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Les dons, phénomène anthropologique au coeur des élections au Burkina Faso: une analyse des comportements électoraux dans la ville de Ouagadougou

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par Oumarou Kologo
Université de Ouagadougou - DEA de sciences politiques 2007
  

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Chapitre II : Les finalités des dons dans les élections

Si l'usage des dons reste une évidence dans le champ politique, il convient de s'interroger sur leur portée politique réelle, sur la finalité de leur emploi pendant les élections. Les dons serviraient aux politiques dans la construction des alliances ou coalitions entre partis politiques, aussi et surtout à la déstabilisation d'autres partis notamment ceux de l'opposition (section I). Ils contribueraient aussi à la mobilisation des électeurs (section II), une condition sine qua non pour la bonne tenue des élections.

Section I. Le soutien et/ou la déstabilisation des partis politiques

Les dons interviennent dans les rapports entre les partis politiques soit pour les consolider ou pour les disloquer. Les phénomènes d'alliances (§1) et de division ou déstabilisation (§2) qui sont observés sur la scène politique peuvent en dépendre. Ces faits s'inscrivent dans la stratégie des acteurs et leur compréhension doit être recherchée dans les logiques que ces derniers leur donnent.

§1-La construction d'alliances entre partis politiques

 L'alliance entre partis est dictée par le fait que pris isolément, aucun parti ne peut vaincre l'adversaire commun. Les partis se mettent ensemble sur la base d'un accord pour aller à une élection ou prendre position par rapport à une situation. C'est donc une approche tactique qui sous-tend le système des alliances. Partant de ce constat, les alliances s'avèrent indispensables dans toute élection ; car même si juridiquement tous les partis se valent, dans les faits, il y a des grands et des petits partis, des partis nantis et des partis pauvres. Avant d'en venir aux raisons des alliances, nous présenterons quelques alliances qui ont couronné le champ politique burkinabè depuis que le pays a renoué avec l'ère démocratique dans les années 1990.

Vers la fin des années 1990, les partis politiques ont pris le goût de pratiquer les alliances. Ouattara situe l'apparition de ce phénomène dès 198961(*). Le parti au pouvoir (Front Populaire), pour apaiser le climat délétère, venait de s'ouvrir aux autres. Tous les partis adhérents se sont félicités de cette ouverture qui marquait une maturité du pouvoir central et un pas vers l'apaisement. L'union paraissait une condition indispensable ; elle marquait « une victoire de la démocratie révolutionnaire »62(*)

En 1991, une nouvelle configuration politique pouvait s'observer à la faveur du débat sur la conférence nationale. La Convention des Forces Démocratiques (CFD63(*)) optent pour des positions opposées sur la question de la tenue de cette conférence. Le ``bal'' des alliances des partis battra son plein en 199465(*). Après s'être adjugé la majorité parlementaire, l'ODP/MT annonce le 4 février 1996 sa volonté de fusionner avec les partis ayant la sociale démocratie comme ligne idéologique. Cette fusion eut finalement lieu le 5 février de la même année. Une autre importante alliance s'est réalisée particulièrement au cours de l'année 1998. Dénommé le groupe du 14 février ou G14,66(*) elle réunissait dix partis politiques. Venue pour changer les rapports de force, cette coalition visait surtout la victoire aux élections présidentielles du 15 novembre 1998. Les regroupements de partis n'ont pas cessé depuis les premières années de démocratisation. Ils se sont même renforcés au fil des ans. Les alliances qu'elles soient en début de l'ère démocratique ou récentes se justifient par plusieurs raisons.

Des multiples causes avancées, les objectifs visés par les dirigeants des partis à leur création peuvent constituer l'explication majeure des différentes alliances. Les ambitions politiques personnelles : tous les hommes politiques nourrissent des ambitions personnelles à travers leurs partis politiques, celles d'exercer le pouvoir en accédant à un poste électif (conseiller municipal, député ou président de la République) ou nominatif dans la haute sphère de l'Etat. C'est pourquoi beaucoup d'hommes politiques trouvent que la meilleure stratégie de conquête du pouvoir est la création de formation politique qui leur est propre sans se référer au nombre déjà existant sur l'échiquier politique national. La multitude de partis rendrait dès lors les alliances nécessaires pour l'existence de certains partis. Ceci est d'autant plus réel car la prolifération des partis politiques et l'émiettement extrême que cela revêt pourrait accroître la vulnérabilité des petits partis67(*).

Hormis la question du nombre des partis, l'expérience montrerait selon Socpa que le « don électoral » est un dénominateur des alliances entre partis politiques, de même qu'il est l'unité de mesure de la sanction et de la récompense politique ».68(*) Il y aurait donc une corrélation entre les alliances qui naissent et les dons qui émergent entre les partis avant et pendant les périodes électorales.

