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De l'être politique au droit à la politique: un essai de compréhension du sens de la politique chez Hannah Arendt

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par Tshis Osibowa Godefroy TALABULU
Faculté de philosophie Saint Pierre Canisius - Bachelier en philosophie 2007
  

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Le savoir est comme la flamme d'une bougie dont la lumière est limitée. Aucun esprit avisé ne peut prétendre en avoir le monopole. C'est dans la mesure où chacun accepte d'allumer sa bougie de connaissance que peut jaillir, la grande lumière qui éclaire, tel le soleil, les actions humaines, aussi bien individuelles que collectives en vue de l'accomplissement de l'humanité.

(Tshis)

A mes parents, vous qui me comprenez plus que tout ; vous, dont le seul bonheur est de me voir heureux...

A tous ceux et à toutes celles qui croient à la capacité de l'homme de changer et de changer positivement le cours de l'histoire...

0. INTRODUCTION

0.1. Problématique

La politique est au coeur des problèmes qui touchent la vie générale du monde contemporain. Organiser politiquement la souveraineté populaire, faire du peuple la véritable source du pouvoir, à la fois un acteur de la politique et un auteur de son histoire, devient une exigence qu'aucun de nos systèmes politiques modernes n'a pu véritablement réaliser dans la pratique concrète. Grâce au développement des techniques sophistiquées, la gestion de la cité contemporaine, caractérisée par de pires violences et la barbarie généralisée, échappe à la raison humaine. Avec l'hyperévolution technologique, on assiste à la médiatisation de l'opinion publique par des puissances ou instances poursuivant des buts de pouvoir - comme les partis politiques - ou d'argent - comme les médias, et qui se trouvent soumis à des pressions d'intérêts stratégiques. Ces pratiques visent à faire croire que l'on donne la parole au peuple. Or, le champ politique tend à se refermer toujours plus sur lui-même, le jeu politique étant de plus en plus une affaire de spécialistes, qui s'expriment en prétendant faire parler le peuple.

Par ailleurs, on assiste à l'instauration d'un gouvernement économique mondial accompagnant les progrès de la mondialisation. Il s'agit d'un gouvernement de fait, non représentatif, qui vise en général à assurer une discipline mondiale des équilibres budgétaires, de la stabilité des prix et de la liberté des échanges commerciaux. Ce pouvoir échappe à tout mécanisme de légitimation politique passant par des procédures de contrôle démocratique, de sorte que ses principales instances (FMI, OMC, Banque mondiale, G8, O.C.D.E) sont le théâtre de rapports de force, qui font la part belle aux puissances politiques, financières et économiques dominantes. Les peuples du monde dans leur ensemble voient dans ces organisations un pouvoir qui les opprime ou qui, en tout cas, ne défend pas leurs intérêts.

Ce regard panoramique, dans sa structure laconique, nous choque et provoque en nous une multitude d'interrogations, notamment celle portant sur la manière dont l'homme moderne comprend sa responsabilité vis-à-vis de l'espace public où il est appelé à se réaliser. Nous voyons dans les structures politiques du monde actuel un néototalitalisme qui ne peut pas ne pas nous amener à une réflexion à portée philosophique. Penser son temps, sa situation est l'oeuvre du philosophe. Il porte une seconde réflexion sur ce qui caractérise les préoccupations essentielles de l'homme, sur la portée et le pourquoi de ce qui touche directement ou indirectement l'homme. Cette activité est sans aucun doute éclairée par une riche tradition dans laquelle il s'inscrit et où il puise des outils nécessaires à la construction de sa pensée. Hannah Arendt nous paraît comme une des figures de proue parmi les penseurs contemporains qui ait pensée, de manière essentielle, son temps, sa société. « Tout ce que j'ai écrit est expérimental », nous dira-t-elle au début de La crise de la culture. Victime du nazisme et du totalitarisme, choquée par les camps de concentration, privée d'un `chez soi', H. Arendt oriente toute sa pensée sur la condition humaine dans la société, notamment le sens de la gestion de celle-ci, à savoir la politique.

Ce travail se veut un essai de compréhension des éléments de la pensée politique de Hannah Arendt. Cet effort de compréhension nous permettra de réévaluer la politique contemporaine qui, comme le montre Arendt, n'échappe pas à la crise généralisée que connaît cette époque par rapport à la tradition et surtout par rapport à la quête de l'accomplissement de l'humanité. Pour ce faire, nous allons naviguer dans toute l'oeuvre politique de Hannah Arendt mais principalement dans La condition de l'homme moderne, La Crise de la culture, L'Essai sur la Révolution et Les origines du totalitarisme.

