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La commercialisation du gibier au Gabon

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par Georgin MBENG NDEMEZOGO
Université Omar Bongo - Maîtrise 2006
  

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Depuis des millénaires, les hommes ont toujours puisé les ressources de leur environnement, pour satisfaire leurs besoins : besoins de se nourrir, besoins de se soigner, besoins de travailler etc. La faune sauvage est dans ce sens, l'une des principales ressources exploitées.

L'intérêt que l'homme porte au gibier n'a pas toujours été un intérêt mercantile. Dans les sociétés traditionnelles, la chasse se pratiquait pour des raisons alimentaires, mais aussi rituelles. Elle est un des fondements de l'initiation des jeunes garçons qui apprennent la forêt aux côtés des aînés, en même temps qu'ils s'ouvrent à la conscience de leur rôle en s'éloignant des fillettes cantonnées dans le giron maternel. Patrick Houben et al1(*) affirment que « les sociétés traditionnelles, dépendantes pour leur survie, étaient régies par le respect d'un ensemble de règles cynégétiques prenant la forme de règles coutumières. Elles ont toujours permis le processus de régénération ». Mais avec le temps, cela ne sera plus possible. Des facteurs modernes, dont l'émergence est liée au développement de nouvelles activités ou de nouveaux modes de vie, menacent la régénération de la ressource faunique. De nos jours, on ne chasse plus en quantité suffisante pour se nourrir et nourrir son petit monde, mais en quantité industrielle pour gagner de l'argent. L'appât du gain est devenu l'objectif principal poursuivit par ces hommes et femmes. On passe donc d'une chasse de subsistance, avec des techniques rudimentaires, à une chasse industrielle. L'émergence de la commercialisation du gibier puise ses origines dans plusieurs facteurs, parmi lesquels le passage d'une société traditionnelle à une société moderne (usage de la monnaie...), qui se traduisent par l'acceptation de nouvelles règles qui obéissent aux lois de l'économie de marché et non plus à celles de l'économie de subsistance.

La présence de nouveaux contextes socioculturels place en effet les populations, dans une société de marché, où le commerce est économiquement rentable. Il sera ainsi pratiqué tout azimut, et aucun produit ne sera épargné, encore moins le gibier, particulièrement en milieu urbain. Les activités commerciales vont ainsi connaître au Gabon un essor particulier depuis la crise économique des années 1980. Avec cette crise, plusieurs entreprises et industries fermeront les portes et plusieurs personnes se retrouveront sans emplois. Ayant perdu tout espoir de trouver de l'emploi, ces personnes vont s'autogérer à partir des activités économiques qu'elles créeront. Elles se retourneront vers la forêt nourricière notamment la faune sauvage. D'aucuns feront de la chasse, et d'autres comme les « bayames » achèteront du gibier, puis le revendront. Elles utiliseront les techniques traditionnelles de chasse, associées aux techniques modernes, pour chasser le gibier en quantité. La chasse intensive sera pour l'heure l'activité qui permettra à certains de subvenir à leurs besoins. Les animaux sauvages chassés sont présentés aux consommateurs soit dans les marchés, soit dans les restaurants. Les consommateurs comprenant des populations d'horizons divers, sont en majorité des anciens ruraux qui ont gardé leurs habitudes alimentaires. C'est dire que s'il y a commercialisation du gibier, c'est à cause de sa consommation importante. En d'autres termes, la vente du gibier répond donc aussi à un besoin de consommation.

Mais chasser ou vendre du gibier de manière abusive constitue un délit et est strictement interdit par la loi gabonaise depuis 1981. Vendre de la viande de brousse se serait défier la loi en vigueur pour protéger la faune. La protection de la faune manifeste non seulement dans la loi, mais aussi dans la création des parcs nationaux, trouve sa justification dans la préservation des espèces fauniques pour les générations futures, et dans les devises produites par l'écotourisme. Or, la commercialisation du gibier, qui est notre objet d'étude, est un nouveau secteur de l'économie gabonaise. Sa pertinence nous amène à étudier ses composantes, les partenaires impliqués ainsi que ses conséquences sur la faune et sur l'économie gabonaise. Ce commerce défendu par la loi, nous permettra d'étudier celui-ci, ses atouts et ses limites. L'observation empirique montre que la faune est sollicitée à la fois par les populations et par l'Etat. Comment l'Etat pourrait-il de ce fait gérer durablement la faune tout en contenant les besoins des populations ?

