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La justice aristocratique dans la généalogie de la morale de Nietzsche

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par Pierre Morien MOYO KABEYA
Faculté de philosophie Saint Pierre Canisius - Bachelier en philosophie 0000
  

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CONCLUSION GENERALE

La justice noble a constitué l'essentiel de notre réflexion. C'est une expérience originale, comme le veut l'auteur de la Généalogie de la morale, dont la mission est de se communiquer à d'autres expériences originales.  Ce propos peut heurter par son contenu. C'est tout à fait normal parce qu'il sort des nos sentiers battus. Concevoir une justice d'origine purement humaine, au service des hommes et dont la finalité est post-historique : « l'homme souverain ». Nietzsche lui-même ne voudrait-il pas peut-être choquer volontairement ? En effet, cet auteur est farouchement opposé à ce qu'il appelle : « les idées modernes » ; dans ce paquet on trouve le grégarisme et le nivellement des sociétés modernes On est en présence d'un auteur qui n'a que faire de la sympathie. Cela suppose, pour celui qui veut l'écouter, une fidélité à soi et à son histoire propre.

Avec Nietzsche c'est au coeur des paradoxes que nous nous sommes introduits : par exemple, la faiblesse et la force trouve leur force dans la même marmite : une volonté. Il existe deux volontés, chacune correspond à une forme de vie propre. Une volonté qui dit « oui » à la vie et une autre volonté qui dit « non » jusqu'à se retourner contre elle-même. Cette dernière est du domaine du ressentiment. Là encore, une sorte de vie y est présente. Parce que le ressentiment est la forme primitive de la volonté de la vie qu'est la volonté de puissance. Mais, une telle personne ne s'avoue pas être incapable de dire « oui » à la vie. Pourtant cette incapacité est érigée en valeur. Il n'est pas question de réfutation ici puisqu'il s'agit de la vie.

En lien avec la méthode que nous avons vu en usage dans la société aristocratique, cela peut sembler trop violente, trop de cruauté. N'oubliez pas que « toute morale et même toute religion, en tant qu'instruments de la culture, constituent une formation de domination aux mains d'un groupe de forces qui entendent assurer sa domination sur d'autres forces et accroître ainsi, par une inévitable cruauté, son sentiment de puissance. »112(*)

Il ne faut pas faire de la cruauté une disposition affective à laquelle on pourrait, par exemple, substituer la pitié ou la charité. Il est ici question du sentiment de la force. Souvenez-vous que l'oiseau de proie ne peut pas devenir agneau. Surtout il ne faut pas croire que l'oiseau de proie en veut à l'agneau, d'ailleurs il trouve sa chair très tendre. De surcroît pour ce qui est de la culture dont la mission principale est de dresser et de sélectionner, quelque charitable soit-elle, elle fait de la cruauté son principe essentiel. Voyez même quand la cruauté est divinisée, comme chez le chrétien, ce principe ne bouge pas d'un seul iota. Car il s'agit d'imposer des normes pour dresser, d'élever ou de sélectionner. Ce que nous croyons si facilement être le propre de la nature humaine résulte aussi de la cruauté de la société exercée sur l'homme.

Les cultures dont on parle sont diverses. Il ne faut pas se laisser donc aveugler par la volonté du néant à tout ramener à une culture idéale qui engloberait tout le monde ou que toutes les cultures se valent. « L'articulation de la différence, chez Nietzsche, ne se fait pas sur le mode plat, et finalement indifférencié, d'une simple juxtaposition que viendrait légitimer un prétendu `droit à la différence' ni sur celui, négatif et conflictuel, de la contradiction, mais sur le mode d'une hiérarchie. »113(*)

La cruauté dont il a été question dans ce travail n'est pas une violence physique débridée et incontrôlée. Puisque même dans l'ascèse la volupté qu'on y ressent, avons-nous dit, est de même essence que la cruauté. La cruauté est cet impératif incontournable pour une culture qui veut former des hommes capables de répondre d'eux-mêmes comme avenir. Dans une société qui désire dresser, donner sens à la promesse et aux engagements des uns envers les autres, ne procédera autrement que par l'usage de cette violence sans laquelle il est impossible qu'advienne l'homme supérieur. Il faudrait que l'on soit un aspirant à la bassesse, quelqu'un qui se contente de la médiocrité ambiante pour instituer le laisser-aller comme la voie indiquée vers le progrès. Là est plutôt la voie pour faire de l'homme un « mendiant permanent » car il ne sera jamais responsable.

C'est dans un rapport d'échange que l'homme apprend à se découvrir en face de l'exigence de vivre avec les autres. C'est là qu'il apprend pour la première fois à se mesurer à une autre personne. Ce rapport qui est le propre de la réalité primitive est source de la conscience. Mais aussi d'une intériorisation saine. Cela donne de la consistance à la promesse dans la société primitive. Cela n'est pas très loin de ce qui se fait dans l'enfance. C'est donc le sentiment du devoir qui est la source de la conscience par le biais de la foi en l'autorité ; c'est la voix de quelques hommes et non la voix de Dieu dans l'homme. Ce n'est donc par cette intériorisation provoquée par le rapport politique que l'on accède à la responsabilité, jusqu'à ce que cela devienne régulateur de toutes les autres actions en soi. Nous savons aussi que le non respect de ce rapport a été source des déviations qui ont provoqué des malheurs inéluctables pour l'homme : la mauvaise conscience, la culpabilité, etc.

On voit que Nietzsche critique le droit moderne pour sa haine de la différence et adoption des méthodes qui sont celles de la bassesse. Et par ce fait même qui sont cause de décadence, une société bâtie sur « l'individualisme frileux » où chacun poursuit son petit bonheur. Quel est finalement le droit auquel Nietzsche nous invite ? Sans vouloir substituer un autre droit au droit moderne, Nietzsche a pourtant une nouvelle pour ses lecteurs. Désormais, ils peuvent entendre autre chose que le chant de deuil de la vilenie et de la bassesse. Il n'est pas très profitable dans les conditions de la société moderne de substituer un droit par un autre (Un droit propre à l'esclave par un droit noble, parce qu'il sera vite dénaturé) Ce qu'il faut faire c'est d'éduquer la volonté à se transformer constamment. Dénoncer ce qui ne va pas est une incitation à envisager autre chose, souhaiter ardemment la nouveauté, le renouveau.

La volonté voudra-t-elle se transformer un jour et de manière complète. Nous avons dit qu'il y a de la force dans la volonté faible, voilà pourquoi elle réussit à renverser les valeurs établies. Et si les nobles se laissent ramener au rang des esclaves en se culpabilisant d'être différents, c'est parce qu'il y a en eux aussi une dose de vilenie. Ceci pour dire que le droit que Nietzsche nous propose est un idéal. Ce n'est donc pas un modèle réalisable dans l'histoire. Si le sens d'une chose, ainsi que nous l'avons vu change constamment, il ne se mettrait donc pas la corde au coup en proposant un modèle juridique tout en sachant qu'il va être abandonné au profit d'un autre. Voilà pourquoi en face des tares du droit moderne, il oppose les valeurs de la noblesse pour qu'elles soient source de purification continuelle. C'est à l'homme qu'appartient le devoir de sélectionner ce qui est le propre de la vie s'il veut rester la mesure de toute chose.

* 112 P. LEVOYER, Nietzsche, p. 53.

* 113 Ibid., p. 55.

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