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Les exiles de l'Ocean Indien (Iles Chagos)

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par Aline Mandrilly
Université Bordeaux II - Anthropologie de la sante - Licence anthropologie monde africain 2006
  

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II.Entre rêve et réalité :

1.Comme dans un rêve : voir Chagos, et puis mourir

" 2006 sera une année historique pour les Chagossiens ", a déclaré. M. Bancoult " Nous avons lutté avec courage malgré que certaines personnes nous disaient : zot pa pou kapav manz ek l'Angleterre (vous ne pourrez pas rivaliser avec l'Angleterre). Et, à travers notre combat, un petit peuple a fait savoir son existence au monde entier. Grâce à la persévérance du GRC, les Chagossiens ont obtenu le passeport britannique. Mais, pour nous ce n'est pas une fin en soi. Nous avons continué nos actions pour avoir le droit de visiter nos îles et pour obtenir une compensation financière pour les souffrances subies ", a-t-il poursuivi.

Ainsi, récemment, le jeudi 30 mars 2006, après plus de trois décennies d'exil forcé, quelques natifs étaient autorisés à débarquer, sous étroite surveillance, à Diego Garcia, Salomon et Peros Banhos1(*)8. Un groupe de cent Chagossiens (quatre-vingt cinq de Maurice, et quinze des Seychelles) ont participé à ce premier voyage d'une douzaine de jours vers les Chagos. «Je suis allée embrasser ma terre dès que j'ai mis le pied sur l'île, dit M. en larmes. Mon nombril y est enterré»1(*)9. La plus vieille personne qui était du voyage, Rita Elizée, est âgée de 82 ans, et le plus jeune, William Satouche, de 33 ans. Ce dernier a quitté l'archipel en 1973, peu après sa naissance. Il faisait partie du dernier groupe à être expulsé de l'archipel. Ce grand départ coïncide, jour pour jour, avec l'anniversaire de la déportation d'Olivier Bancoult de Diego Garcia, il y a 38 ans de cela. " Je peux difficilement exprimer mon excitation à revoir Peros Banhos, île que j'ai été obligé de quitter, 38 ans de cela, alors que j'avais quatre ans ", a déclaré au Mauricien (grand quotidien de l'île) Olivier Bancoult, juste après avoir été informé de cette décision du gouvernement. « C'est le gouvernement britannique qui affrète le navire battant pavillon mauricien », précise-t-il. " Nous avons fait un travail minutieux afin d'être en mesure de toucher au moins une personne par famille ", a affirmé M. Bancoult. Parmi ceux qui ont fait le voyage, on relève la présence de trente-quatre Chagossiens de plus de soixante ans, et vint et un de plus de cinquante ans. " Le dernier enfant à être né aux Chagos avant la déportation fera aussi partie du voyage ", a précisé le président du GRC. Ce voyage se fera à bord du Trochetia. M. Bancoult a invité les Chagossiens à se rendre en foule au quai d'embarquement le jour du départ pour les Chagos. " Ce sera un moment inoubliable. Venez en grand nombre, même si vous ne faites pas partie du voyage ", a-t-il dit. " Se enn zour istorik. Apre 35 an exil nou pe resi met lipye dan landrwa kot nou ti né (c'est un jour historique. Après trente-cinq ans d'exil, nous avons réussi à reposer le pied sur le sol où nous sommes nés) ", a-t-il observé. « Cette visite revêt pour nous, membres de la communauté exilée des Chagos, une double importance : d'abord ça a été l'occasion aux aînés de revoir leur terre natale avant de mourir et, ensuite, les plus jeunes, comme moi, ont pu voir de leurs yeux cette terre dont ils ont tant entendu parler mais qu'ils ne connaissent pas vraiment », a affirmé Olivier Bancoult. « Aux Chagos, les arbres ont envahi les tombes2(*)0 ». M. se rappèle celle de son frère, à Diego Garcia. « Il repose là-bas, entre le lagon et l'Océan Indien, et voilà plus de trente ans que personne n'était venu lui apporter des fleurs »2(*)1. Plus de trente ans que les cimetières de Diego Garcia, Peros Banhos et Salomon ont été laissés à l'abandon. M. se dit heureuse à l'idée de se recueillir, après tant d'années, sur la tombe de son frère, mais elle ajoute : « J'aurai aussi du chagrin, parce que nous devrons ensuite rentrer à Maurice »2(*)2.