0.2. Division du Travail

Hormis l'introduction et la conclusion, ce travail est divisé en trois chapitres. Dans le premier chapitre, nous essayerons de retracer la ligne générale de la pensée arendtienne dans son contexte d'élaboration. Nous brosserons aussi succinctement la méthode utilisée par H. Arendt pour diriger sa pensée, laquelle méthode fait référence à la tradition dont la perte caractérise de plus en plus les sociétés modernes. Pour autant que la politique s'occupe des affaires humaines, l'homme se trouve au centre des soucis de notre auteur. C'est ainsi que le deuxième chapitre se voudra une mise en exergue de la conception arendtienne de l'homme qui, dépassant le conflit platonicien, insiste, à la suite d'Aristote, sur la définition de l'homme en tant que `animal politique'.

De ce fait, après avoir clarifié le concept de politique ainsi que ces notions corollaires, le troisième chapitre s'appesantira sur le droit de l'être politique à la politique. Ce droit qui n'est pas nécessairement matérialisé par l'homme mais lui est pourtant inhérent ; car c'est par la politique, pensons-nous, que l'homme révèle son identité. Mais avec l'avènement de l'Etat où la responsabilité de l'homme par rapport aux affaires politiques se trouve hiérarchisée, H. Arendt évoquera la notion de la participation active comme le moment de l'accomplissement du citoyen. Avant d'entrer dans le corps même de notre travail, voyons un peu qui est Hannah Arendt.

0.3. Esquisse biographique de Hannah Arendt1(*)

Hannah Arendt est née le 14 octobre 1906 à Linden, près de Hanovre. Elle est fille unique de Paul et de Martha, un ingénieur et une mélomane, qui tous deux avaient été élevés dans des familles juives-russes. L'ingénieur était amateur d'auteurs classiques et la mélomane s'enthousiasmait pour le mouvement spartakiste de Rosa Luxembourg, Karl Liebknecht, et Kautzky (1854-1938). Elle perdit son père à l'âge de sept ans et elle vécut, dès lors, dans les horreurs de la guerre, puisque Allemands et Russes se livraient bataille non loin de sa maison.

H. Arendt., alla au lycée de Koenigsberg. Déjà à l'époque du lycée, elle avait lu Jaspers, Kant, Goethe et Kierkegaard. À l'automne 1924, elle commença des études de théologie à l'Université de Marbourg avec Rudolf Bultmann (1884-1976), le théologien protestant connu pour sa « démythologisation » du Nouveau Testament. C'est aux cours de Bultmann qu'elle rencontra Hans Jonas (1903-1993). H. Arendt fréquentait également, à la même université, les cours du jeune professeur, ancien élève de Husserl, qu'était Martin Heidegger (1889-1976) et dont les conférences étaient la matière même de ce qui allait être, en 1927, le grand oeuvre Sein und Zeit (L'Être et le temps). C'est en 1925 que commença entre Arendt et Heidegger une histoire d'amour qui dura jusqu'en 1926, année durant laquelle elle quitta Marburg pour Fribourg, où elle alla suivre, durant un semestre, les cours de Husserl (1859-1938) à la chaire duquel succéda Heidegger en 1928. À cette date, Hannah Arendt avait rejoint l'Université de Heidelberg où elle fut attirée dans l'orbite de Karl Jaspers (1883-1969). Elle reçut de Karl Jaspers un enseignement et une direction des études qui durèrent trois ans.

Avec Jaspers, elle entretint des rapports d'amitié qui se poursuivirent au-delà des années d'université jusqu'à la mort de Jaspers, en 1969. C'est sous la direction de Jaspers qu'Arendt soutint sa thèse sur le concept d'amour chez saint Augustin, qu'elle publia en 1929. Dès 1929, elle devint consciente de son identité juive et subit de douloureux événements. Elle ira de déception en déception quand elle découvrira l'attitude politique de plusieurs de ses amis, y compris Heidegger. Aussi devint-elle une activiste. Elle milita dans des organisations sionistes, en particulier dans l'organisation sioniste allemande en 1933. Elle aidera le chef de cette organisation, Kurt Blumenfeld, à publier la condition des victimes du nazisme et entreprit des recherches sur la propagande anti-sémitique ; ce qui lui vaut d'être arrêtée en juillet 1933 par la Gestapo (Police secrète) ; elle en réchappe et quitte l'Allemagne pour se rendre en France.

