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Les exiles de l'Ocean Indien (Iles Chagos)

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par Aline Mandrilly
Université Bordeaux II - Anthropologie de la sante - Licence anthropologie monde africain 2006
  

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2.Résistances sans mesures :

Pourtant, depuis le départ, des résistances s'organisent. En 1983, Olivier Bancoult, Claudette Besage, Lisette Talate et Claudette Pauline fédèrent des contestations jusque-là éparses. En fondant le Groupe Réfugiés Chagos (GRC) à l'Ile Maurice, ils militent pour le retour, le bien être des exilés et leurs droits fondamentaux. Mais le combat s'annonce difficile.

Quelques mois avant la naissance du GRC, le gouvernement mauricien a fait signer aux familles chagossiennes un abandon du droit au retour en échange d'un lopin de terre et de trente-six mille roupies, somme même pas assez suffisante pour payer leurs dettes contractées depuis leur arrivée. « Si j'avais su que je signais pour renoncer à mes droits, je n'aurai jamais signé. Je n'aurai jamais abandonnée mes droits », rappèle M.7(*) La majorité des Chagossiens étaient malheureusement analphabètes et ont signé à l'aveuglette ce document, rédigé en anglais juridique. Ceux qui ne savaient pas lire ont juste eu à appliquer leur empreinte au bas d'un papier, signant ainsi leur abandon de droits. « Mais jusqu'à la mort, ni moi, ni mes enfants, ne renonceront à nos droits »8(*). Vingt trois ans plus tard, Louis Olivier Bancoult, président du Groupe, ne baisse pas les bras : « Notre engagement est à la fois humanitaire et juridique. J'ai encore confiance dans la justice internationale ».

Le combat est aussi mené à l'échelle internationale. Au-delà des frontières mauriciennes, le Comité Suisse de Soutien aux Chagossiens est fondé le 30 janvier 1999 afin de venir en aide aux habitants de l'Archipel des Chagos9(*). Cette association a pour but le soutien au peuple chagossien en faisant connaître le problème chagossien, en le soutenant financièrement et en luttant pour son droit au retour dans son archipel Tous ensemble, ils décrochent quelques succès. Cela fait trente-cinq ans qu'ils luttent pour pouvoir regagner leur atoll. Cette modalité n'est toujours pas acceptée par quelque gouvernement que ce soit, mais leur combat leur a valu, au passage, d'être reconnus, en 2000, comme des sujets à part entière de la couronne.

Monsieur Bancoult, est un Chagossien né à Peros Banhos en 1964 et il est le dirigeant du Groupe Réfugiés Chagos (GRC). Comme tous les Chagossiens, il a un passeport britannique du British Indian Ocean Territory. En temps que citoyen britannique, Monsieur Bancoult a obtenu l'assistance judiciaire pour demander à la Haute Cour de Londres si un fonctionnaire britannique avait le droit de promulguer une loi (celle de 1971 bannissant les Chagossiens des Chagos) excluant des citoyens britanniques (les Chagossiens dans ce cas) d'un territoire britannique qui est en plus le leur. Ou serait-ce un abus de pouvoir de ce même fonctionnaire? Cette question constitutionnelle a été jugée recevable par la Haute Cour de Londres en février 1999. L'avocat de Monsieur Bancoult, Sidney Kentridge, est celui qui a permis à Nelson Mandela de sortir de prison. Le 3 novembre 2000, à la suite d'une plainte portée devant la Haute cour de justice de Londres, la juridiction reconnaît l'illégalité de la déportation et le droit au retour de ce peuple. Les Chagossiens, via le Comité Social des Chagossiens, sont reconnus par les Nations Unies comme peuple autochtone1(*)0. Le GRC obtient aussi la nationalité britannique pour les Chagossiens qui en font la demande à partir du mois d'avril 2002. Ils entendent poursuivre leur action devant les cours britannique et américaine. « Après cette victoire, j'avais vraiment l'impression de revivre. J'étais très contente et je me disais que finalement, les Anglais pouvaient avoir des sentiments humains. Revenir au pays natal, revoir la terre de mes ancêtres, revoir nos belles plages, une dernière fois avant de mourir »1(*)1.

Malheureusement, cette décision ne s'accompagne d'aucune mesure concrète pour permettre leur retour en tant que peuple autochtone des Chagos. Pire, le 10 juin 2004, sa Majesté la Reine d'Angleterre, se basant sur l'« Orders in Council », une prérogative royale datant de 1215, annule le jugement de la Haute cour de Londres rendu quatre ans plus tôt. Le retour est de nouveau impossible. «C'est inacceptable !», tonne Alan Vincatassin, chef de file du Mouvement des Ilois du Territoire Britannique de l'Océan Indien (BIOT) qui conteste la décision ministérielle. «C'est la loi la plus barbare que j'aie jamais vu prendre au nom de la reine», ajoute-t-il. «Sa vraie raison d'être ? L'exigence américaine de ne pas avoir de témoins sur cette île transformée en base militaire», insiste-t-il.

Soutenu par le président sud-africain Nelson Mandela, par Paul Vergès, président du Conseil Régional de La Réunion, et par des associations australiennes, anglaises et mauriciennes, le GRC réclame aussi des dédommagements financiers à l'Etat américain, via la Cour fédérale de Washington D.C. «  Nous demandons que cette histoire soit classée comme crime contre l'Humanité mais les avocats américains prétendent que leur pays peut recevoir ce genre de plainte uniquement sur leur territoire. Or, Chagos n'est qu'une location. », rappelle Maître Mardemootoo, un des avocats du GRC. En ultime recours, les juristes se sont tournés vers la Cour Européenne des Droits de l'Homme afin qu'elle statue sur l'illégalité des mesures prises par le gouvernement britannique à l'époque de la déportation. Par ailleurs, les comptes rendus des interpellations parlementaires du député britannique, Andrew George, au parlement britannique, à la fin de l'année dernière, indiquent que les autorités britanniques ont dépensé quelque £1 455 354 en frais légaux depuis novembre 2000 pour se défendre dans trois affaires logées en Cour par le GRC. M. Bancoult a déclaré, à propos de cette somme : " Le gouvernement britannique dépense une fortune parce qu'il ne veut pas reconnaître avoir commis une injustice contre les Ilois. Nous poursuivrons notre action jusqu'à ce que nos droits soient reconnus. "

Le 6 décembre 2005 le GRC réplique encore une fois et s'appuie sur l' Human Rights Act pour faire valoir ses droits fondamentaux1(*)2. Le peuple est souverain. Telle est la phrase que retienne beaucoup de constitutions. En effet démocratie signifie le gouvernement (-cratie) par le peuple (démo-). Cette souveraineté s'exprime différemment selon les pays et les cultures. Mais quand tout le peuple est expulsé de son territoire, que reste-t il de cette souveraineté ? Les îlois, effondrés «par le coup de poignard dans le dos» du gouvernement, ne comptent pas en rester là, cependant.

* 7 Extrait d'entretien avec M.

* 8 Ibid

* 9 http://www.chagos.org/

* 10 http://www.hri.ca/fortherecordCanada/bilan/vol2/indigenouschr02.htm

* 11 Extrait d'entretien avec M.

* 12 http://www.minorites.org

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