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Pouvoirs publics et crises des entreprises publiques congolaises. Cas de la Gecamines au Katanga

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par Jean-luc MALANGO KITUNGANO
Université de Lubumbashi, RDC - Licence en sciences administratives 2007
  

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SECTION II : THEORIES SCIENTIFIQUES DE BASE

S'agissant des théories scientifiques de base, nous précisons dans cette section les auteurs et les théories qui nous ont inspiré comme modèles d'analyse.

Selon François Dépelteau, le choix ou la construction d'une théorie se fait concrètement en trois opérations.

D'abord, le chercheur revient sur son exploration et procède à l'inventaire des théories pertinentes à son sujet d'étude.

Ensuite, il procède à l'examen critique de chacune des théories répertoriées.

Enfin, il en adopte une, la modifie ou en construit une nouvelle48(*).

Pour notre part, nous avons répertorié plusieurs théories dont : la théorie systémique, la théorie fonctionnaliste, la théorie des organisations et la théorie du management public.

De ces quatre théories, nous avons retenu la théorie systémique comme théorie principale, mieux, comme modèle d'analyse principal, et celle fonctionnaliste comme modèle secondaire.

Le choix de ces deux théories ne relève nullement de l'arbitraire.

En effet, le management public et la théorie des organisations s'inspirent énormément de la théorie systémique ou de celle fonctionnaliste.

Nous avons donc retenu le modèle d'analyse systémique et celui d'analyse fonctionnaliste puisqu'ils nous permettent de mieux cerner le rapport entre les pouvoirs publics et la crise de la Gécamines.

II.1. THEORIE SYSTEMIQUE.

L'analyse systémique ou l'analyse en termes de systèmes est « toute recherche théorique ou empirique qui part du postulat que la réalité sociale présente les caractères d'un système, pour interpréter et expliquer les phénomènes sociaux par les liens d'interdépendance qui les relient et qui les constituent en une totalité»49(*).

Dire que la réalité à étudier forme un système signifie qu'on lui attribue les propriétés suivantes :

1) Elle est constituée d'éléments ayant entre eux des rapports d'interdépendance ;

2) La totalité formée par l'ensemble des éléments n'est pas réductible à leur somme ;

3) Les rapports d'interdépendance entre les éléments et la totalité qui en résultent obéissent à des règles qui peuvent s'exprimer en termes logiques.

L'idée est qu'un système réagit globalement, comme un tout, aux pressions extérieures et aux réactions de ses éléments internes50(*).

Bertalanffy est généralement considéré comme le père de la théorie systémique moderne. Il constatait au début des années 20 qu'il y avait des lacunes évidentes dans la recherche et la théorie en biologie.

L'approche mécaniste alors dominante semblait négliger, sinon carrément nier, précisément ce qui est essentiel dans le phénomène de la vie. Il prôna alors une conception organismique en biologie. Cette conception met l'accent sur la prise en compte de l'organisme en tant que tout ou système. 51(*)

A ce titre, il y a la prédominance du tout sur la partie dans l'examen des objets d'étude, l'opposition à une approche mécaniste et l'importance à donner à l'organisation du tout pour la compréhension de l'organisation.

A mesure qu'apparaissaient, se précisaient et s'agençaient les uns par rapport aux autres les divers concepts de Bertalanffy à savoir : l'entropie52(*), l'homéostasie53(*), l'équifinalité (capacité d'un système à atteindre l'état d'équilibre à partir de différentes conditions initiales et par des voies différentes), le feed-back, la téléonomie (l'étude du maintien de la stabilité structurelle d'un système), la téléologie (entendue comme l'étude des systèmes acceptant différentes plage de stabilité structurelle) (...), émergeaient progressivement la notion de système ouvert et la théorie qui la supporte. 54(*)

Deux constats concernant les systèmes sont incontournables aux yeux de Bertalanffy. Le premier a trait à l'omniprésence de ceux-ci : les systèmes sont partout, la réalité empirique est faite des systèmes.

La complexité est omniprésente et exige un regard non parcellaire qui tienne compte de l'ensemble, du tout. Bref, une vision systémique s'impose dans tous les champs de la connaissance.

Le deuxième constat est qu'il existe des isomorphismes, c'est-à-dire des similarités dans les structures des systèmes que l'on retrouve dans différents champs d'investigation. Découvrir ces isomorphismes, c'est allé au coeur des principes d'organisation.

