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Communication et contrôle de la trypanosomose animale africaine : étude de cas des interrelations entre les agro-éleveurs et leurs prestataires de services vétérinaires dans la province du Kénédougou (Burkina Faso).

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par Der DABIRE
Université de Ouagadougou, Département de Sociologie - Maîtrise en Sociologie 2005
  

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II/ Stratégies de communication utilisées par les prestataires de services.

Dans la province du Kénédougou, le rôle des prestataires dans l'utilisation des trypanocides ne se limite pas seulement à la vente et aux traitements. Outre ce rôle issu des pratiques actuelles, ils contribuent à informer et à sensibiliser les agro-éleveurs sur la santé animale. Pour ce faire, un ensemble de stratégies est mis en oeuvre pour l'accomplissement de cette mission de nature sociale et désintéressée. Mais avant, quelles sont les sources d'information utilisées par les prestataires de services ?

Dans la province du Kénédougou, les principales sources d'information sur la santé animale chez les prestataires de services vétérinaires sont dominées par les collègues (87,3%), les fournisseurs de médicaments (80%) et les services étatiques (69,1%) selon la figure n° 6. En effet, c'est à travers les échanges entre collègues ; les achats des médicaments ; les notes et réunions de service ; la lecture des journaux d'informations générales et spécialisées ; l'écoute des émissions radio et télévisuelles ; la participation aux campagnes de vulgarisation, aux ateliers, séminaires et réunions de formation qu'ils acquièrent leurs informations vétérinaires. Ainsi, il existe plusieurs occasions par le biais desquelles, les prestataires de services s'informent sur la santé animale. Mais, les occasions de vente des trypanocides, de traitement de cas de trypanosomose animale et les stratégies commerciales en la matière sont utilisées pour transmettre les informations aux agro-éleveurs. Dans cette logique, les moyens utilisés sont les conseils qui accompagnent la vente et les traitements, les modes de promotion, d'exposition, de vente et d'application des trypanocides. Mais, par ordre d'importance, les conseils apparaissent au premier plan. De natures diverses et de volumes variables selon les catégories de prestataires, ils sont évalués au cours d'une année comme le montre le tableau n° 13.

Figure 6: sources d'information vétérinaire utilisées par les prestataires de services.

Source: résultat d'enquête.

Tableau 13: volume des conseils au cours d'une année par prestataires.

Prestataires de services

Nombre de fois de conseils

Représentants

130

Vétérinaires privés Burkina Faso

80

Vétérinaires privés Mali

30

Importateurs/grossistes

0

Agents publics d'élevage

57

Agents communautaires

57

Vendeurs de médicaments de la rue

321

Vaccinateurs locaux

100

Total

825

Source : résultat d'enquête.

Dans une dynamique comparée entre les différents prestataires représentés dans le tableau ci-dessus, les vendeurs de médicaments de la rue enregistrent un volume de conseils supérieur à celui des vétérinaires privés, qui est aussi supérieur au volume donné par les agents publics d'élevage. En effet, confrontés d'épars et d'autres à une concurrence déloyale, à une pauvreté des éleveurs et à une conjoncture économique, les professionnels du public et du privé ne cherchent qu'à rentabiliser leur « business » en se spécialisant davantage dans la vente des trypanocides au détriment de l'information.

Or, dans la division des tâches issue de la privatisation de la profession vétérinaire, l'information, la sensibilisation, la formation des éleveurs et la vulgarisation pastorale sont dévolues aux agents publics de l'Etat et du privé. Mais, si ces derniers donnent moins de conseils, alors quelle est la conséquence sur la communication ? A ce propos, cela a un impact sur la qualité des messages reçus par les agro-éleveurs parce que le contenu et les objectifs des messages émis par les non professionnels ne sont pas adaptés à la communication pour le changement de comportement des agro-éleveurs en faveur d'un meilleur contrôle de la TAA. En effet, il convient de noter que les nombreux conseils délivrés par les non professionnels concernent plus des informations d'ordre général que des informations spécifiques visant à promouvoir l'utilisation rationnelle des trypanocides. Par ailleurs, elles s'inscrivent dans leurs stratégies commerciales et de quête de légitimité sociale.

