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Terrorisme et géopolitique en Afrique. Sens et contresens.

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par Sékou COULIBALY
Alassane Ouattara de Côte dà¢â‚¬â„¢Ivoire - Master 2015
  

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DEUXIÈME PARTIE : STRATÉGIES GÉOPOLITIQUESET ENJEUXDU TERRORISME EN AFRIQUE

D'Yves Lacoste, on retiendra que « l'articulation des connaissances relatives à l'espace est un savoir stratégique, un pouvoir »43(*).Cette assertion fait dépendre l'espace d'un souci de stratégie. Mais qu'est-ce que la stratégie ? Cette question va nous permettre, pour pasticher cette formule que nous tenons de Michel Serres dans La guerre mondiale, à forer un trou aveugle que les égoutiers nomment regard, et ce regard sera porté vers l'implication des stratégies géopolitiques dans la propagande et dans la lutte contre le terrorisme en Afrique. En d'autres termes comment les stratégies géopolitiques contribuent-elles au développement des violences terroristes en Afrique ? Comment ces limites peuvent-elles être érigées en avantages ?

CHAPITRE 1: TERRORISME ET STRATÉGIESGÉOPOLITIQUES

Il faut signifier, d'ores et déjà, la pluralité de définitions du concept de stratégie. Le plus souvent, le terme s'apparente à la doctrine d'une institution militaire ou d'un État, à une théorie, à une science ou à une analyse. En tant que théorie, la stratégie consiste en la mise en place d'un dispositif visant à dissuader un adversaire pendant le conflit ou à le dissuader d'une éventuelle initiative de conflit. En cela, la lecture d'EdwardLuttwaks'avère opportune. Pour lui, en effet, « "Si tu veux la paix, prépare la guerre" (...) "La meilleure défense, c'est l'attaque" »44(*).Ici, la stratégie se conçoit en termes de conduite et de conséquences des relations entre humains dans le contexte d'un affrontement armé effectif ou éventuel. « L'exemple le plus évident de cette règle est toute la conception de la « dissuasion nucléaire »si bien assimilée aujourd'hui par tout un chacun... Se tenir prêt à attaquer est la preuve que l'on nourrit des intentions pacifiques45(*)

Cela dit, la stratégie nous apparait, à la suite de Luttwak, comme « L'art de la dialectique des volontés employant la force pour résoudre leur conflit. »46(*)Cette conception du stratège américain Luttwakfait de la stratégie le domaine de l'activité pratique de « la plus haute direction militaire et politique, de commandement suprême et du grand quartier général ». Elle accompagne les États et leurs forces armées à la guerre et dans la défense de leurs territoires. La stratégie peut ainsi s'accommoder avec la notion de géopolitique en ce sens qu'elle stipule « un déploiement particulier des forces, mais encore le sort des territoires exposés au danger »47(*).Cela est également du ressort de la géopolitique entendue comme « l'analyse des rivalités de pouvoir (toute sorte de pouvoir) sur du territoire ».48(*)Et, s'il est évident que la géopolitique cherche à identifier les acteurs et les enjeux de pouvoirs au sein d'une zone donnée, cela revient à la présenter avant tout comme une nouvelle forme de gestion et de sécurisation des États, mais également comme une politique de prévention et de rectifications des ambitions politiques.

À ce titre, la géopolitique en tant que la science de l'État - État en tant qu'organisme géographique ou comme entité dans l'espace - observe fermement l'unité étatique et veut contribuer à la compréhension de la nature de l'État. Cela laisse entrevoir son objet en tant qu'étude des interactions entre l'espace géographique et les rivalités de pouvoirs qui en découlent. La géopolitique est le terrain de manoeuvre de la puissance locale, régionale ou mondiale. Son but n'est pas seulement de décrire et d'analyser des enjeux et conflits « objectifs », elle traite des conflits relatifs à des territoires. La stratégie géopolitique stipule que « l'emploi éventuel de la force suppose la connaissance préalable du milieu dans lequel les unités doivent agir ainsi que la nature de la menace »49(*).Christian Bouquet explique mieux cela. Pour lui, la géopolitique se donne pour mission « une lecture commentée et critique des événements qui ont précipités le pays dans le désastre »50(*).Il s'agit, pour le signifier autrement avec Yves Lacoste, non seulement de

cet ensemble de représentations cartographiques et de connaissances très variées envisagées dans leur rapport à l'espace terrestre et aux différentes pratiques du pouvoir formant un savoir clairement perçu comme stratégique ou comme instrument de pouvoir51(*),

maisd'uneintellectiondes rivalités de pouvoir sur les territoires. Dès lors, la notion de stratégies géopolitiques permet d'illustrer les rapports de forces, les jeux d'intérêts, existants sur des espaces géographiques et pour analyser les relations inter-États. Disons aussi que la stratégie géopolitique concernelarelation entre les Nations basée sur l'échange, le commerce, la globalisation. Ce qui est contredit par la mise en séquences des nations caractérisée par la défense des intérêts égoïstes, la compétitivité entre les Etats. La stratégie géopolitique prend ainsi une apparence communautariste et une application marquée par le jeu d'intérêts économiques égoïstes. Ce qui justifierait le terrorisme comme guerres d'intérêts économiques et géographiques.