Certaines de ces alliances sont des rafistolages factices. « Le plus souvent ce sont des formations qui ne représentent qu'elles mêmes et qui savent qu'elles ne peuvent pas dégager en leur sein une liste de candidature encore moins assurer par exemple la caution de 50 mille francs qui est demandée par liste pour les législatives et les municipales ou encore payer 5 millions pour les présidentielles. Ce sont ces genres de formation qui nouent des alliances avec des formations représentatives. Ces dernières en profitent pour jouer au rassembleur lors des points de presse »69(*). Certains partis ont compris que leur salut passe par la construction des alliances, lesquelles leur permettent d'exister matériellement et de bénéficier des avantages (dons, postes, services) que les partis nantis pourraient obtenir à l'issue des élections. Les alliances seraient dans ce contexte une stratégie de survie pour ces partis.

Mais comment expliquer que même de grands partis bien connus sur la scène politique nationale forment des alliances? On note le cas de « l'alliance »70(*) entre l'ADF/RDA et le CDP lors de l'élection présidentielle de 2005. Dans la mesure où les deux partis disposent d'assez de ressources par rapport aux autres partis, la lutte pour la survie ne suffit pas pour justifier leur ralliement. De certains entretiens, il est ressorti que l'ombre de Gérard Kango Ouédraogo aurait beaucoup pesé  sur la construction de cette opération entre le parti que dirige son fils et le CDP, et ce, au regard des relations cordiales qu'il entretient avec le président de la République. C'est ce qui se lit dans cette analyse de W.L. : « je crois qu'il faut voir dans cette attitude de l'ADF, la main de Gérard. Il s'est d'abord vengé d'Hermann en le chassant du parti et ce ralliement sert de placement pour son fils dans le champ politique». Le placement devrait être perçu comme un investissement stratégique pour accéder aux avantages, c'est-à-dire, aux dons.

Quelle que raison que l'on puisse avancer, « le mariage » entre ces deux géants de la scène politique paraît surprenant. Dans l'ensemble, les raisons émises renvoient à l'éternelle question des intérêts des hommes politiques. Les gains immédiats ou futurs semblent guider leurs options. C'est ce qui ressort de cette analyse de S.M. membre du bureau politique national de l'UNIR/MS : « il faudra comprendre que pour les acteurs politiques de ces deux partis, ce qui compte c'est que leurs membres gardent le pouvoir. Que ce soit des vétérans du CDP ou ceux de l'ADF/RDA, ce n'est pas un problème, l'essentiel est que le pouvoir soit dans la main de ces deux partis. En un mot, la ligne idéologique ne compte pas ». Les alliances entre partis concernent aussi bien les partis de la mouvance présidentielle que ceux de l'opposition. Les partis de la mouvance restent sur la ligne idéologique du parti au pouvoir. Ils jouissent d'une certaine couverture et de l'indulgence du pouvoir. De ce fait ils ne sont pas un danger pour le parti au pouvoir. Leur alliance avec ce dernier lui offre plus d'avantage pour se pérenniser. Ils constituent sans doute des ramifications du pouvoir central ayant souvent des amitiés avec certains partis de l'opposition. Les partis de la mouvance du fait de leur connaissance du milieu de l'opposition seraient utilisés pour réduire au silence les partis émergents de l'opposition.

Comme précédemment souligné, les coalitions sont des moyens indispensables pour que certains partis subsistent sur la scène politique et des stratégies de fortification pour les grands partis. De ce fait, elles existent dans l'opposition où l'on constate des regroupements selon les intérêts ou les idéologies. Les alliances de grande importance en vue de l'élection présidentielle de 2005 commencent au sein de l'opposition depuis 2004 avec la création de ``l'alternance 2005''regroupant 16 partis71(*). Une autre coalition, l'Opposition Burkinabè Unie (OBU) a marqué la vie politique du pays et surtout celle de l'opposition burkinabè. Cependant, la désignation de son candidat pour l'élection présidentielle de 2005 va entraîner la division de cette coalition72(*).

Pour Z.R.73(*), contrairement à ce que l'on pourrait croire, les coalitions sont l'expression d'une maturité des partis politiques qui y sont impliqués. Seuls les partis consciencieux et véritablement ambitieux peuvent accepter se coaliser. En effet, il affirme : « les partis qui refusent les alliances sont ceux qui ont pour seul objectif ``les subventions'' ». Les coalitions sont des regroupements par objectif conclut-il. A cet effet, elles devraient permettre de transcender les frontières idéologiques et les problèmes de leadership. Il est cependant difficilement admissible que des partis catégoriquement opposés dans leurs lignes idéologiques s'allient même si cela est pour une noble cause. Comment pourraient-ils discuter des questions pour lesquelles l'entente est d'office remise en cause ?

