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La terminologie du sujet en français

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par Lysette Nanda
Université Yaoundé I - Maitrise de langue française 2006
  

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1-2. LE CONSTITUANT SUJET AU MOYEN-ÂGE

Dans le sillage de ses prédécesseurs, Chenu repris plus tard par Chevalier (1968 :220), explique au début du XIIème siècle que le sujet précède le verbe parce que le monde des essences précède la création dans le flux du devenir et que Dieu précède sa création. La position du constituant sujet est précisée par Chenu, mais cette place relève de la logique.

Selon Chevalier (1968 :53), la syntaxe médiévale comprend trois axes qui sont la rection, le rôle du verbe et la transitivité. Hélie, cité par Chevalier (op.cit. : 54), affirme que régir, c'est entraîner avec soi un autre mot de discours à l'intérieur d'une construction pour la perfection de cette construction.

La rection décrite par Hélie est d'ordre logique. Aussi, se situe-t-elle en droite ligne de la perception des Anciens. Le verbe de l'énoncé entraîne le sujet en l'influençant par son sens ; il traduit en outre l'action. Nous vérifions le phénomène de la rection et de la suprématie du verbe dans [1] :

1a. Le premier ministre préside ce matin la cérémonie d'ouverture de la conférence [...]

(CT : 7953, n° 21, p 5) ;

1b. La dame, très énervée, lui répond d'une voie cassante (CT: 7953, n° 21, p 5) ;

1c. Le mari travaille à Yaoundé (CT : 7953, n° 21, p 5) ;

Les actions de présider, de répondre et de travailler sont exprimées par leurs verbes respectifs. Ceux-ci emmènent leurs sujets à effectuer l'action qui est décrite. Le sujet se perçoit donc comme une entité linguistique dont le référent est un être animé, capable d'agir. Le verbe régit donc le sujet.

Malgré cette approche sémantique, on se demande pourquoi Chenu maintient l'appellation de sujet à la suite des Anciens.

Par contre, le XIIIème siècle est dominé par l'école dite modiste. Avec les modistes apparaît le concept de mode de signifier. Les modistes reconnaissent l'autonomie de l'expression et de la grammaire par rapport à la logique. Reprenant les modistes, Ducrot et alii (1995 : 96) expliquent que le concept de mode de signifier veut qu'un élément grammatical ne soit pas défini par son signifier (sic), mais par la façon dont ce signifier est visé ; par le type de rapport institué entre mots et choses.

Selon les modistes, il existe certainement un autre type de relation entre les éléments qui forment cette structure à l'instar du sujet et du verbe. Ceci peut être vérifié dans les énoncés [2] ci-dessous :

2a. Essola a vu sa condamnation se dessiner (CT : 7735, n°32, p 9) ;

2b. Les faits remontent à quelques semaines (CT : 7735, n°36, p 9) ;

2c. Les journalistes sont sympathiques (CT : 7735, n°63, p 13).

En [2a] par exemple, Essola est le sujet du verbe a vu non pas seulement parce qu'il est celui qui fait l'action de voir, mais aussi parce qu'il existe entre ces deux termes d'autres types de relation. Les auteurs n'expliquent cependant pas comment se manifestent ces autres relations et ne disent pas non plus comment procéder pour les démêler.

Par là, les modistes affirment que la logique et la structure appartiennent à deux plans distincts de l'analyse. Les auteurs ont toutefois conservé le terme sujet utilisé depuis l'Antiquité. Ce qui nous pousse à nous interroger sur leurs motivations.

La théorie des modistes sera cependant remise en cause par d'autres grammairiens en l'occurrence, Meigret et Paillot. En effet, entre le XIVème et le XVème siècles, la position de Meigret, rappelle Chevalier (1968 :222), est la suivante :

J'appelle le nom surpozé ou appozé celuy qui gouverne le verbe e le souspozé, celuy qui est gouverné [...] Ce qui ne doit pas s'entendre selon l'ordre de paroles, mais selon le sens : car celuy qui gouverne est réputé être verbes actifs, come ajant, et celuy qui est gouverné come pacient e o contrer' é verbes passifs ; car lors le soupozé est le pacient e le surpozé l'ajant. (sic)

Cet auteur décrit ainsi la structure d'un énoncé selon un ordre sémantique. Il précise bien que l'ordre dont il parle n'est pas un ordre syntaxique, mais sémantique ou logique comme on peut le noter en [3] :

3a. La CNPS a effacé son ardoise (CT : 7735, n°18, p.9) ;

3b. Le conducteur est anéanti et abandonné dans le buisson (CT : 7735, n°56, p.11) ;

3c. De son côté, l'accusé rejette ces faits (CT : 7735, n°48, p.9).

Les noms CNPS, conducteur et accusé sont subordonnés à leur verbe respectif (effacé, anéanti et rejette) parce qu'ils font chacun l'action exprimée par ces verbes. En [3a] et [3c], Meigret les baptise ajants alors qu'en [3b], le conducteur subit l'action effectuée par un tiers. Pour cette raison, l'auteur le nomme pacient. A ces deux valeurs se superposent celles de surpozé et de soupozé, deux mots identiques à ajant et à pacient. Cette conception prévoit plusieurs valeurs du constituant sujet.

Meigret revalorise ainsi la position de ses pairs du XIIème siècle en ménageant toutefois une ouverture aux implications de la perception sémantique sur les désignations de la fonction sujet. Cette ouverture incite à s'interroger sur les rapports susceptibles d'exister entre les désignations de Meigret et les actions qu'il décrit.

