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La radiodiffusion au cameroun de 1941 à 1990


par Louis Marie ENAMA ATEBA
Université de Yaoundé I - Master II en Histoire des Relations Internationales 2011
  

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II.2. Les défis de la radio nationale du Cameroun

La radio nationale ne répondait pas suffisamment aux attentes des Camerounais. Elle n'offrait pas des programmes d'éveil. Les contenus des programmes étaient dominés par la musique, et ne contribuaient pas ainsi à l'élévation de l'esprit des citoyens; l'un des défis majeurs de l'État camerounais, à cette période, caractérisé par l'analphabétisme des populations, étant de cultiver un esprit responsable, la réflexion sur des problèmes relatifs à l'environnement et aux conditions de vie des populations. D'après les résultats de l'enquête menée en 1972 par Albert Mbida, les auditeurs, pour la plupart, priorisaient les informations.

II.2.1. La professionnalisation des ressources humaines et la répartition rationnelle des rôles

La professionnalisation des ressources humaines de la radio nationale était un cheval de bataille des autorités. En effet, la radio constituait un pole important du développement. La professionnalisation des ressources humaines de la radio passait par la formation de base en matière de techniques de transmission de l'information et de recyclage continu, d'autant plus que les sciences de la communication évoluaient sans cesse.

Au cours des réunions organisées par l'U.N.E.S.C.O. à Moshi au Tanganyika en 1961 sur le développement de la radiodiffusion éducative et scolaire, et à Paris sur le développement de l'information en Afrique, la formation du personnel de radiodiffusion a fait l'objet de nombreuses discussions entre les spécialistes. Pour certains d'entre eux, cette formation devait être dispensée exclusivement en Afrique: il n'était pas question d'entraîner à Paris ou à Londres des Africains qui devaient exercer leur métier dans un milieu et pour un auditoire totalement différent de celui des pays où ils l'ont appris. D'autres experts pensaient qu'il n'était pas encore possible de dispenser une formation d'un niveau suffisamment élevé en Afrique. Ils soutenaient que le fait de sortir de leur pays d'origine constituait déjà, pour les futurs hommes de radio, une expérience qui pouvait s'avérer utile, par la suite, dans leur vie professionnelle. Ils ajoutèrent que la formation dans un centre européen unique pouvait favoriser le contact entre Africains différents145(*). Mais, en Afrique, la radiodiffusion avait besoin d'animateurs nombreux, issus des groupes ethniques divers. La formation des animateurs en Europe avait déjà permis à la radio de faire ses premiers pas en Afrique. La formation des animateurs et des techniciens pouvait se poursuivre en Europe ou en Amérique, en attendant la création des centres régionaux ou nationaux. Dans des centres de formation régionaux, les enseignements devaient tenir compte des réalités africaines. Ainsi, les hommes de radio formés dans des écoles camerounaises pouvaient adapter au pays l'expérience acquise sur place. Certains Camerounais obtenaient des bourses tunisiennes consacrées à la formation des cadres en radio.

Par ailleurs, la radio nationale utilisait deux langues officielles héritées de la colonisation: le français et l'anglais. Le français ravissait la vedette à l'anglais, car il occupait l'essentiel des programmes. Ce qui constituait un handicap pour la communauté anglophone, le bilinguisme n'y étant encore qu'embryonnaire. Ainsi, le message radiophonique n'atteignait véritablement toutes ses cibles. Ajouté à cela, l'analphabétisme, l'une des principales difficultés sociales du pays. Voilà pourquoi la station centrale de la radio nationale drainait peu d'auditeurs; la majorité d'entre eux s'adonnant à l'écoute des stations provinciales dont certains programmes étaient diffusés en langues nationales. Le Cameroun présentait une multiplicité d'ethnies et de cultures. Au sein des ethnies, il existait des tribus et des clans, mais les parlers étaient différents. C'est l'exemple des Mbouda et des Dschang de l'Ouest-Cameroun, qui ne pouvaient communiquer verbalement, en raison de leurs différences dialectales. C'est également l'exemple des Yambassa du Centre. Certaines populations utilisant ces langues ne comprenaient et ne parlaient des dialectes adoptés comme langues des émissions des stations régionales. Il s'agit notamment des Banen des Baka du Centre. Elles se sentaient ainsi lésées du système de radiodiffusion nationale. Or la radio d'État devait concourir à l'épanouissement de ses hommes. Bien plus, les personnes en charge d'animer les émissions en langues nationales dans des stations régionales n'avaient pas la qualification professionnelle appropriée en la matière. D'où les défaillances observées dans leurs méthodes de travail: l'adoption d'un accent non conforme, la conception d'émissions banales, sinon comment expliquer qu'elles soient supprimées des programmes à une époque donnée? En outre, l'influence des langues officielles héritées de la colonisation contribuait à désintéresser une frange des populations élitistes de leurs langues maternelles. Cela accentuait le système d'acculturation mis en place par l'impérialisme européen et consolidait la domination occidentale au Cameroun. Il était donc plus que jamais nécessaire de créer des centres de formation en journalisme sur les canons du traitement de l'information en langues nationales, dans un contexte caractérisé par l'illettrisme, l'inculture et l'acculturation. Car l'E.S.S.T.I. et les structures de formation privées ne dispensaient jusque-là que des enseignements en français et en anglais.