W.L74(*). (de l'opposition dite radicale) parle de ``deal'' politique75(*) entre certains partis pour justifier les alliances. Ce deal serait lié au fait que certains partis ont été créés tout juste pour jouer les seconds rôles et conférer aux fondateurs une certaine position stratégique pour les éventuels postes. La faible représentativité de certains partis politiques sur le territoire national et leur incapacité financière à exercer leurs missions expliquent selon cet homme politique les accords voire les alliances entre partis. Loada n'abonde t-il pas dans le même sens quand il note qu' «  au gré de leurs intérêts, ses leaders n'ont pas hésité à nouer des alliances conjoncturelles entre eux, voire avec le pouvoir sans considération pour les lignes idéologiques qu'ils étaient censés représenter ».76(*) Ce type d' « alliance contre nature »77(*) s'est observé dans le cas de la « coalition » de l'ADF/RDA78(*).  De ce qui précède, les coalitions ou alliances entre partis politiques sont l'expression des stratégies mises en oeuvre par les partis politiques pour obtenir la confiance de l'électorat et remporter les élections. Ces alliances se construisent toujours autour d'un parti qui possède un capital politique indispensable pour le jeu politique (soit des moyens économiques ou qui est mieux implanté sur le territoire national) ou encore entre petits partis en vue de constituer une équipe plus solide. Les intérêts que chacun des partis tire dans ces alliances et les offres que peuvent faire les partis centraux autour desquels ils se réunissent motivent les alliances. Si les alliances sont perçues comme des solutions pour palier les faiblesses des partis politiques, qu'est ce qui pourrait expliquer la déstabilisation des partis ?

* 61V. Ouattara, L'ère Compaoré, crimes, politique et gestion du pouvoir, Paris Klanba Editions, 2006, pp 51-52. En effet, le 16 juin 1989, la session de la coordination du Front Populaire a favorisé l'adhésion de nombreux partis en son sein. OUATTARA note à cet effet : «Ainsi, le Front s'ouvre à d'autres organisations politiques et va être composé du Groupe des Démocrates Patriotes (GDP), du Groupe des Démocrates Révolutionnaires (GDR), du Mouvement des Démocrates Patriotes (MDP), de l'Organisation pour la Démocratie Populaire/Mouvement du Travail (ODP/MT), du Groupe des Communistes Burkinabè (GCB), des unions nationales : Union Nationale des Jeunes du Burkina (UNJB), Union des Femmes du Burkina (UFB), Union nationale des Anciens du Burkina (UNAB), les Comités révolutionnaires 

* 62 V. Ouattara, op cit. p 53. Cette ouverture du FP aux autres partis permettait à la Révolution Démocratique et Populaire d'être menée à son terme.

* 63Elle regroupait l'UVDB, les FU, l'ADES, le Bloc (BSB), le RDA, le PDS, la CNPP/PS, le GDR et le PTB et l'Alliance pour le Respect de la Constitution (ARDC)64

* 65 V. Ouattara,. op cit. p119. . l'Union des Vert pour le Développement du Burkina (UVDB), le Parti de l'Indépendance et du Travail (PIT), et les Forces Unies (FU) renforceront leur rang par le biais d'une alliance dénommée Force d'Initiative Démocratique (FID). Le 12 novembre 1994, trois partis (GAD, PEP, PDS) se réunissent et donnent le Parti de la Démocratie Sociale Unifiée (PDSU). En septembre 1994, un accord est conclut entre le RDA ; la CNPP/PSD, l'UNVB pour créer la Coordination pour l'Alternance Démocratique (CAD). Dans la même lancée, le PDSU, le Bloc Socialiste Burkinabè (BSB), le Parti pour l'Unité Nationale et le développement (PUND) qui est une fraction du Mouvement pour la Tolérance et le Progrès (MTP) et des associations se retrouvent dans le Collectif pour la recherche de l'Action de l'Unité Sankariste (CRAUS). Pour Ouattara, « la principale raison de ce bal d'alliances est le renforcement des rangs en vue d'être présent en force aux élections municipales du 12 février 1995.

* 66 La déclaration du G14 a été signée le 14 février 1998 par : l'ADF, le RDA, le BSB, le FFS, le GDP, le MTP, le PAI, le PSP et l'UDPI.

