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La justice aristocratique dans la généalogie de la morale de Nietzsche

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par Pierre Morien MOYO KABEYA
Faculté de philosophie Saint Pierre Canisius - Bachelier en philosophie 0000
  

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EPIGRAPHE

« Coup par coup, pas à pas,

Voyageur, il n'y a pas de chemin

Le chemin se fait en marchant.

Le chemin se fait en marchant

Et si l'on regarde en arrière

On voit le sentier que jamais

On ne foulera de nouveau.

Voyageur, il n'est pas de chemin,

Le chemin se fait en marchant. »

Antonio Machado

REMERCIEMENT

Le Frère NKETO Lumba nous a joyeusement accompagnés dans la rédaction de ce mémoire. Nous le remercions pour ses conseils combien bénéfique à la réalisation de ce travail. Merci également à tous les compagnons qui ont consacré leur temps à la lecture et à la correction de ce texte, plus spécialement le scolastique Alexandre BATUHOLA, sj ; les pères Cyprien BWANGILA, sj ; Aristide DOSSOU, sj ; Adrien LENTIAMPA, sj et Guy VERHAEGEN, sj. Un merci spécial à l'équipe de vie STORTA pour sa chaleur humaine qui nous a beaucoup soutenue. Pour tout soutien spirituel et humain, merci de tout coeur.

DEDICACE

A mes parents,

A la mémoire de mes grands parents paternels,

A ceux qui m'ont appris à prendre la science au sérieux,

A ceux avec qui j'ai partagé un instant d'amitié,

A tous les Congolais morts dans les guerres d'agression.

INTRODUCTION GENERALE

Problématique

« L'homme est la mesure de toute chose», disait Protagoras. Il tient à avoir un sens, un but de son être au monde. Ce but peut bien être un néant, qu'importe, au moins en aura-t-il un plutôt que de rien du tout. Tout au long de son histoire, l'homme s'est débattu pour se trouver des raisons de vivre. La « grande période » de la vie humaine, qu'est la préhistoire, est celle de l'homme créateur. L'homme fort a créé la société en soumettant les volontés faibles à  la sienne. Il a élevé les ancêtres au rang de fondateurs, de bienfaiteurs et de protecteurs de la société. Poussée à l'extrême, la vénération des ancêtres a créé des dieux. L'homme a placé les dieux au rang d'un sanctuaire de ses meilleures qualités. Les dieux servent aussi à justifier ses manquements ; c'est le cas des grecs. L'homme reste pourtant sur sa faim. Il veut savoir pourquoi il est là, quel sens a sa souffrance ? C'est dans ces conditions que « l'idéal ascétique » prétend pourvoir à cette interrogation. L'homme a un sens, sa vie a un but et sa souffrance a désormais une explication : son péché est la cause de sa souffrance. Nous voici placé désormais devant un Dieu d'amour. Son amour pour les hommes a conduit à la mort de son fils. Et sa justice est sans égale car les impies seront châtiés éternellement. C'est dans un tel chemin que Nietzsche nous conduit, une démarche généalogique. Il veut nous faire découvrir quelque chose de rude, de primitif, de recouvert.

Lorsque l'on étudie un auteur, on constate qu'il y a des expressions récurrentes. Pour Nietzsche, ces expressions sont bien connues : transmutation des valeurs, volonté de puissance, surhomme, etc. Tout cela trouve son sens dans son grand projet de défendre la vie des « idées modernes » qui la détruisent. Il devient ainsi nihiliste mais il ne l'est pas au même titre que les autres. Il se définit comme le nihiliste des nihilistes. Toutefois, dans le vocabulaire populaire de notre auteur on ne trouve pas la « justice ». En effet, il n'y a pas de lien clair entre ces expressions soulignées ci haut et la justice. Dans ces conditions il est légitime de poser la question de savoir quelle garantie peut donner un travail sur la « justice » chez Nietzsche.

La justice n'est pas un sujet de premier ordre dans la philosophie de l'auteur de la Généalogie de la morale. Il y a donc risque à s'engager sur une telle voie. Faut-il préciser que c'est à peine si l'on trouve des ouvrages sur cet auteur abordant cette question. Toutefois, le combat avéré de Nietzsche pour la vie, contre sa décadence et son avilissement, semble, désormais s'imposer en principe. C'est peut être dans ce grand ensemble qu'il faut placer l'intérêt de notre auteur pour la civilisation moderne, la politique, la justice et tout ce qui est en lien avec la vie1(*).

Il faut placer ici le thème de la justice dans le cadre de la généalogique de la morale (comme méthode). C'est une analyse d'une « volonté morale » qui se veut créatrice du bien et du mal. Critique de la société moderne, décadente, l'auteur fait remonter à une société primitive. Il nous place devant une société ayant deux classes irréductibles : les maîtres et les esclaves. C'est dans cette société qu'est né le rapport d'échange pour faciliter le commerce entre les différents membres de la communauté. D'après lui, il s'est posé une question majeure : comment rendre la vie commune viable en face des instincts de libertés qui caractérisent l'homme ? Il faut créer à l'homme une mémoire. Cette dernière est l'unique moyen de le rendre appréciable. Car on ne peut traiter qu'avec une personne qui a une identité permanente, quelqu'un que l'on peut reconnaître comme tel dans le temps : passé, présent et futur.