A la fin du XVème siècle, Antoine revient sur les propositions des modistes. Cet auteur cité par Chevalier (1968 : 220) assure

qu'au commencement de la matière, il y a ung nom substâtif ou un pronom primitif et après sensuit ung verbe personel de meuf finy requerât avoir un nominatif cas devant luy pour sô suppost si comme on dit magister legit. (sic)

Antoine décrit ainsi la phrase sur le plan de la structure. La matière dont parle l'auteur est la phrase. Celle-ci commence donc par un nom ou un pronom, puis vient le verbe à une forme finie. Et le cas nominatif préposé à ce verbe lui sert de support en même temps qu'il le régit. L'auteur tente d'expliquer ce que les modistes ont énoncé auparavant. Cette approche domine presque le siècle suivant.

En effet, le XVIème siècle conforte le point de vue d'Antoine. D'ailleurs, pour Scaliger, explique Chevalier (1968 : 184) :

Toute phrase, pour exprimer une pensée, doit être référée aux cinq rapports logiques fondamentaux : car dans toute action, il y a ce qui fait, ce qui est fait, ce qui reçoit la chose, la privation et la fin dont elle est cause.

Une pareille perception aurait incité à voir en son auteur un logicien, s'il n'avait lui-même levé l'équivoque en précisant que

le grammairien devra donc toujours soigneusement distinguer le plan des

relations syntaxiques [...] de celui des liens sémantiques qui se dévoilent

dans la réalisation du discours [...].

Si le sens est envahissant, l'auteur craint ses répercussions sur la désignation de la fonction sujet. Le XVIème siècle renforce la perception syntaxique avec une évolution certaine au niveau de la terminologie des fonctions syntaxiques.

En définitive, de l'Antiquité au XIIème siècle, c'est l'immobilisme, la seule appellation de sujet prévaut. Le XIIIème siècle marque le début de l'élargissement des perceptions de la fonction de sujet sans pourtant lui apporter une dénomination nouvelle. Les XIVème et XVéme siècles confirment l'évolution avec l'apparition des valeurs sémantiques du sujet telles que agent, patient. Au XVIème le constituant sujet est nommé primus, le COD segundus et le COI tercius. Ces numéros d'ordre correspondraient à la place de ces éléments dans la phrase. Cette tendance se poursuit même au cours de la période classique.

2 - L'APPROCHE CLASSIQUE DU SUJET

  • · La définition du concept de sujet par les classiques porte les empreintes de la période préclassique. En fait, Chevalier et alii (1969 : 176), Wagner et Pinchon (1962 : 226) et même Grevisse (1993 :305) s'accordent pour reconnaître que le sujet représente ce dont on parle dans l'énoncé, c'est-à-dire le thème. Par ailleurs, ces auteurs s'entendent avec Arrivée et alii (1997 : 654) sur le fait que cette fonction n'est pas facile à circonscrire de manière univoque.
  • · Dans la définition du sujet donc, trois principaux critères prévalent : la sémantique, le discours et dans une moindre mesure la morphosyntaxe. Cette dernière approche est rejetée par Port-Royal.

2.1. LA PERCEPTION DU SUJET PAR PORT-ROYAL

Née au seuil de la deuxième moitié du XVIIème siècle, la grammaire générale et raisonnée attribue au sujet les mêmes propriétés sémantiques et logiques que l'Antiquité et le Moyen-Âge. Pour Arnauld et Lancelot (1969 :13)

le jugement que nous faisons des choses ( comme quand je dis : la terre est

ronde) enferme nécessairement deux termes ; l'un sujet, qui est ce dont on

affirme, comme terre ; et l'autre appelé attribut qui est ce qu'on affirme,

comme ronde [...] 

La notion de sujet chez ces auteurs prend racine dans les catégories logiques d'Aristote. Il existe, de ce fait, une analogie interne entre la parole et le contenu qu'elle véhicule. L'énoncé devra alors être analysé non selon sa structure externe, c'est-à-dire, la syntaxe, mais selon la structure de la pensée qu'elle est censée reproduire.

  • · En ce qui concerne la syntaxe, les grammairiens de Port Royal remettent en cause les conclusions des grammairiens de la fin du Moyen-âge. Ils associent le mode de signifier et le comportement syntaxique des mots dans l'énoncé. La grammaire générale et raisonnée marque ainsi une rupture dans l'évolution déjà caractérisée par la diversification des terminologies. Le retour à l'approche des Anciens rétablit la prééminence du sujet dans l'énoncé et de son appellation. Il y a lieu de s'interroger sur les causes de ce revirement. Cette position est néanmoins nuancée par une nouvelle génération des classiques.

