamentaire. Je respecte ses dernières volontés. » [ibid.]. Aussi, pour achever son roman, Doubrovsky n'a d'autres choix que de briser son livre : « Le Livre. D'un seul coup, le titre s'impose. Brisé, que pourrait-il être d'autre. Ce n'est plus une question. C'est un ordre, un impératif. Je dois le finir » [L'Après-vivre, p. 24]. Mais l'auteur reste lucide, il est toujours conscient de l'inaccessibilité d'une écriture purement autobiographique255(*), d'un récit factuel qui réfléchirait parfaitement le réel, quand bien même il s'agirait pour lui de relater un fait aussi cher et sacré que le décès de sa conjointe. Pour preuve, il suffit de nous reporter à cet autre passage, où l'auteur déclare au lecteur implicite ou narrataire extradiégétique :

Entreprise monstrueuse, sacrilège. Je reconnais. Dès qu'on raconte, on truque. On transpose. On pose. Dans le désarroi absolu, dans le désordre total, on range, on arrange. Parmi le pêle-mêle hideux du malheur, on trie, on triche. On trahit. Tout l'être crie une atroce vérité. On écrit faux. [p. 316]

Cette impossibilité matérielle d'écrire une pure autobiographie se retrouve dans ce court passage : « Pour déposer ses cendres, je n'ai que des mots. Faux ou pas, je n'ai pas d'autre instrument. » [p. 317]. Par conséquent, Doubrovsky brise délibérément son livre pour « crie[r] l'atroce vérité », le décès d'Ilse et son deuil, même s'il sait que la mise en texte de cette vérité relève de la « littérature » [p. 316] ou plus exactement du travail d'écriture et de l'affabulation. C'est pourquoi, même s'il entreprend l'écriture d'un récit à visée autobiographique, il ne brise pas pour autant son « pacte romanesque », d'où notre emploi de la catégorie générique : le roman-autobiographie.

En conséquence, cette entreprise scripturaire conduit Doubrovsky à repousser encore une fois « les limites du dicible » [cf. p. 50].

Tout d'abord, il s'agit pour l'auteur-narrateur, de relater une situation qui lui paraît irréelle, « impossible » ou « impensable » [p. 317] :

Je ne peux pas. Cela ne fait pas même un mois. Le 25 novembre. On est aujourd'hui le 19 décembre. Comment voulez-vous que je raconte. L'impossible, l'impensable. Ce qui lui est arrivé. M'est arrivé. À l'improviste, tellement inattendu. Pas croyable, je ne peux pas y croire. [...] Aujourd'hui, elle devait être ici, avec moi, à New York. [p. 312]

Il s'agit ensuite d'écrire malgré soi. La « disparition » très récente d'Ilse rend la rédaction du livre extrêmement difficile, pénible même : « Hoquet, je recule. Je ne peux pas raconter ça, je viens de le vivre, ça me tue. » [L'Après-vivre, op. cit., p. 24]. Les mots ne lui sont pas salvateurs. Précisément, l'écriture reflète l'état mental du scripteur, l'effet de tension est rendu dès la première page [p. 311] de la deuxième partie, où le débit narratif est particulièrement haché, le rythme coupé, la structure syntaxique brisée par la ponctuation et les alinéas, et où les phrases et les paragraphes (composés d'une à trois phrases) sont extrêmement raccourcis. Parce que ce décès est encore « une mort à chaud », « une mort à vif » [p. 316], l'auteur-narrateur, en deuil, n'arrive pas à se libérer de ses maux et se demande même comment exprimer l'indicible :

Comment est-ce qu'on peut écrire tout cela. Mettre en mots, en phrases, en paragraphes, ce qui est l'inarticulé des cris, spasmes des fibres. Comment faire un texte, avec des crispations de glotte à suffoquer, des sanglots à défoncer la poitrine, des contractures de tripes en transe. [ibid.]