Durant son séjour à Paris, elle rencontre quelques philosophes en vogue, ainsi que Heinrich Blücher, un ancien adepte de la Ligue Spartacus de Rosa Luxembourg, philosophe non juif, ancien prolétaire de Berlin qui deviendra pour la politique le maître à penser d'Hannah Arendt. Mariés l'un et l'autre, ils divorcèrent pour se remarier ensemble, le 16 janvier 1940. Mais, six mois plus tard, ils furent séparés quand la Wehrmacht envahit la France : arrêtés par la police française comme apatrides, il furent internés avec d'autres Allemands dans la même situation qu'eux. Envoyée dans le sud de la France au camp de Gurs, d'où elle s'échappa, H. Arendt rejoignit son époux et, en mai 1941, le couple quitta la France pour les Etats-Unis.

À New York, ses premiers écrits parurent dans des publications juives telles que Jewish Social Studies, Jewish Frontier et dans le journal Aufbau (Reconstruction). Elle travailla chez un éditeur Juif allemand, Schochen Books. En 1951, date à laquelle elle obtint la nationalité américaine, elle fit paraître son premier ouvrage qui la rendit célèbre aux Etats-Unis, Les Origines du totalitarisme. C'est le 4 décembre 1975 qu'elle meurt à New York, aux États-Unis.

0.4. OEuvres

Hannah Arendt a légué à la postérité une oeuvre colossale composée d'ouvrages, de récits, d'articles et de comptes rendus de colloques et de conférences. La liste ci-dessous, loin d'être exhaustive, présente quelques unes de ses oeuvres majeures :

- Les origines du totalitarisme (1951) est le premier grand ouvrage de Hannah Arendt. Il eu un grand retentissement chez les sociologues et les spécialistes de sciences politiques. Les trois volumes qui le composent (L'antisémitisme, L'impérialisme, Origines du totalitarisme) développent la première analyse faite du totalitarisme en mettant en parallèle deux régimes politiques, celui de l'Allemagne nazie de 1938 à 1945 et celui de l'URSS de Staline de 1930 à 1953. Dans cette oeuvre passionnée, Hannah Arendt tente de savoir "ce qui s'est passé, pourquoi cela s'est passé et comment cela avait-il pu se passer". Elle y démontre le caractère inédit du phénomène totalitaire, révélation d'un mal absolu dont la cause tient dans l'existence de crimes non punissables autant qu'improbables.

- La condition de l'homme moderne (1958) ("The Human condition"), second chef-d'oeuvre de Hannah Arendt, semble marquer un changement de registre : alors que le premier ouvrage avait consacré son auteur penseur politique de premier ordre, voici maintenant une oeuvre de la philosophie fondamentale, magistrale étude sur les divers modes de l'activité humaine et sur "l'aliénation" moderne.

- Rapport sur la banalité du mal (1963) ("Eichmann à Jérusalem"), inspiré du récit du procès de Adolf Eichmann, explique comment des êtres normaux peuvent se transformer et pratiquer l'extermination. Hannah Arendt y expose en effet ses idées personnelles sur la responsabilité des bourreaux et des victimes, sur la responsabilité du comité juif. Elle déclare que le seul crime de Eichmann est de ne pas avoir pensé qu'il faisait du mal et que, dans un monde privé de repères, bien des hommes, comme lui, sont dans l'incapacité de distinguer le bien du mal.

- L'essai sur la révolution (1967) est une étude comparée de la révolution française et américaine, où est notamment exhumée la tradition oubliée de la révolution aux Etats-Unis.

- La crise de la culture (1972) (Betwen past and futur) regroupe divers essais sur des notions fondamentales de la politique. Dans les huit exercices de pensée politique dédiés à son maître Blücher, Hannah Arendt se demande "comment penser dans la brèche laissée par la disparition de la tradition entre le passé et le futur".

- Du mensonge à la violence (1973) (Crises of Republic) analyse la situation politique et les questions d'actualité avec pour instrument le mensonge et la violence.

Hannah Arendt ne terminera jamais son dernier livre La vie de l'esprit (The life of the mind), dont le titre traduit bien les orientations nouvelles de sa pensée vers une analyse plus métaphysique.

* 1 A propos de la biographie, lire avec intérêt Adler L., Dans les pas de Hannah Arendt, Gallimard, Paris, 2005, et Courtine-Denamy S., Hannah Arendt, Belfond, Paris, 1994 et Young-Bruehl E., Hannah Arendt, traduction de Joél Roman et Etienne Tassin, Paris, Anthropos, 1986.

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