  • · 2.2. LA THÉORIE DES NÉO-CLASSIQUES
  • · De manière générale, les néo-classiques conservent l'approche de l'Antiquité et de Port-Royal. Avec eux, la perception logique de la notion de sujet se clarifie davantage. Les Le Bidois (1938 :3) présentent de la phrase la structure suivante : sujet + verbe + attribut ou objet. Cet ordre, estiment-ils, est habituel en français ; d'où l'appellation d'ordre logique, car on ne conçoit pas une action ou un état s'il n'y a pas un agent pour faire l'action, [et] cet agent c'est le sujet.
  • · Lorsque le sujet participe au déroulement de l'action et en est l'instigateur, il est appelé agent. De manière implicite, ces auteurs reconnaissent que, non seulement le sujet est ce dont on parle, il est aussi agent de l'action comme on peut le relever dans [4] :
  • ·
  • · 4a. Le Cameroun célèbre, le 16 octobre prochain, la journée mondiale de l'alimentation
  • · (CT : n° 7951, p. 18, n° 173 )  ;
  • · 4b. Le doyen a donné des assurances à chacun...( CT : 7951, p.16, n°55) ;
  • · 4c. Le recteur a tenu une réunion ... (CT : n°7951, p.16, n°109).
  • ·
  • · Les actions de célébrer, de donner et de tenir sont faites respectivement par le Cameroun, le doyen et le recteur. Ils sont les acteurs de ces procès. Ils en sont les instigateurs. Ce sont des agents. Dans la perspective logique, Wagner et Pinchon (1962 : 60-67) attribuent au substantif sujet la désignation de thème. Ces auteurs utilisent, pour désigner le même constituant les termes de thème et de sujet. Notre préoccupation demeure au niveau des raisons de ces appellations différentes par leurs signifiants et apparemment identiques par leur signifié.
  • · Au niveau du sens, Hamon (1966 :169) rappelle que le sujet du verbe représente la personne, l'animal ou la chose qui fait ou subit l'action ou alors qui se trouve dans l'état exprimé par le verbe.
  • · Ainsi, d'après les énoncés [5] :
  • ·
  • · 5a. Le MINEF a signé un arrêté [...] (CT n°7951, n°70, p.15) ;
  • · 5b. Le fonctionnaire supporte sur sa rémunération des retenues réglementaires
  • · (CT : n°7951, n°19, p.7) ;
  • · 5c. Les résultats sont encourageants ( CT n°7951, n°50, p.7).
  • ·
  • · l'action de signer est faite par le MINEF, le fonctionnaire subit l'action que lui inflige une personne morale (loi). Il est passif. Il ne réagit pas ; les résultats sont présentés dans leur état, état décrit par l'attribut encourageants et par l'intermédiaire du verbe d'état (est). Pour Arrivé et alii (1997 :655), il est question d'agent dans [5a], de patient dans [5b]. Quant à [5c], les auteurs ont conservé l'appellation de sujet pour ce dernier cas. Néanmoins, la détermination de la fonction sujet se précise progressivement.
  • · Toujours pour identifier le sujet, la grammaire traditionnelle affirme que le sujet est celui qui répond à la question qui est-ce qui pour la personne et qu'est-ce qui pour la chose. Ainsi, en procédant par cette technique de questionnement en [6]:
  • · 6a. Les avocats lui conseillent de recouvrer le reste de ses créances (C.T n°7735,n°20,
  • · p.9) ;
  • · 6b. Beyala a émis la quatrième saisie-attribution (C.T n°7735, n°25, p.9) ;
  • · 6c- La CNPS saisit le tribunal de grande instance (C.T n°7735, n°26, p.9),
  • · 6d- Il arrive des hommes (CT n°7735, n°11, p.6).
  • ·
  • · nous avons les structures suivantes :
  • · Qui est-ce qui conseillent ? Réponse : les avocats
  • · Qui est-ce qui a émis la quatrième saisie ? Réponse : Beyala
  • · Qu'est-ce qui saisit le tribunal ? Réponse : La CNPS
  • · Qu'est ce qui arrive ? Réponse : des hommes
  • ·
  • · les actions de conseiller, d'émettre et de saisir sont effectuées par les mêmes sujets avocats, Beyala et CNPS. En [6d], l'auteur de l'action de arrive est hommes, on lui donne le nom de sujet réel et à il celui de sujet apparent. Il y a là une confusion réelle entre le sujet du verbe et l'agent de l'action d'une part, et entre le sujet du verbe et le thème du discours d'autre part. Cette confusion est confortée par cette coïncidence presque constante qui fait du sujet une notion véritablement ambiguë et polysémique.
  • · Au niveau morphosyntaxique, Chevalier (1997 : 176), Arrivé (1997 : 654) et Grevisse (op. cit. : 306) reconnaissent que le sujet donne au prédicat ses marques de personne, de nombre et parfois de genre comme l'attestent les énoncés suivants :

7a - Les autorités essaient d'apporter une réponse (CT 7951, n°50, p.5) ;

7b - La direction [...] demande aux organisations de régler le complément (CT 7951, n°50,

p.7) ;

7c - Les opérations seront facilitées [...] (CT 7951, n°17, p.7).

Nous constatons que dans [7], les groupes nominaux les autorités, la direction et les opérations régissent effectivement leur verbe respectif (essaient, demande et seront facilitées) en leur imposant leurs marques de personne, de nombre et même de genre [7c]. Ce point de vue n'est pas profondément analysé par cette grammaire. Il marque pourtant l'aspect descriptif vers lequel semble tendre cette nouvelle génération des traditionalistes. Parler des marques traduit déjà un regard sur un énoncé non plus seulement sur le plan logico-sémantique, mais aussi sur le plan de la construction. Il existe entre le sujet et le verbe une connexion syntaxique qui se manifeste par les caractéristiques morphologiques du sujet sur le verbe.

