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Les chemins de fer touristiques entre nostalgie et innovation (1957-2007)


par Jean-Jacques MARCHI
Université Bordeaux IV Montesquieu - Master Sciences économiques, option Histoire économique 2007
  

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Chapitre 5- Le ménage à trois : SNCF, cheminots, « petits trains »

1- « La SNCF : partie prenante... malgré elle »174

Sur une année, le trafic des chemins de fer touristiques ne représente que trois jours de trafic passager SNCF (Ile-de-France exclue). On comprend ainsi que pour une SNCF occupée à reconquérir sa clientèle, les chemins de fer touristiques ne soient pas une priorité mais plutôt une goutte d'eau. Si elle n'est guère impliquée, la SNCF est cependant concernée.

Au début, la SNCF ne voit pas d'un bon oeil la naissance des chemins de fer touristiques. D'une part, elle souhaite donner du rail une image moderne. Or l'éclosion des « petits trains » ressuscite au contraire la nostalgie des trains d'autrefois. D'autre part, les trafics des réseaux touristiques sont pour elle tout à fait négligeables. Enfin, elle se préoccupe des aspects relatifs à la sécurité : il faut convenir que chez certains exploitants, il y a du souci à se faire ! Même pour les chemins de fer touristiques situés en-dehors de la sphère de responsabilité de la SNCF, le grand public fait l'amalgame : pour lui, c'est bien la SNCF qui fait circuler les « petits trains ». Aussi, tout accident risque de rejaillir sur l'image de la société nationale.

Devant la méfiance de la SNCF face à « ces ferrovipathes qui veulent jouer au train », le milieu des chemins de fer touristiques éprouve, en retour, une certaine rancoeur. Il faut se remémorer le rôle joué par la SNCF dans la fermeture des chemins de fer secondaires. Les relations ne peuvent pas être cordiales.

Jusqu'au début des années 1980, les trains spéciaux composés de matériels préservés appartenant à des associations ou à des particuliers sont tout bonnement interdits. Sous l'impulsion de Charles Fiterman, alors Ministre chargé des Transports, 1982 voit un premier assouplissement : c'est enfin l'autorisation, naturellement sous certaines conditions, des circulations de matériels préservés sur les voies de la SNCF. La Charte des chemins de fer touristiques de 2001175 constitue une autre date symbolique puisque la SNCF et RFF en sont signataires aux côtés de la FACS-UNECTO.

174 Nous reprenons dans cette section le titre et une partie du contenu de l'article d'E. Cinotti paru dans Espaces, ni 31 (janvier-février 1995).

175 Voir supra, Chapitre 4, §1, C

Les relations sont donc aujourd'hui largement normalisées : après tout les chemins de fer touristiques ne valorisent-ils pas, comme la SNCF voudrait le faire, une conception hédoniste du train ? Mais nous sommes encore assez loin de l'entente cordiale. La qualité des relations se joue sur le terrain, au niveau des Directions Régionales SNCF et RFF qui disposent d'une marge de manoeuvre notable et bien sûr aussi en fonction de la qualité des interlocuteurs côté « petits trains ».

On nous a, à plusieurs reprises, parlé d'une « politique de la terre brûlée » qui serait pratiquée par la SNCF : qu'elle ne veuille pas exploiter certaines voies non rentables, c'est son droit, mais alors pourquoi s'opposer à ce que d'autres le fassent à sa place ? Nous croyons reconnaître dans cette attitude les craintes relatives à la concurrence : sur trafic marchandises aujourd'hui, sur le trafic voyageurs demain ?

2- Les cheminots : une arrivée en force tardive

Si donc les relations avec la SNCF sont pour le moins ambiguës, les cheminots constituent des adhérents précieux dans les associations. D'une part, leur savoir- faire et leur expérience constituent un gage de sécurité dans l'entretien et l'exploitation des matériels. D'autre part, ils aident à « ouvrir les portes » lorsqu'il s'agit d'accomplir des démarches administratives ou d'accéder à des installations techniques de la SNCF. Enfin, ils n'hésitent pas à faire la promotion des chemins de fer touristiques sur leur lieu de travail, où logiquement la proportion de passionnés est bien supérieure à celle que l'on rencontre dans le grand public.

Toutefois, contrairement aux idées reçues, il ne faut pas surestimer la part jouée par les cheminots dans le mouvement de préservation des lignes et matériels ainsi que dans les constructions de chemins de fer touristiques. A l'époque des commencements (notre « première vague »), les cheminots sont relativement absents176, ou à tout le moins pas davantage représentés que d'autres catégories. Peut-être par ce que, « culturellement », ils s'intéressent davantage aux « grands trains », entendons par là ceux à voie normale.

176 Voir supra, Quatrième partie, Chapitre 3.

La situation change dans les années 1980 et 1990, avec les fermetures de lignes secondaires SNCF. Les cheminots arrivent en force lors de la « seconde vague » 177. Ils participent alors en première ligne à la mise en service de trains touristiques. Ils s'investissent également dans la sauvegarde de matériels SNCF (locomotives à vapeur, électriques, diesels, autorails).

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