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Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun.

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par Paule Danielle MEKA'A EBANG
Université de Yaoundé 2-SOA - Master 2 2013
  

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CONCLUSION GENERALE

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Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

Ce travail pose le problème de l'accès approprié aux services bancaires auquel se heurte une grande partie de la population camerounaise, déjà confrontée à des inégalités socio-économiques. En renforçant ces dernières, l'exclusion bancaire compromet la contribution du système bancaire au financement du développement économique et humain. De plus, elle occasionne l'instabilité macroéconomique, néfaste pour la croissance économique (Breen et Garcia-Pénalosa, 1999).

La thèse de l'instabilité socio-politique met en garde contre les manifestations que pourrait entraîner un contexte de fortes inégalités (Perotti, 1996), la conséquence immédiate serait une réduction de l'incitation à investir et de faibles taux de croissance économique (Alesina et Perotti, 1996). Ces développements mettent en lumière l'urgence de repenser le système bancaire camerounais, dans l'optique de le rendre plus inclusif.

La contribution positive du développement bancaire et financier à la croissance est mise en exergue par dans la littérature économique (Beck, Demirguç-Kunt et levine, 2004). Ainsi, les banques permettent d'accroître les volumes d'épargne et d'investissement, et de sélectionner les investissements les plus productifs, améliorant alors la productivité marginale du capital (Ayoub, 2009/1). Les agents économiques exclus du système bancaire peuvent difficilement accéder à la santé ou à l'éducation et sont dans l'incapacité, non seulement de faire face à d'éventuels aléas, mais aussi de réaliser des projets d'investissement rentables. Les conséquences qui en découlent prennent la forme de l'altération des liens sociaux, de la stigmatisation, de la mise à l'écart et de la marginalisation économique des personnes qui en sont victimes, lesquelles peuvent difficilement mener une vie normale (Servet, 2000).

Le point d'ancrage de ce travail a été d'identifier les facteurs explicatifs de l'exclusion bancaire au Cameroun, étape essentielle et primordiale dans la construction d'un système bancaire inclusif. L'importance de cette démarche est démontrée à travers un ensemble de travaux visant le même objectif et recourant à une méthodologie similaire.

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Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

Une incursion dans la littérature se rapportant à l'exclusion bancaire nous a permis d'identifier les causes de ce phénomène au Cameroun, aussi bien du côté de l'offre que de celui de la demande de services bancaires.

Ainsi, du côté de l'offre, les effets pervers de la réglementation et les politiques commerciales mises en oeuvre par les établissements de crédit, soumis à de fortes contraintes de rentabilité, sont à l'origine de l'exclusion bancaire. Gloukoviezoff (2010) voit en ce phénomène, une externalité négative de l'activité bancaire. Du côté de la demande, un ensemble de caractéristiques sociodémographiques et économiques de la population ont été pointées du doigt, la pauvreté apparaissant comme la plus importante (Banque Mondiale, 2010).

A l'issue de cette recension théorique, nous avons modélisé les effets desdites caractéristiques sur l'exclusion bancaire au Cameroun grâce à une régression logistique. Pour ce faire, un modèle logit simple, inspiré des travaux d'Allen et al. (2012), a été estimé pour identifier respectivement, les déterminants de la détention d'un compte bancaire et ceux de la détention d'une carte de paiement. A l'issue de l'estimation, nous sommes parvenus aux résultats suivants :

- du côté de l'offre de services bancaires, la probabilité de détenir un compte bancaire est une fonction décroissante de la richesse, de l'âge et des exigences documentaires ; tandis que la probabilité de détenir une carte de paiement est une fonction décroissante de l'âge et de la richesse. Les exigences documentaires n'influencent pas significativement cette deuxième forme d'exclusion ;

- du côté de la demande de services bancaires, les probabilités de détenir un compte bancaire et une carte de paiement sont des fonctions décroissantes de la richesse, de l'éducation, de la proximité des infrastructures bancaires et de la confiance dans les institutions bancaires.

