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Les exiles de l'Ocean Indien (Iles Chagos)

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par Aline Mandrilly
Université Bordeaux II - Anthropologie de la sante - Licence anthropologie monde africain 2006
  

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SOMMAIRE

Sommaire

 

Introduction

p. 1-4

I. Une histoire unique

 

1. Au bon vouloir des grandes puissances

p.5-7

2. Résistances sans mesures

p.7-10

3. Refus sans limites

p.10-12

II. Entre rêve et réalité

 

1. Comme dans un rêve : voir Chagos et puis mourir

p.13-16

2. Une réalité contradictoire : de nouvelles interrogations

p.16-18

III. Déracinement, entre souffrance et résistances

 

1. Déportation et arrivée, le début du cauchemar

p.18-21

2. La misère de l'exil, désespoir et suicide

p.21-24

3. Souvenirs et présent, un douloureux mélange

p.25-28

 
 

Conclusion

p.29-30

 
 

Bibliographie

 
 
 

Annexes

 

Cette partie de l'Histoire, bien que choquante, voire même incroyable, est pourtant bien réelle.

Entre l'Inde et l'île Maurice, perdu au coeur de l'Océan Indien, l'archipel des Chagos, composé de soixante-cinq îlots, étire ses atolls et se donne des airs de paradis terrestre. Durant les années soixante, les pays colonisés se battent pour leur indépendance. A son tour, l' Ile Maurice revendique la fin de la domination britannique. Requête accordée le 12 mars 1968 par l'administration coloniale qui conserve en échange l'archipel des Chagos, désormais «  Territoire britannique de l'Océan Indien (BIOT)». Cet archipel a ainsi été détaché du territoire mauricien en 1965 par les autorités coloniales britanniques ; Cela, trois ans avant que l'île Maurice n'obtienne son indépendance. L'île la plus vaste, Diego Garcia, est l'une des plus importante base militaire de l'Océan Indien depuis quarante ans et assure la sécurité des intérêts américains dans cette partie du monde. Ces soixante-cinq îlots discrets représentent un intérêt géostratégique indéniable pour cette super-puissance.

L'Archipel des Chagos, plus connu sous le nom de son île principale, Diego Garcia, est un de ces endroits du bout du monde dont on n'entend pratiquement jamais parler, sauf quelques allusions lors de grands événements mondiaux : première guerre du Golfe [où sa base aéronavale américaine a servi pour les bombardiers], deuxième guerre du Golfe, tsunami [l'archipel a été épargné par le raz-de-marée], Guantanamo [des « prisonniers de la guerre » contre le terrorisme seraient détenus au secret à Diego Garcia]. Et pourtant, la population des Chagos - ces « Palestiniens de l'Océan Indien » -, déportée de ses îles natales, se bat pour ses droits, qu'un tribunal londonien lui a même reconnus pour un temps en 2000. L'histoire des Chagos est un chapitre sombre de l'Histoire. Elle mérite d'être connue.

A l'époque de la construction de la base militaire de Diego Garcia, les deux milles Chagossiens gênaient. On leur coupa donc les vivres, puis des rumeurs se sont répandues sur un éventuel bombardement des îles. Les habitants ont ensuite assisté au gazage de leurs animaux, avant d'être eux-mêmes déportés manu militari à l'Ile Maurice et aux Seychelles. Peros Banhos, Salomon et Diego Garcia, les trois plus grandes îles de l'Archipel des Chagos, sont devenues un trio fantôme pour ces deux mille âmes perdues, exilées de force à la fin des années soixante, et abandonnées, sans ressources, majoritairement analphabètes, et ne parlant que le créole, dans les bidonvilles de Port-Louis, capitale de l'Ile Maurice, notamment dans les quartiers de Baie du Tombeau, de Cassis, de Pointe aux Sables et Roche Bois. Les autorités mauriciennes ont toujours considéré cette excision comme une violation des résolutions des Nations unies, déclarant illégal tout démantèlement d'un territoire par un pouvoir colonial avant que l'indépendance soit accordée.

L'État mauricien leur a donné des terres pour construire des maisons, mais pas assez pour les aider à intégrer la société mauricienne et à y prospérer. Aujourd'hui, quand les Chagossiens, entendent jouer l'hymne national mauricien, lors de la fête nationale, le 12 mars, la plupart sentent «comme un couteau qui passe sur [leur] coeur. C'est à cause de cette musique, que nous avons perdu notre île natale», témoigne M1(*). Un document secret, intitulé « Maintenons la fiction », a été découvert en 1990. Il explique la position prise par le gouvernement britannique et leur intention de « faire croire qu'aucun d'entre eux ne doit être perçu comme un habitant permanent des îles »2(*). Les mensonges et la discrétion absolue entourant cette affaire commencent peu à peu à voir le jour. Le gouvernement britannique a toujours maintenu que les Chagos seront rendus à Maurice quand les pays occidentaux n'en auront plus besoin pour leur sécurité. Cet archipel, toujours sous souveraineté britannique, abrite actuellement une cinquantaine d'Anglais, occupés à la gestion administrative des civils de Diego Garcia, au contrôle des douanes et au respect de l'environnement de l'île. Devenus citoyens de seconde zone dans ces pays, la plupart des Chagossiens revendiquent aujourd'hui le droit au retour sur leurs terres.