* 67 Rapport du séminaire international sur « la corruption électorale en Afrique de l'Ouest», CGD, Ouagadougou, les 27 et 28 novembre 2003, p4.

* 68 A. Socpa. op cit. p 9.

* 69 Voir « ils ont dit...», Béndré n445 du 29 mai 2007.

* 70 Les débats font légion dans le champ politique sur la nature de ce rapport. Il est qualifié à tort ou à raison d'alliance pour certains et de ralliement pour d'autres. L'alliance comme le ralliement met en jeu deux partis et consistent en une mise en commun des forces. Dans la logique, les alliances se construisent entre des partis dont les forces sont équilibrées ou le sont presque. En outre, dans l'alliance, les deux partis s'accordent pour laisser leur autonomie propre en vue d'avoir des objectifs communs tandis que dans le ralliement, un parti décide de laisser son autonomie, de quitter ses lignes ou valeurs (idéologiques, politiques) pour appuyer ou soutenir les positions d'un autre parti. Les forces ne sont pas équilibrées dans ce cas car le parti qui reçoit augmente son pouvoir alors que le rallié perd ses positions. Cependant, le résultat peut être le même, car seuls les intérêts du moment et les visées stratégiques futures orientent de telles attitudes. Pour notre part, quelque soit le qualificatif donné à cette attitude de l'ADF/RDA, ce sont les motivations et le résultat recherché qui mérite d'être analysés.

* 71 Voir «Présidentielle burkinabè: l'opposition "radicale" sera représentée par trois candidats », www.izf.net. Les seize partis de l'opposition "radicale", dénommée "Alternance 2005", ont désigné trois candidats pour les représenter au premier tour du scrutin présidentiel du 13 novembre au Burkina Faso. Les trois personnalités désignées par "Alternance 2005" sont: Me Hermann Yaméogo, président de l'Union nationale pour la démocratie et le développement (UNDD), Me Benewendé Stanislas Sankara de l'Union pour la renaissance/Mouvement sankariste (UNIR/MS) et Philippe Ouédraogo du Parti africain de l'indépendance (PAI). En revanche, la coalition n'a pas retenu M. Ram Ouédraogo, investi fin janvier comme candidat de son parti, le Rassemblement des écologistes du Burkina (RDEB) pourtant membre d'"Alternance 2005".Le RDEB a annoncé son "retrait" de "Alternance 2005" et le maintien de son candidat dans la course au fauteuil présidentiel.

* 72 http://fr.wikipedia.org/wiki/politique du Burkina Faso. Provoquées ou non, les opposants ont offert aux électeurs à un certain moment de belles pièces vivantes de théâtre à voir. Tandis que l'OBU connaissait une déchéance pour des raisons que l'on a déjà évoquées (crise de leadership), des révélations de corruption des opposants jusque là jugés incorruptibles font jour. L'un des opposants qui se présente comme le plus digne des hommes politiques burkinabè, le professeur de droit constitutionnel, Laurent Bado a créé la polémique en acceptant une importante somme d'argent de la part de Blaise Compaoré. Cette somme lui aurait été remise par un mystérieux émissaire de la présidence, soit disant pour le soutenir du fait qu'il soit le plus crédible des opposants. L'opinion a accueilli mal cette nouvelle de la `` cagnotte injustifiée'' qui aille dans la poche de l'incorruptible Bado et lui presse d'avouer que pour une fois, il n'a pas échappé au piège de la corruption.

* 73 Z. R est le président du parti RFI/PJB et vice président de la coalition CFD/B. Il fut candidat malheureux (liste de Ouagadougou) aux législatives de 2007.

* 74 W.L. est candidat malheureux (liste PDP/PS de Ouagadougou) aux législatives de 2007.

* 75 Il s'agit d'un arrangement, d'un marchandage dans lequel les deux parties tirent des profits réciproques.

* 76 Voir «  L'élection présidentielle du 13 novembre 2005 : un plébiscite par défaut », A.M-G. Loada, in Revue politique africaine, n0 101, Mars Avril 2006, Paris, Karthala p28.

* 77 C'est une alliance qui va contre toute attente par ce qu'il existe assez de différences de ligne idéologique. L'un est de l'opposition et l'autre le parti majoritaire actuellement au pouvoir. De toutes les hypothèses, il paraît improbable que ces adversaires voire même ces ennemis d'hier puissent se coaliser.

* 78 Voir «  Ne leur jetons pas systématiquement la pierre » L'observateur n0 6438 du 20 juillet 2005. Le journal écrit : « c'est avec Gilbert Noel Ouédraogo (président de l'ADF/RDA) qu'on a découvert qu'un chef de file de l'opposition pouvait subitement devenir mouvancier».

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