La mort n'est pas monnayable en mots. Elle broie le coeur, taraude le ventre, écrase le cerveau. Je ne peux pas écrire ça. [L'Après-vivre, op. cit., p. 24]

Il doit alors affronter cette grande souffrance, se faire violence, aller au-delà de lui-même pour poursuivre le livre : « [...] l'écrivain n'a pas le droit de se taire. Il faut poursuivre la tâche, terminer l'oeuvre. L'écrivain est la part inhumaine de l'homme. Son au-delà. » [p. 311]. Dès lors, l'auteur-narrateur se dédouble : d'un côté, il est un homme pétrifié par la douleur, comme il l'avoue au lecteur implicite ou narrataire extradiégétique (« vous ») - « Comment voulez-vous que j'écrive, décrive. [...] Chaque mot m'arrache des larmes. Je ne veux pas, je ne peux pas continuer. » [p. 313] - et de l'autre, il est un écrivain engagé dans ce qui est désormais « une tâche sacrée » [p. 317] : réaliser l'un des derniers souhaits d'Ilse en poursuivant la rédaction du livre - « Continue. C'est son livre à elle, plus le tien. » [ibid.].256(*) C'est ce qu'indique très explicitement la dédicace in memoriam (pour reprendre les termes de Genette)257(*) du Livre Brisé : « Pour Ilse Par Ilse », et l'indication qui suit (mise en épigraphe) : « SON LIVRE ».

Enfin, il s'agit de poursuivre le livre et d'écrire à partir de la mort d'Ilse. D'une part, il s'agit de la mort vécue comme une destruction : avec elle, l'être devient non-être ; la présence se mue en absence : « ÇA, LÀ, ELLE » [p. 340]. La mort n'étant que silence et « disparition », elle constitue l'indicible le plus absolu : « Le silence n'est pas seulement la pudeur, il est la parole même de la mort. Son indice. On ne dit pas l'indicible. » [p. 316]. D'autre part, il s'agit de l'horreur du corps en décomposition, du cadavre en état de « putréfaction » :

dessous [le visage] la pourriture qui fermente, tous les sucs, les jus dedans qui continuent à mûrir, à mourir, lèvres [...] humectées tellement tuméfiées, [...] mâchoire qui décroche béante, front bourbeux, [...] avec ce hérissement de tifs hirsutes, gorgone hideuse, [...] sa chair [...], de la bidoche gangrenée, manque plus que les grouillements d'asticots dans sa barbaque [p. 355]

À écrire ainsi sur la mort et le cadavre d'Ilse et ce, à peine un mois après son décès, l'auteur-narrateur accomplit aussi « un geste monstrueux, sacrilège » [p. 317]. Il se demande lui-même :

Comment vouloir faire, de la mort de sa femme, littérature. [...] Un mois après jour pour jour. Choisir des mots, équilibrer des phrases, distribuer des paragraphes, là où il n'y a qu'horreur informe. À la limite, trafic de sang. Monstrueux. [p. 316] 258(*)

C'est justement parce qu'il dépasse les limites du dicible et qu'il inscrit « roman » en sous-titre du Livre brisé, que ce livre peut être qualifié de « livre monstre », comme nous y invite la bande publicitaire du premier tirage du Livre brisé (en août 1989).259(*)

Ainsi donc, Doubrovsky poursuit son roman-autobiographie après le décès d'Ilse, dans le but d'honorer les souhaits de la défunte. Aussi, « transpose »-t-il dans le roman la brisure de son couple, de son existence et de celle d'Ilse en interrompant soudainement la rédaction des chapitres du « roman conjugal » pour faire de son livre un Livre brisé. C'est pourquoi, l'auteur se voit contraint, dans la partie « Disparition », de repousser plus encore les « limites du dicible » en écrivant, malgré un deuil atroce, l'« impensable », à savoir la mort d'Ilse. Dès lors, son écriture devient une tentative « d'arracher quelque chose à la mort, qui n'est pas loin et à l'oubli, qui menace tout ce qui a été une vie. »260(*) Seulement, l'écrivain désemparé, se demande comment achever son livre, comment donner un sens à cette mort, comment créer une ligne directrice, à savoir une « ligne de fiction », quand il ignore justement les véritables circonstances du décès et ne sait comment répartir les responsabilités entre lui et Ilse.

* 248 Les caractères gras sont de nous.

