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Réflexion sur la prise en compte du changement climatique à  Rennes : eau, végétation & àŪlot de chaleur urbain


par Thibaut FILLIOL
Université de Strasbourg - Master 2 Géographie Environnementale 2016
  

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4.1.1 De sa création à Berlin à son adaptation par certaines villes

françaises

Le coefficient de biotope a été mis au point à Berlin et est utilisé depuis 1998 en Allemagne. Il représente un gage de qualité de l'environnement urbain, en maintenant la biodiversité en ville, en améliorant la qualité de l'air, le confort thermique extérieur, tout en permettant d'intégrer la notion de gestion des eaux pluviales. Le dispositif permet aussi de valoriser les logements et ses extérieurs (Kopetzki, 2008).

En France, la loi ALUR29 du 24 Mars 2014 permet d'élargir le règlement au sein du PLU, en proposant des règles qui imposent une part minimale de surfaces non imperméabilisées (aussi appelées « surfaces écoaménageables »). Cependant, ce recours n'est pas une obligation et rentre donc dans une démarche volontaire des collectivités (Club PLUi, 2015). Néanmoins, plusieurs communes ont décidé de formuler de nouvelles règles en faveur de l'environnement, à partir de l'exemple de Berlin. Celles-ci prennent le nom de « coefficient de biotope » ou de « coefficient de végétalisation ». Mise à part Paris, la plupart des communes ayant mis au point ce type de dispositif sont de taille relativement moyenne voire faible. De plus, elles restent encore peu nombreuses. Ceci peut s'expliquer par le caractère contraignant d'élaborer une nouvelle règle, dans un document qui peut paraître déjà trop complexe. Malgré cela, on note depuis 2015 une nouvelle dynamique, avec plusieurs communes qui réfléchissent à l'élaboration d'une règle de ce type dans le cadre de la révision de leur document d'urbanisme, comme à Dijon, Arras ou Beauvais. Le coefficient de biotope peut se révéler comme un levier d'action efficace sur le domaine privé, secteur où la marge de manoeuvre des collectivités est relativement mince. Les prochains paragraphes permettent d'expliquer le fonctionnement et la logique du coefficient, au travers d'exemples significatifs.

29 Loi pour l'Accès au Logement et un Urbanisme Rénové

A. Berlin

Le coefficient de biotope a été développé dans la capitale allemande, juste avant les années 2000. Il est fixé dans le plan de paysage (« Landschaftspläne »), un document de planification annexe au PLU (« Flächennutzungsplan ») (Annexe 14). Le plan de paysage est un instrument de planification du paysage au niveau des villes.

Sa tâche est orientée vers les objectifs et les principes de conservation de la nature et du paysage. Le coefficient de biotope est effectif dans les zones urbaines sollicitées par ce document, où il fait alors partie du permis de construire30 (PC) (Annexe 15).

Dans les zones urbaines non soumises au plan de paysage, le coefficient de biotope n'est pas imposé dans le permis de construire, mais il peut y être rattaché (CERTU31, 2012).

Le principe de calcul du coefficient de biotope est assez simple, une fois la logique comprise. Chaque projet soumis au plan de paysage est conditionné par un coefficient de biotope seuil à atteindre. Ce coefficient dépend à la fois de la nature du projet (construction neuve, extension, etc.), mais aussi de l'emprise au sol32 (Figure 15). Pour atteindre le coefficient de biotope demandé, le porteur du projet a le choix d'aménager son terrain comme il le souhaite. Le but étant bien sûr de renforcer la végétation du terrain. Pour l'aider dans sa réalisation, chaque type de surface susceptible d'être aménagée est lié à une valeur écologique, définit sous la forme d'un coefficient de pondération. Celui-ci varie de 0 pour les surfaces imperméables (béton, asphalte) à 1 pour les surfaces les plus

« efficaces » d'un point de vue
environnemental (pleine terre) (Figure 16).

