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Titrisation des prêts et créances bancaires dans l'espace de l'Union Monétaire Ouest-Africaine

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par Pantaléon Antoine BAKPE
CESAG Programme Master Banque & Finance - Master Banque & Finance 2008
  

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2. La protection des investisseurs : Notation financière et Agences

de notation

Les investisseurs en parts de FCC ne doivent pas supporter le risque de défaillance des débiteurs. Il importe donc de rehausser la qualité de crédit du portefeuille. La réussite d'une opération de titrisation en dépend et exige qu'un accent particulier soit mis sur certains aspects importants du processus comme l'évaluation des titres projetés, la notation financière et le rehaussement du crédit. La notation est une phase très importante du processus de titrisation. Elle donne à l'opération sa « note» qui sert de boussole aux marchés, aux investisseurs et aux autorités de surveillance engagées dans une régulation prudentielle exigeante pour éviter, afin de maintenir la stabilité financière, la sous-évaluation des risques parmi les intermédiaires financiers, investisseurs et autres intervenants (AGLIETTA 2 (2001)).

FENDER et MITCHELL (2005) précise que, du fait de sa complexité, le financement structuré est très dépendant de la notation sur laquelle il s'appuie. Le marché de la titrisation, rapporte BRI et Praet (2005), est largement soumis à la notation financière car les cédants veulent le rapprocher du marché des obligations pour intéresser les investisseurs dont les mandats d'investissement comportent des restrictions basées sur la notation financière. L'expérience acquise dans la notation des instruments traditionnels de dette facilite la notation des opérations de titrisation. Dans les deux cas, les agences de notation ont pour objectif de fournir une opinion indépendante sur le risque de crédit inhérent à l'instrument de dette évalué. La notation financière ou notation de la dette consiste à apprécier le risque de solvabilité financière d'une entreprise, d'un Etat, d'une opération (emprunt, emprunt obligataire, opération de financement structuré, titrisation,...) et à attribuer une note correspondant aux perspectives de remboursement de ses engagements envers ses créanciers, fournisseurs, banques, détenteurs d'obligations ou de titres de créances. Elle a pour objectif de fournir ainsi une opinion indépendante sur le risque de crédit inhérent à l'instrument de dette évalué.

La notation financière est une activité particulièrement utile sur les marchés de titrisation où les investisseurs ne peuvent manifestement faire face aux coûts prohibitifs pour cerner individuellement la structure et le profil de risque et de rendement d'un instrument donné, compte tenu de la complexité même de ces instruments. Selon les termes de l'Organisation Internationale des Commissions des valeurs (OICV), une agence de notation de crédit est une entité dont l'activité est la publication des notations de crédit à des fins d'évaluation du risque de crédit d'émetteurs ou de titres de créances ou assimilés. Le risque de crédit correspond au risque qu'un émetteur ne soit pas en mesure d'assurer le paiement des intérêts et ou du capital d'une créance.

La notation concerne à la fois les émetteurs (entreprises, établissements de crédit, sociétés financières, collectivités locales, établissements publics, compagnies d'assurance et Etats souverains), les véhicules de titrisation (FCC) et tous les titres de dette financière (certificats de dépôts, billets de trésorerie, obligations...). La notation ne constitue pas une recommandation d'acheter, de conserver ou de vendre un titre de dette. Les agences de notation ne portent pas non plus d'opinion sur l'évolution du cours des titres notés.

La notation se base sur la collecte et l'analyse des informations recueillies notamment auprès de l'émetteur et tirés des entretiens avec celui-ci, la présentation par l'analyste en charge du dossier à un comité de notation interne à l'agence auquel il appartiendra de décider de la note. La composition dudit comité varie selon le secteur d'activité de l'émetteur, la zone géographique, les compétences requises. L'émetteur n'est pas membre de ce comité. Toutefois, en cas d'insatisfaction ou de désaccord de l'émetteur sur l'opinion formulée par le comité sur sa situation de crédit, l'émetteur qui a en sa possession des informations nouvelles et pertinentes pour améliorer sa note bénéficie d'une procédure d'appel. La note finale attribuée à l'issue du processus est alors publiée par un communiqué de presse. La note résulte de l'analyse d'éléments quantitatifs et qualitatifs relatifs en particulier à la position relative, actuelle et prévisible de l'émetteur dans son environnement et à sa situation financière. La note attribuée est suivie, réajustée et publiée systématiquement.