La grammaire classique maintient, dans l'ensemble, la position de l'Antiquité. Toutefois, elle ménage à nouveau une ouverture à l'évolution des terminologies par l'adoption des terme et expressions thème, sujet réel, sujet apparent pour désigner le constituant qui assume dans la phrase la fonction sujet. Une même notion présente plusieurs terminologies. Quel est en fait le rapport entre chaque désignation et son contenu ? Pourquoi les auteurs créent-ils d'autres appellations alors que le contenu semble être identique à celles qui existent déjà ? Les néo-classiques amorcent cependant une étude du sujet sur le plan morphosyntaxique. Cette brèche entrouverte par la grammaire traditionnelle sera largement exploitée par la grammaire structurale.

3 - LE POINT DE VUE DU STRUCTURALISME SUR LA NOTION

DE SUJET

Née au début du XXe siècle, la linguistique structurale se propose de rendre compte de la structure des langues avec plus d'efficacité. Elle a donné une nouvelle impulsion à l'activité grammaticale par l'introduction des méthodes capables de décrire le fonctionnement réel des langues. Les écoles linguistiques qui en découlent ont donné naissance à diverses tendances grammaticales qui sont pour l'essentiel : le fonctionnalisme, le distributionnalisme, la grammaire générative et transformationnelle, la grammaire dépendancielle et la grammaire prédicatrive. La grammaire structurale se propose alors de rendre compte de la phrase non plus sur le plan sémantique uniquement, mais aussi sur le plan structural. Cette grammaire se préoccupe donc tout particulièrement de l'organisation des mots et des constituants de phrase. Elle subordonne, sans le négliger, le sens à la syntaxe.

Ce mode de combinaison est la syntaxe. C'est ce que cherche à définir la grammaire structurale. Celle-ci affirme en effet que les propriétés formelles suffisent à expliquer le fonctionnement syntaxique du sujet. Ainsi perçues, l'organisation syntaxique et l'organisation sémantique se situent sur deux schémas distincts et ne peuvent prêter à confusion.

Il ne s'agit pas de faire ici une étude systématique de chaque théorie linguistique. Notre tâche consiste tout simplement à évaluer l'approche de la notion de sujet par chacune d'elle, notamment la définition et le nom qu'elle donne au constituant sujet.

3-1. LE SUJET PERÇU PAR LE FONCTIONNALISME

La perception du sujet par le fonctionnalisme découle de la fonction qu'il donne à la langue. Celle-ci a pour finalité de véhiculer les pensées. Par elle, les hommes communiquent leurs expériences. Cette communication se traduit dans les énoncés qui sont l'objet de diverses études.

Dans ce sens, Martinet (1979 :159) découpe la phrase en deux parties. La première relève du sujet et la seconde, du prédicat. Ce découpage donne des énoncés [8] le schéma suivant :

8a. La brise matinale / souffle (CT n°7946, n°11, p.5) ;

Sujet prédicat

8b. Elle / quitte le lit (CT n°7953, n°99, p.13) ;

Sujet prédicat

8c. Cette richesse / attise des convoitises ( CT n° 7953, n°3, p.5).

Sujet prédicat

Les GN la brise matinale, cette richesse et le pronom personnel elle sont appelés sujet alors que souffle, quitte le lit et attise des convoitises sont des prédicats. Cette bipartition n'est pas fondée sur la logique, mais sur la syntaxe.

Ce genre d'analyse distingue Martinet des Anciens et des Classiques. Pour Martinet (op.cit : 157), le sujet fait partie du noyau nominal ; il reconnaît que le sujet est l'un des compléments qui apporte au procès une information particulière. Il est ce qui demeure après la suppression des expansions non essentielles du prédicat. Entre le sujet et le prédicat, il existe, de ce fait, une relation d'interdépendance. L'un ne peut exister sans l'autre. Le constituant sujet peut subir l'influence du verbe et prendre diverses valeurs.

Par conséquent, si ce constituant est même considéré comme sujet de l'énoncé, on ne saurait lui donner une définition du type le sujet est celui qui fait l'action, estime Martinet. Ceci se vérifie dans [9] :

9a. Les enfants vont à l'école...(CT n°7953, n°11, p.13) ;

9b. Les enfants avaient été brûlés par un incendie ...(CT n°7953, n°64, p.14) ;

9c. Une trentaine d'infirmiers [...] vont être formés (CT n°7951, n°86, p.15) ;

9d. 3% des enfants souffrent de troubles mentaux ( CT n°7951, n°90, p.15).

En effet, dans [9a], enfants assume la fonction d'agent parce qu'il fait l'action d'aller, dans [9d] enfants est patient et dans [9c] infirmiers est bénéficiaire.

Martinet relève que ces nuances ne sont pas spécifiques au sujet. L'agent, le patient ou même le bénéficiaire de l'action peuvent occuper des postes syntaxiques autres que celui du sujet. Dans [9b] par exemple, l'action de brûler est faite par un agent qui n'est pas le sujet du verbe avaient été brûlés ; cet agent (incendie) est au contraire complément d'agent de ce verbe.

A la suite de Martinet, Popin (1993 : 56) reconnaît  que le verbe nomme soit une action, soit un état ou un changement d'état, soit un mouvement.

S'il affirme que celui qui fait l'action peut être l'agent, il nuance cependant sa position par rapport à celui qui la subit. En [9d], Popin trouve que le sujet ne subit pas la souffrance ; il désigne l'endroit où s'exerce la douleur décrite par le verbe ; pour ce faire, il est appelé siège parce que ce terme est sujet du verbe subjectif souffrent. Cependant, l'auteur ne définit pas clairement ce qu'est un verbe subjectif. Il n'en propose pas non plus une liste.