Une autre question qui s'est posée, comme conséquence de la première, est celle de savoir comment un tel résultat pouvait être possible ? L'homme a cru trouver la solution dans la mnémotechnique pour résoudre la question de la mémoire. Or, l'homme ne garde généralement que ce l'on applique avec le fer rouge (quelque chose qui lui fait mal). Alors il faut donc assaisonner la mnémotechnique avec de la cruauté dans tout ce qui est contrat dans la communauté. Il s'agit avant tout de la relation aux autres. Cette relation est conçue comme un commerce. On ne peut être ensemble que dans la mesure où chacun s'engage envers l'autre et envers la communauté. Comme cet engagement n'est pas donné, il faut mettre en place des mécanismes pour que la parole donnée soit respectée, que les engagements soient tenus.

Cela veut dire que chacun occupe une place dans la société, dans la relation aux autres. Il a donc besoin d'une certaine distance pour être réellement soi. En même temps, il peut changer de place à l'intérieur de la communauté sans que l'harmonie du groupe en souffre. C'est pour cela, on ne peut comprendre la mémoire qu'à travers ce souci de vivre ensemble. L'avenir de soi est conditionné par la proximité aux autres.

Par l'usage de la cruauté, la communauté a mis en place des valeurs qui promeuvent et protègent la vie. Beaucoup de vertus que l'on peut si facilement lier à la « nature humaine » sont les fruits de ce travail de l'homme sur lui-même. Considérons la conscience, cette faculté à laquelle on lie sans hésitation le bon sens, on ne se pose plus la question de son origine. La question est de savoir si du laisser-aller peut jaillir une force de discernement aussi importante que la conscience. Que d'aucuns disent que Dieu l'a placé dans chaque homme, cela n'est encore qu'une question de foi. Pour éviter le « non-sens », il faut préciser que cette voie n'est pas celle prise dans ce travail. 

Le « non-sens » peut aussi surgir des contradictions que l'on nourrit très souvent dans les réflexions. De quel côté du jardin faut-il chercher la pépinière de la justice, de la mauvaise conscience, de la culpabilité, de la faute, etc. ? On peut tenir un raisonnement, par exemple, auquel manque le sens de l'éloignement. Ainsi on peut dire que la justice est le fruit de la révolution. En d'autres termes, ce sont les esclaves qui l'ont mise en place. Cela veut dire en fait que le ressentiment, la haine peuvent engendre et la justice et la vengeance dans un même arbre. On peut aussi se dire que Dieu l'a placé en chaque homme, alors comment expliquer que l'on ait encore besoin de lois pour des hommes justes de nature?

Il s'agit d'une entreprise généalogique. Aller au fond des choses, à l'origine. Beaucoup de notions, dont la justice, le châtiment, etc., ont des buts a posteriori. Des objectifs qui ont été adjoints après coup et avec un caractère d'accessoires. Voilà pourquoi, il faut aller au fond des choses. Ici se pose la question de « valeur morale ». Il s'agit d'arriver à remettre en question tout ce qui s'est imposé comme « valeur en soi », tout ce qui va à l'encontre de la vie, qui conduit au néant : le nihilisme !

En effet, Une perspective nouvelle ne s'ouvre qu'à celui qui apprend à interroger. La perspective généalogique dans laquelle Nietzsche nous introduit est clairement définie dans la préface de la Généalogie de la morale : « nous avons besoin d'une critique des valeurs morales et la valeur de ces valeurs doit tout d'abord être mise en question... »2(*). La nécessité qui s'impose ici est celle de la connaissance du milieu d'origine ; la remise en cause de ce qui, en tout temps, est tenu pour donné. La meilleure direction est celle de l'histoire de la morale, car on ne peut partir de nulle part, moins encore bâtir sur le vide.

Devant une pensée comme celle de Nietzsche, on se retrouve dans l'embarras du choix. Quand bien même on aura choisi un thème, d'autres difficultés surgiront. Comment créer un moule, un plan, pour une pensée aussi torrentielle ; une pensée qui fait foisonner de vie tout ce qu'elle pénètre. En plus « Nietzsche est un de ces esprits qui se renouvellent sans cesse. »3(*) Lui-même ne nous facilite pas la tâche lorsqu'il dit que ses ouvrages ne sont pas d'un abord facile. Pour ce qui est de la Généalogie de la morale, son livre le plus cruel, un livre sombre et fort, qui est notre ouvrage de base, il dit qu'il est un ouvrage polémique. Notre méthode consiste à suivre pas à pas l'auteur, plus précisément en ce qui concerne la justice dans la Généalogie de la morale.

Ainsi, Nous espérons toucher la « volonté fondamentale » de la connaissance qui commande aux forces intimes de Nietzsche. De la sorte, notre propos aura à obéir à l'exigence d'un langage plus net et se traduire en des concepts plus précis, pour être digne d'une réflexion philosophique. Si les idées de Nietzsche sont « des fruits mûrs de son jardin », elles ne conviennent plus qu'aux « esprits libres. » Et surtout il ne veut pas que l'on se vante de les connaître. Il y a plein des choses à déchiffrer. Nous espérons que nous avons assez compris sur le texte « sombre » de la généalogie et surtout, la problématique de la justice. Pour suivre Nietzsche de plus près dans son entreprise généalogique, il nous recommande une qualité propre à une vache, celle de « ruminer ».

* 1 Dans la Généalogie de la morale, c'est dans la deuxième dissertation que l'on trouve l'essentiel de la réflexion de Nietzsche sur la justice.

* 2F. NIETZSCHE, Généalogie de la Morale, §I, p. 18.

* 3 C. ANDLER, Nietzsche, p. 12.

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