Par ailleurs, à l'instar d'Allen et al. (2010) et de Beck et al. (2008), nous trouvons que les exigences bancaires sont le facteur qui affecte le plus la probabilité de détenir un compte bancaire ou une carte de paiement. En effet, les rapports de côté révèlent qu'un individu disposant de toutes les pièces requises pour bénéficier d'un produit ou

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d'un service bancaire a 49,81% de chances en plus d'être inclus qu'un autre ne pouvant remplir ces exigences.

De même, du côté de la demande, les rapports de chance révèlent que la richesse, la proximité et la confiance dans les institutions bancaires sont des facteurs « clés » de l'exclusion bancaire au Cameroun. Ces résultats vont dans le même sens que ceux de Honohan et King (2012). La probabilité de détenir un compte ou une carte de paiement est 19,59 fois plus élevée pour un individu riche et 16,6 fois plus forte pour un individu résidant à proximité des infrastructures bancaires. En outre, la confiance envers les banques influence significativement la probabilité de détenir une carte de paiement. Cette probabilité est 10,04 fois plus élevée pour un individu ayant confiance dans les institutions bancaires.

Sur la base de ces résultats, les recommandations suivantes peuvent être formulées, en vue de réduire la proportion de personnes non, faiblement ou mal bancarisées au Cameroun.

Du côté de l'offre, conscients de ce que la responsabilité sociale des banques est de faire du profit, il serait difficile d'agir directement sur leurs critères de sélection de la clientèle. La marge de manoeuvre restante pour les autorités monétaires consisterait à renforcer le dispositif réglementaire existant. L'objectif étant d'encadrer la détermination des taux d'intérêt et de limiter à un niveau raisonnable les exigences documentaires. Des sanctions dissuasives devraient être prévues et appliquées en cas de non-respect des normes. Par ailleurs, l'adoption d'un tel cadre réglementaire aurait aussi pour effet d'améliorer la confiance des individus envers le système bancaire.

Du côté de la demande, étant donné que la possession d'un minimum de ressources financières est la condition sine qua non pour pouvoir recourir aux services bancaires, le Gouvernement camerounais devrait accélérer la mise en oeuvre de sa stratégie pour la croissance et l'emploi, dont les retombées devraient améliorer les conditions de vie des populations. Cette stratégie devrait notamment induire une création massive d'emplois décents, ce qui assurerait aux agents économiques un revenu régulier et facilitera leur accès aux services bancaires. Elle devrait également

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entrainer un accroissement de la scolarisation et de l'alphabétisation. Parallèlement, dans la perspective de réduire les difficultés d'usage, les banques et le Gouvernement pourrait mettre sur pied des programmes visant à accroître la culture financière des populations.

Par ailleurs, pour pallier l'inégale répartition géographique des bancaires, les autorités monétaires devraient encourager les banques à développer la Mobile banking. La téléphonie mobile étant suffisamment répandue dans le pays, aussi bien en zone urbaine que dans les zones reculées, vulgariser cette pratique pourrait contribuer à l'extension de la bancarisation. Les banques pourraient également relever ce défi géographique en s'associant à des opérateurs économiques déjà installés dans les zones les moins couvertes. Elles pourraient installer dans les commerces desdits opérateurs, des guichets ou des DAB, de manière rapprocher les services bancaires de la population. Cette solution présente le double avantage de réduire les coûts de transaction pour les individus et, pour les banques, de réduire les coûts de fonctionnement qu'occasionnerait l'ouverture d'une agence.

Bien qu'une telle étude contribue à l'élaboration d'un cadre analytique mettant en perspective les mécanismes du processus d'exclusion bancaire au Cameroun, de nombreuses questions y abordées restent encore largement à approfondir. Si les résultats qui y sont présentés constituent une base solide pour l'action, il convient néanmoins de relever quelques limites. Bien que la méthodologie retenue soit reconnue comme standard, les données de l'analyse ne sont peut-être pas assez raffinées. Une autre faiblesse réside dans la petite taille de l'échantillon due à la rareté de données fiables sur l'accès et l'usage des services bancaires.

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