Pour abréger cette polémique, Martinet (1979 : 158) conclut que le sujet n'a pas de valeur propre et c'est le sens du verbe qui va déterminer la valeur de la fonction. Ces valeurs peuvent par conséquent être variées selon le verbe employé. Ce qui présage leur diversification.

Pour la grammaire fonctionnelle, le mot sujet est conservé pour nommer ladite fonction.

3.2 - LE POINT DE VUE DU DISTRIBUTIONNALISME SUR LE SUJET

Le distributionnaliste appréhende la notion de sujet à partir de l'analyse qu'il fait de la parole. Pour lui, un acte de parole n'est ni une expression de la pensée ni un outil de communication. La parole est un comportement d'un type particulier, et ce comportement est humain. Elle devrait, à cet effet, être expliquée à partir des situations dans lesquelles elle apparaît. Pour Dubois et alii (1973 : 164-165) la grammaire distributionnelle

a son origine dans la constatation empirique que les parties d'une langue ne

se rencontrent pas arbitrairement les unes par rapport aux autres [elle se

propose] de décrire les éléments d'une langue par leur aptitude (possibilité ou

impossibilité) à s'associer entre eux [ ...]

L'analyse distributionnelle est donc la tendance de la linguistique structurale qui a pour objet de décrire les unités d'une langue en fonction de la possibilité que celles-ci ont de s'associer entre elles par des procédés de segmentation et de classification. L'analyse distributionnelle se garde de toute considération sémantique. Ducrot et alii (1995 :49-52) rallient cette idée des auteurs du dictionnaire linguistique et s'opposent, sur ce point, au fonctionnaliste et aux mentalistes. Ainsi, dans les exemples suivants :

10a. Kribi a su bâtir son tourisme ( CT 7946, n° 22, p.5) ;

10b. Le maire de Kribi a initié des travaux d'assainissement [...]( CT n° 7946, n° 23, p.5) ;

10c. Le campus d'Ekounou n'héberge que la filière gestion (CT n°7951, n°127,p.17).

les constituants en gras peuvent commuter entre eux tout en respectant la position syntaxique de chacun. Nous pouvons donc avoir en [10'] les structures suivantes :

10'a. Kribi a initié des travaux d'assainissement ...

10'b. Le maire de Kribi n'héberge que la filière gestion

10'c. Le campus d'Ekounou a su bâtir son tourisme

Les expansions occupent dans la phrase les mêmes positions syntaxiques que les constituants initiaux. Ils sont préposés au verbe ; ils sont donc des sujets selon que le reconnaît Dubois (1967 : 17) 

l'ordre des syntagmes nominaux relativement aux verbes permet de distinguer

le syntagme nominal sujet qui lui est préposé et le syntagme nominal objet qui

lui est post posé

Schématiquement, Dubois représenterait [11] de cette manière :

- Le Premier Ministre /...préside / la cérémonie d'ouverture de la conférence.

(SN1) ( V ) ( SN2)

[P1] = [ (SN1) + ([ V ]) + [( SN2 )] où SN1 représente le sujet du verbe, V le verbe et SN2 le complément.

En définitive, le distributionnalisme privilégie l'analyse syntaxique. Il ne fait aucun cas du sens. De ce fait, il attribue des numéros d'ordre aux différents éléments de la phrase ; le chiffre 1 adjoint au premier SN de la phrase fait de lui le SN1. Ce SN1 est donc le nom que cette grammaire donne au constituant sujet. Ce procédé d'analyse dont nous devons l'initiative aux grammairiens médiévaux a été complété sinon enrichi par la grammaire générative.

3.3 - L'APPROCHE DU SUJET PAR LE GÉNÉRATIVISME

L'idée que la grammaire générative et transformationnelle a du sujet résulte de l'intégration de la sémantique à l'ensemble de son modèle linguistique. Il pense de ce fait qu'en négligeant le sens, la commutation peut aboutir à des énoncés ambigus et parfois agrammaticaux. Pour Dubois et alii (1973 : 216), cette grammaire définit la fonction comme la relation grammaticale que les éléments d'une structure entretiennent entre eux dans cette structure.

De manière schématique l'énoncé [12] a la structure suivante :

Le samedi est consacré au grand ménage (CT n°7953, n°105, p.13).

SN SV P SN + SV

Ceci se justifie par le fait que distributionnalisme et générativisme rejettent la langue prise comme expression de la pensée. Cependant, la grammaire générative déplore le fait que la grammaire distributionnelle se contente de décrire les phénomènes syntaxiques sans pour autant les expliquer. Cette grammaire veut donc pallier ces insuffisances. A cet effet, elle intègre la sémantique à l'ensemble de son modèle. Ainsi, les règles de réécriture lui permettent de présenter les constituants et l'ordre dans lequel ils apparaissent dans une phrase. De manière graphique, les règles de réécriture sont représentées sous la forme d'arbres syntaxiques. Avec Roberge, (2002 :3), nous avons ci-dessous une forme simplifiée de cet arbre :

W : représente la phrase

X,Y, Z  : représentent les noeuds

T, U : représentent les branches, c'est-à-dire les syntagmes qui sont une projection de la catégorie. X représente, dans cet arbre, le noeud nominal (SN) sujet.

Dans [13] de Roberge (op.cit)

Son chien mange un os dans la cuisine,

nous avons l'arbre syntaxique suivant :

W = Ph : son chien mange un os dans la cuisine

X = SN : Son chien

Y = SV : mange un os

Z = SP : dans la cuisine

T, U = : Det (son), nom (chien) ou Det (un), nom (os) ou encore Det (la) (cuisine).