Si la stratégie géopolitique suppose donc l'intellection des rapports de forces- étatiques (en ce qu'elle est l'apanage des États) et militaires(en ce qu'elle est l'art de la dialectique utilisant la force pour résoudre les conflits) - comment comprendre son implication dans le phénomène du terrorisme en Afrique ? Si le prix de la paix est la guerre, s'il faut prévenir une éventuelle attaque par le surarmement, comment expliquer l'avènement du terrorisme en Afriqueet celamalgré l'implication de la plus grande et de la plus puissante armée mondiale (en ce jour) les États-Unis, dans la lutte contre le terrorisme mondial ? Sûrement, les rivalités politiques en Afrique en sont pour quelque chose.

I. Rivalités politiques et émergence du terrorisme en Afrique

Le terrorisme, il convient de le signaler, est caricaturé voire manifesté dans la mentalité populaire. Du terrorisme, tout le monde a ses convictions, ses attentes et ses aspirations. Mais au-delà de l'être-là-immédiat de cet acte, de son immédiateté, quelque chose de fondamental se manifeste. C'est que le terrorisme, en tant que l'expression de la terreur censée durer et perdurer, peut se justifier par la recherche du bonheur du plus grand nombre et parait pour ainsi dire, comme un acte salvateur, ou mieux, de salut face à certains systèmes archaïques ou totalitaristes qui subordonnent les libertés individuelles et collectives. La violence advient lorsque l'État fait de la domination sa fin dernière, lorsqu'il tient le citoyen par la crainte52(*).

Dans ce contexte, on s'aperçoit que le terrorisme ne nait pas ex-nihilo. Il pourrait être le produit d'une mauvaise gouvernance, de l'exploitation abusive de l'homme par son semblable, d'un sentiment de ras-le-bol collectif ou individuel. Cela ne donne-t-il pas à penser autrement ? Bien évidemment. Car, parler du rapport des citoyens à la politique,comme contribuant à l'avènement du terrorisme, revient, avant tout, à présenter le terrorisme comme un préalable au contrat social ou comme le manifeste de la rupture de ce contrat, le plus important demeurant la valorisation de l'humain.

Mais, quelle est cette revendication humaniste ou humanisante qui met paradoxalement et vraisemblablement fin à de nombreuses vies humaines, à travers une violence indescriptible ? Serait-ce la manifestation de l'agressivité humaine ou celle de sa préférence de la guerre à la paix ?

Qu'il s'agisse de violence d'un État qui cherche à asseoir sa suprématie, de la bestialité ou d'une révolution contre l'État pour établir une justice, la violence terroriste, à l'instar de toute autre sorte de violence, ne saurait tout de même être salutaire. Elle engendremisère et désespoir même si elle demeure, pour certains, une lucarne appropriée. On comprend dès lors l'auteur de Paix et guerre entre les nations53(*)lorsqu'il dit que nul Homme n'est assez dénué de Raison pour préférer la guerre à la paix. Qui plus est, dans une logique terroriste,« nul ne sait avec qui négocier »54(*)car les normes juridiques du contrat s'ébranlent face à « la barbarie vengeresse »55(*). Les rivalités politiques peuvent justement être analysées en Afrique sous l'angle d'une barbarie vengeresse se présentant sous la forme flagrante d'une rupture du contrat mais également du lien social. La raison, simplement parce que l'accession au pouvoir politique semble le seul moyen légal offert aux dirigeants et à leurs alliés, de se venger d'une domination ou d'une quelconque injustice qu'ils auraient subir pendant que la gestion des affaires revenait à d'autres groupes. Et, comme on peut le voir chez Habermas, « en mettant fin au compromisde l'État social, on fait resurgir les crises qu'il avait permis de contenir.»56(*)

Autrement dit, la barbarie vengeresse qui rompt les compromis sociaux en Afrique occasionne la résurgence sous diverses formes de crises qui auraient pu être évitées dans un cadre régulé autour d'un État-nation. C'est dire et reconnaitre que les rivalités de pouvoirs politiques au sein de nos pays africains défavorisent le maintien de la paix par des tendances à la « désintégration sociale ». À coup sûr, on en arrive à un recrutement de mercenaires étrangers ou locaux pour des desseins « politiques de « démantèlement » qui portent préjudice à la solidarité sociale et mettent la stabilité démocratique de la société à rude épreuve. »57(*)

Ainsi, au-delà de tout cliché médiatique ou de toute méprise, on comprend icicomment les rivalités de pouvoirs en Afrique donnent lieu au terrorisme sous la forme de mercenariat avec pour seule ambition, la destitution du pouvoir ou sa mise en cause. Cette même réalité,entermes de désintégration sociale, peut être l'oeuvre d'un tyran cherchant à monopoliser le pouvoir. On parle alors du terrorisme d'État exercé par l'Etat, qui use de façon excessive de son monopole de la violence légitime.Il peut également désigner, le fait par ce tyran, afin d'obtenir une période de transition et échapper aux normes juridiques ou constitutionnelles, de faire croire à l'idée d'une instabilité.