Derrière cet épisode sombre de la décolonisation se cache la tragédie longtemps ignorée d'hommes, de femmes et d'enfants déportés du jour au lendemain, privés d'une vie en phase avec la nature, pour être jetés dans les bidonvilles de Port-Louis. Vivant dans une extrême pauvreté et dans un pays qui ne voulait pas d'eux, certains d'entre eux moururent de chagrin, d'autres se suicidèrent, et la plupart furent dépouillés de leurs maigres économies par des individus peu scrupuleux. A l'Ile Maurice, l'école est obligatoire jusqu'à seize ans, même pour les petits Chagossiens. Après la classe, les enfants jouent, comme tous les autres enfants du monde, avant de rejoindre leurs petites maisons de parpaings et de tôles. Jusqu'à leurs seize ans, ils recevront une instruction publique obligatoire comme tous les petits Mauriciens. Mais que feront-ils après ? Malgré l'insouciance de leur jeune âge, ils savent qu'ils sont d'origine chagossienne et, qu'à l'image de leurs compatriotes, ils subiront une discrimination à tous les échelons de la société. La plupart d'entre eux dissent avoir déjà été victimes de racisme, en raison de leur couleur de peau, qui serait plus foncée que celle des Mauriciens. « Pour moi, les Chagos c'est un paradis »3(*), sourit M., adolescente née à Maurice il y a treize ans. « J'irais là bas si je pouvais parce qu'ici je n'ai pas d'avenir et c'est plus dur pour moi que pour les Mauriciennes »4(*). Indigence, chômage, racisme, depuis que les Chagossiens ont vécu l'expérience tragique de la déportation, elle marque toutes les étapes de leur vie actuelle. Depuis l'arrivée, peu de natifs sont parvenus à se faire une place au coeur de cette nouvelle société. L'Ile Maurice est une nation arc-en-ciel. Elle a en effet, sur un petit territoire, une mosaïque de cultures et de religions, qui ailleurs s'affrontent violemment. Pour ces raisons de stabilité sociale que l'on peut comprendre, elle craint qu'un groupe ne veuille réclamer une spécificité et léser les autres communautés. L'Ile Maurice a connu des heurts violents inter-ethniques en février 1999. Cette notion d'autochtonie étant trop chaude pour cette île, elle veut l'exclure. Mais si les Chagossiens sont des Mauriciens comme les autres, pourquoi seul les Chagossiens ont accès à ce passeport du British Indian Ocean Territory, contrairement aux autres Mauriciens?

Partons du postulat qu'après une telle tragédie, il soit difficile de se reconstruire et de continuer à avancer vers l'avenir. La vie en exil n'est pas facile. Des études montrent que les migrants sont davantage confrontés à des problèmes de santé que la moyenne de la population. Des familles souvent éclatées, des conditions de vie difficiles, un taux de chômage élevé, les raisons de tomber malades sont nombreuses. Ces populations ont souvent un problème supplémentaire puisque la plupart d'entre eux recherche pendant longtemps du travail dans leur pays d'accueil, avec malheureusement, souvent peu d'espoir d'en trouver un stable. Quels sont donc les effets de l'exil sur la santé des Chagossiens ? Avec des conditions de vie, très précaires dans la plupart du temps, est-il possible de se reconstituer après un tel drame ? Ce mémoire s'efforcera d'évoquer les causes de l'exil des Chagossiens, à travers l'histoire si particulière qui est la leur, ainsi que des actions menées depuis pour revendiquer un droit au retour, mais aussi pour une reconnaissance du préjudice qu'ils ont pu subir. Il s'agira de comprendre pourquoi deux grandes puissances, comme les Etats-Unis et le Royaume-Uni continuent encore aujourd'hui à s'entendre sur le dos de cette population déracinée. Comment deux pays, qui se disent oeuvrer pour la démocratie et le bien de l'Humanité, peuvent-ils encore nier leur histoire et ainsi interdire à cette population de vivre dans des conditions décentes ? Une attention toute particulière sera portée sur leur récent voyage de visite à leurs îles - voyage qu'ils demandaient depuis plus de trente ans - un rêve qui a enfin pu se réaliser pour certains. La réalité actuelle, parfois contradictoire, sera également abordée, entre les différents souhaits des anciens et des plus jeunes quant à un possible retour. Quel regard portent les Chagossiens sur leur histoire, mais aussi sur le récent « cadeau » qui leur a été accordé, après un long combat : la visite de leurs îles ? Pour finir, la question de leurs conditions de vie quarante ans plus tard, à l'Ile Maurice, permettra de montrer quelles peuvent être les conséquences psychologiques et physiques sur des personnes en situation d'exil, en recherche permanente d'identité et d'intégration dans la société mauricienne. De quelles manières ce déracinement a entraîné une surmortalité dans la population chagossiennes, sans toutefois écraser complètement les résistances et les adaptations, vitales dans ces cas-là ? Cette misère de l'exil est d'autant plus insoutenable qu'elle est toujours présente aujourd'hui, dans beaucoup de situations où des populations entières sont forcées à l'émigration. Ce déracinement entraîne toutefois des techniques de résistance qui arrivent parfois à porter tout un peuple au sommet de l'espoir et de l'action, leur permettant ainsi de voir arriver l'avenir avec un peu moins d'appréhension. Entre passé, présent et futur, la (re)construction identitaire de tout un peuple est maintenant en jeu.

Selon le Groupe Réfugiés Chagos, près de six mille personnes d'origine chagossienne, dont huit cent soixante-dix natifs de l'archipel, vivent actuellement à l'Ile Maurice.

* 1 Extrait d'entretien avec M. (dans un souci de grande confidentialité, je me suis engagée à ne divulguer aucun nom qui pourrait permettre de reconnaître ces personnes, pour ne pas risquer de les compromettre sur ce sujet qui reste tabou pour beaucoup)

* 2 « Maintaining the fiction », rapport secret de la CIA

* 3 Extrait d'entretien avec M.

* 4 Ibid.

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