* 249 « Que brise Le Livre brisé de Serge Doubrovsky ? », art. cit., p. 51, et Lecteur et lecture dans l'autobiographie française contemporaine, op. cit., p. 276.

* 250 Ce lien étroit entre les deux romans se manifeste par le titre initialement prévu pour le deuxième, « la Démolition » (voir p. 22 de L'Après-vivre ; on peut justement remarquer que « Démolition » est le titre du premier chapitre), par son titre définitif, L'Après-vivre (voir p. 12 de notre Introduction) et par la première lettre de son incipit, écrite en lettre minuscule.

* 251 Cette orientation vers un type d'écriture plus proche de l'autobiographie sans l'être pour autant se manifeste encore plus clairement dans L'Après-vivre, où le « pacte référentiel » est fermement construit, comme au chapitre « Parution » (p. 255-276), où sont insérées dans le récit nombre de coupures de presses concernant Le Livre brisé, et au chapitre « `Apostrophes' » (p. 295-314), où sont insérées les paroles des invités de l'émission. Le lecteur dispose ainsi d'éléments suffisants pour vérifier de lui-même la véridicité de certain faits énoncés dans le « roman » et constater que la plupart des faits et des événements relatés sont référentiels au vécu de l'auteur. On peut d'ailleurs remarquer que le terme d'autofiction disparaît de la quatrième page de couverture : à la place, il apparaît le terme « roman vrai ».

* 252 Pour preuve, nous pouvons nous reporter à la note 4 de la page 272 de Lecteur et lecture dans l'autobiographie française contemporaine, op. cit., de H. Jaccomard : « Dans une interview inédite, le 15 novembre 1992, Serge Doubrovsky insiste sur le fait que la structure du Livre brisé n'est pas une fiction et qu'il n'a pas récrit son texte après coup pour en accentuer l'effet-choc. »

* 253 Il faut toutefois relever que la page 20 de L'Après-vivre (op. cit.) vient contredire cette déclaration : « Un semaine avant son retour à New York, Ilse disparue. L'avant-dernier chapitre composé, j'attendais ces retrouvailles pour que le livre se termine. Sur ce retour. La vie, le livre. La mort frappe. Je m'écroule. Tout s'est cassé net. » (Les caractères gras sont de nous.)

* 254 « L'auteur, personnage de roman ? », art. cit.

* 255 Cf. nos pages 27-30.

* 256 Dans ce même sens, on trouve aux pages 24-25 de L'Après-vivre (op. cit.) : « Pas le choix. Ilse s'était donnée à moi complètement, le meilleur d'elle, le pire de nous, notre pacte. Que j'en fasse un livre. De nos horreurs, de nos stridences, de notre passion, un texte. Entre nous, c'était notre accord, total, au sein de nos discordances. Si je n'écris pas ce texte impossible, ignoble, elle meurt deux fois. Pour rien. »

* 257 Cf. Seuils, op. cit., p. 123.

* 258 On peut aussi relever à la page 24 de L'Après-vivre (op. cit.) : « Travail de croque-mort, une tâche de fossoyeur. À la morgue, c'est même une leçon d'anatomie. [...] Comment écrire à chaud le froid glacial. Faire de la littérature avec le cadavre d'Ilse qui me hante les yeux. La séance au crématorium, à en vomir. Sinistre, obscène, un vrai viol de sépulture, fricoter avec les dépouilles. Remuer les cendres. Dans l'urne. [...] Quoi, faire des phrases avec sa charogne. Oui. » Il est vrai que du point de vue anthropologique, S. Doubrovsky transgresse les normes en vigueur dans notre société en brisant le silence imposé par le deuil et en dévoilant (au lieu de couvrir) « à nu et à cru » la mort encore récente d'Ilse et son corps en décomposition ; cf. (par exemple) E. Morin, L'Homme et la mort, 1951, Seuil, 1970, coll. « Points Essais », 1976.

* 259 Nous verrons plus bas, aux pages 107-108, que l'on peut trouver une seconde raison à ce qualificatif.

* 260 J. Lecarme et É. Lecarme-Tabone, L'Autobiographie, op. cit., « La mort dans le récit », p. 129.

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