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La justice aristocratique dans la généalogie de la morale de Nietzsche

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par Pierre Morien MOYO KABEYA
Faculté de philosophie Saint Pierre Canisius - Bachelier en philosophie 0000
  

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III. 4. Berceau de la mauvaise conscience

III. 4. 1. Que s'est-il passé ?

Dans son hypothèse provisoire sur la mauvaise conscience, Nietzsche fait remarquer que la conscience se développe dans un contexte social de type contractuel et violent. Le droit n'est pas le lieu de la naissance de la mauvaise conscience. Comme un profond état morbide où l'homme devait tomber sous l'influence d'une transformation, brusque et radicale subie, la mauvaise conscience est un accident et une complication indue de la conscience. Mais si la mauvaise conscience ne naît pas dans cette sphère on se demande comment est-elle possible ?

L'homme, pareil au poisson, a été forcé à s'adapter à un milieu que lui est étranger. Il en va de son existence. Il est réduit à penser, à déduire, à calculer. Il n'a désormais comme guide que la « conscience », l'organe le plus faible et le plus maladroit.81(*)

Pourtant, les anciens instincts sont restés actifs et n'ont, pour rien au monde, renoncé à leurs exigences. Etant donné que l'homme était réduit à l'impossibilité des les satisfaire, ces instincts ont cherché une autre voie de sortie. Elles sont devenues souterraines. C'est le retournement de l'homme au dedans, l'intériorisation même de l'homme. Plus tard on parlera de « l'âme. » Cette dernière est, en d'autres termes, le fruit de l'homme entravé à l'extérieur. C'est la tortue prisonnière dans sa propre carapace.

L'organisation sociale se protège contre les vieux instincts de liberté. Avec le châtiment au premier degré, la société a réussi à faire à l'homme un chien enragé contre lui-même. L'homme s'est retourné contre lui-même. C'est là qu'est née la mauvaise conscience. L'animal que l'on a placé dans la cage pour le domestiquer devient l'inventeur de la mauvaise conscience.

Les instincts faisaient la joie, la force et le caractère redoutable de l'homme. Mais le divorce consommé entre ces instincts animaux de l'homme ont introduit l'homme dans un état de perpétuel malade. L'homme a souffert la plus terrible maladie : « l'homme maladie de l'homme. »82(*)Depuis lors, l'homme est une espérance, un passage et non plus un but. Il est devenu un accident, une étape, une grande promesse.83(*)

III. 4. 2. Conditions de la naissance de la mauvaise conscience

La naissance de la mauvaise conscience survient dans l'histoire dans des conditions extraordinaires. La modification que l'homme a subie n'est ni insensible ou volontaire, ni une adaptation organique à un nouvel état de chose. Ce fut une rupture, une obligation. C'est une véritable fatalité inéluctable contre quoi il n'y avait ni possibilité de lutte ni ressentiment possible.

La société dont il est question ici est différente de la société primitive. C'est une société fondée sur la paix. Nietzsche vise un passage de la horde à la société policée et pacifiée. En face d'un peuple habitué de la violence on ne pouvait utiliser rien d'autre qui soit à mesure de le pétrir, de rendre maniable, façonné. Pour dire que l'Etat primitif a dû utiliser une effroyable tyrannie, un rouage meurtrier et impitoyable pour arriver à cette fin.84(*) Il s'agit ici d'une mutation sociale. La violence acceptée, légiférée dans le cadre du contrat fait place à un asservissement sans précédent, un asservissement sans compensation de la part de nouveaux maîtres.

 celui qui veut commander, celui dont la nature a fait `maître', celui qui se montre puissant dans son oeuvre et dans son geste - qu'importe à celui-là les traités ! Avec de tels éléments on ne peut pas compter, ils arrivent comme la destinée, sans cause, sans raison, sans égard, sans prétexte ; ils sont là avec la rapidité de l'éclair : trop `autres' pour être même un objet de haine.85(*)

Il n'y a pas de confusion à faire pour ce qui est du sens même de l'Etat. Il est clair que ce sont des conquérants et des maîtres qui sont à la source de l'Etat. Ce sont eux qui n'ont pas de scrupules, qui se sont jetés sur des populations, peut être grand en nombre, mais inorganiques et errants. Il ne faut pas soutenir que l'origine de l'Etat est contrat entre de libertés égales.