À ce sujet, Michel Walzer écrit « Terroriser des individus ordinaires est avant tout l'oeuvre de la tyrannie, comme l'a dit Aristote : « Le premier but des [tyrans] et la fin qu'ils poursuivent est de briser le moral et la force de leurs sujets »58(*). « Ils cherchaient à détruire le moral des civils. »59(*) Autrement dit, par la terreur, les dirigeants politiques parviennent à leurs fins. Ils créent un état d'esprit, une psychose dont le but est de saper le moral des citoyens. Du coup, dans cette ambiance de psychose, d'incertitude, craignant plutôt pour leur survie qu'un contrôle de budget, les populations se dispensent des audits au grand plaisir des despotes. On peut donc être tenté de croire que les moyens politiques déployés dans le traitement du terrorisme répondent au mieux aux seules ambitions politiques.

On peut dès lors se demander, quels intérêts a-t-on à abriter chez soi le terrorisme ?Comment expliquer, le fait par un État, de s'auto-assaillir ? Est-ce, ce fait, prémédité ? Assurément, il relève de la non-maitrise de ce qu'il convient d'appeler chez Yves Lacoste, la description méthodologique des espaces, tant sous les aspects « physiques », que sous leurs caractéristiques économiques, sociales, démographiques, politiques. C'est-à-dire que la méconnaissance de l'espace qu'est la géographie conduit inéluctablement à son envahissement par des regroupements d'individus en inharmonie avec la stabilité.

De ce point de vue, on peut justifier la présence de terroristes sur les sols africains par bien d'aspects, au-delà de la simple volonté d'autodestruction des leaders africains. Il peut s'agir d'une mauvaise appréhension de son espace. Ainsi, la carte en tant que « la production des officiers pour les officiers »60(*),c'est-à-dire en tant qu'instrument de guerre, doit intéresser l'appareil d'État « pour le contrôle et l'organisation des hommes qui peuplent son territoire et pour la guerre.»61(*)De la sorte, la carte apparait aux yeux d'Yves Lacoste comme un « tactique », c'est-à-dire une stratégie pour contenir les violences, un moyen de domination indispensable, de domination de l'espace.

Les rivalités politiques doivent, dans un tel contexte, porter sur la maîtrise de stratégies impliquant une certaine connaissance politique et mathématique de l'aire géographique sur laquelle on entend exercer sa domination. Ce qui implique la maîtrise parfaite de la zone d'influence et par revers, à avoir une influence sur d'éventuel mouvement de révolution ou d'attaque tel le cas du terrorisme aujourd'hui. L'on rivalise le pouvoir en Afrique à des fins personnelles en oubliant, du reste, les exigences que cela comporte. Ce qui justifie d'ailleurs, le fait par les prétendant à la magistrature suprême de nos États, de se faire parrainer par les puissances occidentales « en droit ? » de choisirqui62(*) doit gouverner63(*).Il s'agit là, d'une géostratégie de la mainmise occidentale sur les affaires africaines : l'autre nom du néocolonialisme.

* 43 Yves LACOSTE, La géographie, ça sert, d'abord, à faire la guerre, op. cit.,p. 11.

* 44Edward N. LUTTWAK, Le paradoxe de la stratégie, Trad. Marc Saporta, Paris, Éditions Odile Jacob, 1989,quatrième page de couverture.

* 45Idem, p.12.

* 46Ibidem, p. 308.

* 47Ibidem, p. 163.

* 48 Yves LACOSTE, De la géopolitique aux paysages,Paris, Armand Colin, 2003, cité par Christian BOUQUET, op.cit., p. 13.

* 49 Jean FLEURY, La France en guerre au Mali, op. cit, p. 118.

* 50 Christian BOUQUET, Géopolitique de la Côte d'Ivoire, Le désespoir de Kourouma, 2è édition, Paris, Armand Colin, 2008, p. 9.

* 51 Yves LACOSTE, La géographie, ça sert, d'abord, à faire la guerre, op.cit.,p. 14.

* 52Spinoza, Traité théologico-politique, Paris, Gallimard, 1965, p. 329.

* 53 Raymond ARON, Paix et guerre entre les nations, Paris, Calmann-Lévy, 2004.

* 54 Michel SERRES, op.cit, p.87.

* 55Idem, p.97.

* 56 Jürgen HABERMAS, Après l'État-nation, Une nouvelle constellation politique, Paris, Pluriel, 2013, p. 29.

* 57Idem, p.31.

* 58 ARISTOTE, La politique, cité par Michael WALZER, op.cit, p. 363.

* 59 Michael WALZER, op.cit, p. 363.

* 60Yves LACOSTE, La géographie, ça sert, d'abord, à faire la guerre, op. cit, p. 11. Initialement, la carte est un instrument de guerre. Elle est destinée à la maitrise de territoires donnés, à l'exploitation de ces territoires. La bonne maîtrise de l'espace garantie une bonne posture pour les guérillas.

* 61Idem.

* 62 Faisant allusion à l'individu du choix des occidentaux.

* 63 Sur tel ou tel espace africain.

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