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Figure 15 : Valeurs seuil du coefficient de biotope selon la nature du projet ( http://www.stadtentwicklung.berlin.de)

30 Autorisation donnée par une autorité administrative d'édifier une ou plusieurs constructions nouvelles ou de modifier une ou plusieurs constructions existantes, préalablement à l'exécution des travaux (Droit de l'urbanisme d'Henri Jacquot, 2015)

31 Centre d'Études sur les Réseaux, les Transports, l'Urbanisme et les constructions publiques

32 Correspond à la projection verticale sur la parcelle du volume de la construction

36

Ce coefficient correspondrait en fait au pourcentage de l'eau pluviale interceptée sur une année : par exemple, un coefficient de 0.2 pour une surface de type mur végétalisé intercepterait 20% de l'eau pluviale reçue sur une année (Grand Lyon, 2015).

Figure 16 : Types de surfaces et coefficients associés
(
http://www.stadtentwicklung.berlin.de)

Surface écoaménageable (m2) =
(Surface de type A*coef.A) + (surface de type
B*coef.B) + ... + (surface de type n*coef.n)

Pour calculer le coefficient de biotope final de la parcelle, on réalise le calcul suivant (Figure 17) :

Figure 17 : Détails du calcul du coefficient de biotope

( http://www.stadtentwicklung.berlin.de)

La ou les surfaces écoaménageables choisies par l'aménageur sont calculées en multipliant la surface de ces dernières (en m2) et leur coefficient de pondération associé (entre 0 et 1). On divise ensuite le résultat par la surface totale de la parcelle (en m2).

On peut illustrer le dispositif par un exemple concret :

On dispose d'une parcelle de surface totale de 479 m2 de type emprise industrielle. Le coefficient de biotope à atteindre pour ce terrain est donc de 0.3 (selon Figure 15).

La surface d'emprise au sol, correspondant au bâtiment en rouge, est de 279 m2.

Le reste de la parcelle (soit 200 m2) correspond donc aux espaces libres : ces derniers sont aménagés d'asphalte sur 140 m2 (en gris) et de pelouse sur 59 m2 (en vert).

On peut calculer le coefficient de biotope initial de la parcelle, c'est-à-dire avant réaménagement :

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On multiplie pour cela chaque type de surface à son coefficient de pondération, puis on fait la somme des surfaces écoaménageables :

? 140 m2 d'asphalte * 0 = 0 m2 de surface écoaménageable

? 59 m2 de pelouse * 0.5 = 30 m2 de surface écoaménageable

Le coefficient de biotope initial est donc de : 30/479 = 0.06 On est donc loin du coefficient imposé, qui est de 0.3.

Pour pallier au problème, le porteur du projet peut opter pour plusieurs types d'aménagements, en associant des surfaces à meilleure valeur écologique, par exemple :

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? 115 m2 d'espaces verts de pleine terre * 1 = 115 m2 de surface écoaménageable ? 85 m2 de pavés * 0.3 = 25.5 m2 de surface écoaménageable

Grâce à cette nouvelle association, le coefficient de biotope de la parcelle est maintenant de : 140.5/479 = 0.3

L'aménageur est donc désormais en accord avec la règle imposée dans le permis de construire.

L'action sur le secteur privé au travers de la mise en place du coefficient de biotope à Berlin a participé de manière efficace à la végétalisation de la ville, qui est désormais reconnue comme une des principales « ville verte » d'Europe.

À côté de cela, l'Allemagne fait également face à des restrictions budgétaires importantes, qui se répercutent sur le secteur public, notamment au niveau de la gestion des espaces verts.

Pour contourner le problème, le pays a mis en place des mesures environnementales compensatoires. Le principe est globalement le même que les compensations environnementales des études d'impact. De manière concrète, un projet qui pollue ou qui détruit une zone naturelle pour son activité doit pouvoir en aménager une autre ailleurs. C'est notamment grâce à ce procédé que Berlin arrive à créer de nouveaux espaces verts au sein de la ville, mais aussi au niveau de sa périphérie (comme le Naturpark Barnim par exemple) (Kopetzki, 2008).

En France, les règles sont toutes issues et adaptées de l'exemple original de Berlin. En revanche, celles-ci s'appliquent généralement en fonction du zonage du PLU, étant donné qu'il n'existe pas de document correspondant au plan de paysage allemand.

Les exemples français qui suivent proviennent des informations recueillies dans les différents PLU des communes, ainsi que des documents annexes qui ont pu être récupérés.

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