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La justice aristocratique dans la généalogie de la morale de Nietzsche

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par Pierre Morien MOYO KABEYA
Faculté de philosophie Saint Pierre Canisius - Bachelier en philosophie 0000
  

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II. 2. 2. Droit d'obligation

La cruauté est aussi le lieu où l'étrange enchaînement entre faute et souffrance a commencé par se former. Pour comprendre comment faire souffrir constitue une compensation, il faut se référer au contexte de la société primitive :

Faire souffrir causait un plaisir infini, en compensation du dommage et de l'ennui du dommage, cela procurait aux parties lésées une contre jouissance extraordinaire : faire souffrir !- Une véritable fête ! D'autant plus goûtée, je le répète, que le rang et la position sociale du créancier étaient en contraste plus frappant avec la position du débiteur.56(*)

Il y a donc d'une part la contrainte redoutable de la « moralité des moeurs » et de l'autre l'homme encore en cheminement. Le processus n'est pas encore arrivé à son terme, bien que par le contrat émerge déjà la conscience de l'animal-homme. La question de la vengeance n'apporte aucune réponse à la question posée : « comment faire souffrir peut-elle être une compensation pur des dettes ? »57(*). La violence et la barbarie sont présentes dans l'avènement de la conscience. La thèse contraire est fausse. Selon elle, la conscience peut surgir de la complaisance, du laisser-aller, en d'autres termes la conscience surgirait sans la rigueur contraignante de la société.

Revenons sur la cruauté. Nietzsche est conscient de ce fait et nous prévient contre tout esprit pessimiste de la vie. Sa réflexion sur la cruauté n'a pas cette finalité. Car il y a une glaciale négation et un dégoût de la vie qui n'est pas caractéristique des époques les plus méchantes du genre humain. Ce dégoût survient avec le maladif aveulissement et le moralisme. Ce sont eux qui ont appris à l'homme à rougir de ses instincts : « En passe de devenir un ange, [...] l'homme s'est attiré cet estomac gâté et cette langue chargée qui non seulement lui ont inspiré le dégoût pour la joie et l'innocence animal, mais lui ont rendu la vie même insipide. »58(*) Désormais, l'homme se bouche le nez devant sa nature.

On a l'impression que de nos jours la souffrance est devenue le premier argument contre l'existence ; comme une vraie fatalité. Là-dessus, les sociétés primitives ont certainement une bonne leçon à nous donner. Aujourd'hui encore la cruauté est loin de disparaître de la vie de l'homme. Elle a seulement pris d'autres formes. On parle de : « compensation tragique », « les nostalgies de la croix » : qu'il y a-t-il au fond de ces bonnes choses ?59(*)Et on pense que la douleur doit disparaître parce qu'elle révolte la « conscience de l'humanité».

Ce qui révolte dans la douleur ce n'est pas son existence, mais son non sens. D'ailleurs pour le chrétien et les hommes des époques passées la question ne se pose pas. Les hommes des époques passées, pour annuler la douleur de bonne foi, furent obligés d'inventer des dieux et des créatures intermédiaires dans les cieux et dans l'abîme. Quelque chose qui ne manque pas de spectacle douloureux quel que soit le lieu où il se tient. Cette invention a permis à la vie de croître et l'homme a, par ce fait même, trouvé le moyen de justifier son mal. Comment se permettre de condamner ce que les dieux trouvent comme un spectacle magnifique ? La logique ancienne, surtout grecque, est une logique des dieux tenus pour amateurs des spectacles cruels. C'est le moyen pour l'homme de se libérer d'un surplus de poids.

Plus tard, les philosophes grecs ont créé l' « `hercule du devoir'».60(*) Pour eux, les dieux étaient fixés sur les luttes morales, l'héroïsme, l'ascétisme vertueux. Alors que pour ce peuple de comédien la vertu sans témoin était inimaginable. C'est donc par l'invention néfaste et téméraire de ces philosophes que le monde va connaître pour la première fois « le libre arbitre », cette spontanéité au bien et au mal. N'est-ce un besoin de se créer une espèce de droit d'imaginer où se porte l'intérêt des Dieux sur les hommes qu'est né le libre arbitre ?

Les dieux diraient, on s'imagine à notre tour, maudit soit l'homme qui a imaginé un monde si déterminé où le spectacle se répète sans se renouveler. Un spectacle qui dégoûte avec un surcroît d'ennui. Les philosophes et amis de dieux ont donc tout intérêt à ne pas les ennuyer avec un pareil spectacle. La question : que deviennent les dieux dans un monde fait pour les yeux ?

* 56 Ibid., p. 101.

* 57 Ibid.

* 58 Ibid., p. 104.

* 59 Ibid., p. 106.

* 60 Ibid., p. 108.

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