En effet, pourchassés par les autorités politiques et tolérés par la société, ils font constamment recours à la force de la parole pour se créer une identité sociale. C'est pourquoi, ils cherchent permanemment à convaincre, voire à persuader leurs clients en multipliant les conseils à leur endroit.

Ainsi, ils ne visent pas à informer de façon désintéressée mais à conquérir des marchés commerciaux et à se constituer une clientèle. En conséquence, ils constituent une source de biais de communication.

Sans qualification en santé animale, les non professionnels disposent d'une culture vétérinaire insuffisante ne pouvant pas leur permettre de délivrer des messages de qualité sur la TAA et susciter l'adoption de l'utilisation rationnelle des trypanocides par les agro-éleveurs.

Outre les conseils, certaines stratégies commerciales sont utilisées par les prestataires de services pour diffuser les informations sur la santé animale. Ce sont la publicité, la présentation des médicaments ; les techniques et le mode de vente. Mais avant de les décrire de façon détaillée, certains prestataires de services rencontrés nous parlent de leurs stratégies d'informations et de communication.

Pour un agent communautaire de santé animale résidant dans le village de M'bié, vieux, scolarisé et formé par le Projet ILRI/BMZ : «je conseille aux agro-éleveurs de me contacter ou bien de contacter un collègue quand ils ont des problèmes de santé animale ». Et, il profite «des réunions» du groupement des éleveurs et des «occasion de rencontre ou de rassemblement dans le village» pour adresser ses conseils aux agro-éleveurs.

Quant à un jeune vaccinateur local formé et scolarisé, il affirme ceci : «ma stratégie principale consiste à rassembler les éleveurs que je trouve sur le terrain et à les sensibiliser sur les causes des maladies animales, les stratégies de lutte adéquates et l'entretien des bovins en général». De même, ajoute un jeune vendeur ambulant résidant au secteur n°4 de Orodara : «si un client vient pour acheter chez moi, je profite le sensibiliser. Mais il arrive des moments que je me déplace dans les villages avec quelques produits me balader de concessions en concessions pour les présenter aux éleveurs». Si ces différents propos proviennent des prestataires non professionnels, voici ce que dit le seul pharmacien basé à Orodara, représentant d'une clinique pharmacie et vaccinateur de carrière : «Moi, je sors rarement de la pharmacie. Donc, c'est quand les éleveurs viennent ici que je profite les sensibiliser. De plus lorsque j'aperçois un responsable de groupement des éleveurs de passage, je l'appelle, je me renseigne sur les problèmes de santé de leurs bovins et je lui donne quelques conseils. Les éleveurs aiment qu'on les informe de plus en plus, car ils veulent savoir » ! Des propos qui traduisent une grande motivation pour ce vaccinateur de carrière reconverti en pharmacien de communiquer avec les agro-éleveurs. Mais, il est confronté à un manque d'occasions de contact avec les agro-éleveurs car il est peu fréquenté à raison de l'indisponibilité et du coût élevé des médicaments vendus dans sa pharmacie. De plus, il a une insuffisance de culture vétérinaire à transmettre, car il n'a aucun diplôme vétérinaire. D'où, il s'agit d'une quête de clientèle doublée d'un désir de communiquer avec les agro-éleveurs.

De ces propos traduisant le point de vue des différents prestataires présents sur le terrain dans la province du kénédougou, il faut retenir qu'une seule stratégie d'information est en vigueur. Elle consiste à conseiller les agro-éleveurs à travers la « parole » et le «contact physique » pendant la vente et les traitements trypanocides. Ce qui est en adéquation avec le mode de communication dominant chez les agro-éleveurs à savoir la communication interpersonnelle par l'intermédiaire de la parole et du contact physique. En effet, ces derniers baignent dans une culture d'oralité dans laquelle la communication n'est possible que par la possession de la parole. Et dans leur système de représentations sociales, posséder la parole est très significatif dans la mesure où la conscience populaire révèle que « l'Homme n'a ni queue, ni crinière par lesquelles il puisse être attrapé. C'est par sa parole qu'on l'attrape... ». Proverbe Dioula auquel se réfère l'ensemble des sociétés de cette province pour se représenter l'importance de la parole dans leur organisation sociale. Il a été précédemment employé par André Nyamba24(*) lorsqu'il écrivait dans le même sens à propos des Sanan (peuples apparentés des Dioula) que « la parole est au coeur de l'organisation des Sanan ; (...) ».