Les agences pratiquent deux types de notation. Une notation de long terme pour l'endettement dont la maturité initiale est supérieure à un an, et une notation de court terme si la maturité est inférieure à un an. Les agences classent également leurs notes en deux catégories « investissement » moins risqué et « spéculatif » plus risqué.

HALL, STUART, COUSSERAND, KOEPPEN-MERTE et NAKATA (2004) complète que les agences de notation fournissent aux investisseurs des informations précieuses sur leurs chances de récupérer le principal investi et les intérêts. C'est déjà un important défi dans le cas où les titres dépendent de la performance d'un seul débiteur transféré. Cela est davantage compliqué en cas de multiples débiteurs cédés et si les titres sont émis par tranches pour fournir aux investisseurs une variété de combinaisons de risques et rendements. En formulant une opinion sur un financement structuré, une agence de notation doit d'une part tenir compte des risques de crédit attachés au portefeuille sous-jacent, y compris la corrélation de ceux-ci. Mais les agences doivent mesurer aussi un nombre significatif de risques autres que des risques de crédit. Les agences de notation doivent cerner la totalité des risques avant d'assigner une note à un titre, processus incluant une analyse détaillée des cash-flows. La capacité des agences à prédire l'événement de défaut reste un des indicateurs essentiels de leur efficacité.

La notation des véhicules de titrisation (FCC) est intrinsèquement liée à la structuration de l'opération et a pour objectif central un rehaussement du niveau de la notation et un abaissement correspondant du coût de financement par rapport au coût de financement global du cédant sur la base de son bilan. Bien que l'expérience acquise dans la notation des instruments traditionnels de dette facilite la notation des opérations de titrisation, des différences caractérisent les deux processus de notation. BRI et PRAET (2005) expose que la principale différence est l'implication précoce des agences de notation dans le montage et la structuration de l'opération de titrisation. Car cette notation reflète certes une opinion sur le risque et la qualité du crédit du panier sous-jacent mais elle mesure aussi le niveau de rehaussement de crédit requis pour que la tranche reçoive la note projetée par les arrangeurs. Contrairement à la notation traditionnelle ex-post, en raison de la capacité limitée des émetteurs à ajuster les caractéristiques de leurs titres en fonction de la note visée et du retour d'information sur la pré notation, la notation des instruments structurés est essentiellement ex-ante, la note visée et le feedback de la pré notation (réaction suscitée) permettant aux arrangeurs d'affiner le profil de chaque tranche. BRI et PRAET (2005) complète que la notation financière est une opinion sur la probabilité que les cash-flows en provenance du panier d'actifs permettront de régler régulièrement les droits des investisseurs. La notation apprécie la solidité des prévisions de cash-flows.

L'agence de notation joue un rôle incontournable en appréciant pour les investisseurs la qualité des parts à émettre. Elle étudie tous les aspects de la transaction :

- la qualité des créances titrisées (les flux engendrés par le portefeuille, les probabilités de connaître des impayés ou des remboursements anticipés, etc.)

- la solidité du cédant (gestion commerciale des prêts, capacité de recouvrement, etc.), du gestionnaire et de l'arrangeur

- la sécurité juridique du montage (validité des contrats, valeur des garanties, etc.)

- les risques techniques

BRI et PRAET (2005) considère que les agences de notation jouent un rôle clé sur les marchés de financement structuré. Comme sur d'autres marchés financiers, elles agissent comme fournisseurs d'opinions de tierce partie sur le niveau de risque des instruments de dette, aidant ainsi à corriger l'asymétrie d'information entre participants et améliorant l'efficience et la transparence de ces marchés.

