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Les AVC au Maroc: etude des maladies à  risque et analyse des déterminants du degré d'handicap


par Rajae TOUZANI
CERDI / LASAARE - Master 2 économie de la santé et développement international  2013
  

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INTRODUCTION

Les maladies non transmissibles (MNT) sont les principales causes de décès aujourd'hui et sont en augmentation, comme l'indique l'Organisation Mondiale de la Santé dans son rapport sur la situation mondiale des MNT. Les maladies chroniques étaient auparavant le problème de santé majeur dans les pays à revenu élevé alors que les pays à revenu faible et intermédiaire se préoccupaient des maladies transmissibles. Mais les changements socio-économiques de ces pays ont changé la tendance. Selon les données de l'OMS, 80% des décès par MNT se produisent dans les pays à revenu faible ou intermédiaire.

Sur les 57 millions de décès qui se sont produits dans le monde en 2008, 36 millions, soit près des deux tiers, étaient dus aux MNT, principalement les maladies cardiovasculaires, les cancers, le diabète et les pneumopathies chroniques. Le Dr Margaret Chan « Directeur général de l'OMS », estime que les MNT portent un double coup au développement, provoquant des milliards de dollars de pertes pour le revenu national, et entraînent chaque année des millions de personnes au-dessous du seuil de pauvreté2.

Les maladies cardio-vasculaires sont responsables de la plupart des décès par MNT (17 millions de personnes chaque année), suivies par le cancer (7,6 millions), les maladies respiratoires (4,2 millions) et le diabète (1,3 million). Selon l'OMS, ces maladies ont tous les mêmes facteurs de risque comportementaux : le tabagisme, l'usage nocif de l'alcool et une alimentation déséquilibrée.

Le Maroc a réalisé des avancées remarquables dans le domaine sanitaire. Depuis son indépendance, il a déployé des efforts pour améliorer la santé de la population. L'amélioration de l'état de santé de la population grâce à la disparition de certaines épidémies (Poliomyélite, Diphtérie, Tétanos néonatal, Rougeole, Trachome, Paludisme, Bilharziose) et la généralisation de la campagne vaccinale (95% de la population en 1996)3 n'ont pas aidé à faire avancer les indicateurs sanitaires. En effet, la santé au Maroc présente encore des indicateurs alarmants avec un taux de mortalité maternelle (TMM) de 227 pour 100.000 naissances vivantes, un taux de mortalité infantiles (TMI) de 40 pour 1000 ainsi qu'une couverture médicale ne dépassant pas les 30% de la population4.

2 Selon le rapport de la situation mondiale des maladies non transmissibles, OMS 2010.

3 Selon le rapport du ministère de la santé « stratégie 2008/2012 »

4 Des chiffres du ministère de la santé 2009

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Trois des huit objectifs du millénaire pour le développement (OMD) sont destinés à la

santé :

- OMD 4 : Réduire la mortalité des enfants de moins de cinq ans

- OMD 5 : Améliorer la santé maternelle

- OMD 6 : Combattre le VIH/ SIDA, le paludisme et la tuberculose

Et à l'approche de la date butoir (2015), le Maroc se voit loin dans la réalisation des OMD en matière de santé. Ces derniers, sont en lien avec l'augmentation de l'épidémie des maladies non transmissibles (MNT) dues aux facteurs de la transition économique, l'urbanisation rapide et le mode de vie non sain. Les effets socio-économiques des MNT freinent aussi la réalisation des OMD qui ciblent les déterminants sociaux, tels que l'éducation pour tous et l'élimination de la pauvreté.

Le royaume du Maroc est parmi les pays qui ont connu une transition épidémiologique avec un intérêt particulier aux maladies chroniques. Cette transition est due à une modification dans l'âge de la population, des changements de style de vie (accroissement de la consommation du tabac, de l'alcool, diminution dans l'activité physique) ce qui tend à accroître la prévalence des facteurs de risques et donc le risque de survenue d'un AVC5.

On enregistre donc une augmentation dans les personnes souffrant de facteurs de risques cardiovasculaire, plus de 33% des marocains sont hypertendus, 29% ont un taux de cholestérol élevé et plus de 13% de la population sont obèses. Les MNT deviennent donc un problème majeur de la santé publique.

L'AVC est l'une des MNT constituant un problème de santé publique. Le nombre de personnes souffrant d'accident vasculaire, est en augmentation parallèlement que le vieillissement de la population.