Pour mieux aborder et appréhender ce travail sur le plan anthropologique, il nous revient de l'orienter dans un champ ou un cadre théorique précis qui nous permettra de mesurer les limites de notre recherche.

En tant que système d'échange obéissant à la loi du marché, le commerce fait appel aux opérateurs économiques, à la production, à la conservation, au circuit du produit, à sa vente et à sa consommation. Ainsi, parler de commercialisation, c'est inévitablement traiter de l'économie en anthropologie, donc le champ de l'anthropologie économique. Nous voulons effectivement faire ressortir tous les systèmes qui concourent à la production, à la vente et à la consommation du gibier au Gabon.

A cette dimension économique de l'étude s'ajoute une dimension fonctionnaliste, vu que le commerce du gibier obéit à une fonction qui correspond à un ensemble de besoins. La faune gabonaise constitue en effet un enjeu important. Car, elle répond à un triple besoin, notamment le besoin de consommation, le besoin financier et le besoin de régulation du secteur de la faune au Gabon. Nous cherchons donc aussi «  à déterminer le rapport entre un acte culturel et un besoin de l'homme, besoin primaire ou besoin dérivé »2(*). Nous pensons que si un fait culturel tel que le commerce du gibier persiste, c'est qu'il remplit une fonction dans la société gabonaise. En effet, toute société manifeste des besoins élémentaires liés à la nature biologique, sociale, économique concourant au maintien de l'ordre social. C'est dans cet esprit que les populations se tournent vers la faune pour combattre la pauvreté. L'Etat à son niveau tentera de réglementer cette activité, afin d'en faire lui aussi des bénéfices. La persistance du phénomène, malgré les textes mis en vigueur, prouve le vide juridique ou les limites de la juridiction. Il y a de ce fait un besoin juridique qui se fait sentir. Les consommateurs urbains, qui ont la préférence pour la viande de brousse au détriment de la viande de boucherie, sont la preuve suffisante que la commercialisation du gibier au Gabon joue un rôle capital au sein de la société. Autant de finalités et de fonctions qui démontrent le caractère irréversible du phénomène de la commercialisation du gibier. « A la source de toutes les réalisations culturelles, on trouve la satisfaction directe ou indirecte d'un besoin »3(*) primaire ou dérivé. Partout les êtres humains sont soumis à des conditions élémentaires qui doivent être remplies si les individus doivent survivre. Ceci pour dire que ce n'est pas hasardeux si les individus développent une mentalité quelque part. C'est parce qu'il sentent un besoin impérieux, nécessaire. La vente et la consommation du gibier font partie de ces mentalités. Les analyses fonctionnelles et institutionnelles nous permettront d'expliquer les différentes fonctions remplies par la faune et d'étudier l'organisation de ce phénomène.

Partant des propos qui précèdent, nous nous posons les questions de savoir:

- Qui commercialise le gibier au Gabon ? 

- Quels sont les circuits d'approvisionnement ou de production ?

- Quels sont les circuits et les lieux de vente ou de consommation ?

- Quels sont les moyens de conservation ? 

Pour répondre à ces différentes interrogations, nous avons ainsi d'une part, consulté de nombreux ouvrages, composés entre autres des rapports académiques et extra académiques, qui nous ont été fournis par les centres de documentation tels que le centre culturel français (CCF), la bibliothèque du département d'anthropologie, le laboratoire d'anthropologie (Laban), la bibliothèque universitaire centrale (BUC) et Internet, puis nous avons d'autre part réalisé une enquête de terrain dans plusieurs localités du Gabon sur les modalités pratiques du commerce du gibier.

Parmi les documents consultés, nous avons entre autres ceux de Ludovic Mba Ndzeng4(*), Patrick Houben et al5(*), Roland Pourtier6(*) dont l'objectif est justement de nous faire ressortir les origines ou les fondements même du commerce de la viande de brousse au Gabon.

Ludovic Mba Ndzeng, auteur des «  formes de gestion de l'écosystème du village Mbenga » dans la province du WOLEU-NTEM, attirera notre attention quand il abordera le rapport que les populations de ce village entretiennent avec la forêt notamment la faune. L'auteur met l'accent sur la chasse, en valorisant d'abord les méthodes traditionnelles de chasse. Les populations locales avaient la notion de régénération à partir du prélèvement qu'elles pratiquaient. Avec l'introduction du fusil, ces valeurs et méthodes de chasse prendront un coup à cause de l'argent ou l'appât du gain. Nous sommes dans une situation où la monnaie vient briser les lois établies par la société. Le principe de la jachère longue perd sa force au profit de la jachère courte et de l'exploitation abusive. L'auteur propose une adaptation des valeurs traditionnelles au contexte actuel.