En somme, il n'est pas possible d'établir des contrats avec de tels maîtres. Ils jouent avec leur « altérité », ils s'imposent sans la moindre possibilité de compromis. Ces maîtres redoutables et inconscients sont à l'origine de quelque chose d'imprévisible, une rupture aux conséquences inéluctables. La société fondée sur des rapports contractuels qui éduque à la responsabilité et à la mémoire de la promesse est remplacée, sans préparation préalable, par un type de société policée où l'ordre s'impose sans possibilité de contrat.

Les forts marquent les faibles de leur empreinte. Ils introduisent leur loi au lieu de poser bilatéralement un contrat que l'individu intègre progressivement et qui l'éduque. La violence créatrice, celle du dressage et de la sélection fait place à une violence arbitraire des mauvais maîtres. Et à la justice imposée au nom de la dette se substitue désormais le châtiment vengeur. « Le châtiment appartient à cet Etat. »86(*)

Ces faux maîtres sont des bâtisseurs, des artistes et des involontaires. La nouveauté sans répit fait toujours partie de leur nature. Ce sont de vrais égoïstes qui ignorent tout de la faute et de la responsabilité, de la déférence. En cela on peut dire que ce ne peut pas être chez eux que la mauvaise conscience a vu le jour.

Cependant, il faut dire qu'ils y sont pour beaucoup dans l'évolution de cette horrible plante de la flore terrestre. Leur tyrannie d'artistes a fait disparaître une quantité considérable de liberté. Elle a été comprimée, son instinct a été rendu latent par la force. C'est donc cette pression qui a fait retourner à l'intérieur et a créé la mauvaise conscience, pas chez les maîtres, quoique inconscients, mais chez les esclaves. Ces derniers n'ont plus de référence sociale. Le contrat qui forgeait la mémoire donnait sens à la dette et à la responsabilité. Mais avec la violence arbitraire, c'est une soumission pure et simple. Le sens de la dette se transforme en sentiment de culpabilité : voilà pourquoi la juste dette devient faute.87(*)

Désormais la force de l'homme dominé s'intériorise. Elle se retourne contre soi. C'est pourtant la même force qui crée chez les artistes. Mais une fois confinée, rapetissée, elle est source de mauvaise conscience. L'instinct de liberté était dirigé au dehors, contre les autres hommes. C'est la même qui crée chez les maîtres, mais une fois retourné à l'intérieur, il est source de déchirement de soi, désir de vengeance envers le maître.

La « mauvaise conscience » a créé d'autres petites beautés ; la vengeance sera soutenue par des « présuppositions religieuses », c'est le cas de l'abnégation, le sacrifice de soi, le désintéressement. Tout cela n'a qu'un seul but, se venger contre le maître. L'apogée de ce projet crée les moyens de le faire tomber dans la mauvaise conscience, le rabaisser à son rang ; qu'il se condamne d'être différent des autres. Il faut rappeler que « la qualité de la volupté qu'éprouve de tous temps celui qui pratique le désintéressement, l'abnégation, le sacrifice de soi cette volupté est de la même essence que la cruauté. »88(*)

La violence arbitraire, voilà ce qui est source de cet état morbide de l'homme. Elle n'est pas la seule cause, parce qu'il y a aussi l'intériorisation. La mauvaise conscience n'est pas une étape dans le passage de l'animalité à l'hominisation. Mais elle est le fruit d'une rupture brusque d'un ordre à un autre, d'un Etat basé sur la responsabilité-dette à un Etat de faute-culpabilité. C'est ici l'homme pareil à un poisson forcé de vivre dans un état qui n'est pas le sien, est appelé à survivre ou à périr. Heureusement qu'il n'est pas seul sa force l'accompagne même si elle est rapetissée, ainsi il peut se créer de soutien religieux, un état de bonheur parfait, de justice véritable, celui qui rétablira l'ordre perdu par les méchants.

* 81 Ibid., p. 136.

* 82 Ibid., p. 138.

* 83 Ibid., p. 139.

* 84 Ibid., p. 140.

* 85 Ibid., pp. 140-141.

* 86 Ibid., p. 137.

* 87 P. VALADIER, Op. cit., pp. 222-223.

* 88 F. NIETZSCHE, Op. cit , p. 143.

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