Leur activité est particulièrement utile sur ces marchés de titrisation où les investisseurs ne peuvent manifestement faire face aux coûts prohibitifs pour cerner individuellement la structure et le profil de risque d'un instrument donné. La complexité même de ces instruments structurés explique le rôle crucial joué par les agences de notation. Elles mesurent le risque de crédit des paniers sous-jacents mais s'investissent aussi dans la conception initiale des instruments. Cette implication leur a permis de contribuer au développent des normes sur ces marchés.

La complexité des instruments structurés incite les investisseurs à se fier davantage à la notation que dans le cas des autres titres notés. Elle a vraisemblablement accru le rôle des agences de notation, associées étroitement au processus de structuration, le montage de la transaction imposant implicitement que l'arrangeur obtienne leur opinion. Le rôle traditionnel des agences de notation de « surveillant délégué » du risque associé aux titres de dettes s'est amplifié par la titrisation avec transformation.

L'agence détermine les couvertures ou garanties requises pour atteindre la notation recherchée par le cédant et son arrangeur. La notation consiste à évaluer le risque attaché à un titre de créance. L'analyse qui en est faite est synthétisée dans une note pour refléter la capacité de l'émetteur à honorer ses engagements. Il s'agit de déterminer le niveau de risque final des parts à émettre par le fonds, d'apprécier si sa structure est à même de respecter ses engagements de paiement en fonction de son calendrier contractuel et d'identifier le montant de garanties à faire correspondre au risque de défaut. Les investisseurs ne voulant pas endosser la totalité des risques de crédit inhérents au portefeuille dont la cession est envisagée, celui-ci bénéficie habituellement d'un rehaussement de crédit fourni par un tiers (banque ou compagnie d'assurance) et parfois par le cédant lui-même. Le rehaussement du crédit consiste à mettre en place des garanties ou à donner des garanties financières aux émetteurs leur permettant ainsi de profiter d'une meilleure notation et donc d'un coût de refinancement plus faible. Les techniques de rehaussement de crédit avaient d'abord été développées dans le cadre des opérations de restructuration des crédits souverains. Les banques américaines avaient souhaité céder leurs portefeuilles de prêts aux pays en voie de développement. Dans le cadre de la titrisation, la formule de rehaussement de crédit de plus en plus utilisée prend la forme d'une hiérarchisation des tranches : émettre deux catégories de titres. L'une étant privilégiée (parts seniors ou ordinaires) avec un droit préférentiel sur les flux financiers générés par le lot d'actifs sous-jacents de sorte que les pertes affecteront d'abord les titres de rang inférieur (parts juniors ou spécifiques) à concurrence de leur volume. Les parts « seniors » dites prioritaires bénéficient des mécanismes de protection par l'existence d'une couverture du risque de défaillance sur laquelle s'imputent les pertes. Les parts juniors ne bénéficient pas d'un mécanisme de protection et supportent le risque de défaillance du Débiteur Cédé. Si par exemple une émission est constituée à 90% d'une tranche privilégiée et à 10% d'une tranche de rang inférieur, les détenteurs de celle-ci subiront la totalité des pertes jusqu'à 10% du total des actifs. Comité de Bâle (1992) précise qu'on peut recourir en plus à d'autres formules de rehaussement du crédit :

- la lettre de crédit irrévocable émise par une banque tierce pour couvrir une partie des créances correspondant normalement au profil de pertes estimées.

- l'assurance ou caution bancaire : des compagnies d'assurance, institutions non bancaires sans lien avec les parties au montage, jouent un rôle important, au Royaume-Uni par exemple, en fournissant une assurance couvrant la première part du risque de défaillance. Une banque, externe à celle qui cède le portefeuille de prêts, peut aussi fournir la même garantie par caution bancaire.