De la biologie, la théorie systémique s'est étendue aux organisations humaines vues comme des systèmes ouverts devant s'adapter à leur environnement. Cette vision systémique marque le champ des théories de l'organisation ainsi que celui des systèmes d'information. Il en va de même des concepts de « tout », de « synergie », « d'adaptation », etc. qui sont transférables d'un domaine de la science à l'autre.

Maurice Landry et Claude Banville caractérisent les approches systémiques en gestion comme étant des tentatives délibérées de mise au point de démarches originales d'intervention interdisciplinaires pour aborder des problèmes complexes de gestion.

La gestion dont il est surtout question est celle portant sur des problèmes à portée (sociale, économique, organisationnelle, managériale...) concrète dans lesquels le chercheur doit appuyer simultanément sa démarche sur des objets « durs » et sur des objets « mous ».55(*)

Les objets de connaissance dits « durs » sont ceux des sciences de la nature « exactes ». Tandis que les objets « mous » sont ceux des sciences du social56(*).

En science politique, la théorie systémique a été développée par David Easton dans son ouvrage A system analysis of political life (New York, Jolin Willey et Son, 1965).

Easton formalise un modèle systémique portant sur les transactions entre le système politique et son environnement.

La vie politique est considérée comme un mécanisme « entrée-sortie » ou « inputs-outputs ». Les inputs proviennent de l'environnement sociétal et sont constitués d'exigences et de soutiens.

· Les exigences sont les demandes adressées au système politique. Elles pénètrent ce dernier après une conversion des besoins en exigences. Cette première conversion s'effectue selon deux mécanismes de régulation, la régulation structurale qui fait appel à la notion de portier et à des rôles spécialisés dans la formulation des exigences politiques, et la régulation culturelle qui complète les freins mis en place par le système politique.

· La réduction, ou agrégation des exigences politiques est un des principaux instruments de régulation du flux des exigences spécifiques et variées en exigence globale. C'est une fonction assumée, notamment par les partis politiques et les syndicats.

C'est après cette réduction que le système peut traiter les exigences et formuler des priorités ou encore avancer des propositions de décision (issues en anglais). Les « issues » portent sur le fond de la matière ou sur les moyens d'action.

Le système peut être soumis à une accumulation d'exigences, souvent contradictoires, pouvant créer une surcharge.

· Le soutien. Cette notion lie le système politique à son environnement. Sans soutien, le système s'effondre devant la moindre surcharge. Il y a trois objets de soutien dans un système politique : la communauté, le régime et les autorités.

· Les « outputs », c'est-à-dire les productions du système politique. Celles-ci sont des décisions et des actions. Elles résultent de la conversion en son sein de « issues ».

· La rétroaction : les « outputs » opèrent sur l'environnement, produisant des effets qui donnent naissance à des nouvelles exigences et à des nouveaux soutiens. Ainsi se développent des boucles rétroactives, des relations dialectiques ininterrompues entre les entrées et les sorties du système.

Le modèle théorique d'Easton a été reformulé par Jean William Lapierre. Celui-ci distingue pour sa part, la société globale, qui est une totalité concrète, des systèmes sociaux, ensembles abstraits que le chercheur découpe dans la société globale pour les besoins d'analyse.

Le système politique en ce sens n'est que « l'ensemble des processus de décisions qui concernent la totalité de la société globale » 57(*).

Si, d'une part, la décision politique est chez Easton une « allocation autoritaire de valeur » et le système politique limité dans la sphère nationale principalement, d'autre part ; chez J. W. Lapierre, cette conception lui semble réductrice de la réalité. Car le système politique semble vague et désincarné. Easton ne s'intéresserait uniquement qu'aux transactions du système sans se pencher sur le rapport entre un système politique et d'autres systèmes politiques.

Ici, il sied selon Lapierre de prendre aussi en compte d'autres systèmes extra-sociétals à savoir les sociétés globales du monde. Comme les autres systèmes sociaux, les systèmes politiques sont des systèmes ouverts, qui reçoivent et produisent des inputs et des outputs.

J.W. Lapierre distingue trois catégories d'inputs dont :

A) Les demandes

- Celles formulées comme demandes par les partis politiques, les groupes de pression organisés, les manifestations de rue ou autres.

- Celles passées par différents systèmes de filtrage pour déboucher sur des processus de décision. Certaines catégories ou classes sociales se retrouvent ainsi exclus de l'accès au système politique.

- Celles résultant des actions en dehors de la légalité, par la violence, souvent faites par ceux qui ont le moins accès au système politique.

B) Les ressources et les contraintes

Tout ce qui contribue à maintenir ou à accroître les possibilités d'action du système. Les contraintes sont tout ce qui peut limiter ou restreindre les possibilités d'action du système.