En outre, il y a la publicité et les techniques commerciales. D'abord, une forme de publicité sournoise est observable chez tous les prestataires.

Toutefois ils refusent de l'avouer, parce que la publicité sous quelque forme que ce soit est condamnée par le code de santé animale au Burkina Faso. Elle est mise en oeuvre par le décor des structures de santé animale, dans le mode de présentation des médicaments et dans les techniques de vente. En effet, les décors extérieur et intérieur d'une structure de santé animale, en particulier les structures privées sont faits d'affiches sur lesquelles on voit des images et des écritures relatives à la santé animale. Comme l'indique la figure n°7, tous les cabinets de soins vétérinaires privés ont recours à des affiches tant à l'extérieur qu'à l'intérieur de la maison. Et par ces affiches, les gérants renseignent leur clientèle sur les nouveaux produits qu'ils reçoivent. En la matière, la stratégie consiste à afficher tout nouveau médicament reçu avec toutes les informations y afférentes et dès qu'un client arrive on l'invite à lire ces affiches. Après la lecture, on lui donne des explications complémentaires. De ce fait, les affiches deviennent un support scripto-visuel d'information et de communication sur la santé animale utilisé abondamment par les prestataires de services. Mais, ces affiches dont l'origine est à rechercher sans doute du côté des firmes pharmaceutiques, sont l'apanage des professionnels.

Chez les non professionnels, la promotion des nouveaux produits se fait par le « don de médicament pour essayer ».Technique de marketing social qui consiste à remettre un échantillon de nouveaux produits arrivants sur le marché à leurs clients les plus fidèles pour un test afin d'obtenir leurs appréciations sur son efficacité. Stratégie commerciale de prime abord mais aussi, stratégie d'information et de communication dans la mesure où le vendeur, muni des emballages et de ses propres connaissances en la matière procède à une véritable formation des clients-test afin qu'ils puissent respecter strictement les consignes des fabricants.

Ensuite, l'exposition des médicaments sur les étagères, sur les tables ou sur les étalages met en relief les images et les écritures figurants sur les emballages au besoin de qui veut se renseigner. A l'image de la figure n°8, chez tous les vendeurs, les trypanocides sont exposés sur des étagères pour ceux officiant en pharmacie ou en clinique et sur des tables ou étalages pour les vendeurs de la rue. Mieux, certains professionnels procèdent à une inscription des différents prix sur les boîtes exposées. De ces modes de présentations des produits, un client qui arrive identifie de lui-même le produit qu'il désire à travers les images pour la majorité analphabète et les écritures pour ceux qui savent écrire et lire. Ce qui réduit le temps de transaction en terme d'impact sur la communication.

Enfin, la vente à la « criée » ou le » porte à porte » sont des techniques commerciales qui mettent le vendeur en contact direct avec son client. Par ces techniques, le vendeur parle, décrit et vante les qualités de ses produits. Certes, les prestataires de service déploient une multiplicité de techniques pour échanger avec les agro-éleveurs dès qu'ils se retrouvent face à face pendant les transactions trypanocides. D'où, il est question de savoir comment elles se déroulent ? Quelles sont les possibilités et les difficultés de communication y relatives ?

Figure 7: Photo d'une pharmacie vétérinaire.

Figure 8: pharmacie vétérinaire vue de l'intérieure.

* 24 (Op. cit, 2004)

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"Ceux qui rêvent de jour ont conscience de bien des choses qui échappent à ceux qui rêvent de nuit"   Edgar Allan Poe