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Les exiles de l'Ocean Indien (Iles Chagos)

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par Aline Mandrilly
Université Bordeaux II - Anthropologie de la sante - Licence anthropologie monde africain 2006
  

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I.Une histoire unique :

1.Au bon vouloir des grandes puissances :

L'attrait des puissances occidentales pour l'archipel des Chagos n'est pas récent. Il a été découvert par les Portugais lorsqu'ils cherchaient une nouvelle voie pour atteindre l'Asie en contournant l'Afrique suite à la prise de Constantinople par les Turcs en 1453. Et c'est quarante ans plus tard, en cette fatale année de 1492, où Christophe Colomb débarque sur le continent américain que Vasco de Gama franchit ce passage au sud de l'Afrique et arrive lui en Inde. Sur sa lancée d'autres navigateurs portugais suivent, dont en 1532 Diego Garcia, qui donne probablement son nom à la plus grande île de l'archipel des Chagos. Les colons vont instaurer là comme ailleurs le système des plantations esclavagistes et organiser la capture et la déportation des captifs africains dans ces îles. En 1776, le Vicomte de Souillac en prend possession pour la couronne française. L'aristocrate y installe des esclaves malgaches et mozambicains pour y exploiter la noix de coco. Passant sous domination britannique en 1814, ces îles servent alors de ravitaillement en charbon pour les navires.

L'Empire colonial abolit la traite négrière et l'esclavage en 1835 et fait venir des travailleurs mauriciens ou indiens ainsi que quelques européens pour assurer l'administration du territoire. De ces migrations successives, naît une culture et une langue créole. Cette identité chagossienne façonne le quotidien de ces insulaires pendant plus d'un siècle.

Au début des années soixante, les luttes de libération s'amplifient, la décolonisation est partout engagée. L'Angleterre et les États-Unis décident qu'il leur faut verrouiller la région de l'Afrique australe en y installant une base militaire. Ils passent un accord selon lequel, l'Angleterre va fournir un territoire en échange de quoi les Américains des Etats-Unis la fourniront à prix réduit en certains matériels militaires (fusées Polaris, par exemple). En 1965, le Royaume-Uni loue l'Archipel aux Etats-Unis pour une période de cinquante ans, renouvelable pour une période de vingt ans. Engagée de plein pied dans la guerre froide, la puissance américaine contrôle désormais les activités maritimes soviétiques et assure une proximité avec l'Inde et l'Est africain. L'île de Diego Garcia, une sorte de « U » long de vingt-cinq kilomètres, abritera sa base militaire.

Mais un problème subsiste : environ deux mille personnes vivent sur ces îles.

A charge pour les Britanniques de faire table rase. Pour commencer, toutes les activités économiques cessent à partir de 1966. Plus aucun employé chagossien ne travaille. Ceux qui se trouvent aux Seychelles où à Maurice pour y être soignés se voient interdits de territoire du jour au lendemain. « Une véritable campagne d'intimidation fut menée par l'administration coloniale. Un jour, les animaux domestiques furent réquisitionnés par les commissaires britanniques puis gazés dans des calorifères devant les villageois. Nous avons pensé que s'ils étaient capables de faire ça aux animaux, nous serions les prochains », se souvient Louis Olivier Bancoult, le président du Groupe Réfugiés Chagos (GRC), encore enfant au moment des faits. Entre menaces et discours apaisants, les Anglais promettent monts et merveilles aux habitants : des terres, des animaux et du travail dans les pays d'accueil.

Le «déplacement» des îlois, comme ils se nomment eux-mêmes, commencera dans le plus grand secret au début des années soixante-dix. Destination, l'Ile Maurice et les Seychelles. Selon diverses sources ces voyages avaient entre cinquante à trois cents passagers. La capacité initiale des bateaux réquisitionnés étant de dix, même avec une augmentation de cette capacité de cent pour cent, cela fait vingt passagers. On comprend la promiscuité sur le Norvdaer (dernier bateau utilisé pour les voyages des Chagossiens à l'Ile Maurice) qui est plus compatible avec un bateau négrier du temps de la traite des esclaves que d'un voyage civilisé. Des années de salaires (la majeure partie d'un salaire était en nature, riz, sel...) ont été nécessaires pour accumuler des meubles. Ainsi, tous ces biens, vu l'impossibilité de les prendre faute de place, ont dû être laissé sur place, et font encore la joie des navigateurs de passage, qui les utilisent.

