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Les exiles de l'Ocean Indien (Iles Chagos)

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par Aline Mandrilly
Université Bordeaux II - Anthropologie de la sante - Licence anthropologie monde africain 2006
  

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2. Une réalité contradictoire : de nouvelles interrogations

Trois Ilois sur quatre, interrogés par M. Hervé Sylva, en 1980-81, veulent ardemment retourner vivre aux Chagos, leurs îles natales, la terre de leurs ancêtres. Tout le monde ne semble pourtant pas prêt à revenir. Les débats sur la souveraineté dépassent les Chagossiens. Ils disent s'être toujours sentis abandonnés de Port-Louis autant que de Londres. « Que les Chagos soient mauriciennes ou britanniques m'est égal, assure M., pourvu qu'on puisse y aller »2(*)5. Pour sa mère, il est déjà trop tard. A soixante-dix huit ans, elle a renoncé au voyage. Elle se dit trop vieille, mais grâce à ses enfants, elle sait que tout n'est pas perdu. Louis Olivier Bancoult préfère compter sur le dynamisme de la nouvelle génération pour avancer : « Les jeunes désirent revenir sur les terres de leurs parents. Une terre qu'ils ne connaissent pas mais dans laquelle ils placent un grand espoir, car dans les bidonvilles créoles de Maurice, l'alcool côtoie le chômage et la plus grande misère ». Mais la réalité se révèle plus contradictoire. Les rares Chagossiens qui réussissent à trouver du travail, sont pour la plupart, forgerons, maçons ou pêcheurs. Ceux-là arrivent tant bien que mal à joindre les deux bouts, faire vivre leur famille et habiter même dans une petite maison. Mais pour les autres, ceux qui vient dans des taudis, l'avenir est un peu plus sombre. La plupart des jeunes nés à Maurice se contentent de rêver de ce lointain Chagos au travers des contes des natifs. Ils ne se sentent pas préparés à retourner aux Chagos. N'ayant toujours connu que l'Ile Maurice, ils préfèrent émigrer au Royaume-Uni, où ils pensent avoir plus de chance de s'en sortir. Pour échapper à l'étau de la misère, ils choisissent donc plus volontiers l'eldorado anglais dont ils peuvent obtenir la nationalité. Arrivés en territoire britannique, il leur est plus facile de trouver du travail, puisqu'ils sont désormais citoyens de ce pays. L'éclatement familial, du fait d'un coût trop élevé du voyage, ne se révèle pas être un frein à cet engouement. Les femmes, notamment, émigrent en plus grand nombre, car elles sont sûres de trouver un petit job rapidement, dans ce pays qui se veut flexible en matière d'emploi. Avec l'argent qu'elles gagnent, elles pourront ensuite faire venir leur mari, et leurs enfants, restés à l'Ile Maurice.

Les Chagossiens émigrés en Angleterre sont sans aucun doute ceux qui vont pouvoir change le destin de toute la communauté chagossienne. Avec un niveau d'éducation plus important, et des revenus plus élevés et plus stables, ce sont eux qui vont pouvoir, lorsque le retour aux Chagos sera permis, contribuer au (re)développement de l'archipel2(*)6. Les Américains espèrent qu'une fois les natifs des Chagos partis, les jeunes, qui auront recommencé une nouvelle vie ailleurs, ne seront pas tentés de redemander le droit au retour dans leur île. Le bail devrait se renouveler en 2016. D'ici là, les jeunes ont le temps de se former pour mieux se défendre et revendiquer leurs droits.

La lutte que mènent actuellement les Chagossiens vise principalement les objectifs suivant :

- obtenir la reconnaissance du caractère autochtone du peuple Chagossien,

- obtenir la reconnaissance de leur droit au retour et à vivre aux Chagos,

- être dédommagés financièrement par la Grande Bretagne et les États-Unis pour qu'ils puissent organiser la réinstallation de leurs familles, et que leur communication avec leurs parents dispersés entre Maurice, les Seychelles et ailleurs soit facilitée,

- permettre aux Chagossiens qui ont été dispersés à travers la planète de se retrouver.

Ils ne remettent pas (pour l'instant du moins... quand on pourra mener des études sur l'impact écologique des activités militaires occidentales dans la région il se pourrait que ça change) en cause l'existence de la base militaire, ils demandent simplement à pouvoir rentrer chez eux. Au niveau international, il y a une revendication de faire de l'Océan Indien une zone de paix démilitarisée et, en décembre 2003, l'ONU a voté - par cent trente voix contre quarante-deux - une résolution prônant la démilitarisation de la zone. Trois « grandes puissances » continuent de faire blocage... Quant aux gouvernements de Maurice et des Seychelles ils ne sont pas trop enthousiastes quant à la reconnaissance du peuple chagossien en tant que peuple autochtone. A l'Ile Maurice cohabitent sur un petit territoire, une mosaïque de races et de religions, qui parfois s'affrontent violemment - il y a eu, en particulier, des heurts violents en février 1999. Pour ces raisons de stabilité politique, ils redoutent cette notion d'autochtone, d'antériorité, qui risque d'amener celle de la spoliation et des discriminations.

Aujourd'hui, quelques voiliers luxueux sillonnent au large de l'archipel Chagos tandis que sur les terres, une puissance militaire sans commune mesure vit au rythme des guerres du globe. A quelques milliers de kilomètres, à Maurice comme aux Seychelles, les enfants des exilés poursuivent leurs jeux sous la surveillance des anciens qui entretiennent à leur égard l'espoir d'un avenir meilleur, en sachant qu'eux mêmes ne reverront peut-être jamais Chagos.

* 25 Ibid.

* 26 « Stealing a Nation », John Pilger

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