Le schéma ci-dessus révèle que SN est un noeud terminal. C'est ce noeud qui est le sujet. Il s'inscrit dans une structure hiérarchisée des constituants de la phrase. Celle-ci comporte à la base les couples (Det+nom), (V+SN) et (P+SN). Ce qui donne respectivement les noeuds SN, SV et SP.

Nous notons plusieurs SN dans la phrase. Ceci pose le problème de l'identification du sujet parmi ces SN. Pour résoudre cette difficulté, Roberge fait une analyse des traits lexicaux de chaque constituant. Ainsi, dans [13], les SN (un os et la cuisine) ne peuvent être sujet de mange. En effet, ce verbe exige comme sujet un être animé humain ou non.

Tout en privilégiant l'analyse structurale de la phrase, la grammaire générative reconnaît un rôle au sens. Cette grammaire ne s'intéresse pas aux différents éléments de l'énoncé parce qu'ils assument des fonctions, mais elle montre comment ceux-ci se combinent entre eux pour former des phrases. Aussi, les désigne-t-elle par des symboles (SN, X, Y...).

En conséquence, le constituant sujet peut, selon l'humeur de l'auteur être nommé SN0, X, etc. La dénomination du sujet est davantage banalisée par cette recherche obstinée de simplification.

3.4 - LE SUJET VU PAR LA GRAMMAIRE DÉPENDANCIELLE

La théorie dépendancielle décrit les fonctions syntaxiques dans un énoncé pour indiquer le réseau de dépendance qui existe entre les éléments de cet énoncé. Ce réseau de dépendance marque la connexion, c'est-à-dire le lien susceptible d'unir les unités d'une phrase : le verbe et son sujet, le verbe et son complément par exemple. Cette grammaire se fonde sur les principaux concepts suivants: la connexion, la translation et la jonction. Tesnière (1976 :11) représente ces relations par un arbre qu'il appelle stemma. Il reconnaît que la phrase est un ensemble organisé dont les constituants sont des mots. Dans la phrase, il étudie les diverses relations à deux niveaux : une relation du premier niveau entre le prédicat et ses subordonnés (ou dépendants) et une relation du deuxième niveau avec les circonstants.

Les subordonnés immédiats du verbe sont appelés actants par l'auteur. Tesnière (op.cit : 205) les considère comme :

des êtres ou des choses qui, à un titre quelconque et de quelque façon que ce

soit, même à titre de simples figurants et de la façon la plus passive, participent

au procès, [...] les actants sont toujours des substantifs ou des équivalents de

substantifs.

Ces différents actants ne remplissent pas les mêmes fonctions. Ils sont classifiés selon un numéro d'ordre, numéro qui reflète leur degré de participation dans la réalisation du procès. Le premier de ces actants est l'équivalent du sujet sémantique (celui qui fait l'action) selon Tesnière (op. cit.:107), il porte le nom de prime actant : il annonce les deux autres (second et tiers) actants. C'est le cas des groupes de mots les enseignants, les étudiants, le champ communautaire dans les énoncés suivants :

14a. Les enseignants apprécient cette ambiance de travail (CT 7953, n°85, p.12) ;

14b. Les étudiants effectuent des stages en entreprise (CT 7953, n°86, p.12) ;

14c. Le champ communautaire a beaucoup produit (CT 7953, n°96, p.13). 

L'auteur attribue à ces syntagmes nominaux le nom de prime actant parce qu'ils participent à la réalisation du procès soit pour apprécier [14a], soit pour effectuer [14b], soit pour produire [14c]. La grammaire dépendancielle voit ainsi l'énoncé comme un drame dans lequel le prédicat représente le procès lui-même. Ce procès, c'est l'action selon la grammaire traditionnelle et les participants à cette action sont les dépendants du procès.

Tesnière enrichit les dénominations des structuralistes en introduisant le terme prime actant pour designer le constituant sujet. L'auteur emploie une appellation complexe. Ce n'est plus une unité lexicale. Il y a lieu de s'interroger sur le lien susceptible d'unir le premier terme (prime) au second (actant).

3.5- LA PERCEPTION DU SUJET PAR LA GRAMMAIRE PREDICATIVE

Il ne s'agit pas de faire une étude profonde de la grammaire prédicative, mais de relever que dans son étude de la phrase, Riegel et alii (1994 :228) et Riegel (2002 : 50) donnent de la phrase la représentation suivante:

N0-V-[N1]-[X] : N0 = constituant sujet

V = Verbe

N1 = COD

X = l'attribut

Ainsi dans les énoncés [15] :

15a. Le gouverneur a mis tous les moyens à notre disposition (CT : 7735, n°70, p9) ;

15b. La police nationale a renforcé sa présence sur les lieux (CT : 7957, n°104, p11) ;

15c. Les exposés ont produit des débats riches (CT : 7957, n°3, p6) ;

15d. Pourquoi les hommes sont-ils si incrédules ? (CT n°7735, n°60, p.7).

Ainsi, la grammaire prédicative donne pour nom au constituant sujet (en gras ) le symbole N0. En [15d], Riegel et alii (1994 : 139 ) reconnaissent au SN les hommes le nom de sujet nominal et à il celui de sujet pronominal. L'analyse que nous comptons faire dans la suite de notre travail dira si ces expressions représentent aussi des désignations de ce constituant de phrase.