Patrick Houben et al, dans « L'élevage de gibier, une alternative de gestion de la faune sauvage et de satisfaction de la consommation traditionnelle de gibier », font remarquer que la faune est menacée par les techniques modernes de chasse. Ils font état des facteurs qui participent à l'exploitation abusive de la ressource faunique, et présentent les limites des lois en vigueurs. Il est évident que la consommation du gibier est le propre de l'africain et du gabonais en particulier. Cette consommation est d'abord un fait de culture. Les lois coutumières mises en place par les anciens permirent la pérennité de ce fait de culture, la préservation et la régénération des espèces fauniques. Ils expliquent l'émergence de la commercialisation du gibier par le passage d'une société dite traditionnelle à une société dite moderne, mais aussi par le nombre croissant des chasseurs. On ne chasse plus pour l'autoconsommation mais pour rentabiliser la commercialisation. Les limites des lois en vigueur seront évoquées dans les difficultés de gestion de la faune au Gabon. Ils proposent enfin que la pratique de l'élevage se substitue à la chasse afin de renverser la tendance pour la préférence de la viande de brousse.

Roland Pourtier aussi, dans « La chasse », traite de la chasse dans sa pratique ancienne et contemporaine. Docteur ès Lettres et professeur de géographie tropicale à l'Université de Paris I, Pourtier place d'abord l'importance du gibier dans les sociétés gabonaises. L'habileté et l'ingéniosité des chasseurs font d'eux des artistes. Il rappelle dans cet article les fonctions alimentaire et initiatique de la chasse. L'auteur va montrer les transformations qui se produiront non seulement au niveau de la chasse mais aussi au niveau de la société. Les valeurs et pratiques de la chasse vont s'effriter par l'introduction du fusil.

Par ailleurs, Henri-Paul Bourobou Bourobou7(*) et Lee White8(*) répondent communément à la question de la préservation de la faune. Auteur d' « Inventaire de la biodiversité », Henri-Paul Bourobou Bourobou traite dans cet article de la biodiversité et de sa disparition. L'auteur fait remarquer que la définition du concept de biodiversité est pluridisciplinaire. Selon lui, parler de disparition c'est d'abord faire l'inventaire de cette biodiversité dont la disparition est le fait de la sélection naturelle et la surexploitation. La question de cette biodiversité doit être conjointe et sa conservation est possible par la création des aires protégées qui sont accompagnées de la législation.

Lee White, auteur d' « Exploitation forestière et gestion de la faune », soulève dans un premier temps les conséquences de l'exploitation forestière sur la faune sauvage. Des études menées près des zones d'exploitation ont démontré que le bruit des engins des chantiers d'exploitation provoque le déplacement des animaux, ce qui reste est le plus souvent chassé par les familles des employés des sociétés forestières. Notons également que les pistes forestières facilitent la chasse, la maîtrise de la forêt par les chasseurs. Dans un deuxième temps, il émet une piste de solution qui consiste en la création des réserves afin de canaliser la faune et les informations les concernant.

Le propos de Marius Indjieley9(*), géographe et enseignement à l'Université Omar Bongo (UOB), va s'atteler à démontrer la place qu'occupe le consommateur dans la commercialisation du gibier. Dans « La consommation de la viande de brousse par les librevillois : une forme de relation entre les populations rurales et les populations urbaines », l'auteur souligne que la consommation de la viande de brousse est avant tout un fait de culture. A cause des difficultés économiques, les populations vont se retourner vers la richesse faunique pour subvenir à leurs besoins. Si le phénomène prend de l'ampleur de nos jours, le tord revient à la forte croissance démographique constatée dans les agglomérations.

A partir des travaux antérieurs sus mentionnés, nous avons formulé quelques hypothèses afin de mieux orienter ce travail.

