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La radiodiffusion au cameroun de 1941 à 1990


par Louis Marie ENAMA ATEBA
Université de Yaoundé I - Master II en Histoire des Relations Internationales 2011
  

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I.2.2. Le rôle des radios étrangères

Parmi les médias parallèles qui avaient des liens étroits avec la radio nationale du Cameroun, il y avait les radios étrangères. Ces radios avaient un service international s'occupant des programmes conçus à l'intention des publics étrangers. Leurs activités relevaient d'une double mission : faire entendre au sein des pays étrangers desservis la voix des puissances dont elles véhiculaient l'idéologie et la culture; maintenir pour les ressortissants expatriés de ces puissances « le nécessaire lien radiophonique».

R.F.I. était une entreprise autonome. Dès le 1er janvier 1983, elle était une filiale de la radio nationale française. Mais elle était une création ancienne : elle avait hérité du poste colonial du maréchal Lyautey. Elle se voulait promotrice de la politique étrangère de la France. En effet, elle était destinée à « porter haut et fort la voix de la France dans le monde », et à informer ses expatriés du fonctionnement de la nation. Ses programmes étaient diffusés par la télévision française, à partir d'émetteurs situés en Hexagone. Depuis 1975, R.F.I. disposait d'une antenne appelée « Chaîne Sud » financée par le ministère français des relations extérieures, et tourné vers l'Afrique. Pour atteindre ses cibles africaines, elle utilisait des émetteurs installés en France à Issoudun et à Allouis. R.F.I. n'émettait qu'en Français vers l'Afrique.

Dans le centre de la France, R.F.I. disposait de 20 émetteurs, dont 8 de 500 kW. 19 émetteurs assuraient 261 heures de diffusion quotidienne, dont 180 heures vers l'Afrique et vers l'Océan Indien. Certaines émissions de coopération étaient intégrées dans les programmes de Radio-Cameroun: « Anthologie du mystère »; « Mémoire d'un continent »; le « Concours théâtral interafricain ». Le but de cette coopération était de contribuer à la collecte des ressources culturelles camerounaises, et à la valorisation de l'usage de la langue et de la culture française au Cameroun122(*). L'influence de R.F.I. était le résultat d'une écoute directe, rendue possible par la puissance de ses ondes. Il était ainsi plus facile pour les auditeurs camerounais de capter directement la R.F.I., et de recevoir un autre type de message. Car la radio nationale diffusait sur un périmètre réduit, et présentait une qualité sonore médiocre. R.F.I. diffusait en effet toutes les nouvelles importantes sur le pays. Ces nouvelles parvenaient à la rédaction de R.F.I., par le biais des agences mondiales d'informations, dont elle recevait les dépêches, ou par l'intermédiaire de quelques correspondants occasionnels, ou des journalistes de la rédaction de la radio nationale123(*). Ces informations glanées dans des conditions aussi incertaines, à partir du Cameroun, étaient diffusées sur l'ensemble du réseau international. R.F.I., qui jouissait d'une autonomie certaine, avait alors la possibilité d'informer l'auditoire camerounais des événements divers, sur lesquels la radio nationale faisait parfois le silence.

La B.B.C. diffusait des programmes en langue anglo-saxonne. La qualité d'écoute de la B.B.C. lui permettait de ravir la vedette à la radio nationale du Cameroun. L'écoute de la B.B.C. constituait un moyen de différenciation et d'appartenance culturelle chez les citadins camerounais, déterminés à affirmer leur position au sein de l'élite intellectuelle. L'enjeu de cette attitude était de se démarquer des personnes incarnant la médiocrité, dont la radio nationale serait l'un des vecteurs.

La préférence de certains auditeurs camerounais pour des radios occidentales était liée à leur envie d'évasion permanente, et à l'exotisme qui tendait à tenir pour idéal ce qui était étranger, réprouvant ce qui était local.

* 122 Cf. Archives de Radio-France Internationale.

* 123 R.F.I. n'ayant aucun correspondant permanent au Cameroun, elle pouvait s'approvisionner en informations locales, seulement par la collaboration volontaire et sporadique des journalistes de la radio nationale. L'envoie d'éléments de reportage par ces correspondants occasionnels se faisait à la demande de R.F.I. qui prenait en charge tous les frais techniques (circuit P.T.T., location des cabines), ainsi qu'une pige symbolique pour le correspondant.

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