L'OMS définit l'AVC comme « un trouble focal aigu du système nerveux central d'origine vasculaire ». Il correspond à un arrêt brutal de la circulation sanguine au niveau du cerveau, qui est dû soit à un caillot situé directement dans l'artère soit à une hémorragie en sorte de rupture de parois du vaisseau. A l'origine de cette pathologie, on trouve une perturbation de l'irrigation sanguine du cerveau, dont quelques cellules meurent en manque d'oxygène et autres composantes essentielles.

5 Le rapport « Le logement comme déterminant socio-économique du risque d'accident vasculaire cérébral au Maroc » BAGLIONE et ENGELS, Mai 2011, CERDI

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L'AVC est aussi la première cause d'handicap à l'âge adulte, la deuxième cause de démence et la troisième cause de mortalité. Il est donc clair que cette maladie constitue un lourd fardeau humain, surtout financier.

La raison de la survenue d'un AVC est liée à divers facteurs de risque. Ces derniers représentent des variables associées à la probabilité de la survenue d'une maladie. Un facteur de risque peut être modifiable par des interventions cliniques, épidémiologiques et/ou écologiques ou bien non modifiable.

Risques non évitables. Il s'agit principalement de :

- L'âge

- Le sexe

- Les antécédents familiaux

Risques évitables. On identifie des éléments de comportement de la vie courante

déclenchant ou aggravant la survenue de l'AVC. Parmi ces comportements :

- Les maladies à grand risque : HTA, diabète, maladies cardiaques

- Le tabac

- L'alcool

- Le surpoids

Pour le Maroc, il existe une enquête exhaustive qui étudie la prévalence et l'incidence sur des données de plus de 60 000 individus résident en milieu urbain et rural, avec informations sur leurs caractéristiques socioéconomiques, comportementales (hygiène de vie) et de morbidité. L'enquête a été réalisée dans le cadre d'une coopération entre le LASAARE et l'unité de neuropsychologie de l'hôpital des spécialités avec le soutien de l'académie Hassan II des sciences et techniques. Cette base a donné lieu à plusieurs travaux sur la prévalence (Louis Faye (2009), Hazzami (2009), et Sebgo (2009)) qui ont appliqué des outils de statistique descriptive et de l'économétrie (notamment le probit). Outre la mesure prenant en compte la normalisation, ils ont mis en exergue les facteurs qui aggravent le risque AVC. Florian Léon (2011) a recouru à la méthode des groupes appariés et a pu parvenir à des résultats complémentaires des précédents. Etant donné la faible fréquence des AVC, il a pu styliser, notamment par référence aux variables relatives au régime alimentaire.

Notre travail portera sur deux aspects en amont et en aval des AVC. Nous étudierons d'un côté les déterminants socioéconomiques et comportementaux des maladies qui agissent

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sur le risque AVC (en particulier l'HTA, les maladies cardiaques et le diabète) ; de l'autre nous analyserons la gravité des handicaps inhérents aux AVC. Nous tenterons d'apprécier l'effet des variables démographiques, à côté des variables précitées.

Ainsi le premier chapitre va être consacré à l'effet des diverses variables qui caractérisent les individus sur le risque qu'ils contractent une maladie à risque AVC.

Dans le deuxième chapitre, nous restreignons l'analyse à l'échantillon des personnes ayant subi un AVC (127 cas), et nous étudions la gravité des séquelles qu'elles en gardent. Nous analyserons, à côté des facteurs ayant précédé la survenance de l'AVC, l'âge et le niveau d'éducation ainsi que d'autres comportements qui ont un impact sur la gravité des handicaps que connaitront les individus.

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CHAPITRE I : LES DETERMINANTS SOCIO-ECONOMIQUES ET COMPORTEMENTAUX DE LA SURVENUE DES MALADIES A RISQUE D'AVC.

Plusieurs études ont déjà traité la relation qui existe entre le statut socio-économique, le comportement individuel et l'état de santé des individus. Cette relation diffère d'une MNT à l'autre, ce qui est le cas pour l'HTA, le diabète et les maladies cardiaques. Concernant ces maladies, que nous allons traiter dans notre étude, l'augmentation du revenu se traduit directement par un changement de style de vie et d'alimentation. Ce nouveau mode de vie (ex: forte consommation de protéines animales) accroit le risque d'HTA et de diabète.

Nous allons présenter dans la section qui suit, les résultats de certaines études qui se sont intéressées, d'une part, à la relation entre les déterminants socio-économiques et les maladies à risques d'AVC. D'autre part, les déterminants comportementaux et les facteurs médicaux évitables de l'AVC. Puis dans la deuxième section, nous allons présenter la base de données utilisée dans l'étude.

SECTION I : REVUE DE LA LITTERATURE ET PRESENTATION DE LA BASE DE DONNEES

I.1. LES ENSEIGNEMENTS DE LA REVUE DES ECRITS

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