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La justice aristocratique dans la généalogie de la morale de Nietzsche

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par Pierre Morien MOYO KABEYA
Faculté de philosophie Saint Pierre Canisius - Bachelier en philosophie 0000
  

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II. 4. ORIGINE DE LA JUSTICE

II. 4. 1. Genèse

Tout porte à croire que la justice est le fruit de la révolution, de la révolte des opprimés contre leurs bourreaux. En langage de la Généalogie de la morale, on dirait que la justice a surgi pour la première fois sur le terrain du ressentiment. Rien de tel en réalité. Je le répète, on reconnaît l'arbre à ses fruits. Si on ne cueille pas des figues dans les ronces comment voulez-vous trouver une « vertu » noble de par sa création sur le terrain de la haine. « Il n'y a pas lieu de s'en étonner : tout ce qui est long est difficile à voir, à embrasser d'un coup d'oeil. »64(*)

Les anarchistes65(*), ceux qui, selon Nietzsche, disent que c'est par l'excitation de convoitise que l'on arrive à l'Etat parfait66(*), l'Etat de bonheur pour tous, sont plus dangereux qu'on ne le croie. A les regarder, ils sont un jardin où pousse et s'épanouit le ressentiment, cet arbre terrible de la flore humaine. Or, de par sa nature, le ressentiment n'est pas un sentiment créateur. Mais pour arriver à son but tous les moyens sont bons : par exemple, on peut sanctifier la vengeance sous le nom de la justice. Une telle conception serait le couronnement même des sentiments réactifs.

Pourtant, tous les sentiments ne sont pas réactifs. Les sentiments actifs et créateurs existent. Voilà pourquoi la justice ne peut pas être condamnée à naître sur le terrain du ressentiment, du sentiment réactif. D'ailleurs, à en croire l'auteur de la Généalogie de la morale, tout porte à croire que le dernier domaine occupé par la justice est celui du ressentiment.

La justice implique toujours des conditions positives. Lorsqu'un homme reste juste envers celui qui l'a lésé, quelque soient les insultes, il reste juste et conserve ses esprits et son objectivité. Car c'est «la perfection incarnée comme la plus haute maîtrise humaine. » Une telle perfection est chose rare et il ne faut pas trop souvent y croire si facilement. Nietzsche poursuit en disant « en thèse générale, il est certain que, même chez les personnes les plus intègres, il suffira d'une petite dose de perfidie, de méchanceté et d'insinuation pour faire monter le sang dans la tête et en chasser l'équité. »67(*)

Le besoin de l'action du droit s'est fait sentir dans la sphère de l'homme fort.

Je dirai qu'au point de vue historique le droit sur terre est précisément l'emblème de la lutte contre les sentiments réactifs, de la guerre que livrent à ces sentiments des puissances actives et agressives qui consacrent une partie de leurs forces à arrêter ou à entraver le débordement de la passion réactive et à la réduire à un accommodement. 68(*)

Pour contrecarrer la thèse de l'homme du ressentiment, il suffit de se rendre compte d'un fait : partout où la justice s'exerce et où il maintient son pouvoir, il y a toujours deux puissances en présence. Une puissance forte en face d'une autre qui est faible et soumise. Pour cela, cette puissance prend des mesures conséquentes. Il s'agit de mettre un terme à la fureur du ressentiment. Le mettre hors d'état de nuire soit en l'arrachant des mains de la vengeance, soit en arrachant l'objet du ressentiment ou carrément faire la guerre à tous les ennemis de la paix et de l'ordre. Quelquefois, il faut inventer des compromis à proposer ou à imposer ou enfin donner force de loi à certains équivalents des préjudices pour arriver ainsi à chasser le ressentiment.

C'est ici qu'intervient la loi dans sa formalisation. Dire en lettre claire ce qui est permis parce que juste et, ce qui est prohibé, parce qu'injuste. Désormais les actes arbitraires et les violations (des individus et des groupes) sont considérés comme violation de la loi, comme refus d'obtempérer au pouvoir suprême. Par ce fait même le pouvoir amène l'oeil à s'exercer une appréciation « impersonnelle » du fait incriminé, c'est-à-dire le pouvoir détourne l'attention du subordonné des dommages (produits immédiats de ces violations). Il ne s'agit plus question d'épouser uniquement le point de vue de celui qui est lésé et son intérêt.

En conséquence, on ne peut parler de la justice ou de l'injustice en soi. Car c'est seulement avec l'institution de la loi qu'il est question de justice ou d'injustice. « La vie procède essentiellement, c'est-à-dire dans ses fonctions élémentaires, par infraction, violation, dépouillement, destruction et qu'on ne saurait l'imaginer autrement. »69(*) Dans la suite du programme de Nietzsche qui est un produit post historique, les conditions de vie par lesquelles s'exerce la protection légale sont exceptionnelles en tant que restriction partielle de la volonté de la vie. Cette dernière tend à la domination. Ces conditions sont des entités qui participent à un ensemble plus large : une domination plus grande.

Si une organisation juridique, souveraine et générale, devient une arme contre toute lutte générale, en termes clairs vouloir tenir toutes volontés pour égales, constitue un principe ennemi de la vie, un agent de dissolution,   un attentat à l'avenir de l'homme.  L'organisation juridique doit être une arme dans la lutte des complexions des puissances, semer la vie à tout vent. On comprend que, si l'égalité était le principe constituant du droit, tel que le prétend Dühring, il n'y aurait pas de droit. Le droit existe pour limiter l'inégalité foncière et non pour revendiquer une égalité abstraite qu'exige le ressentiment70(*).

Très souvent on croit facilement que la violence est le propre des époques primitives l'humanité de l'homme. Dans cette optique, elle doit être abandonnée une fois en maturité. On oublie qu'elle est plutôt « l'autrement de la vie ». La violence est à la vie ce que l'exercice de la force est à l'artiste de qui on attend une oeuvre d'art. C'est là que Nietzsche critique l'hypocrisie moderne obsédant à la « dignité de l'homme » ou à la « dignité du travail.  » Ce ne sont là que des « idées reçues », des valeurs qui lui sont attribuées par les religions et philosophies en vogue.

D'ailleurs pour Nietzsche, Comme tout élément de la culture, la justice évolue avec la culture. Elle n'est pas quelque chose de définitif, de figée. Elle reste dynamique en étroite corrélation avec la société.

* 64 Ibid., p. 45.

* 65 Ibid., p. 116.

* 66 Idem, Aurore, § 206, pp. 160-162.

* 67 Ibid., p. 118. (Chez Nietzsche l'équité scientifique s'origine dans le ressentiment)

* 68 Ibid., p. 119.

* 69 Ibid., p. 121.

* 70 P. VALADIER, Op. cit., p. 169.

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