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La formation des enseignants et les enjeux de l'enseignement de l'histoire de 1880 à  1905 et leurs héritages.

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par Sophie VAN-WAESBERGE
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c- Les limites de l'école de la III ème République passées sous silence dans les manuels scolaires .

Après avoir analysé différents manuels scolaires, utilisés sous la IIIème République dans les écoles primaires, ainsi que des manuels d'histoire utilisés aujourd'hui dans le premier et second degrés, un élément surprend. Les limites de l'école républicaine, celles de la IIIème République ainsi que celles de ses « héros » comme Jules FERRY sont passées sous silence. Suzanne CITRON est une des rares historiennes à avoir relevé les faiblesses de la IIIème République53.

Historiens, ministres, enseignants, tous s'entendent sur le fait que l'enseignement de l'histoire doit contribuer à l'éveil de l'esprit critique des élèves. Or, en réalité, lorsque nous observons les manuels scolaires qui traitent de la IIIème République, nous pouvons remarquer que tous offrent une vision idéalisée de cette époque. Il y a donc une contradiction entre les objectifs dictés par les programmes scolaires et la réalité des manuels scolaires.

Tout d'abord, nous avons constaté que Jules FERRY est choisi comme fil conducteur pour l'étude de la IIIème République. Il y est présenté comme un militant républicain dont son oeuvre scolaire a contribué à l'enracinement du régime politique. Nous pouvons souligner le fait que bien trop souvent, les manuels scolaires offrent une vision biaisée de Jules FERRY puisque seule la dimension du fondateur de l'école républicaine y est présentée. L'intérêt de Jules FERRY pour les colonies est généralement passé sous silence. Afin d'offrir un portrait complet de Jules FERRY, il serait donc judicieux d'utiliser ce personnage comme fil directeur du chapitre sur les évolutions politiques de la France de 1815 à 1914 et de l'utiliser de nouveau dans le chapitre sur les colonies. Cela permettrait donc de présenter d'une part le républicain soucieux de l'instruction de son peuple, et d'autre part de présenter l'homme partisan de la colonisation.

Outre le fait de passer son silence l'implication de Jules FERRY dans l'exploitation des colonies, les manuels scolaires actuels ainsi que ceux produits à la fin du XIXème siècle passent sous silence les failles de l'école elle-même. En effet, aucun ouvrage scolaire n'évoque les châtiments corporels subis par les élèves à cette époque. Si une loi est adoptée en 1887 pour interdire les châtiments corporels à l'école, de nombreux témoignages et archives prouvent que ces-derniers ont

53 CITRON, Suzanne, L'histoire des hommes, Paris, Syros, 2000.

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persisté durant des années. L'ouvrage de Jules VALLES, L'Enfant54, publié en 1881 est le premier à dénoncer les châtiments corporels infligés aux élèves à l'école primaire. Jérôme KROP, maître de conférences à l'Université de Rennes a travaillé sur les châtiments corporels infligés aux élèves des écoles primaires de la Seine entre 1880 et 191455. Jérôme KROP a analysé les dossiers des instituteurs et institutrices ayant enseigné dans les écoles primaires de la Seine durant cette période. Il a constaté que plus de 10% des instituteurs ont fait l'objet d'au moins une plainte de parents dénonçant les actes de violence commis en classe. Les violences semblent être davantage commises par des instituteurs. 11,5 % des dossiers d'instituteurs étudiés comportent au moins une plainte pour des violences contre 2,5 % pour les dossiers des institutrices. Les plaintes font état de gifles, coups, violences commises avec un objet (cahier par exemple) ou avec une férule. L'usage de la férule, instrument doté d'une lamelle de cuir divisée en deux est encore très répandu dans les écoles primaires à la fin du XIXème siècle et au début du XXème siècle.

Par ailleurs, en observant les manuels scolaires, nous pouvons remarquer qu'ils passent sous silence le fait que seule l'école primaire était accessible aux enfants du peuple. Il est important de rappeler qu'à cette époque le système scolaire se fait à deux vitesses. D'une part, nous avons l'école primaire gratuite et obligatoire pour les enfants âgés de six à treize ans. D'autre part, nous trouvons les écoles primaires supérieures chargées de l'enseignement secondaire accessible uniquement aux titulaires du certificat d'études. Les écoles primaires supérieures étaient payantes. Seuls les notables et bourgeois avaient donc la possibilité de les intégrer. L'école primaire de Jules FERRY est donc un ascenseur social discutable où l'égalité des chances n'est pas toujours respectée.

Enfin, les manuels scolaires n'abordent pas la difficile scolarisation des filles dans le secondaire. L'histoire du genre et la question de la mixité à l'école sont passées sous silence dans les manuels scolaires. Pourtant, ils permettraient d'interroger la valeur républicaine d'égalité et permettrait d'amener les élèves à réfléchir sur les limites des grandes lois scolaires de la fin du XIXème siècle. Dès la fin du XVIIIème siècle, des hommes comme CONDORCET réclament une égalité des genres concernant l'accès à l'éducation. Il affirmait l'idée qu'on ne pouvait pas prôner l'égalité politique de tous et maintenir l'inégalité des institutions comme l'école. La loi de Jules FERRY qui rend l'école obligatoire pour les garçons et pour les filles âgés de six à treize ans

54 VALLES, Jules, L'Enfant, Paris, Livre de Poche, 1972.

55 KROP, Jérôme, « Punitions corporelles et actes de brutalité dans les écoles primaires publiques du département de la Seine (1880-1914) », Histoire de l'éducation, 118, 2008, 109-132.

gomme en apparence les inégalités du genre au sein de l'école. En réalité, cette loi n'est qu'une étape dans le processus de scolarisation des filles comme le souligne l'historienne Françoise LELIEVRE dans son ouvrage56. Si elles ont en effet accès à l'éducation primaire à partir de 1882, peu de filles ont accès à l'enseignement secondaire. Elles sont souvent cantonnées au rôle de mère par leur famille. Lorsqu'une famille aux revenus moyens a l'opportunité d'offrir des études secondaires à l'un de ces enfants, celle-ci privilégie les garçons. Outre le fait que la famille ferme l'accès à l'éducation aux filles, l'institution elle-même limite leur opportunité de faire des études. En effet, il a fallu attendre 1880 et la loi Camille Sée pour que soit créé l'enseignement secondaire laïque pour les filles.

Enfin, la thématique de l'école républicaine peut être considérée comme étant une question socialement vive d'après la définition proposée par CHEVALLARD en 1997. Selon lui, une question est socialement vive lorsqu'elle prend une forme scolaire et fait l'objet de débats relatifs aux savoirs savants de référence dans la sphère scientifique, mais aussi dans la sphère médiatique et sociale. Les questions socialement vives sont des questions que se pose une société. Dans le cadre de notre étude, la société actuelle se demande s'il ne serait pas judicieux de revenir à une école qui ressemblerait à l'école de la IIIème République. Cette école et ses finalités demeurent, aujourd'hui encore, un idéal.

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56 LELIEVRE, Françoise, Histoire de la scolarisation des filles, Paris, Nathan, 1991.

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