Par ailleurs, le sujet est défini suivant les écoles de grammaire. Pour Onguéné Essono Ch. (2001 :135)

Cet éparpillement est la résultante inévitable d'une divergence d'approches consécutives à une diversification de points de vue par lesquels la notion est appréhendée.

Les divergences naissent de l'embarras que les auteurs ont à donner au concept sujet une définition stable. Chaque école présente donc des insuffisances dans ses acceptions. Ce qui risque de provoquer des difficultés dans la dénomination du constituant de ladite fonction. C'est dans ce sens que nous avons jugé nécessaire de faire, à ce niveau, le point sur les définitions du sujet.

4. LIMITES DES DEFINITIONS ET DES MODES D'IDENTIFICATION DU SUJET

Dans l'évolution des différentes perceptions du sujet, on observe des lacunes à tous les âges : période traditionnelle et époque structuraliste. Cependant l'Antiquité et la période classique peuvent être associées puisque leurs vues se recoupent.

4.1. LES INSUFFISANCES DANS LA DEFINITION TRADITIONNELLE

DU SUJET

La perception traditionnelle de la notion de sujet soulève beaucoup de difficultés. Certaines ont été notées par Petiot (2000 :27) en ces termes :

La grammaire scolaire retient traditionnellement une approche notionnelle, peu cohérente, ce que manifeste l'emploi du ou disjonctif dans la définition de la fonction : « le sujet est l'être ou la chose qui fait ou subit l'action ou qui est dans l'état exprimé par le verbe »...Á cet embarras, signalé par le ou, s'ajoutent la confusion entre les signes linguistiques et leurs référents, et la difficulté d'appliquer à toute phrase verbale cette définition.

Ce problème surtout didactique se poursuit par le fait que la grammaire notionnelle affirme que le sujet vient aussi en réponse à une suite de questions. Cette affirmation présente des limites tant au niveau du questionnement qu'à celui de l'action. Ainsi, dans les énoncés ci-après :

16a. L'université connaît beaucoup de difficultés (CT : 7946, n°76, p12) ;

16b. Cet enfant a environ 10 ans (CT : 7945, n°46, p8) ;

16c. Consulter un psychiatre est pour certains s'avouer fou (CT : 7951, n°85, p 15) ;

16d. Qu'il fût plus utile que Katow n'était pas douteux (Chevalier 1989, 111) ;

16e. Les gibiers sont chassés de leur territoire par les lions (CT : 7945, n°2, p14).

les groupes de mots en gras sont dits sujet. Cependant, il n'est pas toujours aisé de voir les actions qu'ils posent. En effet, si l'action exprime un mouvement, un être agissant, les verbes en italique dans [16a, b, c et d] n'ont pas cette propriété. On a plutôt l'impression qu'ils expriment un état. Par ailleurs, l'entité (université) en [16a], avec les traits sémantiques [- Humains + - Animés] n'est pas en mesure d'agir, elle ne subit pas non plus une action ; en [16b], le verbe avoir présente, nous le pensons, une situation. Dans ces conditions, quelles dénominations attribuer aux SN qui assument la fonction de sujet ?

En outre, le sujet est un infinitif en [16c] et une proposition en [15d], aucun de ces éléments n'est capable d'occasionner une action, de la subir ou même d'en bénéficier. Ainsi, dans la logique sémantique, devrions-nous les considérer comme sujet ? Si nous ajoutons à ce problème le cas des énoncés suivants :

17a. Une association de la cathédrale voudrait le réhabiliter [...] (CT : 7951, n°2, p7) ;

17b. Le concours doit se dérouler à Ouagadougou (CT : 7946, n°91,p13) ;

17c. Nos hôtes rencontreront des opérateurs économiques (CT : 7946, n°57,p8).

On peut se demander si la grammaire sémantique peut rendre compte des énoncés dont le verbe exprime une hypothèse comme en [17a] ou une action future comme l'indiquent les énoncés [17b] et [17c]. Il est donc délicat de mettre l'action au centre de l'analyse d'un énoncé. Ceci a poussé Arrivé et alii (1997 :656) à reconnaître qu'en effet, ces notions du « faire », du « subir » et de « l'action » n'ont qu'une pertinence relative.

En ce qui concerne le test de questionnement, le sujet répond à la question de quoi parle-t-on ? qui est ce qui ... ? ou qu'est ce qui... ? Posée avant le verbe. Dans les exemples suivants :

18a. Ma cousine, nous l'avons vue au marché (CT : 7955, n°69, p 13) ;

18b. Les entreprises coupables de fraudes sont sanctionnées par le gouvernement

(CT n°7946,n°115, p14).

A la question qui est ce qui a vu ? La réponse est nous ; et à la question de qui parle - t-on ? On répondra de ma cousine. Il est effectivement dit d'elle qu'on l'a vue au marché. Le test de questionnement n'est pas fiable. En effet, dans l'énoncé [18a], le pronom nous indique l'agent de l'action de voir et le sujet grammatical du verbe avons vue tandis que ma cousine représente le thème du discours. Et pourtant les deux tests de questionnement sont sensés présenter une seule et même réalité. La différence entre le sujet de l'énoncé encore nommé thème et le sujet grammatical se perçoit nettement par le phénomène de topicalisation. Il ne devrait, par conséquent, avoir aucune confusion entre les deux aspects de la notion.