Notre première hypothèse cherche à démontrer que le commerce industriel du gibier suscite d'autres techniques de chasse différentes des méthodes traditionnelles. En effet, les dynamiques de chasse ont changé considérablement dans les décades récentes. Les premières générations capturaient le gibier par des techniques traditionnelles rudimentaires. Elles tournaient autour des arbalètes, des lances, des filets, des pièges fabriquées avec du matériel local, des fosses et bien encore qui ont contribué à la régénération des espèces. Les fusils étaient rares. De nos jours, les chasseurs se servent plus de fusils de chasse, des pièges à câble métallique et des feux à éclats (ou torche). Les réalités socioéconomique et culturelle ont changé cette donne. L'intensification de la chasse est partiellement due à la prolifération de ces technologies modernes. Les techniques de piège ont été adaptées au contexte actuel.

La deuxième hypothèse s'attache à prouver que le commerce du gibier remplace et se distingue du mode de répartition familiale du butin. La forêt constitue le lieu par excellence où les populations locales tirent l'essentiel de leurs ressources à la fois dans le domaine alimentaire que celui de la production des biens. Autrefois, le gibier occupait une place de choix dans l'alimentation des populations. La chasse, qu'elle soit individuelle ou collective, occasionnait toujours la répartition du gibier. On chassait pour se nourrir et nourrir son petit monde. On chassait pour donner à son frère, sa soeur... Le gibier, n'étant pas commercialisable, mettait en évidence deux acteurs notamment le chasseur et le consommateur. Le chasseur étant lui-même consommateur. Une fois devenu un produit commercialisable, le phénomène met en scelle trois partenaires à savoir le chasseur, la bayame et le consommateur. Nous avons déjà une personne médiane entre le chasseur et le consommateur. Le chasseur exerce déjà pour gagner de l'argent.

Notre troisième hypothèse est la preuve que le commerce du gibier en milieu urbain répond aux besoins de consommation des ruraux devenus citadins. En effet, l'accroissement de la vente du gibier se justifie dans l'existence d'une importante demande solvable de gibier dans les centres urbains. Ces derniers sont peuplés pour l'essentiel des ruraux en voie d'urbanisation. Leurs habitudes alimentaires provenant de leur milieu d'origine portent à préférer la consommation de la viande de brousse à celle de la viande de boucherie. Les raisons de la consommation sont multiples. Elles vont du goût à l'habitude en passant par la richesse en vitamine, sans oublier la variété alimentaire. L'alimentation carnée à base de gibier dans les centres urbains, associée à l'explosion démographique ne pouvait que conduire la constitution d'une demande solvable sans cesse croissante de viande de brousse.

Dans la quatrième hypothèse, il s'agit de montrer que le gibier constitue un produit de consommation de première catégorie dans le secteur restauration africaine. C'est un aspect qui est observable dans plusieurs quartiers de Libreville. Le gibier est un produit qui est proposé de plusieurs façons non seulement par le cru mais aussi par le cuit. Cette dernière variété est justement proposée par les restaurants. Pendant que certains vont dans les marchés de la place, d'autres consomment du produit cuit. C'est un service proposé également par les femmes, appelées bayames parce qu'elles achètent et revendent aux consommateurs. Ces restaurants sont visités au même titre que les marchés publics.

La cinquième hypothèse est l'illustration que ce commerce industriel du gibier constitue un facteur destructeur de la faune gabonaise. En effet, l'augmentation de la pression des activités cynégétiques sur la faune sauvage autour des grandes agglomérations, qui constituent des zones à forte intensité cynégétique, pourrait conduire à la disparition d'espèces comme la tortue luth, le lamantin aquatique, l'hippopotame, l'éléphant, voire le buffle, et dans une moindre mesure le gorille des plaines. Pour les plages du Gabon, cette disparition constituerait une perte considérable de leur potentiel touristique. La commercialisation du gibier peut conduire à l'érosion de la biodiversité faunique du Gabon. Ce risque est d'autant plus préoccupant que de nombreuses espèces abondantes. Il y a seulement une décennie, sont devenues de plus en plus rares.

Notre sixième et dernière hypothèse s'atèle à démontrer que le commerce du gibier est une activité rentable de l'économie gabonaise. Nous constatons que la dégradation de la situation économique dans les années 1980, aggravée par la crise des années 1985/86 et l'augmentation du chômage qui s'en est suivie dans un contexte de fort développement de la demande de viande de brousse dans les centres urbains, ont fait de la chasse une opportunité économique au demeurant très lucrative. C'est ainsi que de nombreux actifs en cours d'adaptation à la vie citadine, qui ont perdu leur emploi, se sont reconvertis dans les activités cynégétiques. « Les profits dégagés dans ce secteur qui représente un chiffre d'affaire d'environ 19 milliard F CFA »10(*), ont suscité le développement d'un véritable secteur viande qui emploie un nombre significatif de personnes.

