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La justice aristocratique dans la généalogie de la morale de Nietzsche

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par Pierre Morien MOYO KABEYA
Faculté de philosophie Saint Pierre Canisius - Bachelier en philosophie 0000
  

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CHAP. III. L'ORIGINE ET LE BUT DU CHATIMENT

La soumission au droit a été source de révolte chez les nobles qui devaient mettre fin à leur vendetta pour se soumettre au pouvoir du droit. Et le prix payé c'était des martyrs, des supplices corporels et intellectuels. En d'autres termes, que tout ce sur quoi l'humanité fixe sa fierté a été chèrement acheté. C'est pour dire, rien ne se fait en terme de morale, valeur, droit sans que l'homme fort ait mis des faibles sous son emprise et leur ait donné une forme de la même manière que l'artiste pour une oeuvre d'art. Mais lorsque surviennent de mauvais maîtres qui usent de la violence en dehors de l'entreprise du dressage, qui ignorent le sens du contrat, ils tyrannisent d'une violence aux conséquences inéluctables. C'est dans cette sphère qu'il faut chercher la naissance de la mauvaise conscience et l'instauration du châtiment comme vengeance.

III. 1. L'utilité et la finalité

Sur la question de l'origine et du but du châtiment très souvent on confond deux choses qui doivent être distinctes. La cause originelle d'une chose et son emploi effectif sont deux points séparés dans toutes leurs dimensions.

L'existence d'une chose produite d'une manière quelconque est toujours emportée par une puissance qui lui est supérieure vers de nouveaux emplois. C'est une transformation, un accommodement. Ce qui veut dire que le sens et le but traditionnels disparaîtront. Et un sens et un but nouveaux verront le jour. Mais cherchons-nous si profondément pour pénétrer de l'intérieure une telle vérité ?

Lorsque l'on a compris dans les moindres détails l'utilité d'une chose, d'une institution juridique, etc., il ne s'en suit pas que l'on soit à mesure de dire quelque chose sur son origine. Comprendre l'utilité n'infère pas la compréhension de l'origine. Malheureusement « on a toujours cru trouver dans les causes finales, dans l'utilité d'une chose, d'une forme, d'une institution, leur raison d'être propre ; ainsi, l'oeil serait fait pour voir, la main pour saisir. »72(*)

De la même façon, on a considéré depuis que le châtiment était une invention faite en vue du de la punition. Alors que, comme nous venons de le dire : but et utilité sont l'indice qu'une volonté de puissance a maîtrisé quelque chose de moins puissante qu'elle et lui a donné un sens, une fonction. Et à remonter l'histoire d'une « chose », d'un usage, on peut découvrir une chaîne ininterrompue d'interprétations et d'applications toujours nouvelles, et dont les causes n'ont peut être pas besoins d'être liées entre elle. Des causes qui se succèdent et se remplacent au gré du hasard.

« L'`évolution' d'une chose, d'un usage d'un organe n'est donc rien moins qu'une progression vers un but, et moins encore une progression logique et directe atteinte avec un minimum de forces et de dépenses, - mais bien une succession constante de phénomènes d'assujettissement plus ou moins violents, plus ou moins indépendants les uns des autres, sans oublier résistances qui s'élèvent sans cesse, les tentatives de métamorphoses qui s'opèrent pour concourir à la défense et à la réalisation, enfin les résultats heureux des actions en sens contraire. Si la forme est fluide le `sens' l'est encore davantage. »73(*)

Pour ce qui est d'un organisme, les choses ne sont pas si différentes ; le sens de chaque organe se déplace, c'est-à-dire que ce soit dans le cas d'une inutilisation partielle, ou dans celui du dépérissement et de la dégénérescence, la perte du sens et de la finalité, disons en un mot, la mort, tout cela appartient aux conditions d'une véritable progression. C'est une marche, une véritable orientation vers la puissance plus considérable et son accomplissement nécessite de nombreuses puissances inférieures.74(*)

Un « progrès » vaut les sacrifices consentis à cet effet. Pour ce qui est de l'humanité, la masse doit être sacrifiée pour que prospère une seule espèce : celle d'hommes plus forts. La volonté de puissance préside dans tous les cas, quelle que soit l'aversion des hommes de mauvais goût, les modernes. Elle est active et formatrice. Elle est l'essence même de la vie.

* 72 F. NIETZSCHE, Op. cit., p. 123.

* 73 Ibid., p. 124.

* 74 Ibid., p. 125.

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