Par ailleurs, l'énoncé [18b] montre qu'il n'y a pas que le sujet pouvant faire l'action. Celle-ci est effectuée par le gouvernement, et le sujet (les entreprises) ne fait que subir. Donc, les différentes valeurs que nous avons relevées au cours de nos lectures ne sont pas propres au constituant sujet.

4.2. LES INSUFFISANCES DANS LA DEFINITION STRUCTURALE

DU SUJET

La fonction sujet se figure parmi ce que Creissels (1995 :203) nomme fonctions argumentales. L'auteur déclare en effet,

Le terme de fonctions argumentales tel qu'il est proposé ici de l'utiliser renvoie à

la possibilité de caractériser les nominaux reliés à un même prédicat selon un

nombre limité de types de comportements syntaxiques.

De manière globale, la grammaire moderne considère que le constituant nominal sujet est celui qui est postposé au verbe à qui il impose ses marques d'accord. Cette vue est parcellaire et ne peut, à notre humble avis, rendre compte de la globalité du sujet. Les phrases [19*] :

19*a. Le marteau ouvre la porte avec une clef ;

19*b. Les oiseaux aboient sur la basse cour.

sont agrammaticales. En effet, les constituants nominaux sujets (en gras) marquent leurs verbes respectifs, chacun à sa manière. Mais ces énoncés sont inacceptables parce qu'au niveau linguistique, ils n'ont aucun sens. En fait, marteau et clef dans [19*a] représentent deux instruments et le verbe ouvrir exprime une action effectuée par un agent. Ce verbe, dans cet énoncé, n'accepte pas deux arguments ayant le rôle sémantique d'instrument.

Par contre, en [19*b], le verbe aboyer dans un emploi propre requiert comme argument l'entité chien. A celle-ci revient la propriété d'aboyer et non aux oiseaux. Même si, sur le plan morphosyntaxique, le SN les oiseaux modifie le verbe, celui-ci n'admet pas ce constituant pour sujet. Ainsi, la place et le type d'argument sont préparés par le sens du verbe ; surtout que Martinet reconnaît que la langue est un moyen de communication. Il existe d'une part, une relation syntaxique qui lie le sujet à son verbe et d'autre part, une relation sémantique que le verbe entretient avec son sujet. Entre le verbe et le sujet existe une relation réciproque. Aucun aspect ne prime sur l'autre. Il ne s'agit pas là d'une relation d'égalité, mais d'une relation de complémentarité. L'un ne peut exister sans l'autre. De ce fait, Petiot (2000 : 168) estime qu'il n'est pas possible de donner au sujet une définition comparable à celle du dictionnaire, c'est-à-dire une définition unique et pertinente.

Un autre aspect de la difficulté vient de ce que la grammaire moderne reconnaît que le constituant sujet est préposé au verbe. Et pourtant dans les productions langagières, il est possible que l'on rencontre des énoncés avec des sujets postposés aux verbes comme le montrent ces échantillons de notre corpus :

20a. En voilà une idée, disent les sceptiques (CT : 7945, n°169, p 13) ;

20b. Tout se déroule bien depuis lundi denier, affirme le docteur (CT : 7735, n°77, p 13).

Les SN (les sceptiques, le docteur), sont respectivement sujet des verbes disent et affirme. Ces constituants respectent les contraintes grammaticales (accord, nature,...) que la grammaire structurale reconnaît au constituant sujet sauf celle de sa place dans la phrase. Pour cela, il est nommé sujet inversé. Les exceptions viennent ainsi brouiller l'harmonie qu'est censé avoir donné au sujet la perception structuraliste.

Au terme du premier chapitre, il ressort que les différentes acceptions que les grammaires donnent au sujet dans la phrase sont également à l'origine de sa terminologie. Les définitions du sujet sont soit logico-sémantique, soit syntaxique.

Sur le plan logico-sémantique, nous avons recensé les désignations qui sont : sujet, thème, sujet réel, sujet apparent.  A tout ceci se greffe une pluralité de valeurs (agent, patient, site, bénéficiare...) qui feront également l'objet d'une analyse. Sur le plan structural, les appellations rassemblées sont primus, SN1, SN0, régent, prime actant, N0. A ceci s'ajoutent d'autres supports morphologiques (sujet pronominal, sujet nominal, sujet inversé ...) qui, sans être considérées comme des dénominations particulières du constituant sujet, feront néanmoins l'objet d'une étude à part en temps opportun. Le constituant sujet se retrouve toutefois avec une dizaine d'appellations, or Creissels (op cit. 12), déclare

qu'une terminologie grammaticale doit s'efforcer d'être le reflet d'un système de définitions qui développe sans cercle vicieux, c'est-à-dire dans lequel la définition d'une notion n1 ne comporte de référence à aucune notion n2 dont la définition ferait elle-même référence à n1.

Le principe d'univocité des terminologies scientifiques est ainsi rappelé pour sous-tendre notre étude. La problématique de ce travail trouve sa justification sur cette affirmation de Creissels. S'agissant du sujet, il résulte du principe d'univocité des terminologies scientifiques un ensemble de questions : pourquoi le constituant sujet possède-t-il tant de dénominations? Quelles en sont les motivations? Quels rapports y a-t-il entre chaque appellation et son signifié ? Quelles difficultés peut engendrer la diversité des désignations ? L'analyse des dénominations recensées, que nous aborderons dans les chapitres suivants, nous permettra d'être fixé sur ces préoccupations.

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