Sur le plan de la pratique de terrain, la vérification de toutes ces hypothèses se fera bien évidemment à partir de l'enquête de terrain que nous avons réalisé. Le phénomène de la commercialisation du gibier est connu en partie de l'enquêteur que nous sommes depuis plusieurs années. Car, nous avons des parents qui revendent de la viande de brousse au marché de Mont Bouet. Du moins, nous savions déjà à partir de ces femmes qu'une tranche de la population vivait de viande de brousse. Mais quand nous allions leur rendre visite, tantôt les agents des eaux et forêts venaient brusquement saisir leur gibier tantôt, à un autre moment, elles couraient dans tous les sens cherchant à vouloir cacher leur gibier. Le jour où le gibier est saisi, c'est la désolation totale, c'est un nouveau capital qui sera mis en place quelques jours après afin de redémarrer l'activité. Notre curiosité résidait dans le facteur qui incitait ces femmes à continuer à vendre du gibier malgré les problèmes rencontrés. La familiarité avec le terrain était donc évidente à chaque fois que nous allions rendre visite à ces parents bayames. Cette familiarité peut être considérée comme la première ébauche de notre pré-enquête.

Celle-ci nous a permis de mesurer l'importance du phénomène auprès de quatre catégories de personnes constituant ainsi notre population d'enquête à savoir : les chasseurs, les bayames, les consommateurs et les agents des Eaux et Forêts. Nous sommes donc partis sur une base hasardeuse de trente informateurs. Au regard des données recueillies sur nos informateurs, nous constatons que nous avons questionné des hommes et des femmes dont l'âge varie entre 19 et 63 ans. Cette tranche d'âge nous est révélée par les données de terrain. Ces mêmes données nous amènent à constater que nous avons pu rencontrer trois nationalités (gabonaise, camerounaise, équato- guinéenne) et d'ethnies différentes lors de nos enquêtes. La majorité de nos informateurs se trouvent à Libreville notamment dans les quartiers indiqués sur la carte. Il est à ajouter à cela les villages d'Andem et de Mbel qui n'ont pas été situé sur la carte.

Pour enquêter sur ce phénomène et rencontrer ces informateurs c'est parcourir plusieurs endroits représentant notre champ d'enquête et la carte ci-dessus illustre notre parcours. Car, le commerce du gibier est une pratique observée dans plusieurs villes et villages du Gabon. C'est à partir du mois de novembre que notre enquête a commencé par les villes de Libreville (Oloumi, Nkembo, Ndzeng Ayong, Rio, Mont Bouét, Centreville, Sorbonne), Owendo (SNI) et s'est étendue sur les villages environnants (ENEF, Andem et Mbel). Les milieux cités plus haut ont la particularité d'abriter soit un marché soit des restaurants ou encore un lieu de production ou un circuit d'acheminement des gibiers sur Libreville. Le premier village (Andem) est sur la voie routière et/ou ferrée de l'axe Libreville - Kango, à 76 km de Libreville. C'est dans ce village, en attendant la draisine, que nous avons rencontré notre premier chasseur. Le deuxième village (Mbel) est sur la voie ferrée à 85 km d'Owendo. Les populations de ce village connaissent difficilement le bruit d'une voiture. Ils vivent aux sons des trains. C'est dans ce village que nous fîmes notre excursion en forêt avec le concours d'un chasseur. Cette marche en forêt nous a permis de produire quelques images constituant ainsi la majorité de notre corpus visuel. Nous avons passé un séjour de 72h avec les habitants de ce village. Mais la marche entreprise dans la forêt nous a pris 6h de notre temps. Elle consistait en la visite des pièges de notre chasseur. Une marche pénible mais intéressante et riche d'enseignements. Nous avons collecté ces données en usant des techniques propres à l'anthropologie. Cela exige naturellement une méthode particulière.