Les contraintes peuvent être internes au système politique (décision antérieures) ou externes à celui-ci, c'est-à-dire lorsqu'elles sont issues d'autres systèmes sociaux de la même société globale, ou proviennent d'autres sociétés extra-sociétals par rapport à une société globale58(*). De chaque système peuvent être tirées des ressources ou des contraintes. Dans le cas du sous-système culturel, il pourra s'agir, par exemple, du soutien qu'apporte une tradition à l'esprit d'entreprenariat ou des contraintes résultant du dualisme culturel.

Préoccupé surtout par le problème de la persistance des systèmes politiques, Easton accorde une grande importance aux ressources d'origine culturelle pour maintenir le caractère obligatoire de décisions politiques sans recourir à la coercition. L'élaboration des solutions passe par des « représentants-solution ». Ceux-ci sont issus des groupes d'intérêt et de pression. Ils se présentent comme des portes-paroles auprès des pouvoirs publics auxquels ils proposent des solutions. Ces solutions peuvent être réactionnaires (retour à un état antérieur), conservatrices (maintien de l'état actuel), réformistes (apporter un changement partiel), ou révolutionnaires (changement plus important) et entraîner des feedbacks négatifs ou positifs. L'absence de solution tend à maintenir les états de crise et à renforcer les extrémismes.

De la théorie systémique de David Easton, deux limites sont généralement avancées :

D'abord l'excès d'abstraction. Ensuite, l'obsession du concept de persistance du système59(*).

J.W. Lapierre insiste sur le fait que le système politique est un système décisionnel et non un système programmé.

En effet, le système politique évolue constamment dans une situation d'information incomplète ; tant au niveau des inputs que des outputs. Alors que l'exécution d'un programme consiste à appliquer un ensemble d'instruction, ce qui suppose un degré limité d'incertitudes, la décision est le comportement qui permet d'opérer des choix entre plusieurs.

Sans trop nous étendre sur l'origine et le contenu de la théorie systémique, brossons brièvement quelques analyses concrètes faites par des auteurs récents sur la crise systémique en R.D.Congo.

Dans La Pratique du management des entreprises60(*), le professeur Kalunga Mawazo consacre le cinquième chapitre à l'analyse managériale de la faillite de l'entreprise publique en R.D.C. Une analyse moins mécanique de toutes les unités publiques de production (Gécamines, S.N.C.C., S.N.E.L., ...), l'amène à affirmer la responsabilité parentale du système capitaliste mondialisé. Les économies « centrales », faisant face aux problèmes de baisse tendancielle du taux de profit au centre et à celui de la dévaluation massive des recettes générées par le culte de la capitalisation, recherchent des solutions défavorables aux économies « périphériques ».

Parmi ces solutions, il y a la délocalisation industrielle vers la périphérie où la modicité des salaires et la faiblesse de prix des matières premières permettront la réalisation des surprofits en compensation de ceux perdus au centre à cause des réclamations ouvrières intempestives.

Une autre solution est la dynamisation de prêt à court, moyen et long termes au détriment des pays pauvres. Ces prêts quasi-imposés et artificialisés sous le vocable « d'aides extérieures », « aides au développement », « dons », sont généralement assortis des taux d'intérêt exorbitants61(*).

Pour assurer la réussite de ces stratégies et le contrôle des richesses à puiser dans les pays faibles, le grand capital a mis sur pied et entretient des mécanismes de « compradorisation - instrumentalisation - politico-économique » qui exigent à la tête des Etats satellisés des dirigeants politiques nationaux acquis à sa cause62(*).

Face aux réalités socio-économiques de leurs Etats, les dirigeants des pays « faibles » se retrouvent en face de deux lois à savoir : la loi de la « provisoirité fonctionnelle »63(*) et la loi de l'anticipation dans la maximisation des « utilités économiques ». 64(*)

Comme conclusion, il ressort pour le professeur Kalunga Mawazo qu'il faut briser ce cercle en remettant l'entreprise publique au centre. Ce qu'il appelle le « schéma du cercle incidentiel ».

Car, les principes managériaux peuvent conduire à l'abondance de la production sans toutefois créer la croissance et le développement si les données systémiques ne sont pas maîtrisées.

* 48 F.DEPELTEAU, La démarche d'une recherche scientifique en sciences humaines : de la question de départ à la communication des résultats, Bruxelles-Laval, Presses de l'Université Laval/ De Boeck, 2000, p. 145.

* 49 MBAYA KABAMBA, Cours des systèmes administratifs comparés, L1 S.P.A., UNILU, année 2006-2007.