A l'époque, Londres fait alors valoir aux habitants de tout l'Archipel des Chagos qu'ils n'ont aucun droit territorial sur les îles où leurs parents sont venus d'autres pays d'Afrique et de l'Océan Indien comme «travailleurs contractuels». Les quatre-cent vingt-six familles qui vivaient du maraîchage, de la pêche côtière, de l'élevage et de la culture du coprah se retrouvent, privés de leurs biens et sans aide, dans les bidonvilles de Port-Louis, à l'île Maurice et de Victoria aux Seychelles. L'alcoolisme, la drogue, la misère ravagent leur communauté tandis que les Etats-Unis, forts d'un bail de cinquante ans, renouvelable pour une période de vingt ans supplémentaires, transforment Diego Garcia en place forte.

Les troupes américaines débarquent le 9 mars 1971. Les derniers Chagossiens s'en vont contraints et forcés le 25 avril 1973 à bord du Nordvaer. Trois jours de mer plus tard, dans la rade de Port-Louis, la capitale de l'île Maurice, personne ne les attend. La même semaine, un décret britannique leur interdit tout retour vers Chagos. Alors, les autorités mauriciennes les parquent dans les bidonvilles, qu'ils garantissent provisoires, répondant aux doux noms de Cassis, Pointe au Sable, Bois-Marchand, Cité-Lacure ou Petite Rivière. Et les Chagossiens reprennent le cours de leur vie sans terres, sans animaux et sans travail.

La cause chagossienne s'oppose à de lourds intérêts d'Etat. En 2004, l'organisation non gouvernementale américaine Human Rights First accusait Washington d'emprisonner des suspects « terroristes » dans un centre de détention secret à Diego Garcia. Isolé du reste de l'Océan Indien, l'atoll, avec ses structures portuaires et aéroportuaires, accueille aujourd'hui de nombreux navires de la marine américaine et sert de base de départ aux bombardiers B 52 et B1 dans leurs missions de longue distance. Depuis Diego Garcia, les Etats-Unis peuvent intervenir dans tous les recoins de cette partie du monde : Inde, Australie, Indonésie, Moyen Orient et Afrique de l'Est. Le rôle de l'île, dans le dispositif général américain, est la lutte contre le terrorisme dans cette partie du monde qui reste instable (Irak, Afghanistan, Iran, mais aussi Cachemire, Sri Lanka,, Somalie, Afrique des Grands Lacs). En 1991, l'Opération « Tempête du Désert », visant l'Irak, est partie de ce minuscule atoll. En 2001, cette plate forme de quarante-quatre hectares établie sur un récif en forme de fer à cheval a joué un rôle essentiel dans la guerre contre le régime des Talibans, dans les missions de bombardement en Afghanistan. Aujourd'hui, elle tient une place décisive à l'appui d'autres bases américaines en

Afrique, au Proche-Orient et en Asie du Sud-Est5(*). Elle sert, aussi, comme une sorte de Guantanamo bis. Des prisonniers soupçonnés d'appartenir à al-Qaida y sont incarcérés dans la discrétion la plus absolue. Pas question, donc, de restituer le territoire aux autochtones. Ironie du sort, plus de quatre milles personnes travaillent en permanence sur l'île : militaires américains, employés philippins, vietnamiens ou indiens s'y côtoient alors que les Chagossiens demeurent interdits de territoire. Selon des interpellations parlementaires à la Chambre des Communes, il ressort que deux mille trois cent quarante-sept civils, dont quarante Mauriciens, ainsi que neuf centre quatre-vingt onze militaires américains sont actuellement en poste à Diego Garcia6(*).

* 5 http://www.dg.navy.mil/

* 6 http://www.geocities.com/ka9hhu/Diego_Garcia.html

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