Souhaitant rendre hommage à ceux qui sont décédés à bord du navire qui les transportait vers Port-Louis, les Chagossiens ont demandé au Capitaine du Mauritius Trochetia, Jean-François Labat, de ralentir l'allure à mi-chemin entre Maurice et l'Archipel. Une cérémonie, pleine d'émotion, a donc été organisée sur le pont du navire en mémoire de ceux qui n'ont pu survivre à cette séparation forcée. Comme un ultime adieu, le capitaine du navire actionne la sirène. Des fleurs sont alors lancées à l'eau, avant que le navire ne reprenne sa traversée dans un silence monacal. Lors de cette visite historique, la délégation chagossienne a érigé, avec l'accord du gouvernement britannique, un monument sur chacune des trois îles, en mémoire des ancêtres. Ils ont également procédé à un nettoyage des cimetières de l'archipel. « Contrairement à ce qu'on pense, cela n'a pas été un voyage d'agrément, mais bien davantage un pèlerinage sur notre terre natale, un retour aux sources », a encore déclaré Olivier Bancoult. Sur ces îles, les Chagossiens ont rendu un hommage à leurs parents enterrés, ont prié dans leur église et se sont baladés dans les petits villages laissés à l'abandon. Mais ils n'ont pu entrer dans les cases créoles de leur enfance. Elles n'existent plus.

Déçus, ils sont nombreux à l'avoir été. La « paradise island », telle qu'ils se l'imaginaient n'existe plus. L'image d'une île de rêve, qui leur avait été transmise par leurs parents, où la faune et la flore étaient luxuriantes, s'est révélée être davantage un mythe qu'une réalité. « Il n'y avait plus rien. Même pas de cocos sur la plage 2(*)3», résume M. Attristée par ce qu'elle a vu, elle dit avoir du mal à admettre qu'il ne reste quasiment rien qui puisse témoigner du mode de vie des Chagossiens, si ce n'est quelques fondations à peine visibles, des murs effondrés et des habitations en ruine. C'est seulement sur Diego Garcia que les lieux sacrés des Chagossiens ont été plus ou moins entretenus par les ouvriers mauriciens qui y travaillent. Les voyageurs se disent par ailleurs impressionnés par l'urbanisation de l'île principale qu'ils comparent à une ville américaine. Les Chagossiens ont eu la surprise, en débarquant à Salomon de découvrir un panneau indiquant à d'éventuels pique-niqueurs qu'aucun « yacht » ne serait autorisé à s'approcher de l'île du 2 au 9 avril, soit pendant la durée de leur visite dans l'archipel. Ce panneau est d'autant plus inattendu que les Chagossiens croyaient que toutes les îles de l'archipel étaient interdites d'accès. Ils ont, au cours de leur visite, retrouvé des restes de ces pique-niqueurs : des assiettes, des boîtes de jus, mais aussi une balançoire récemment installée... pour distraire les plus jeunes ! Grand étonnement aussi de se voir interdire une baignade dans le lagon par les militaires britanniques lors de leur visite sur la plus grande île, Diego Garcia. Ces derniers le leur ont déconseillé, prétextant avoir retrouvé, les jours précédent leur arrivée, des poissons morts flottant à la surface de l'eau. Une explication qui n'a pas été du goût des Chagossiens qui avaient pu s'ébattre dans les eaux de Salomon et de Peros Banhos. Le retour, enfin, aura été vécu par beaucoup comme une seconde séparation. Un déjà-vu douloureux. Des morceaux de bois, une pioche, quelques noix de cocos ou encore une bouilloire. Tous ont ramené de ce voyage tant espéré un petit quelque chose, comme pour se convaincre qu'il ne s'agissait pas d'un rêve. Des souvenirs tangibles qu'ils présenteront à leurs enfants pour que ce passé ne soit plus pour eux qu'une lointaine et obscure histoire. Comme un bras d'honneur brandi à ce qui n'ont pas cru en eux, les Chagossiens exposeront bientôt les photos prises lors de leur voyage. « Les Chagos ne seront plus des îles lointaines ou des mots écrits inscrits sur des banderoles dans une manifestation. Tous pourront maintenant voir ce pourquoi nous nous battons »2(*)4.

* 18 www.unhcr.ch

* 19 Extrait d'entretien avec M.

* 20 Extrait d'entretien avec M.

* 21 Ibid.

* 22 Ibid.

* 23 Extrait d'entretien avec M.

* 24 Extrait d'entretien avec M.

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