* 50 R-G. SCHWARTENBERG, Sociologie politique, Paris, Ed. Montchrétien, 1998 (5è édition), p. 81.

* 51 La théorie de Bertlanffy a été résumée dans son ouvrage General System theory, New York, Georges Braziller, 1968.

* 52 Bertalanffy observe que les systèmes vivants sont capables de contrer l'effet entropique grâce à des échanges avec l'environnement, ce qui leur permet de maintenir un certain équilibre interne face aux perturbations dont ils sont l'objet.

* 53 Il faut recourir à un concept plus général d'homéostasie, selon lui, dans le mode d'organisation particulier aux organismes vivants. Ce concept est à entendre comme la disposition commune aux organismes vivants à maintenir un état d'équilibre face à des conditions changeantes qu'elles soient physiques, chimiques ou psychologiques.

* 54 Nous nous inspirons de l'analyse de M. LANDRY et C. BANVILLE, « Caractéristiques et balises d'évaluation de la recherche systémique » dans Document de l'Atelier-Forum sur l'évaluation des recherches en ingénierie des organisations, version web, p.4.

* 55 M. LANDRY et C. BANVILLE, op.cit, p. 17.

* 56 Trois caractéristiques essentielles sont données pour les objets durs : ils sont « donnés » c'est-à-dire d'origine empirique, ont une stabilité suffisante (on peut aller d'une observation à l'autre de manière répétitive), le sujet doit se trouver en position d'extériorité suffisante pour les études. Beaucoup d'objets des sciences du social ne remplissent pas suffisamment ces conditions.

* 57 M-N. SARGET, Problèmes et limites de l'approche systémique de la décision, version web : http://www.afscet.asso.fr/MNSando1.pdf. Consulté le 22 janvier 2008. Nous nous en inspirons énormément dans cette section sur le systèmisme de J.W.LAPIERRE.

* 58 Cas de la colonisation, de la crise économique internationale ou des retombées du système économique mondialisé.

* 59 Le modèle d'Easton entend être un cadre général d'analyse. Mais un tel degré de généralité et d'abstraction permet-il de saisir les problèmes essentiels de la politique ? D'une part Easton néglige ce qui se passe à l'intérieur de la « boîte noire », c'est-à-dire la vie interne du système politique. D'autre part, l'environnement dont il privilégie l'analyse, reste étrangement désincarné, amorphe. C'est le reproche que peuvent, à juste titre, lui faire les marxistes : l'environnement d'Easton ignore les rapports de production, les classes sociales.

Deuxièmement, en insistant sur les problèmes de « survie » et de « persistance » du système, Easton rappelle la tradition organiciste de la sociologie du XIXè siècle. Il semble privilégier le statu quo et sous-estimer, par conservatisme, les phénomènes de conflit. R-G. SCHWARTZENBERG, op. cit, p. 101.

* 60 KALUNGA MAWAZO, La pratique du management des entreprises, Lubumbashi, Ed. du CRESA, 2007, pp. 203-215.

* 61 Le sociologue du développement Kalunga Mawazo ne fait que corroborer des thèses suffisamment détaillées dans la « théorie de la dépendance » développée par Samir Amin et ses épigones. C'est le cas de FWELEY DIANGITUKA, Géopolitique, intégration régionale et mondialisation, Paris, Harmattan, 2006, qui soutient que les institutions internationales accompagnent l'octroi des crédits des conditions draconiennes ou rigides limitant la marge de manoeuvre des pays du sud, dont la R.D.C. Cette affirmation est claire chez Pierre de Senarclens qui affirmait dans son ouvrage La politique internationale, Paris, Armand Colin, 2000, p.153, que les stratégies de développement des institutions internationales sont dans l'intérêt des pays industrialisés, d'une part, et visent le profit des classes dirigeantes du tiers-monde, d'autre part.

* 62 Ibid., p. 212.

* 63 Celle-ci consiste pour le grand capital, à ne soutenir un dirigeant politique périphérique que lorsque sa fidélité aux idéaux néo-libéraux et à l'exploitation de son pays ne laisse aucun doute. Tout glissement d'opinion, tout changement entraînent son limogeage.

* 64 Celle-ci est la conséquence logique de la loi précédente. Elle consiste à maximiser anticipativement les utilités économiques conférées par le pouvoir à son propre compte et sans égard aux dégâts sociaux. Cette loi se matérialise par des détournements, absence des salaires décents pour la majorité des citoyens et la privation massive des secteurs clefs de la société.

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