- le compte de marge quant à lui est alimenté par la différence entre les intérêts reçus sur le lot de créances cédées et ceux plus faibles payés sur les titres émis. L'organe de gestion remet cette différence au dépositaire jusqu'au niveau de rehaussement requis. Au delà, la différence est laissée à l'initiateur. En prévision des pertes initiales, l'initiateur approvisionne le compte de marge à l'avance. Ce compte est destiné à couvrir toute perte liée au portefeuille, et son éventuel solde au moment de l'amortissement des titres revient à l'initiateur.

- le compte de garanties espèces consiste en un dépôt constitué par l'initiateur au bénéfice des investisseurs et égal au rehaussement de crédit jugé nécessaire. Des tirages sont effectués en cas de pertes.

- le surdimensionnement : les créances du portefeuille cédées ont une valeur supérieure à celle des titres émis. Un boni de liquidation apparaît. Cet écart doit être maintenu à un niveau suffisant pour assurer le degré convenu de rehaussement et supporter ainsi le risque de défaillance lié au portefeuille titrisé.

La notation est un enjeu très important pour le cédant. Car d'une part le ratio de solvabilité des banques pondère les engagements prudentiels en fonds propres par la qualité des créances cédées. D'autre part, cette même notation détermine le niveau de la prime de risque qu'exigeront les investisseurs. Selon sa qualité, la banque pourra abaisser significativement le coût des ressources mobilisées par la titrisation. Les agences de notation les plus reconnues en la matière sont Moody's, Standard and Poor's et Fitch.

Toutefois, l'unanimité est loin d'être établie sur l'intervention et la prestation des agences de notation. Les débats sur le sujet tournent même à l'aigre. Malgré la valeur ajoutée par les agences de notation, les participants en utilisant la notation financière doivent être conscients de ses limites. Le risque de pertes inattendues et la croissance continue de l'activité de financement structuré constituent une préoccupation pour les banques centrales. L'une des principales limites de la notation financière est le risque de modèle qu'elle sous-entend. BRI et PRAET (2005) précise que, généralement, le risque de modèle est relatif aux potentielles erreurs commises dans la valorisation des risques des transactions financières. Il s'amplifie avec l'absence de données historiques sur les défauts de paiement et sur les corrélations de défaut. La complexité de la titrisation est telle qu'il est possible que les agences de notation sous-estiment les risques, que les investisseurs peuvent malgré tout prendre des positions plus risquées qu'ils pensent. En effet, la mesure du risque de crédit d'un panier d'actifs, avec la modélisation de la corrélation des défauts et des primes de risque demeure un défi ouvert et permanent et n'est pas sans implications systémiques. Les banques centrales doivent alors suivre attentivement l'évolution de ce marché.

FENDER et KIFF (2004) prolonge que l'utilisation de différentes approches de modélisation, surtout en cas de différences dans les hypothèses de corrélation d'une agence de notation à l'autre, conduit inexorablement à des résultats divergents dans la valorisation des tranches. Les résultats de l'analyse soulignent l'influence des hypothèses de corrélation sur les prévisions de pertes attendues en particulier pour la notation des tranches. Aboutir à des hypothèses justes constitue l'un des principaux défis à relever par les agences afin de délivrer des notes fiables. Des différences dans les hypothèses de corrélation et dans les modèles et approches méthodologiques conduisent potentiellement à des divergences significatives dans la notation des tranches par plusieurs agences, à moins d'être compensées par d'autres différences dans les processus de notation comme par exemple le taux de recouvrement estimé par chacune des agences