La spécialisation de la radio est restée un pari original. Beaucoup d'émissions devaient être orientées vers la thématisation. En effet, le Cameroun faisait face à une crise des mentalités réelle. Le besoin de conscientisation des populations était évident. Ainsi, un accent particulier devait être mis sur des émissions de divertissement où sportives. La radio se devait de multiplier des émissions relatives à l'agriculture, et de les adapter aux préférences des auditeurs. L'idée ne saurait être de remettre en question l'importance des émissions que nous avons présentées plus haut. Nous estimons simplement que la conception et la diffusion d'émissions devaient tenir compte des priorités d'alors qu'étaient, par exemple, la nécessité d'asseoir l'autosuffisance alimentaire, de développer l'économie, de rendre concrète notre indépendance. Ainsi, la régionalisation de la radio devait s'accompagner de sa scientifisation poussée, prenant en compte les réalités locales. Elle allait intéresser les publics dans des domaines particuliers de la vie. Cela supposait qu'une frange d'auditeurs éprouvait le besoin de se cultiver dans des secteurs précis, ou de se familiariser avec des notions spécifiques. Les responsables de la radio devaient renouveler les programmes, se donner des moyens financiers et matériels appropriés, et trouver des équipes professionnelles imaginatives et réactives. Ce déploiement allait permettre au médium de service public de répondre à sa mission de défense et de promotion du patrimoine du pays.

L'un des défis majeurs de la radiodiffusion au Cameroun de 1961 à 1990 étaient d'asseoir son efficacité. Cela passait par la spécialisation accrue de ses cadres. Par exemple, il devait avoir des spécialistes qualifiés en matière de montage des programmes, de reportage sur le terrain, ceux ayant pour fonction la présentation du journal, et ceux compétents pour traiter spécifiquement des questions relatives au conflit israélo-arabe. Les cadres et les animateurs de la radio nationale devaient être soumis à la formation continue, en vue de s'enquérir des nouveaux canons du métier, et d'adapter le traitement de l'information radiophonique à l'origine socio-culturelle des auditoires. La prise de conscience devait donner aux responsables des services radiophoniques camerounais de réfléchir à des faiblesses de leur corps de métier: les insuffisances matérielles, le déficit de cadres spécialisés, notamment sur les émissions éducatives, le manque de coopération avec des services administratifs spécialisés, susceptibles de garantir l'efficacité à la radio. La prise de conscience pouvait également mettre la radio à l'abri de l'influence du gouvernement, ou des puissances étrangères. La radiodiffusion camerounaise avait grand besoin d'animateurs nombreux, issus des groupes ethniques divers susceptibles de séduire l'auditoire. Ces groupes ethniques devaient connaître l'auditoire dans ses détails. Il était utile de créer des centres de formation d'animateurs et de techniciens au Cameroun. Les personnels formés devaient être perfectionnés.

La redistribution des rôles dans des diverses techniques de l'information s'avérait nécessaire. Cela devait tenir compte des possibilités spécifiques de chacune de ces techniques, dans un esprit de coopération avec la télévision, et non de compétition. Il était impératif de repenser de nouvelles méthodes de réflexion et leur assigner des missions spécifiques.

* 145 F. Bebey, La Radiodiffusion en Afrique Noire, Afrique-Monde, Paris, St. Paul, 1963, p. 162.

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