Nous avons fait appel à l'observation directe et à la technique d'entretien. La méthode utilisée consistait à constater sur le terrain la pratique par les populations du phénomène de la commercialisation du gibier au Gabon. Nous allions toujours sur le terrain pour collecter des données précises et auprès des différentes catégories d'informateurs sus énoncées. Chaque catégorie ayant en effet un guide d'entretien (voir annexes), cela nous a permis de cerner clairement notre objet d'étude. Les entretiens se déroulaient au lieu de travail selon qu'on est bayame ou agent des eaux et forêts, au lieu de résidence selon qu'on est consommateur ou chasseur. Pour appuyer les techniques citées ci-dessus, nous nous sommes servis d'un appareil photo numérique pour avoir une représentation visuelle de la commercialisation du gibier.

Malgré toutes ces techniques et démarches, nous n'avons pas pu mesurer tous les contours de ce phénomène. L'histoire nous enseigne qu'une oeuvre humaine n'est jamais parfaite. Il y a toujours des limites, des insuffisances dans une recherche. Nous n'avons pas pu recueillir des informations dans les grands restaurants. Ceux que nous avons parcourus sont de petite taille. Nous avons voulu mesurer les données dans les deux types de restaurants afin d'avoir une idée de l'usage du gibier. Nous n'avons pas eu, hélas, des informateurs fiables pour nous entretenir sur ce type de restaurants. Il nous a été également difficile d'assister à l'une des missions de police organisées par les agents des eaux et forêts. C'était effectivement l'un de nos souhaits. Mais on nous affirma au préalable que ces missions étaient toujours improvisées. Cela nous aurait permis de savoir la route empruntée par les saisies de gibier et aussi savoir la moyenne des saisies. Mais nous ne pouvions faire l'impossible.

Tout de même, pour rendre compte des problèmes de commercialisation du gibier au Gabon, nous entendons produire quatre (4) parties. La première partie nous établit les rapports de l'humain à l'écosystème. D'abord, nous tenterons de comprendre le concept d'écosystème. Ensuite, nous ferrons ressortir les usages humains de l'écosystème. La deuxième partie est constituée du corpus textuel sur la faune gabonaise. Elle nous propose des discours, d'une part, des chasseurs et des bayames, et, d'autre part, ceux des consommateurs et des agents des eaux et forêts. La troisième partie aborde le circuit commercial du gibier au Gabon. Cette partie nous permet de savoir que ce commerce est un héritage colonial, et dans un deuxième temps étudier le circuit actuel. Dans la quatrième et dernière partie, nous faisons la lecture anthropologique d'une gestion étatique de la faune. Nous étudions d'abord la législation et la Direction de la Faune et de la Chasse avant d'aborder l'approche conflictuelle des parcs nationaux.

* 1Patrick Houben et al, » L'élevage de gibier, une alternative de gestion de la faune et de satisfaction de la consommation traditionnelle de gibier » in Revue gabonaise des sciences de l'Homme : les formes traditionnelles de gestion des écosystèmes au Gabon, N°5, Libreville, PUG, 2004, p 78.

* 2Bernard VALADE, Introduction aux sciences sociales, Paris, PUF, 1996, p 497

* 3Bernard VALADE op. Cit. p 497

* 4Ludovic Mba Ndzeng -«  Les formes de gestion de l'écosystème du village Mbenga ( Woleu-Ntem) » in Revue gabonaise des sciences de l'homme : les formes traditionnelles des écosystèmes au Gabon, N°5 Libreville, PUG, 2004, p174.

* 5 Patrick Houben et al, op. Cit. p78

* 6 Roland Pourtier - « La chasse » in Le Gabon : espace - histoire - société, Paris, L'Harmattan, tome 1, 1992, p.

* 7 Henri- Paul Bourobou Bourobou, Inventaire de la biodiversité in Atelier National d'Action Forestier Tropical du Gabon : gestion durable des écosystèmes forestiers du Gabon, Libreville, Cellule Nationale de coordination du PAFT- Gabon, 1998, p.36

* 8 Lee White, Exploitation forestière et gestion de la faune au Gabon Canopée, n°11, Libreville, Multipress, 1998, p.13

* 9 Marius Indjieley, La consommation de la viande de brousse par les librevilois : une forme de relation entre les populations rurales et les populations urbaines in Atelier National du Programme d'Action forestier Tropical du Gabon, Libreville, Cellule Nationale de Coordination du PAFT- Gabon, 1998, p.

* 10 Ministère du Tourisme, de l'Environnement et de la Protection de la nature, Plan National d'Action pour l'Environnement, Libreville, Cellule de coordination du PNAE, 1999, p.46

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