Le risque de modèle, qui en résulte, doit être bien compris par les investisseurs, et interdit de se fier uniquement à la notation financière pour prendre des décisions d'investissement. Dans la mesure où les investisseurs ne comprennent pas entièrement ces insuffisances dans la notation des tranches, ils prennent en acquérant les titres un risque de modèle dont ils n'ont pas souvent conscience. En tout état de cause, le recours simultané à plusieurs agences de notation pour obtenir de multiples notations des tranches et la vigilance accrue des investisseurs permettront d'éviter des surprises désagréables. FENDER ET MITCHELL (2005) confirme la réalité du « risque de modèle » en affirmant que les notes, (estimations du risque et du rendement par tranche à partir des principaux déterminants de la distribution des pertes : PD estimation de la probabilité de défaut de chaque tranche, PA les taux de recouvrement et les pertes attendues et CD la corrélation des moments de défaut entre les différents débiteurs du panier), sont très sensibles aux hypothèses de corrélation du risque de défaut des signatures sous-jacentes, que par conséquent les notes peuvent varier d'une agence à l'autre en raison de méthodologies et/ou d'hypothèses différentes et qu'il en résulte un « risque de modèle », risque qu'un modèle particulier utilisé pour calibrer le rehaussement du crédit pour une tranche et une note données, ne reflète pas avec exactitude le « véritable » risque de la tranche. FENDER et KIFF (2004) puis AMATO et GYNTELBERG (2005) dénonçaient déjà le rôle clé de la corrélation de défaut dans la formation et la compréhension du « risque de modèle » pour inviter les investisseurs à prendre conscience du risque de modèle afin d'exiger des rendements adéquats. MELI et RAPPOPORT (2003), GIBSON (2004) et CSFM (2005) mettent l'accent sur « l'incertitude ex ante des pertes » ou « pertes inattendues » (PI) qui caractérisent les produits structurés :

· plus la tranche est étroite, plus la distribution de ses pertes va s'écarter de celle de l'ensemble du portefeuille : elle tendra à être bimodale, donc plus risquée.

· le découpage en tranches peut conduire à des profils de risque sensiblement différents, à note égale, de ceux des portefeuilles d'obligations, les tranches inférieures ont un risque plus élevé que les obligations de note identique

· et que la notation des instruments structurés pourrait ne fournir qu'une description incomplète de leur degré de risque par rapport aux obligations traditionnelles.

De même, des études empiriques indiquent que même si en moyenne la note des instruments structurés est plus stable donc moins volatile que celle des obligations (probabilité de changement de note plus faible), l'ampleur du changement lorsqu'il survient est supérieure. En outre, selon BRI et PRAET (2005), des conflits d'intérêts potentiels existent dans le secteur de la notation financière. D'abord parce que les honoraires de notation financière sont versés par les cédants et non les investisseurs et représentent une part importante du revenu des agences de notation. Ensuite la notation financière dépend au moins partiellement des informations fournies par le cédant. Cela, avec l'implication des agences dans la structuration de l'opération de titrisation et le fait qu'elles expriment une opinion ex-ante, peut montrer qu'elles ne sont pas totalement indépendantes des instruments pour lesquels elles émettront en définitive une notation financière et les pousser à servir les intérêts des cédants plutôt que ceux des investisseurs : notation initiale plus favorable ou sa dépréciation tardive. FENDER et MITCHELL (2005) confirme que la notation du financement structuré est devenue pour les agences de notation l'un des segments d'activité à la croissance la plus rapide et une source majeure de revenu, ce qui suscite naturellement un certain nombre d'interrogations portant notamment sur les éventuels conflits d'intérêts, les émetteurs étant les payeurs. Même si les agences rétorquent qu'elles sont plutôt sensibles à leur réputation et aux sanctions du marché et indiquent que leurs analystes ne sont pas rémunérés en fonction des notations produites, qu'en interne les analyses de notations sont séparées des unités de marketing et de vente et qu'elles fournissent des efforts pour diversifier suffisamment la base de leur revenu et éviter de dépendre de quelques clients. BRI et PRAET (2005) complète son argumentation en dénonçant un risque d'immobilisme et de biais conservateur de la part des agences de notation. Leur structure oligopolistique est ici incriminée comme un frein à la concurrence et à l'innovation, ce qui fait que les agences conserveraient de rigides standards pour éviter à tout prix les dépréciations de notes. Prenant conscience de ce risque, les agences ont commencé à communiquer gratuitement au marché leurs modèles de notation, en invitant praticiens et théoriciens à critiquer leurs méthodologies et en tenant compte des modèles appliqués par les arrangeurs ainsi que des doléances émanant des investisseurs : elles améliorent la transparence, renforcent l'objectivité du processus de notation et adaptent leurs approches. En outre, la compétition entre les agences de notation et les arrangeurs expérimentés améliore les méthodologies.

AMATO et FURFINE (2003) critique, dans les notations financières, la prise en compte excessive des conditions macro-économiques au détriment des facteurs mesurant l'activité et les risques des entreprises. Cité par AMATO et FURFINE (2003), BERNANKE et AL (1999), pour qui cette critique s'adresse plutôt au système financier, l'explique par un modèle « accélérateur » selon lequel des taux de croissance économique élevés conduisent à une appréciation des garanties, assouplissant les conditions du crédit et facilitant le financement par endettement. LOWN et AL (2000), cité par AMATO et FURFINE (2003), partage cet avis et complète que les banques rationnent moins le crédit durant les booms économiques. SYRON (1991), cité par AMATO et FURFINE (2003), indiquait déjà que même les autorités chargées de la supervision bancaire sont historiquement plus vigilantes durant les récessions. Empiriquement, ALTMAN et AL (2002), cité par AMATO et FURFINE (2003), affirme que les modèles de notation, qui prétendent une indépendance entre les probabilités de défaut et les pertes, ont tendance à sous-estimer la probabilité de pertes sèches et sévères lors des récessions économiques. BANGUIA et AL (2002), cité par AMATO et FURFINE (2003), montre qu'effectivement l'estimation des pertes de crédit est nettement plus élevée en période de stagnation qu'en période d'expansion. Les agences de notation répondent qu'elles notent « à travers le cycle » c'est-à-dire que la notation serait indépendante de l'état du cycle économique. Ainsi, Standard & Poor's (S&P) (2002), cité par AMATO et FURFINE (2003), affirme que l'idéal est de noter à travers le cycle et qu'il ne sert à rien d'améliorer le rating si la performance est tout juste exceptionnelle et temporaire. De même qu'il n'est pas nécessaire de le dégrader tant que la contre-performance ne compromet guère la bonne performance prévue et imminente. Selon S&P (2002), S&P prend en compte à la fois les risques d'entreprise, les risques financiers et les conditions macro-économiques pour déterminer la notation des crédits. D'autres études critiquent l'aspect préjudiciable de l'évolution de la notation financière. Par exemple, ALTMAN et KAO (1992), cité par AMATO et FURFINE (2003), trouve que la dépréciation de la note d'un émetteur est fort probablement suivie par une nouvelle dépréciation que par une appréciation. Ce résultat selon lequel les variations des notes d'un émetteur ne sont pas indépendantes a été soigneusement modélisé par LANDO et SKODEBERG (2002), cité par AMATO et FURFINE (2003). LUCAS et LONSKI (1992), cité par AMATO et FURFINE (2003), a étudié les notes de MOODY'S et montré aussi que le nombre d'entreprises dont les notes sont dépréciées dépassent largement le nombre de celles dont les notes sont améliorées. De même, BLUME, LIM et MACKINLAY (BLM) (1998), cité par AMATO et FURFINE (2003), argumente que les notes de l'émetteur s'empirent en moyenne avec le temps. BRI et PRAET (2005) recommande que les agences doivent continuer à fournir des informations sur leurs approches méthodologiques et sur les changements de notes pour permettre aux investisseurs de bien comprendre l'évolution des notes. Elles doivent exposer clairement comment les conflits d'intérêts ont été neutralisés et préciser elles-mêmes les limites de leurs analyses.

La conclusion objective de ce chapitre est que la titrisation n'est pas une technique financière simple. Elle implique de nombreux acteurs et fait l'objet d'importantes innovations. Elle nécessite en conséquence des compétences avérées, une bonne préparation et une franche collaboration entre les acteurs et surtout une extrême vigilance de la part des autorités de contrôle.

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"Entre deux mots il faut choisir le moindre"   Paul Valery